17 avr. 09

Les grandes erreurs


Je propose aujourd'hui d'évoquer les principales erreurs d'identification mises en exergue dans le blog. Il s'agit de six portraits représentant des Valois mais identifiés à la mauvaise personne.

Je reviens dessus car ce sont des portraits assez importants. Ils sont incontournables pour saisir l'iconographie des Valois et certains d'entre eux sont des oeuvres de maître. Il me semblait utile de rappeler la vigilance qu'il faut adopter à l'égard de chaque information trouvée sur une base de données mise en ligne même si celle-ci émane des institutions publiques. La recherche historique n'est qu'un cycle perpétuel de remise en question et je gage qu'il y a également sur le blog bien des choses qui pourraient être reprises.

Les quatre frères François II, Charles IX, Henri III et François d'Anjou ont été souvent confondus à cause de leur ressemblance physique. C'était bien le but de ce blog que de permettre à chacun de les différencier. 

Le tableau ci-dessous présente les anciennes et les nouvelles identifications.

Synthèse des erreurs

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19 juin 09

Identification d'un double portrait : François II et le duc de Lorraine ?


François II et le duc de Lorraine ?J'aimerais poser la problématique concernant un tableau représentant deux jeunes princes portraiturés en pied.

Le tableau a été affublé de deux intitulés différents :

  • soit il s'agirait de deux enfants de François Ier : Henri d'Orléans (futur Henri II) et de son frère François (le dauphin).

  • soit il s'agirait de deux enfants d'Henri II : le dauphin François (futur François II) et de son frère cadet Charles-Maximilien (futur Charles IX).

J'émets de sérieux doutes quant à la première solution. Le costume que les enfants portent sur le tableau appartient davantage à l'époque Henri II qu'à celle de François Ier. On y voit des toques, des fraises et des hauts-de-chausses (les hauts-de-chausses ne se voient pas sous François Ier). Il est donc peu vraisemblable que le tableau représente les deux enfants de François Ier.

S'agit-il donc du futur François II et du futur Charles IX tels qu'ils étaient dans les années 1550 sous le règne de leur père, le roi Henri II ? Il semble ne pas y avoir d'inconvénient pour considérer que le personnage de gauche soit François II. Le prince possédait la même petite tête ronde. Par contre, si on considère l'âge des modèles, l'identification à François II et Charles IX ne tient pas. Les deux princes avaient 6 ans d'écart. Quand François II avait 12 ans, Charles IX n'en avait que 6. Or les deux princes représentés sur le tableau paraissent d'un âge quasi semblable.

De plus, si on considère que François II est le personnage de gauche, il n'est pas possible que l'autre soit Charles IX puisqu'à à cause de sa taille, il paraît légèrement plus âgé. Qui serait donc le personnage de droite ? Le tableau le représente avec une tête plutôt allongée et des yeux marqués.

Existe t-il un tel prince dans l'entourage du dauphin ?

Charles duc de LorraineOui. Il y a Charles III, duc de Lorraine. Le très beau portrait qu'en a fait de lui François Clouet est très semblable à celui du prince représenté sur le double portrait.

Avant d'être marié à Claude et de devenir le gendre de Catherine de Médicis, Charles de Lorraine est un prince de la cour de France élevé dans l'entourage du dauphin. Il est son compagnon de jeux. Né en 1543, il a un an de plus que lui (ce qui coincide avec la taille sur le tableau).

Il n'est pas donc impossible que ce soit lui qui soit représenté sur le tableau. Charles était un personnage important de la cour. Etant le prince souverain du duché de Lorraine, il vient dans la hiérarchie juste après les frères du dauphin. Il vivait à la cour depuis ses 9 ans. En 1552, Henri II avait mis son royaume sous tutelle et l'avait emmené avec lui. En 1559, il en fit son gendre (dans l'objet de garder la Lorraine dans le giron de la France).

Source : Topofart (Wilton House, Collection of the Earl of Pembroke)

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

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05 sept. 09

Où nous retrouvons la princesse de Conti


Louise de Lorraine, princesse de Conti (1588-1631)Portrait de Louise de Lorraine par Thomas de Leu d'après Quesnel

Il s'agit d'un très beau portrait de Louise de Lorraine. Mais quelle Louise de Lorraine ? Il en existe plusieurs. On peut comprendre qu'il soit tentant d'y voir la reine Louise de Lorraine-Vaudémont (voir la base de données de Versailles et celle du British museum) mais le costume de la jeune fille représentée ne permet pas cette identification.

