Henri III (Offices de Florence)Portrait du roi peint en miniature et conservé au musée des Offices à Florence

Source de l'image : Polo museale florentino (Florence, musée des Offices)

Ce très beau portrait marque le point de départ d'une nouvelle période dans l'iconographie d'Henri III. Au lieu de la grande fraise en dentelle, le roi arbore un petit col blanc. Son habit noir et sobre n'est agrémenté que par le collier de l'ordre du Saint-Esprit.

La présence de ce collier laisse supposer une datation postérieure à 1578, date de création de l'ordre du Saint-Esprit. Les gravures qui en découlent sont datés de 1580.

Ces dates concordent avec la forme étroite du col blanc. Du point de vue de la mode, cette forme correspond au début du règne. Car au fur et à mesure des années, la tendance pousse les pointes du col à se déployer en pointe sur les côtés. Vers 1600, le déploiement sera tel que le col s'étendra au-dessus des épaules. Ce n'est pas le cas dans ce portrait où les rabats du col sont encore très étroits.

He Portrait de Henri IIILe portrait a été gravé par Jean Rabel sur un dessin de Thomas de Leu. L'oeuvre a été reproduite plusieurs fois. Elle est intéressante pour appréhender la nouvelle image voulue par Henri III.

C'est une iconographie de transition. La plupart des portraits suivants représenteront désormais le roi de cette manière. A l'époque des guerres de religion, le col blanc est signe de simplicité et de gravité. Sur les portraits du troisième quart du XVIe siècle, il est surtout arboré par les religieux, les hommes de science, les hommes de lettres et les officiers, tandis que les courtisans se pavanent en portant la fraise. Sous l'influence de la cour, cette tendance s'inversera. Comme le rappellent les historiens de l'art ce type de portrait est une image officielle, c'est-à-dire que c'est l'image que le roi veut qu'on ait de lui, et ici, l'intention est de montrer l'image d'un roi administrateur, d'un chef d'état.

SouAno_Henri-III BnF1_v1rce : (Paris, BnF)  et J. Boucher, La cour d'Henri III, Rennes, Ouest France, 1986

Ano_Henri-III BnF2_v1Gaultier_1580_Henri-III_BnFVoir également « Thomas de Leu et le portrait français de la fin du XVIe siècle»,, in Gazette de beaux-arts, octobre 1961 et Alexandra Zvereva, « Il n’y a rien qui touche guères le cœur des simples personnes que les effigies de leurs princes et seigneurs ” : la genèse du portrait de Henri III », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 56-65.

 

 

Henri III (musée Condé)Portrait au crayon d'Henri III aujourd'hui conservé au musée Condé de Chantilly et attribué par l'historienne de l'art Alexandra Zvereva à Etienne Dumonstier1

Source de l'image : Plateforme Ouverte au Patrimoine ou Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

Le portrait aurait été dessiné vers 1578-1580 et n'est pas sans rappeler la miniature de la galerie des Offices de Florence. La différence se situe principalement au niveau du rabat blanc qui est, sur le dessin, plus large et déployé.

Du point de vue de la mode, c'est la forme qui s'impose dans les années 1580. Il est fort possible que ce dessin ne soit que la réactualisation du portrait précédent. Ceci expliquerait pourquoi les cheveux sont moins développés. Les portraits du jeunesse du roi présentent toujours une coiffure soignée et surelévée au-dessus du front. Ce qui n'est plus le cas dans ce modèle-là.

Par ailleurs, la particularité de ce portrait est que le roi porte un pendant d'orelle qui a la forme de la lettre grecque λ (lambda) qui correspond à la lettre L en alphabet latin. Cette forme curieuse renverrait à son épouse Louise de Lorraine que le roi aimait sincèrement, ou/et à un sens caché. Comme son grand-père François Ier, et nombre de ses contemporains, Henri III était pétris d'ésotérisme ; le pendant en L renverrait au Logos, donc au Christ, que le roi, en bon chrétien et fondateur de l'ordre du Saint-Esprit souhaitait incarner sur terre2.   

ChristiesLa diffusion de l'image du roi dans les années 1580 est à l'origine d'une production très importante de portraits.

Je vous en propose une gamme ci-dessous. Certains d'entre eux sont des copies tardives d'époque Henri IV ou Louis XIII. Ils sont reproduits de château en château dans les galeries de portraits. Il faut alors les prendre pour ce qu'ils sont, à savoir des interprétations parfois fort éloignées du modèle initial (la copie d'une copie).

Ces reproductions sont si nombreuses qu'il s'en vend de temps en temps dans les maisons de vente aux enchères.

Les plus fidèles, qui sont probablement les plus contemporaines du dessin original reproduisent le pendant en forme de lettre (1ère ligne de portrait ci-dessous). Les autres, moins talentueux dans la reproduction des détails, le font sauter.

