Portrait de Charles IX, roi de France, dessiné vers 1572 par Jean Decourt et aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)  Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Charles IX, BnFCharles IX, BnF

 

C'est le dernier portrait de Charles IX avant son décès le 30 mai 1574. Il a  été tiré vers 1572 par le peintre Jean Decourt.

Le dessin est parfois attribué à François Clouet ; c'est le choix fait par la BnF, dans le catalogue d'exposition sur les dessins de la Renaissance, édité en 2004 1.

C'est l'historienne Alexandra Zvereva qui a identifié ce portrait comme une oeuvre de Jean Decourt. L'artiste remplace François Clouet, comme nouveau portraitiste du roi 2.

 

Charles IX, Kunsthistorisches museumPortrait en pendentif de Charles IX, attribué à François Clouet, et conservé au Kunsthistorisches museum de Vienne

Source de l'image : Bridgeman Images (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Il s'agit d'une miniature peinte en médaillon dont la qualité picturale laisse à penser que son auteur est François Clouet. La réattribution du dessin original à Jean Decourt permet toutefois d'en douter.

Tout aussi intéressant est l'écrin du pendentif ; le portrait du roi est inseré dans un très bel ouvrage d'orfèvrerie réalisée par François Dujardin, représentant sur l'envers une allégorie du bon gouvernement.

L'objet a probablement été commandé par Catherine de Médicis vers 1572. Il est exceptionnel par sa qualité3. Par ailleurs, si l'attribution à François Clouet est bonne, c'est la seule miniature en pendentif conservée à ce jour du portraitiste. Or, on sait d'après les documents d'archives, que la reine-mère passait des commandes régulières de bijoux à portrait, pour en faire des cadeaux aux membres de sa famille1. Ce portrait en serait l'un des rares témoins.

Charles IX, Galerie des OfficesCharles IX, the Royal Collection

Il existe deux autres miniatures en médaillon du roi Charles ; l'une est dans la collection royale britannique (ci-contre à droite), l'autre est à la Galerie des Offices de Florence (ci-contre à gauche). Elles procèdent du même modèle que le pendentif de Vienne, mais ne sont pas d'aussi bonne qualité.

Source des images : (Royaume-Uni, the Royal Collection) ;  The Web Gallery of Art (Florence, galerie des Offices)

 

Charles IX, musée de la légion d'honneurLe portrait de Decourt a fait l'objet de plusieurs répliques d'atelier dont l'un est actuellement exposé au musée de la Légion d'honneur à Paris (probable dépôt du musée du Louvre) (en mauvaise reproduction, ci-contre  à droite).

Charles IX, musée CondéCharles IX, Kunsthistorisches museumOn en retrouve une très belle réplique au musée Condé à Chantilly (ci-contre au milieu).

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; (Vienne, Kunsthistorisches museum) ; Photographie personnelle (Paris, musée de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie)

 

Ce nouveau portrait officiel va marquer l'iconographie post-mortem de Charles IX et servir de modèle à une importante série de portraits. La galerie qui est proposée ci-dessous regroupe différents portraits du XVIe et XVIIe siècles.

Charles IX, Kunsthistorisches museumCharles IXCharles IX, collection privéeCharles IX, Christie's (vente de 2005)Source des images  : Christie's (vente du 22 juin 2005 à Paris)  ; Christie's ; Millon et associés (Collection privée) ; (Vienne, Kunsthistorisches museum)

 

  

Charles IX, collection privéeCharles IX, Château de BeauregardCharles IX, collection privéeCharles IX, collection privéeSource des images  : Christie's (vente du 31 mars 2011, Paris) ; Artnet (Collection privée) ; Site particulier (Château de Beauregard) ; Artnet (Collection privée).

 

 

 

Charles IX, musée CarnavaletPortrait en pied de Charles IX, d'après le dessin de Jean Decourt, et aujourd'hui exposé au musée Carnavalet

Source de l'image : (Paris, musée Carnavalet)

Ce tableau de grande taille (215 x 114 cm), représente le roi grandeur nature. Il reprend le dessin de Jean Decourt pour le visage et de façon quasi identique, la pose et le décor du portrait en pied issu de l'atelier de Clouet conservé à Vienne. Ce tableau reprend en effet l'encadrement du rideau vert, et la pose du modèle, la main posée sur le dos d'une chaise rouge.

La qualité relative de la peinture interroge sur le contexte de sa production. L'oeuvre date des dernières années du règne de Charles IX, mais il pourrait s'agir de la copie tardive d'une oeuvre originale disparue. La taille de la fraise, plus grande que sur le dessin, appuie cette dernière hypothèse.