La gravure représente une fleur en bouton de la cour d'Henri IV. Or, qui d'autre que Louise-Marguerite de Lorraine, future princesse de Conti, fille de la duchesse de Guise peut incarner la beauté avec un tel éclat à la cour du Vert-galant ?

La coiffure semble dater le portrait vers 1597-1599, mais la jeune princesse n'avait qu'une dizaine d'années à l'époque. Comme la gravure ne mentionne pas son titre de princesse de Conti, elle a certainement été réalisée avant le mariage de la princesse en 1605, voire pour cette occasion.

Décidemment, la pauvre princesse est confondue souvent avec une autre. On se souvient que dans un précédent article, j'avais évoqué la confusion qui avait été faite à propos de l'un de ses portraits qu'on avait autrefois identifié à la reine Marie Stuart.

Source : (Londres, British museum)

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20 juin 10

Remise en question d'un portrait de Charles IX


Portrait dit Charles IXIl existe au musée des Arts et de l'Enfance de Fécamp un portrait représentant selon la tradition le roi Charles IX (ci-contre). L'examen physionomique du portrait nous amène à douter de cette indentification. La comparaison du dessin avec celui de François Clouet représentant le jeune roi ne semble guère probante quant à la ressemblance physique des modèles. Ce qui met en cause le dessin, c'est aussi l'analyse du costume. Le petit garçon a les cheveux relevés comme le veut la mode sous Henri III. Il porte aussi un petit col rabattu qui se rapproche, par son allongement sur les côtés, davantage de la mode des années 1580-1590 que des années 1550-1560.

Existe t-il sous Henri III des jeunes princes dans l'entourage royal qui puissent correspondre au petit garçon représenté ?

Peut-il s'agir du fils illégitime de Charles IX, Charles de Valois. Le prince étant né en 1573, l'identification est possible. Il existe une estampe du dénommé bastard qui n'est pas sans rappeler le dessin au niveau de la physionomie (ci-dessous) :

Charles bastard de FranceIl s'agit d'une composition assez simple, sans grand relief, mais les traits du jeune homme semblent être quasiment les mêmes que ceux du dessin de Fécamp. Si le costume n'avait pas été si différent, nous aurions pu affirmer la liaison entre les deux portraits sans aucun doute possible. On remarquera toutefois sur les deux portraits, la même absence d'épaulettes (aspect caractéristique de la mode Henri III) et la présence de gros boutons sur le pourpoint (idem).

Le portrait présumé de Charles IX du musée de Fécamp représenterait en réalité son fils ? C'est une hypothèse dont on peut considérer la probabilité comme étant importante.

Source : Base Joconde (Fécamp, musée des Arts et de l'Enfance) ; (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek)

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11 juil. 10

Problème d'identification sur un portrait du duc d'Orléans


le duc d'Orléans sur un dessin de la BnFDans un colloque qui s'est tenu en 1997 sur le thème de l'art sous le règne d'Henri II, Henri Zerner est intervenu sur l'iconographie du roi et a remis en cause l'identification d'un portrait de la BnF présenté habituellement comme étant le futur Henri II1.

Il s’agit de ce très beau dessin de Clouet dont on trouve une variante au musée Condé à Chantilly (ci-contre).

Selon Zerner, il n'y pas lieu de douter de l'inscription identifiant le personnage placée en haut à droite sur le dessin : "Monsr Dorleans filz du roi François". Le problème est que ce titre peut aussi bien désigner Henri que son frère cadet Charles. A la mort du dauphin François en 1536, Henri alors duc d’Orléans était devenu dauphin et Charles alors duc d’Angoulême était devenu duc d’Orléans. Lequel de ces deux princes, le dessin de la BnF représente t–il ?

Ce qui fait douter Mr Zerner de l’identification traditionnelle, c'est que la ressemblance du jeune homme avec la physionomie d’Henri II n’est pas évidente. Le dessin de la BnF présente un nez busqué qu'on ne retrouve pas sur les autres portraits du roi. De plus, le personnage paraît un peu âgé pour représenter Henri qui cessa d’être duc d’Orléans à l'âge de 17 ans. Pour Zerner le dessin de la BnF représenterait donc Charles d’Orléans.

L’hypothèse est intéressante mais manque de preuves pour être définitivement acceptée.

