Portraits du roi Charles IX, peint et dessiné par François Clouet en 1561, respectivement conservés au Kunsthistorisches museum et à la Bibliothèque nationale de France

Charles IX, BnFCharles IX, Kunsthistorisches museumSource des images : (Vienne, Kunsthistorisches museum) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le petit duc d'Orléans succède à son frère François comme roi de France le 5 décembre 1560. Son accession au trône est évidemment l'occasion pour Catherine de Médicis de lui faire tirer un nouveau portrait.

Selon l'historienne Alexandra Zvereva qui en a fait l'historique, le portrait original serait le dessin vendu aux enchères par Christie's le 26 janvier 2012. Malheureusement, l'oeuvre a été fortement dénaturée par des retouches largement ultérieures. Le dessin conservé par la BnF (illustration ci-dessus) serait la copie réalisée par Clouet (ou son atelier) pour sa propre collection 1

Le roi étant mineur, le gouvernement est confié à un conseil de régence, dominé par la reine Catherine. Face aux tensions religieuses naissantes, la reine-mère entend favoriser l'harmonie au sein de la cour et maintenir le royaume en paix. La diffusion du portrait royal participe à sa politique de rassemblement.

Charles IX, VersaillesCharles IX, The Metropolitan museum of artCharles IX, Chantilly, musée CondéLe plus beau conservé aujourd'hui est le portrait du Kunsthistorisches museum à Vienne. Il va servir de modèle à un certain nombre de copies de plus ou moins bonne qualité, aujourd'hui réparties dans différentes collections.

Le portrait conservé par la Royal Collection est une miniature attribuée à François Clouet (ci-dessous à droite), ayant appartenu au roi Charles Ier d'Angleterre. Déjà, à l'époque, elle était identifiée à tort à François II, preuve que l'on ne conservait pas longtemps la mémoire des noms sur les portraits :

Charles IX, The Royal CollectionCharles IX, musée des Beaux-arts d'AngersSource des images : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; (New York, The Metropolitan museum of art) ;  Gettyimages (Versailles, musée du château) ; (Angers, musée des Beaux-arts)(Royaume-Uni, Royal Collection)

 

 

Charles IX, Christie'sPortrait de Charles IX dont la récente apparition sur le marché de l'art a permis de remettre en cause l'identité d'un tableau conservé par le musée Condé traditionnellement identifié à François II (ci-dessous à gauche).

Le tableau a été vendu chez Christie's en 2009. Il a pour modèle l'oeuvre de François Clouet. Il se différencie du beau portrait peint de Vienne par la couleur bleue de l'arrière-plan, un cadrage élargi au niveau du buste, et un rendu du détail moins important. Néanmoins, l'enfant roi reste particulièrement reconnaissable.

Cette précision du détail n'existe pas dans le portrait conservé à Chantilly (ci-dessous à gauche). La carnation est si faiblement rendu qu'on ne reconnaît pas d'emblée les traits de Charles IX. Cette faiblesse explique pourquoi pendant longtemps on y a vu à tort, les traits de François II. Avec le vente de Christie's, le portrait de Chantilly prend une toute autre signification ; la similitude de la pose, du costume et du visage, en fait une simple copie du premier.

Charles IX, Chantilly, musée CondéPortrait de Charles IX, autrefois identifié à François II (Chantilly, musée Condé)Par la couleur du fond, un autre portrait de Chantilly peut se rattacher à cette famille de portrait (portrait ci-contre à droite).  Il représente Charles IX dans un cadrage élargi à la taille, la main au côté. La faible rendu de la carnation le rapproche de l'autre portrait de Chantilly.

A travers ces exemples, il est intéressant de voir combien les collections privées peuvent être enrichissantes pour comprendre les collections publiques et par la même occasion l'iconographie, l'art et les études historiques en général 2.

Source des images : Christie's (Vente du 29 janvier 2009 à New York) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)
 

Charles IX, Christie'sPortrait de Charles IX peint par François Clouet et récemment vendu aux enchères par Christie's

Source de l'image : Christie's (Vente du 8 décembre 2016 à Londres)

Ce portrait diffère de celui du Kunsthistorisches museum par l'absence de fourrure au niveau du col et des épaulettes. Son apparition dans une vente aux enchères permet de renouveler l'historique des portraits de Charles IX, en mettant à jour une nouvelle généalogie. Car ce tableau présente des points communs avec un portrait présent à  la Pinacothèque Tosio Martinengo de Brescia et un autre qui a été récemment vendu aux enchères chez Artcurial 3 (voir ci-dessous).

Le jeune garçon semble plus mature que dans le précédent portrait ; comme si l'intention était de donner plus de crédibilité à la présence royale. L'oeuvre porte la date de "1561", mais s'agit-il d'une mention originale ? Le portrait aurait pu être peint à l'issue de la première guerre de religion. Cet événement marquant pour le royaume et son roi aurait pu servir de prétexte à dresser et diffuser un portrait réactualisé de Charles IX.