Source de l'image : Christie's (vente du 2 avril 2003 à New York)

   Henri III (palais Pitti)Henri III, château de VersaillesHenri III de France, Château du Wavel à CracovieVente de Tajan, 2013Henri III, musée CondéVente de Millon, 2007Vente de Drouot, 2011Vente de Pousse Cornet Valoir, 2020   Henri III (musée Carnavalet) Henri III, musée Condéfrançois-clouet-portrait-of-king-henry-iii-of-franceHenri III (Vasari Auction)

 

 


 

 

Source des images (1ère ligne) : Christie's (vente du 2 avril 2003 à New York) ; (Florence, palais Pitti) ; Agence photographique de la Rmn (Versailles, musée du château; Wikimedia commons (Cracovie, Château du Wavel) ; La Gazette Drouot (Tajan, vente du 26 juin 2013 à Paris)

Source des images (2e ligne) : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Millon (Vente du 23 mars 2007) Drouot (Vente du 09 juin 2011 à Paris) ; Pousse Cornet Valoir (Vente du 8 novembre 2020 à Blois

Source des images (3e ligne) : (Paris, musée Carnavalet) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Artnet.fr ; Vasari Auction (vente du 15 mars 2014 à Bordeaux) ;

Henri III (Bnf)Henri III (Metropolitan museum)Il existe encore d'autres portraits de ce type, mais sous forme de miniature, comme celle conservée à la galerie des Offices de Florence (ci-dessus à gauche), ou celle insérée dans le livre d'heures de Catherine de Médicis (ci-contre, première image à gauche).

Source des images : (Paris, BnF) ; (New York, Metropolitan museum of art)

 

 

 

Henri III, musée NarodowePortrait d'Henri III peint par Etienne Dumonstier et aujourd'hui conservé au musée Narodowe de Poznan1

Source de l'image : Château royal de Blois (Poznan, muzeum Narodowe)

Le dessin de Dumonstier a fait l'objet de plusieurs portraits peints dont le plus important est celui conservé par le musée Narodowe.

Toutefois, la peinture de Narodowe se distingue de plusieurs façons du dessin de Chantilly : la broche de la toque a la forme caractéristique d'une étoile à 8 branches ; le pendant d'oreille en forme de lettre λ (lambda) a disparu ; le col blanc est plus large.

La peinture a donc peut-être été tirée à partir d'un autre dessin de Dumonstier, et probablement plus tardif, si on considère l'extension du rabat comme un élément de datation.

Henri III, musee GranetCes élements distinctifs se retrouvent sur deux copies dont celle réalisée au XVIIe siècle pour la galerie des illustres du château de Beauregard (ci-contre à droite).  

Source des images : Bridgeman Images (Aix, musée Granet) ; (Château de Beauregard)

 

 

 

 

Henri III (BnF)Portrait au crayon d'Henri III attribué à Etienne Dumonstier et aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Agence photographique de la Rmn (Le Mans, musée de Tessé) ; La Gazette Drouot (Vente du 29 septembre 2020)

Le dessin est centré sur le visage du roi, tourné exceptionnellement vers la gauche. A la façon dont la toque est placée au-dessus du front on peut affirmer que ce portrait est plus tardif que celui de Chantilly. Le couvre-chef cache un début d'alopécie. Quand on sait l'importance du paraître à la cour d'Henri III, la dissimulation des cheveux est significative de l'évolution de la physionomie royale. Dans les années 1580, les cheveux sont censés être relevés en hauteur au-dessus du front et brossés en arrière. Cette représentation du roi n'est pas un arrangement trompeur. Elle témoigne de façon réaliste de son évolution physique à trente ans passés.

 

Henri III, vente de Drouot (2020)Henri III (musée de Tessé)A ce dessin, peuvent se rattacher deux peintures, l'une est conservée au musée de Tessé du Mans, et l'autre a été récemment vendue aux enchères.

Elles se distinguent du dessin, par la broche en forme d'étoile et  l'absence de pendant d'oreille. Il semblerait que dans le courant du règne, les portraits du roi aient abandonné la perle.

 

 

 

 

 

Henri III par François Quesnel (Hampel)Portrait du roi Henri III attribué à François Quesnel et réapparu récemment dans une vente aux enchères.

Source de l'image : Wikimedia commons (Hampel, vente du 11 avril 2013 à Munich)

Parr la qualité de son rendu pictural, ce tableau est l'un des plus beaux conservé du roi Henri III. C'est un évènement que de tels portraits inédits et d'une telle beauté puissent encore être vendus sur le marché de l'art. 