Folio 99v du livre d'heures de Catherine de MédicisIl existe un document qui permet d’apporter un éclairage primordial sur la question. C’est le folio 99v du livre d’heures de Catherine de Médicis (ci-contre). . On y retrouve le portrait du duc d’Orléans aux côtés de trois autres personnes apparentées à la famille royale. L’identification des ces trois autres personnages peut permettre, au moyen de la déduction, d'identifier le nom de la personne cachée sous ce fameux duc d’Orléans.

Il est aujourd'hui acquis que le personnage central de la miniature soit le dauphin François et que le personnage de droite soit le duc de Savoie Emmanuel-Philibert époux de Marguerite de France. En revanche, le petit garçon représenté au premier plan n’a jamais fait l’objet d’une identification assurée.

Permettez-moi de présenter ici trois hypothèses ; elles sont essentielles quant à la réflexion sur le dessin duc d’Orléans :

Le petit garçon à identifierL’hypothèse traditionnellement admise :

Puisque les personnages représentent les fils et le gendre de François Ier, on a estimé par déduction que le petit garçon représenté au premier plan du folio est Charles d’Orléans. Le problème c'est que le portrait de la miniature ne renvoie à aucun dessin connu de lui. En outre, pourquoi l’avoir représenté enfant alors qu’il existe des portraits de lui plus âgé et que ses frères sont représentés adultes ?

C'est finalement Henri Zerner qui apporte à cette énigme la solution la plus vraisemblable.

L’hypothèse d’Henri Zerner :

Charles Emmanuel de SavoiePour lui, le petit garçon serait Charles-Emmanuel de Savoie, le fils unique d’Emmanuel-Philibert et la comparaison physionomique des portraits semble lui donner raison. Il existe à la galeria Sabauda de Turin, un tableau du prince réalisé vers 1570 et qui présente la même tête que le petit garçon du livre d'heures (ci-contre).

La présence du petit prince de Savoie dans le livre d’heures de sa tante n’est pas étonnante. Catherine de Médicis et Marguerite de France étaient particulièrement proches. Catherine n’était pas uniquement la belle-sœur de Marguerite mais aussi son amie intime. Les deux femmes étaient inséparables. On prétend toujours que Catherine de Médicis était une femme de pouvoir qui se mêlait de tout, mais rien n’était plus vrai qu’en ce qui concernait le mariage et la vie conjugale de sa belle-sœur. A sa décharge, Catherine avait un droit de regard en tant que reine et gouvernante de France. La paix en Europe s’était construite sur ce mariage. Du fait des guerres d’Italie encore récentes, les enjeux diplomatiques étaient considérables et Catherine de Médicis attendait la naissance d’un héritier savoyard avec beaucoup d’impatience.

Hélas on ne peut pas s’empêcher de déplorer au regard de l’histoire la présence de Charles-Emmanuel et de son père dans le livre d’heures de Catherine. Quelle ironie du sort pour elle qui a toujours cherché à cultiver l’amitié des princes de Savoie alors que ces derniers n’ont jamais cessé de se moquer des Valois, de les salir et de profiter des guerres de religion pour grignoter des petits bouts du royaume de France. Catherine de Médicis avait beau être clairvoyante, sa vision hyper sacrée de la famille l'avait bien aveuglé quant aux sentiments francophobes de la maison de Savoie.

Tableau explicatif du folio 99vJ’espère que vous me pardonnerez ce petit intermède qui permet de resituer le contexte familial et politique dans lequel le livre d'heures a été conçu ; je reviens donc sur notre dessin et sur l’hypothèse formulée par Henri Zerner à l’occasion du colloque de 1997. Puisque Charles n’est pas le petit garçon représenté au premier plan de la miniature, ce serait lui qui serait représenté à gauche dans les traits de ce fameux Mons Dorleans.

Zerner en conclut donc que le dessin de la BnF représente Charles et non le futur Henri II.

Charles d'Orléans dans le livre d'heuresLa troisième hypothèse :

C’est ici que je me permets d’intervenir. Charles d’Orléans est bien présent dans le livre d’heures de Catherine de Médicis mais sur un autre folio (ci-contre). La base de données de la BnF identifie le personnage représenté au folio 209 comme étant François d'Alençon. Il s'agit en réalité de la reprise d'un portrait de Charles d'Orléans peint par Corneille de Lyon et se trouvant aujourd’hui au musée des Offices.

