15 août 07
Les reines de France
Au XVIe siècle, la famille royale des Valois compte huit reines de France. Certaines d'entre elles ont eu un destin hors du commun et ont laissé leur nom à la postérité, d'autres, en revanche, ont été plus discrètes mais ne meritent pas moins d'être connues.
C'est le cas d'Elisabeth d'Autriche (épouse de Charles IX) et de Louise de Lorraine (épouse d'Henri III), deux reines de France réservées et intègres, dont la vie et l'iconographie restent peu connues du grand public.
La plus distinguée des reines de France de ce siècle, Catherine de Medicis, n'est pas présentée dans cette catégorie. Cette femme a joué un rôle si important dans la monarchie et l'histoire du royaume, qu'elle méritait, par l'abondance de ses portraits, d'avoir une catégorie particulière.
Marie Stuart (1542-1587)
Malgré que Marie Stuart ne fut reine de France que durant une très courte période (1 an et quelques mois), elle est la reine de France, la plus connue du XVIe siècle. Vu sa popularité, et le grand nombre de sites qui lui sont consacrés outre-manche et au delà (un exemple ici), je n'entend pas reconstituer une galerie iconographique exhaustive, du moins pour le moment. Je m'attacherais à présenter les portraits principaux, en particulier ceux de la période française, Marie étant plus connue pour sa couronne d'Ecosse que pour sa couronne de France.
Portrait de Marie Stuart à la cour de France
Marie grandit au côté des enfants de France et comme chacun sait, reçoit une éducation à la française.
Ce dessin rehaussé de couleur est vraiment très beau. Marie porte en coiffe un french hood, un petit col plissé en godrons (qui annonce les fraises), une guimpe (nouvellement à la mode pour cacher les épaules) et des manches très larges typiques des années 1540.
Il existe au musée Condé un autre dessin de Marie mais d'une qualité inférieure. L'enfant y est représentée plus jeune.
Marie Stuart porte un chaperon blanc et un col montant.
Source : Henri Malo, Les Clouet de Chantilly, Paris, Laurens, 1932 (Chantilly, musée Condé)
en couleur dans la base Joconde
Portrait de Marie Stuart étant jeune dauphine (vers 1558).
Source (Paris, BnF)
Ce dessin a probablement servi à réaliser les portraits suivants. Ils représentent Marie reine de France. Il existe une réplique (plutôt médiocre) au château de Beauregard.
Source (Londres, Victoria and Albert Museum)
La miniature représentant François II et Marie Stuart dans le livre d'heure de Catherine de Médicis a probablement été fait vers 1572. Elle représente le roi à titre posthume. Le visage de la reine reprend celui des portraits précédents.
Il existe deux petits autres portraits qui représentent le couple royal. Marie est représentée beaucoup plus jeune. Le costume qu'elle porte confirme qu'il s'agit d'un portrait réalisé au cours des années 1550.
La date et la raison de ce portrait reste à déterminer.
Marie Stuart devient veuve le 5 décembre 1560. Elle n'a que 17 ans.
François Clouet l'a dessiné arborant le voile blanc. Le portrait est connu car plusieurs portraits peints ont été réalisé à partir du dessin.
Source (Paris, BnF)
Voici les trois peintures qui me semblent les mieux réalisées. Ce portrait a beaucoup été recopié, y compris au XIXe siècle, mais la plupart ne sont que des copies assez fades et sans beaucoup de ressemblance physique avec le dessin original. Le plus beau est sans aucun doute le portrait du musée Carnavalet (en petite reproduction ici).
Source (Paris, musée Carnavalet)
Source (Château de Blois)
Source (The Wallace collection)
Élisabeth d'Autriche (1554-1592)
Fille de l'empereur Maximilien II d'Autriche, Elisabeth appartient à la famille des Habsbourg de la branche autrichienne. Elle est née d'une union consanguine puisque son père s'avère être le neveu de l'empereur Charles Quint tandis que sa mère Marie de Habsbourg est elle-même la fille de Charles Quint. Ses parents sont donc cousins germains.
Elisabeth aurait pu elle-même établir une union consanguine en épousant son oncle Philippe II d'Espagne mais celui-ci avait exigé son aînée. Catherine de Médicis et Philippe II sollicitaient en effet en même temps la main de l'archiduchesse Anne, soeur aînée d'Elisabeth, mais Philippe II avait fait valoir auprès de son impérial cousin que ses droits étaient bien supérieurs à ceux du roi de France. Charles IX se contenta donc de la cadette.
