Henri III vers 1576, Kunsthistorisches museumPortrait représentant Henri III au début de son règne, d'après une oeuvre de Jean Decourt1

Source de l'image : Europeana (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Le tableau est aujourd'hui conservé dans les collections du Kunsthistorisches museum de Vienne ; il faisait probablement partie de la galerie de portraits de l'archiduc Ferdinand. Ce prince de la maison des Habsbourg, amateur d'art et contemporain d'Henri III avait constitué une importante collection de portraits d'hommes et de femmes illustres de son temps, qui existe encore aujourd'hui.

Cette representation d'Henri III n'est qu'une copie mais son exposition permet de se faire une idée de l'original peint par Jean Decourt, aujourd'hui perdu. Le portrait a été tiré vers 1576 ; il témoigne de l'iconographie d'Henri III en début de règne, avant que l'image austère créée par François Quesnel ne s'impose quelques années plus tard. 

Le roi porte encore ce collier chargé de perles, à trois rangs, si caractéristique des années 1570, mais selon la mode du temps, la toque disparaît à l'arrière de la tête, derrière une coiffure relevée en hauteur au-dessus du front. L'ancienne mode de la longue moustache effilée n'est plus de mise, le roi porte un léger bouc et une barbe de trois jours. Au niveau du costume, il porte par-dessus le pourpoint, un collet clair, simple et uni, dépourvu de galons d'or (ce qui n'est pas sans rappeler le portrait de François d'Anjou, peint à la même époque, voir ici).

Henri III, portrait vendu chez PiasaHenri III, musée des hospices de LyonLe portrait de Vienne présente des points communs avec plusieurs autres portraits du roi, montrant ainsi que le portrait disparu de Jean Decourt, avait été diffusé comme portrait officiel. C'est ce portrait que les artistes flamands ont utilisé pour la production de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservée à Florence (voir ci-dessous).

Plus intéressant est le portrait vendu aux enchères chez Piasa en 2003 (première image de gauche). Le tableau a été redécoupé dans un format ovale, mais sa facture, dans le rendu du visage, est de meilleure qualité que le tableau de Vienne. Les traits du roi y sont davantage reconnaissables. Le tableau serait-il sorti de l'atelier de Jean Decourt ? Malheureusement, l'oeuvre a été vendue par Piasa sous une autre identification ; le catalogue de vente ne fait pas apparaître le nom d'Henri III 2. A sa décharge, à l'époque, l'iconographie des derniers Valois était encore peu étudiée.

Catherine, Henri III, Charles IX et leurs épousesPortrait d'Henri III en pied vers 1576Sur deux petites peintures (ci-dessous à droite), le roi est représenté en pied. L'une d'entre elle, le représente en compagnie de sa mère, de son épouse Louise, et de leurs prédécesseurs, Charles et Elisabeth ; un portrait de groupe intéressant qui apporte un complément visuel sur la façon dont le roi est habillé.

Source des images : Piasa (vente du 27 juin 2003, à Paris) ; Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83 (Lyon, Musée historique des hospices civils) ; The Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg project ; The Saleroom (vente du 06 mars 2014, à Harrogate)

 

Henri III dans le Jeu de la quitaine

Portrait d'Henri III sur l'une des tapisseries des Valois, aujourd'hui conservées au musée des Offices, à Florence

Source des images : Akh-images et  Scala archives (Florence, musée des Offices)

Le roi est revêtu d'un costume à l'antique (la cuirasse et les bottines des empereurs romains). Tel un nouveau César, le pied à l'étrier, Henri III s'apprête à parader devant ses sujets. Peut-être va t-il participer au jeu de la quintaine, représenté sur le fond de la tapisserie.

Le portrait utilisé pour le visage du roi est celui fixé par le peintre Jean Decourt au début du règne (voir les portraits ci-dessus). Outre les traits du visage, on y retrouve les mêmes formes et agencements de la fraise et de la coiffure.

Avec ses jambes musclées et sa pause martiale, le roi dégage une image virile qui tranche avec les portraits fraisés et les représentations austères que laissera plus tard le peintre François Quesnel. Contrairement à ses deux frères aînés, tous les deux passionnés par la chasse, Henri III n'était pas un sportif. A la vie en pleine nature, le roi préférait la vie de cour et la vie urbaine.

Le jeu de la quintaine, tapisserie des Valois, musée des OfficesEn revanche, le costume romain porté  par le roi accrédite le goût des Valois pour le travestissement ; comme le faisait son père Henri II, Henri III entretient une cour festive, où alternent carnavals, mascarades, et bals masqués.

A ce titre, les huit pièces de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservées à Florence, constituent un témoignage exceptionnel de la vie sous Henri III. Probablement commandée à l'intention de Catherine de Médicis, elles illustrent la diversité des jeux à la cour et la magnificence inculquée par la reine-mère à ses enfants dans la tradition du néo-platonisme médicéen : faire danser et jouer la noblesse de France pour lui faire oublier les conflits religieux fratricides. Il s'agit pour la Couronne d'impressionner ses sujets, d'entretenir leur confiance, de purifier les esprits par le Beau et effacer les traumatismes et les horreurs de la guerre.

Henri III et Louise de Lorraine-Vaudémont, extrait de la tapisserie des ValoisPortrait du roi et de la reine Louise sur l'une des tapisseries des Valois, conservées au musée des Offices, à Florence

Source des images : F.Yates, The Valois tapestries, London, Warburg institute, 1959. et Scala archives (Florence, musée des Offices)

Les joutes nautiques de Fontainebleau dans la tapisserie des Valois (musée des Offices)Le roi et la reine sont représentés sur un fond représentant le spectacle nautique donné douze ans plus tôt, à Fontainebleau en 1564. La tapisserie reprend un dessin d'Antoine Caron, fait à cette occasion.

Le portrait du roi reprend le visage peint par Jean Decourt vers 1576 (voir les portraits en début d'article).       

 


Notes

1. Sur l'origine de ce portrait, voir Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83.

2. Le portrait est présenté comme étant le portrait présumé d'un gentilhomme d'Henri IV, Martin du Hardaz, capitaine des chasses du roi.

 

Article modifié en octobre 2016, en mai 2018