Charles d’Orléans peut-il être représenté deux fois dans le livre d’heures de Catherine ? On peut en douter. On peut donc considérer que le portrait du duc d’Orléans représente bel et bien le futur Henri II.

Conclusion

Le dessin de la BnF représentant le duc d’Orléans peut aussi bien représenter Henri et Charles, respectivement le deuxième et troisième fils de François Ier. Toutefois au vue des différents personnages représentés dans le livre d’heures de la reine Catherine, l’hypothèse traditionnelle qui voit en lui le futur Henri II reste encore vraisemblable.

Dans le catalogue consacré au Clouet, Alexandra Zvereva avait elle-même repris l'identification traditionnelle. Elle ajoute concernant le livre d’heures de Catherine, qu’en choisissant ce portrait, la reine aurait voulu avoir avec elle l'image de son époux tel qu'il était à l’époque de leur mariage2.

C'est enfin un portrait qui doit être mis en relation avec le portrait équestre de la Menil collection dont l'existence apporte un argument supplémentaire à l'identification traditionnelle.


Notes

1. Hervé Oursel et Julia Fritsch (dir.), Henri II et les arts : Actes du colloque international, École du Louvre et Musée national de la Renaissance-Écouen, 1997, La Documentation Française, 2003, p. 22.

2. Alexandra Zvereva, Les Clouet de Catherine de Médicis. Chefs-d'œuvre graphiques du musée Condé, Paris, Somogy éditions d'art, 2002, p. 60.

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02 févr. 11

Quelques exemples sur le marché de l'art


Portrait de Téligny autrefois identifié à Charles IXLe marché de l'art n'échappe pas aux erreurs d'identification. Il suffit qu'un homme soit peint à la mode de Charles IX pour qu'il soit aussitôt identifié au roi. C'est le cas de ce très beau portrait (ci-contre) présenté pour être celui du jeune souverain. L'existence d'une copie dans les collections autrichiennes (ci-dessous) nous permet de proposer une identification plus certaine : Charles de Téligny.

Téligny, Kunsthistorisches museumTéligny était le gendre de l'amiral de Coligny. A l'issue de la troisième guerre de religion, il était employé par son beau-père pour négocier la paix avec la couronne. Téligny faisait partie de ces protestants qui poussaient Coligny à faire confiance au roi et à monter à la cour. Il fut massacré durant la Saint-Barthélemy. 

Source : Artvalue (Drouot/juin 2000)

Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Portrait du duc de Nemours, autrefois identifié à Charles IXLe portrait suivant (ci-contre) a également été transmis par le passé comme représentant le jeune roi Charles. 

Il est encore plus facile de corriger l'erreur d'identification, car les collections publiques possèdent plusieurs exemplaires de ce portrait. Le British museum en possède même le dessin original. Il s'agit de Jacques de Savoie, duc de Nemours.

Le duc de Nemours était un prince de la maison de Savoie et un parent de la famille royale. Fortement lié aux Guise, il combattait dans le camp catholique pendant les guerres civiles. Il nous est surtout connu pour la réputation de son charme et le couple glamour qu'il forma avec Anne d'Este.

Portraits de Jacques de Savoie, duc de NemoursSource : Artvalue (Palais Dorotheum/mars 2001)

Source : (Londres, British museum) ; Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Rmn (Chantilly, musée Condé)

b

Portrait équestre du duc de NemoursJe profite de l'évocation de l'iconographie de ce personnage pour mentionner l'erreur dans l'identification d'un petit portrait équestre exposé aujourd'hui au musée Condé (ci-contre). Je l'avais moi-même présenté sur ce blog comme étant le duc d'Anjou (je l'ai retiré depuis), mais Alexandra Zvereva l'a - avec raison - identifié au duc de Nemours1. A y regarder de près2, le visage du portrait équestre reprend les traits de Nemours dans son tableau de Chantilly (ci-dessus).

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

Portrait du duc de Guise, autrefois identifié au roi Henri IIJe terminerai cet article par mentionner ce portrait présumé du roi Henri II (ci-contre). Là encore, il en existe plusieurs portraits semblables qui permettent de corriger avec évidence son identification.

Le portrait représente en réalité l'un des plus importants familiers du roi : François de Lorraine, duc de Guise.