Le tableau a probablement été peint dans les années 1580. La présence du collier de l'ordre du Saint-Esprit permet de le dater de façon certaine à une date postérieure ou égale à 1578. L'âge du roi peut relativement se deviner au vieillissement des traits.

Ce tableau est lié au portrait en pied que conserve le Kunsthistorisches museum de Vienne (voir ci-dessous). Le modèle est le même, de sorte que l'on peut voir le portrait du Kunsthistorisches comme le prolongement de celui-ci.

 

Heinrich_III_1585c_KHMPortrait en pied du roi Henri III peint par François Quesnel et aujourd'hui conservé au Kunsthistorisches museum.

Source de l'image : (Vienne, Kunsthistorischesmuseum)

Le portrait en pied est toujours intéressant pour appréhender la mode d'une époque. Malgré le caractère sombre du costume, on devine au niveau du bas ventre, l'énorme panseron qui, à la manière du costume de Polichinelle,  rendait le pourpoint déformé.

La cape très courte cache des manches ballonnées. Sur son coté gauche, est brodée la croix de l'ordre du Saint-Esprit.

Le portrait en pied est un genre qui se développe en France dans la seconde moitié du XVIe siècle et plus particulièrement sous le règne d'Henri III. Si un certain nombre de portraits en pied du roi devait exister,  beaucoup d'entre eux ont disparu du fait des destructions et des autodafés organisés par la Ligue. Dès l'assassinat du duc de Guise, les portraits du roi ont été publiquement détruits. Parmi ceux-ci, a été éliminé le portrait en pied conservé dans la galerie de portraits du palais parisien de la reine-Catherine.

La plupart des portraits en pied qui existent aujourd'hui ne sont que des copies souvent tardives. Un portrait en pied d'Henri III datée du XVIIe siècle existe par exemple au château d'Azay-le-rideau (portrait ci-dessous à droite) ; le roi est rhabillé à la mode de l'époque, le col est plus développé. Plus intéressant est l'exemplaire du musée des Beaux-arts de Troyes qui reprend avec quelques modifications au niveau du col, celui du musée du Kunsthistorischesmuseum (ci-dessous, au milieu).

Henri III, localisation inconnue Henri III, Troyes

 Henri III, CMN, Château de Cadillac

Source des images (de gauche à droite) : Akg images (Paris, Musée du Louvre ?) ; Henri IV et la reconstruction du royaume, colloque, Pau, 1989 (Troyes, musée des Beaux-arts) ; Regards, Centre des Monuments historiques (Cadillac, Château des ducs d'Épernon)

 

 

 

 

 

Henri III par Quesnel, musée du LouvrePortrait d'Henri III peint par François Quesnel et aujourd'hui conservé au musée du Louvre

Source de l'image : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre)

Ce portrait représente le roi dans la dernière partie de son règne, soit vers 1585. Henri III a maintenant la trentaine passée. Son chapeau est désormais placé au sommet du front pour cacher une calvitie de plus en plus importante.

Le roi arbore le ruban bleu au bout duquel pend la croix de l'ordre du Saint-Esprit.

Ce portrait illustre le style sevère adopté par le roi dans les dernières années de son règne. Le chapeau, le manteau et le pourpoint sont complètement noirs. Hormis celui du chapeau, aucun bijou ne vient égayer la face grave du roi.

Devant l'absence d'héritier mâle et la montée de l'obscurantisme religieux (la Ligue), Henri III sombre dans une période de remise en question qui le conduit à mener une vie de dévotion très intense. Les années 1580 constituent également en France le début de la Contre-réforme catholique, marquée par la quête d'une spiritualité intérieure.

 


essai3Portrait au crayon d'Henri III conservé à la Bibliothèque nationale de France

Ce dessin d'Henri III est le dernier réalisé de son vivant. Il a été attribué par l'historienne Alexandra Zvereva à Étienne Dumonstier.

A la fin de son règne, Henri III n'a que 38 ans. Sur ce dessin, il paraît plus âgé. Ses traits sont marqués, les poils de barbe paraîssent hirsutes et la calvitie avancée. Les cheveux sont désormais recouverts par la toque.

Henri III souffrait de maux d'estomac mais de problèmes oculaires. La situation politique du royaume ne devait guère arranger les choses.

Henri III, château d'Azay-le-rideauSource des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Plateforme ouverte du patrimoine (Château d'Azay-le-Rideau)

  

 

 

 


 

 

Notes

 1. Pour l'attribution du portrait et celui traditionnellement attribué à Quesnel voir la notice rédigée par Alexandra Zvereva in Fêtes et crimes à la Renaissance : La cour d'Henri III, Paris, Somogy, 2010, p. 82.

2. Isabelle HAQUET, L’énigme Henri III, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012

 

Article modifié en octobre 2016. ARTICLE EN COURS DE REECRITURE --> 2021