Henri III vers 1578, musée des OfficesMiniature du roi Henri III réalisée vers 1578 et conservée au palais Pitti de Florence.

Ce très beau portrait représente le roi à une époque où le raffinement de la mode atteint son paroxysme : les cheveux sont relevés au-dessus du front après avoir été ondoyés et frisés ; la toque, placée à l'arrière de la tête, est agrémentée de plumes et d'aigrettes ; les oreilles sont décorés des pendants de perle et le visage est posé sur une grande fraise, présenté aux courtisans comme sur un plateau de fruits.

Cette image du roi fraisé a depuis toujours alimenté sa légende, celle d'un roi maniéré, indolent et débauché régnant sur une cour violente et dégénérée ; associer les excès de la mode à cette image était pourtant une erreur, car la mode d'Henri III était la même que celle de la cour d'Angleterre. Les courtisans d'Elisabeth Ière étaient habillés de la même façon.

Henri III d'après Jean RabelPar ailleurs, il faut rappeler que les excentricités de la cour d'Henri III n'ont rien à envier aux tendances extravagantes de la cour de Louis XIII (avec ses pourpoints fleuris et ses grands cols de dentelle) et de celle de Louis XIV (avec ses grappes de rubans et ses grandes perruques bouclées).

Cette image négative d'Henri III et de sa cour tire son origine des moqueries du peuple peu habitué à de tels caprices vestimentaires. Les pamphlets et libelles écrits contre le roi jouèrent un grand rôle dans son impopularité. Ils explosèrent en grand nombre à la fin de son règne et contribuèrent à sa chute.

La miniature des Offices peut être mise en relation avec une estampe gravée d'après Jean Rabel (image à droite)

Source : ? (Florence, palais Pitti) et (Paris, BnF)

Henri III (Varsovie)

Il existe d'autres portraits d'Henri III avec ce type de fraise, mais la plupart sont postérieurs à la miniature. On le devine à la façon dont le chapeau est placé sur la tête et aux traits plus marqués de la physionomie royale.

Par ailleurs, la présence du cordon de l'ordre du Saint Esprit sur les portraits permet de les dater après 1578, année de création de cette institution.

Source : Wikimédia (Varsovie, musée Narodowe)


 

Henri IIIHenri III, New YorkHenri III a souvent dérouté ses contemporains pour ses excentricités. En bon carnavaleux, il n’avait pas peur dans les bals costumés de se déguiser en femme. Voici deux portraits singuliers. Le premier à gauche (d'origine inconnu) le représente avec un très grand collier de perle et des boutons de pourpoint en joaillerie. Le deuxième encore plus extravagant le représente avec une collerette ouverte comme en portent les femmes.

Des portraits du XVIe siècle ?

Source : ... (?)

Source : (New York, The Metropolitan Museum of art) 

 

 

 

Henri IIIHenri III par RabelVoici deux petites gravures intéressantes pour appréhender l'image d'Henri III. Les deux portraits découlent d'un même modèle. Ils représentent le roi vers 1580. Celui de gauche est daté, celui de droite ne doit guère être plus tardif.

L'image présentée est celle d'un roi qui a échangé la fraise contre un petit col blanc. C'est une iconographie de transition. La plupart des portraits suivants représenteront désormais le roi de cette manière. A l'époque des guerres de religion, le col blanc est signe de simplicité et de gravité. Tandis que les courtisans se pavanent en portant la fraise, les religieux, les hommes de science, les hommes de lettres et les officiers portent le col blancComme le rappellent les historiens de l'art ce type de portrait est une image officielle, c'est-à-dire que c'est l'image que le roi veut qu'on ait de lui, celle d'un roi administrateur, d'un chef d'état.

Source : (Paris, BnF)  et J. Boucher, La cour d'Henri III, Rennes, Ouest France, 1986

Voir également « Thomas de Leu et le portrait français de la fin du XVIe siècle»,, in Gazette de beaux-arts, octobre 1961 et Alexandra Zvereva, « Il n’y a rien qui touche guères le cœur des simples personnes que les effigies de leurs princes et seigneurs ” : la genèse du portrait de Henri III », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 56-65.

 

Henri III (Offices de Florence)Miniature du roi peinte vers 1580

Ce portrait peut être rapproché des gravures précédentes. Leur ressemblance permet de penser qu'ils découlent certainement d'un même modèle.

La présence du collier de l'ordre du Saint Esprit confirme une datation postérieure à 1578.

Par ailleurs, la mode veut qu'au fur et à mesure des années, les pointes du col s'écartent de plus en plus. Le col s'élargit au point que dans le courant des années 1600, il s'étend au-dessus des épaules. Ce n'est pas le cas dans ce portrait où les rabats du col sont très étroits.
 

Source : Polo museale florentino (Florence, musée des Offices)