Charles IX, Sotheby'sCharles IX, ArtcurialCharles IX, Brescia, Pinacoteca Tosio

Charles IX, Metz, musée de la Cour d'or

Source des images de gauche à droite : Wikimedia Common (Metz, musée de la Cour d'or) ; (Brescia, Musei Civici di Arte e Storia - Pinacoteca Tosio Martinengo) ; Artcurial (Vente du 21 mars 2018 à Paris) ; Sotheby's (Vente du 28 janvier 2005 à New York) 

 

Portrait de la famille royalePortrait du roi et de sa famille sur un tableau aujourd'hui disparu

Le roi est représenté au centre de sa fratrie, sa mère, la reine le tenant dans ses mains. Le tableau a été réalisé dans le contexte des guerres de religion. La première guerre vient de s'achever (1563), le roi a été déclaré majeur mais Catherine de Médicis continue de gouverner en son nom (voir le commentaire du tableau dans la partie Catherine de Médicis). Catherine de Médicis fit avancer la déclaration officielle de sa majorité. Après une année de guerre fratricide dévastatrice; il s'agissait d' d'asseoir la légitimité du pouvoir royal et imposer la paix du roi.

Du point de vue, du costume, ce tableau est également très intéressant. Le costume du roi n'est guère différent des précédents, sauf que la fraise déborde du col. Ce tableau est riche a bien des égards. D'une part, il est rare d'avoir des portraits en pied. C'est un genre qui est apparu tardivement en France. Deuxièmement, c'est un portrait de groupe, ce qui constitue une véritable exception.

Source de l'image : Louis DIMIER, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924

 

Charles IX, in Recueil des effigies, BnF

Charles IX, in Chroniques de FranceCharles IX, Osterreichische nationalbibliothekReprésentations gravées de Charles IX insérées dans des ouvrages imprimées

Source des images : (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) 4 Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

La première estampe reprend le portait fixé par Clouet. La troisième représente le roi à mi-corps, en pleine page. Elle est tirée du Recueil des effigies des Roys de France 5, publié en 1567 par François Desprez (ci-contre à droite). L'image a été reprise par l'imprimeur italien Bernardo Giunti dans une édition de 1588 (voir l'exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale de France ou  au British museum).

 

Charles IX, BnFPortrait de Charles IX vers 1565, conservé à la BnF

Source de l'image : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le portrait représente Charles IX vers 1565. Il a l'originalité de montrer le roi sous un autre angle, celui, moins courant, du coté découvert de la tête.

Plusieurs portraits semblent se rattacher à ce dessin. Un portrait vendu chez Sotheby's en 2002 présente des traits physiques proches de Charles IX (troisième image ci-dessous), mais le catalogue de vente l'identifie plutôt à son frère, Henri d'Anjou ; c'est une erreur (les deux frères présentent une physionomie bien distincte). L'identité du modèle est confirmée par une variante conservée aux États-Unis, et identifiée à Charles IX (quatrième image ci-dessous) ; le costume et les traits du modèle sont les mêmes mais le roi a été vieilli par l'ajout de poils de barbe.

Le lien entre ces deux peintures est le dessin de 1565 n'est pas évident. Peut-être s'agit-il de peintures réalisées d'après le portrait tiré par François Clouet en 1566 et retouché par l'artiste trois ans plus tard (voir le dessin du musée de l'Ermitage dans l'article suivant).

Charles IX, musée de BirminghamCharles I, SothebysCharles IX, collection privéeCharles IX, Dresde, Staatliche KunstsammlungenSource des images : Bildindex (Dresde, Staatliche Kunstsammlungen) ; 1st Art Gallery (collection privée) ; Sotheby's (Vente du 18 novembre 2002 à Paris) ; Wikimedia Commons (Birmingham, Museum of Art)

 

 


Notes

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 365.

2. L'identification du portrait est corrigée par Alexandra ZVEREVA, Le Cabinet des Clouet au château de Chantilly, Nicolas Chaudun, 2011, p. 120, remplaçant les notices de A. CHATELET, F-G.PARISET, R .de BROGLIE, Chantilly, musée Condé, Peintures de l’école française, XVe- XVIIe siècles, Paris, RMN, 1970.

3. Catalogue de vente d'Artcurial, Maîtres anciens et du XIXe siècle, tableaux, dessins, sculptures, vente n°3254 du mercredi 21 mars 2018.

4. Gilles Nicole, Les Croniques et annales de France, depuis la destruction de Troye, jusques au Roy Loys onziesme, Volume 2, Chapitre CLXXXI.

5. Sur le Recueil des effigies des Roys de France, avec un brief sommaire des généalogies, faits et gestes d’iceux, voir la description sur le site de Christie's et le livre numérisé sur Gallica.