02 juin 07

Les portraits de Marguerite de Valois (1553-1615) 

Marguerite de ValoisPlus connue sous le nom de la reine Margot, Marguerite de Valois s'est rendue célèbre pour son glamour, son esprit éclairé et son destin hors du commun.

Princesse adulée, femme courtisée et chef de file de la mode, Marguerite fut durant les années 1570 l'un des plus beaux ornements de la cour de France. Les poètes et les écrivains ont beaucoup loué et chanté sa beauté au point que la réputation de ses charmes perdure encore aujourd'hui.

Toutefois, l'étude de ses portraits remet partiellement en question cette image romantique. Marguerite ressemblait beaucoup à sa mère Catherine de Médicis, connue pour sa disgrâce physique, et -canon de l'époque - Marguerite était d'une assez bonne chair qui ne fit que s'accentuer avec l'âge.

Galerie de portraits de Marguerite

 

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Marguerite enfant


Marguerite de Valois (Chantilly)Marguerite de Valois, BnFPortrait de Marguerite de Valois enfant

Source : (Paris, BnF)

Portrait de Marguerite de Valois par François Clouet (à droite)

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

Marguerite de Valois en 1561 (Chantilly)

Portrait de Marguerite en 1561, vers l'âge de 8 ans 

La peinture procède du dessin fait par François Clouet (ci-dessus). Le dessin a été commandé au peintre au moment de l'avènement du petit roi Charles IX.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

 

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Extrait de la famille royale (vers 1564)

Marguerite apparaît sur le tableau de la famille royale peint vers 1564. Elle se tient debout, derrière ses deux frères aînés, le roi Charles IX et le futur Henri III. Elle tient sa ceinture dans la main et sa robe ouverte sur le devant, traîne à terre.

Marguerite suit le roi sur les routes de France. On a dans ses mémoires, un récit fort touchant des festivités qui eurent lieu sur une île à la frontière franco-espagnole, lors de l'entrevue Bayonne en 1565. 

Source : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924





Marguerite adolescente (Bnf)Portrait de Marguerite adolescente, réalisé vers 1565-1570 

Source : (Paris, BnF)

Voir également le portrait de la BnF que je propose d'identifier à Marguerite.

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La mariage de Marguerite


Marguerite de Valois vers 1570-1572 (BnF)Portrait de Marguerite réalisé vers 1570-1572

A l'approche de ses 18 ans, Marguerite fait partie des princesses européennes à marier. Depuis sa naissance, elle fait l'objet de spéculations dans les cours d'Europe, mais le choix final de l'époux revint à Catherine de Médicis qui à défaut de la marier au prince du Portugal, la maria au jeune prince du sang, Henri de Bourbon, fils de la reine de Navarre, Jeanne d'Albret.

Le mariage de Marguerite de Valois, moment important dans la vie d'une princesse, est à l'origine de plusieurs portraits dont voici quelques exemples.

Si Marguerite était réputée, c'était moins pour sa beauté que pour son glamour et son goût pour la mode. Marguerite faisait un très grand usage d'artifices pour paraître belle. On la voit par exemple sur le portrait les cheveux frisés.

Source: (Paris, BnF)

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Marguerite de Valois vers 1572 (Chantilly)Portrait de Marguerite de Valois vers 1572

C'est un tableau probablement peint à l'époque du mariage de la princesse. Comme toute femme issue de la noblesse, son teint est blanc comme la neige. Portant un léger décolleté, signe du renouveau de la mode, Marguerite affiche son appartenance à la cour de France. 

Quand sa future belle-mère, Jeanne d'Albret, la rencontra pour la première fois, celle-ci fut heurtée par son apparence. La très puritaine reine de Navarre avait passé les dix dernières années de son règne à chasser de sa cour les superfluités de la vie mondaine. Elle avait fait appliquer dans ses états une morale calviniste très stricte et son intransigeance l'avait brouillé avec d'autres protestants plus modérés.

Au printemps 1572, elle débarqua à la cour de France, remplie de préventions. Son espoir était que Marguerite soit récupérable. Ce fut une déception quand elle comprit que sa future bru avait l'intention de rester catholique et - pire peut-être - qu'elle était soumise aux vanités de la cour.