Portrait d'Elisabeth d'Autriche
Le mariage entre le jeune roi de France et la fille cadette de l'empereur se fait à l'occasion d'un rapprochement franco-allemand. Il a lieu le 26 novembre 1570 à Mézières. Il a 20 ans, elle en a 16. Leur entrée dans la ville de Paris en mars 1571 est grandiose.
Le portrait représente Elisabeth dans un costume et une mode viennoise (la coiffe en ratepenade est carrée au lieu d'être arrondie ; voir à ce propos le portrait de sa mère Marie, édifiant quant à la ressemblance). S'agit-il d'un portrait fait au moment du mariage avant qu'elle ne devienne la reine de France ?
On remarquera l'inscription erronée au bas du dessin qui l'identifie à tort comme étant Elisabeth de France, reine d'Espagne, sa belle-soeur.
Source : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924
Portrait de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche dans le livre d'heures de Catherine de Médicis
Le portrait de la reine dans la miniature semble reprendre le portrait précédent. Elle y porte le même costume (on retrouve sur sa poitrine la présence de la grande croix)
Charles IX et Elisabeth eurent une fille unique, Marie-Elisabeth, née le 27 octobre 1572.
Portrait d'Élisabeth par François Clouet
François Clouet a réalisé le portrait de la reine vers 1571 -1572. Plusieurs peintures en ont été tirées dont celle que possède aujourd'hui le Louvre, connue comme un chef-d'oeuvre du portrait du XVIe siècle français.
Le portrait de Clouet présente une vision plus idéalisée que les portraits précédents. Les historiens de l'art (voir E. Jollet) ont montré récemment que malgré le réalisme des détails, l'artiste avait tendance à représenter une face enjolivée des personnages qu'il portraiturait.
Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)
Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)
Source : C. Constans, Musée national du château de Versailles, 3 vol., Paris, RMN, 1986 (Versailles, musée du château)
Portrait d'Elisabeth d'Autriche
Il s'agit d'un très beau portrait en pied digne d'un Clouet où la reine porte à la place des épaulettes de larges manches en fourrure comme les dames en portaient du temps du roi François Ier. C'est assez curieux d'autant qu'elle porte également le French hood propre à ce règne là.
Quel en est l'auteur (Van Straeten ?) ? Quel en est la date ? Du XVIe ?
Source : Oronoz (Madrid, monastère Descalzas)
Portrait d'Elisabeth d'Autriche
Il s'agit d'un pendant d'un portrait du roi appartenant au musée du Louvre.
Elisabeth porte toujours la coiffe à la ratopenado, typique de l'époque, mais nouveauté par rapport au portrait précédent, elle porte une toque, agrémentée de plumes et de bijoux précieux.
Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)
Il existe un portrait quasi similaire. Le costume est le même hormis la coiffe (absence de la toque). Est-ce une copie d'époque ?
Source : (Chicago, The art institute)
Portrait d'Elisabeth d'Autriche, veuve
Elisabeth devient veuve en mai 1574, après seulement trois années de mariage. La jeune reine n'a que 19 ans. Elle demeurera encore en France pendant un an et demie puis retournera chez elle en Autriche en laissant sa fille à la cour de France.
Le tableau ne semble être qu'une copie assez tardive d'un portrait peint d'après le dessin (le voile de la veuve a disparu).
Portrait d'Elisabeth d'Autriche, veuve
Il s'agit d'un très joli portrait en pied qu'on peut dater de 1575 environ (à cause de la fraise et de la coiffe). La reine porte encore une robe de deuil, avec un voile transparent qui descend jusqu'à la ceinture. Dans sa main gauche, elle tient le mouchoir qui rappelle la mort de Charles IX son mari.
Source : royaltyguide (Château de Nelahozeves, République tchèque)
La petite miniature des Offices a pris le tableau en modèle.
Source (Florence, musée des Offices)
Portrait d'Elisabeth d'Autriche
Représentée dans le courant des années 1580, chez elle en Autriche. La reine de France ne s'est jamais remariée et a conservé son deuil toute sa vie.
S'agit-il de son dernier portrait ?
Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Portrait de Marie Stuart 