 

Portrait_of_Charles_IX

Portrait en pied de Charles IX, d'après le dessin de Clouet

Source de l'image : Bridgeman images (Collection privée)

Cet autre portrait en pied est plus original, car il représente le roi dans un costume très moderne pour son époque. Le caractère bouffant des manches, le retroussement des hauts-de-chausses et l'apparition timide du panseron au niveau du bas ventre sont des marques de la mode de la deuxième moitié des années 1570. La couleur beige du collet et le collier à double rang rappellent les portraits de début de règne d'Henri III (voir le portrait d'Henri III par Jean Decourt et le portrait de François d'Anjou vers 1576)

Par conséquent, tous ces élements font penser à un portrait post-mortem du roi décédé en 1574.

Cette datation est confortée par le choix du modèle pour réaliser le visage. L'artiste n'a pas pris en exemple le portrait de Jean Decourt, mais celui précédemment tiré par François Clouet (cf le portrait peint, conservé à Versailles, dont ce portrait en pied est le développement).

 

Charles IX et Elisabeth d'Autriche dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFPortrait de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche dans le livre d'heures de Catherine de Médicis

Source de l'image : Wikimedia commons (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le roi et la reine portent la couronne royale. La coiffure d'Elisabeth et les cernes de Charles IX sont les marques d'un portrait réalisé en fin de règne, vers 1572-1574.

En dépit de ses 22 ans, le roi paraît vieux et usé, ce qu'il est à force de courir le gibier. Les ambassadeurs qui ont laissé des descriptions du roi s'étonnent de voir ses traits se durcir. Le roi s'épuise à la chasse où il passe beaucoup de son temps.

Pour les portraits d'Elisabeth, voir les articles ici consacrés, et ceux de leur fille Marie-Elisabeth, ici.

Charles IX et Elisabeth d'AutricheLa BnF conserve également une estampe exceptionnelle de Marin Bonnemer, imprimeur de la rue Montorgueil à Paris 4, représentant Charles IX et Elisabeth d'Autriche.

Source de l'image : (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

PortraCharles_IXdfits gravés de Charles IX, édités sous son règne

Charles_IX_pied

H5_Charles_IX_1571_BnFH5_Charles_IX_1572_BnF

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) .

Ce sont des portraits de dédicace, insérés dans des ouvrages publiés sous le règne de Charles IX. L'image de gauche est le portrait inclus dans La Franciade écrit par le poète Pierre de Ronsard. Il apparaît également en tête du chapitre consacré à Charles IX par François de Belleforest dans son histoire de France (Gallica) 5.

Ce sont des gravures sur bois, ce qui explique la grosseur et la simplicité des traits.

 

 
H5_Charles_IX_Thomas_de_Leu_v1_BnFPortrait post-mortem de Charles IX, gravé au burin par Thomas de Leu d'après le dessin de Jean Decourt

Les portraits post-mortem de Charles IX, diffusés par l'estampe sous Henri III et Henri IV, reprennent le portrait de Jean Decourt. C'est cette image qui sera ensuite recopiée, souvent bien médiocrement, au XVIIe et XVIIIe siècles.

Une estampe se distingue parmi toutes, c'est celle fixée au burin par Thomas de Leu (ci-contre). Ce portrait est fidèle au portrait de Jean Decourt, à l'exception de la représentation de la fraise, qui a été agrandie.

Charles_IX_BnF_nerlandaisCharles IXCe portrait très délicat dans son exécution a certainement du avoir son petit succès car il en existe des variantes. L'exemplaire imprimé de la BnF (ci-contre à gauche) est différent de celui conservé par le British museum ; l'artiste a du en faire plusieurs versions. Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ou (Londres, British museum) ;  Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France).

Charles_IX_Leu_RabelCharles IXttCharles_IX_thevetCharles IX, par GourdelleLes gravures éditées par la suite reprennent la gravure de Thomas de Leu, sinon le dessin de Jean Decourt. Le rendu du visage est rarement d'une grande qualité.

Source de l'image : (Paris, Bibliothèque nationale de France) ou (Londres, British museum) ; (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek) ; (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek) ; (Londres, British museum)


 


Notes

1. Cf. la notice consacrée à ce dessin sur le site de l'exposition Dessins de la Renaissance, Collections de la BnF (exposition du 24 février au 4 avril 2004, à Paris, galerie Mazarine, site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France).

2. Alexandra ZVEREVA, Le Cabinet des Clouet au château de Chantilly, Nicolas Chaudun, 2011, p. 28-29.

3. Diana Scarisbrick, Bijoux à portrait. Camées, médailles et miniatures des Médicis aux Romanov, Thames & Hudson, 2011, pp. 54-55.

4. Séverine Lepape, Gravures de la rue Montorgueil, BnF Éditions, 2016

5.François de Belleforest, Les grandes annales et histoire générale de France, dès la venue des Francs en Gaule jusques au règne du roy très-chrestien Henry III, Tome 2, 1579.