Dès lors, les négociations pour le mariage furent pour Jeanne d'Albret très pénibles. C'est avec beaucoup d'amertume qu'elle signa le 11 avril, les clauses du contrat de mariage unissant son fils à Marguerite. Elle craignait non sans raison que sous l'influence de la cour des Valois, son fils abandonna l'éducation calviniste qu'elle lui avait transmise. Ce qui ne manqua pas d'arriver.

L'existence du puritanisme protestant est une donnée essentielle à connaître pour appréhender l'image de dépravée véhiculée sur le compte de Marguerite par l'historiographie orientée du XVIIIe et XIXe siècles. Les écrivains et les scénaristes du XXe et XXIe siècles en sont encore très dépendants.

Marguerite de Valois (Versailles)Marguerite de Valois

Les deux portraits suivants sont à peu près de la même époque. Le premier reprend les traits du portrait précédent mais le costume est différent. Marguerite est représentée avec un voile en forme de conque, caractéristique de la mode de cette époque. Pour quelle occasion, Marguerite est-elle habillée ainsi ?

Le deuxième portrait n'est qu'une copie de qualité inférieure du portrait du dessus. Le traitement du costume offre moins de détails et la coiffure est négligée.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

Source : Rmn (Versailles, musée du Château)

Source : Bridgeman art (collection privée)

Article modifié en février 2012

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Henri de Navarre et Marguerite de Valois dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFPortraits de Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, roi et reine de Navarre représentés vers 1572 sur une miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis.

Leur mariage a été célébré sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 18 août 1572. Après plusieurs jours de fêtes, il fut terni par le bain de sang de la Saint-Barthélemy. Comme beaucoup de ses coreligionnaires, Navarre fut contraint de revenir au catholicisme.

Cet épisode dramatique marque pour la princesse le point de départ d'une vie conjugale très mouvementée. Marguerite était une femme du monde, portée sur l'entretien des moeurs raffinées de l'aristocratie. Son époux Henri était plus désinvolte. Volage, ingrat et parfois indécent, il pouvait se montrer à l'égard de son épouse autant rustre que serviable. Après avoir accepté et supporté les indélicatesses de son mari pendant dix ans, Marguerite devait prendre le parti en 1583 de « l'abandonner » .

Marguerite, extrait du livre d'heuresLes deux époux sont représentés en prière, les mains jointes, revêtus du manteau royal et d'une couronne. 

Marguerite porte un resplendissant décolleté, mis en valeur par une collerette ouverte, départ d'une mode qui va se développer pendant plusieurs décennies. En coiffure, elle porte une perruque blonde confectionnée selon la légende à partir des cheveux de ses valets. Sur la miniature, la princesse paraît beaucoup plus âgée qu'elle n'était en 1572 (ou 1574 date limite de la réalisation des miniatures du livre d'heures de Catherine de Médicis). Son portrait laisse déjà transparaître l'embonpoint qui l'accompagnera sa vie durant.

Source : (Paris, Bnf)

 

 

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Sous le règne d'Henri III


margotPortrait de Marguerite vers 1575

Ce joli dessin de la BnF, rehaussé de couleur, est certainement l'un des plus beaux portraits de la reine de Navarre. Il est l'un de ceux qui retranscrivent le mieux la beauté si bien décrite par ses contemporains (Brantôme par exemple).

Marguerite était une princesse passionnée par la mode et l'entretien de son apparence. Sur le portrait, on la voit avec un teint blanc rehaussé de rouge sur les joues. A l'époque médiévale de l'amour courtois, le rouge et le blanc constituaient une association de couleur très appréciée de l'aristocratie. On la retrouvait notamment dans les romans. Protectrice des lettres et héritière d'un mode de vie aristocratique, Marguerite contribuait à renouveler et à perpétuer les traditions chevaleresques.

Ce dessin a du servir à l'élaboration d'un portrait peint. Malheureusement, celui-ci ne nous est pas parvenu. Il subsiste aujourd'hui deux copies qui prouvent qu'il a existé :

Marguerite de Valois (Puy-en-Velay)Marguerite de Valois (Blois)Ces deux copies sont malheureusement d'une qualité plutôt médiocre (par rapport au dessin). Aucun des deux n'a su retranscrire avec fidélité le physique particulier de la reine de Navarre.

Le premier est à Blois, le second est au Puy-en-Velay, au musée Crozatier (source: 1st-Art-Gallery).