François de Lorraine était le premier époux d'Anne d'Este. Il fut un des piliers de la cour au commencement des guerres de religion. Du fait de sa célébrité et de la grandeur de sa maison, de nombreuses copies ont été faites de ses portraits. Il ne serait pas étonnant qu'elles aient eu parfois la valeur d'icône du fait de la réputation du prince après son assassinat par un protestant en 1563. Son image ne doit pas être confondue avec celle de son fils, Henri de Guise lui aussi assassiné et lui aussi entouré d'un aura de prestige.

Portraits de François de GuiseSource : Artvalue : (Tajan/décembre 2003)

Source : (Paris, BnF) ; (Vienne, Kunsthistorisches museum) ; (Vienne, Kunsthistorisches museum)

bbb


Notes

1. Musée Condé, Les miniatures du musée Condé à Chantilly, Portraits des maisons royales et impériales de France et d’Europe, Paris, Somogy, 2007, p. 210. Il me semble avoir aperçu sur un site de vente d'oeuvres d'art, un tableau semblable représentant le duc de Guise, François, premier époux d'Anne d'Este. Il reprenait les traits du dessin de la BnF (ci-desus). Je regrette de ne pas en avoir pris la référence.

2. Ce qui nous est impossible de faire avec la petite reproduction photographique ici présentée.

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15 nov. 15

 

Louise de Lorraine Vaudémont, musée du LouvrePortrait présumé de Louise de Lorraine (?)

Il s'agit d'un portrait assez étrange. La femme représentée porte une coiffe du début des années 1600. Louise de Lorraine étant morte en 1601, il s'agirait donc d'un portrait réalisé à l'extrême fin de sa vie.

En dépit de l'inscription placé en haut du dessin, je suis sceptique quant à l'identité de cette femme. Devenue veuve, Louise de Lorraine avait choisi de porter le deuil et de vivre solitaire. Il me paraît difficile de l'imaginer sans un voile et avec un décolleté si ouvert.

Il faut reconnaître que le visage n'est pas sans rappeler Louise. A côté du précédent portrait, Louise a grossit. Plus de quinze ans séparent les deux portraits. Louise devrait avoir ici près de cinquante ans. Mais je reste sceptique.

Source : Base Joconde (Paris, musée du Louvre)

 

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03 sept. 18

Vente d'un faux portrait d'Henri III et de son présumé mignon


En 2018, apparaît sur le marché d'art, le double portrait d'Henri III et de l'un de ses favoris Paul Stuart de Caussade, marquis de Saint-Mégrin, mort en 1578. L'oeuvre est mise en vente par la galerie Art Antiquities Investment sur le Marché Biron.

Aussi étonnant qu'improbable, ce double portrait contient plusieurs incohérences qui permettent de douter de son authenticité. L'analyse du costume et la comparaison iconographique conduisent à affirmer que c'est un faux, ce que vient appuyer le vente d'un portrait identique chez Piasa en 2013.

Portrait double d'Henri III et Saint-Mégrin vendu au Marché Biron

 Portrait double d'Henri III et Saint-Mégrin vendu au Marché Biron

 

Henri_Anjou_Piasa_2013

 Portrait d'Henri III vendu chez Piasa en 2013

 

L'analyse du costume

L'étude vestimentaire de ces portraits permet de constater que leur auteur ne connaît pas bien la mode du XVIe siècle. Plusieurs élements du costume représentés n'existaient pas sous le règne d'Henri III.

La première incohérence se trouve dans la représentation des crevés, ces petites fentes pratiquées dans l'étoffe des vêtements. Au début du règne, ils se présentent sous la forme d'une série parallèle de plusieurs grandes ouvertures verticales, puis évolue dans une suite de petits crevés alignés par bandes superposées (voir illustrations ci-dessous). Or, dans les deux portraits d'Henri III, les deux crevés sont répartis, chacun isolément, de part et d'autre des boutons de fermeture. Leur rôle est mal compris.

creves_piasaL'autre élément tient dans le fait que chacun de ces crevés laisse apparaître une doublure dorée mal représentée, faisant penser à une bande de galon. Cette erreur est particulièrement visible dans le portrait vendu chez Piasa en 2013 (ci-contre). Décorer le rebord des crevés d'un galon d'ornement procède d'un manque de connaissance sur la mode du XVIe siècle.

Plus invraisemblable est la coiffe du favori. Saint-Mégrin porte une coiffure relevée en hauteur, sembable à celles que portent les dames dans les années 1580. Sous Henri III, les hommes avaient eux-aussi les cheveux relevés au-dessus du front, mais ici, la forme est celle de la coiffure en ratepenade que portent les femmes. Rien ne peut justifier que le mignon du roi soit officiellement peint coiffé comme une femme.