(je propose sur un autre blog un essai de reconstitution de la robe de Marguerite : ici)

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Marguerite de Valois par HilliardPortrait de Marguerite de Valois, réalisé par Nicholas Hilliard en 1577

Si cette miniature est d'une qualité remarquable, le portrait du visage, en lui-même, surprend beaucoup. Marguerite paraît empâtée, ce qu'elle était peut-être, mais ici, son embonpoint paraît exagéré. De plus, on ne reconnaît pas d'emblée les traits physiques de la princesse. Le principal élément qui permet de confirmer l'identité du portrait est l'énorme perruque blonde que la reine de Navarre portait usuellement.

L'intérêt du portrait réside également dans le regard altier du modèle. A travers sa superbe, il fait apparaître le caractère orgueilleux et trempé de la reine. C'est ce tempérament supérieur ne souffrant pas les humiliations qui devait la mettre si souvent à mal avec le roi son frère. Les historiens ont souvent des difficultés pour expliquer la haine qui opposait Henri III à sa soeur. Le roi ne pouvait tout simplement pas souffrir la présence d'une majesté concurrente à la sienne. Il ne pouvait y avoir deux soleils à la cour.

On soulignera la richesse du costume si typique des années 1577-1580, où l'on voit apparaître sur les épaulettes, le buste et la robe, un ensemble très surchargé de noeuds, de pompons et même de petites fleurs (élément de comparaison avec le portrait d'une dame de la cour de France en 1577, BnF)

Source : Berger collection (Denver, Art Museum)

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Marguerite, Charles III et Henri III de Navarre, extrait de la tapisserie des ValoisPortrait de Marguerite de Valois sur l'une des tapisseries des Valois

La reine de Navarre est représentée accompagnée de son mari, Henri de Navarre (en face d'elle), et de son beau-frère, Charles III duc de Lorraine (derrière elle), très reconnaissable à cause de ses grandes moustaches.

Les huit tapisseries des Valois aujourd'hui conservées à Florence sont encore pleines de mystère. On présume qu'elles ont été réalisées à la fin des années 1570, mais on ignore l'identité de leur commanditaire. Les personnages sont représentés sur un fond qui n'a rien à voir directement avec eux. Sur cette tapisserie seraient représentées les festivités nautiques de l'entrevue de Bayonne (1565). La scène a pour modèle le dessin qu'en avait fait l'artiste Antoine Caron à l'époque.

Les joutes nautiques de Bayonne, tapisserie des Valois (Florence)Les personnages du premier plan appartiennent, quant à eux, à la fin des années 1570, après 1578, l'année qui voit le rapprochement de Marguerite et de son époux après une séparation qui avait duré deux ans. A la cour de France, le roi et la reine de Navarre s'étaient brouillés. 

Source : Frances Yates, The Valois tapestries, 1959 (Florence, musée des Offices)  

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Le roi et la royne de Navarre, la reine-mère, extrait de la tapisserie des ValoisOn retrouve Marguerite de Valois sur deux autres tapisseries de la même série. Sur celle-ci, la reine de Navarre est représentée cachée derrière sa mère et son mari. On la reconnaît à sa perruque blonde et à sa bouille qui la rend si semblable à sa mère. 

L'impression qui domine dans cette image, c'est qu'entre les deux grands personnages historiques qui l'encadrent, Marguerite paraît comme prisonnière; un parallèle à une réalité matrimoniale et politique que le maître d'oeuvre de la tapisserie a peut-être songé à illustrer.

Depuis son mariage, Marguerite avait un rôle politique d'une grande importance à jouer, celui de garder Navarre dans le giron de la monarchie. Dans le contexte des troubles politiques de l'époque, Marguerite était le pont d'alliance établi entre le roi de Navarre, prince du sang et trublion potentiel d'une part et la reine-mère, garante des intérêts de la couronne d'autre part. C'est bien pour maintenir le prince Henri sous tutelle que Catherine de Médicis ramena Marguerite auprès de lui en 1578.

Seulement la mauvaise volonté de Navarre et les aléas des conjonctures politiques devaient porter préjudice à cette alliance. Prise à partie par les deux côtés,  Marguerite devait tremper dans la trahison et après des aventures dignes d'un roman, elle fut emprisonnée par son frère, déshéritée par sa mère et au final démariée par son mari.

Pour le commentaire de cette tapisserie voir également l'article dans la partie Catherine de Médicis.

Source : Frances Yates, The Valois tapestries, 1959 (Florence, musée des Offices)  

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