Quant au bandeau dorée peint au sommet de la tête de Saint-Mégrin, c'est une invention du peintre. Il n'en existe aucune représentation sur les portraits de cour de l'époque, que ce soit homme ou femme.

Type de crevés vers 1575 (grandes entailles verticales) :

Crevés 1575

Type de crevés vers 1580 (bandes superposées de petits crevés alignés) :

 Crevés sous Henri III

 

La comparaison iconographique et physionomique

Le portrait d'Henri III semble être une interprétation libre du modèle établi par Decourt en 1576 (illustration ci-dessous à gauche). La reprise est maladroite. Dans le double portrait, la barbe est beaucoup trop fournie pour être crédible ; elle ne s'accorde pas avec le bouc peint sur le menton. Conformément à l'iconographie d'Henri III, le personnage porte une mouche de poils sous les lèvres. Mais ici, cette mouche est aussi dense qu'un bouc et elle est accompagnée d'une barbe dont les poils sont beaucoup trop développés sur le contour des joues. Du coup, le bouc perd tout son sens (le peintre aurait du choisir ; bouc et barbe ensemble ne s'accordent pas).

Quant à la moustache, elle appartient à la mode des années 1980, et non à celle des Derniers Valois. Sous Charles IX et Henri III, la moustache se porte relevée. Tous les portraits d'Henri III le représentent ainsi, même quand les poils de la moustache sont très légers.

Quant au portrait de saint-Mégrin, il semble être inspiré du portrait de Henri de Guise (illustration ci-dessous à droite). Sont identiques plusieurs traits du visage, la position du corps et la représentation du pourpoint (qui est sans crevés).

La moustache relevée d'Henri III sur le portrait de Quesnel :

moustache_releve

 

 

 

 

Illustrations : Saint-Mégrin (musée du Louvre), Henri III, d'après Decourt (Kunsthistorisches museum) et Henri de Guise (musée de Versailles)

Saint-MegrinHenri IIIHenri_duc_de_Guise

 

L'incohérence chronologique

Ce qui permet de confirmer le caractère faux de la peinture, c'est sa similarité avec le portrait vendu chez Piasa en 2013. Le rendu du pourpoint (dans le traitement des galons), et des perles du collier est trop identique au premier portrait pour que l'on ne puisse pas affirmer que c'est un seul et même artiste qui les a peints. Par ailleurs, les mêmes erreurs vestimentaires s'y retrouvent.

Mais le rapprochement des deux tableaux permet surtout de mettre à jour leur incohérence chronologique. Du point de vue de la mode de la fraise, le portrait de Piasa aurait été peint vers 1570 et celui vendu par la galerie Art Antiquities Investment vers 1580. Dix ans séparent les deux modes. Pourtant, le pourpoint et le collier n'évoluent pas. Ils sont identiques. Il est invraisemblable que pour une aussi si longue durée, les deux prototypes présentent exactement le même type de vêtement.

 

Conclusion

Les erreurs d'intérprétation du costume et leurs incohérences temporelles montrent que les tableaux vendus par la galerie Art Antiquities Investment et Piasa ne sont pas des tableaux du XVIe siècle. On est donc en présence d'une série de peintures réalisée par un artiste probablement admirateur d'Henri III.

La façon d'inventer une image très féminine pour représenter le mignon et d'associer ce dernier à celle du roi montre qu'il y a peut-être de la part de l'auteur, une volonté de créer une image à connotation homosexuelle sur la relation entre Henri III et son favori. Ce double portrait ne témoigne donc pas de l'amour fraternel du roi pour son favori, mais du fantasme qu'un artiste contemporain projette sur la bisexualité présumée du roi. 

Enfin, ces tableaux sont très loin d'être d'une indéniable qualité artistique, comme il est affirmé sur le site commercial de vente et n'ont rien à voir, sur le plan pictural, avec les oeuvres de Clouet, Decourt ou Quesnel que chacun peut admirer au musée du Louvre ou ailleurs.

Source : Article de vente du portrait sur le Marché Biron

PS : A noter que le tableau d'Henri III a été vendu par la maison de vente Cornette de Saint-Cyr le 27 mars 2018 et que le tableau a été daté de 1650 environ. Article de vente chez Cornette de Saint-Cyr.

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