18 juil. 17


Claude_de_France_LouvrePortrait de la royne Claude conservé au musée du Louvre

Source : Agence photographique de la RMN

Les seuls portraits existants de la reine Claude sont des reproductions d'un dessin original de Jean Clouet aujourd'hui disparu.

Bien que très dépouillé, le portrait conservé par le musée du Louvre, est le plus intéressant au regard de la vraisemblance.

Les autres copies, réparties dans différentes collections, sont d'un intérêt très inégal (ci-dessous).

Le modèle représenté est toujours le même ; la reine porte une robe en décolleté, ouverte sur une guimpe et une coiffe nouée sous le menton, enserrant le visage, dans une configuration typique des années 1510.

 

 

Claude, musée du Louvre 3Claude, musée du Louvre 2Claude, CNUMClaude,
ChantillySource des images (de gauche à droite) : Base Joconde (Chantilly, Musée Condé) ; (Paris, Conservatoire numérique des arts et métiers) ; Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Rmn (Paris, musée du Louvre) (Ashmolean museum) ; (Ashmolean museum) ; (Osterreichische Nationalbibliothek)

Claude, Osterreichische NationalbibliothekClaude, Ashmolean museumClaude, Ashmolean museum 2
 

 

 

 

 

Claude de France entourée des princesses de France dans le livre d'heures de Catherine de MédicisLe portrait a servi de modèle à plusieurs reproductions du XVIe siècle.

On le retrouve dans une miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis représentant la reine Claude au centre d'un portrait de famille composé de ses filles (Louise, Madeleine et Marguerite), de sa soeur cadette, Renée (en bas à droite) et d'Eléonore de Habsbourg.

L'image est très artificielle, car les visages représentés appartiennent des époques différentes. Mais en plaçant la reine en situation dominante, c'est le modèle matriarcal incarnée par Claude qui est mis à l'honneur, et proposé en modèle par Catherine de Médicis.

Source : (Paris, BnF)

 

Claude, musée du LouvreClaude, Kunsthistorisches museum

Claude, musée des Offices

Le portrait a servi de modèle pour différentes peintures aujourd'hui réparties dans différentes collections européennes :

Le musée des Offices de Florence conserve une belle miniature de la reine Claude, peinte dans les années 1570 (première image à gauche) ; le Kunsthistorisches museum détient un portrait de qualité médiocre mais qui s'intégrait dans une galerie de portraits (comme il était courant d'aménager dans les demeures nobiliaires du XVIe siècle) ; le musée du Louvre conserve un petit portrait en pied qui représente la reine dans une robe fleurdelysée.

Source : ? (Florence, musée des Offices) ; Kulturpool (Kunsthistorisches museum) ; Agence photographique de la RMN (Musée du Louvre)

Claude, musée du Louvre

Représentation de Claude de France sur le retable de Sainte Chapelle réalisé en émail par Léonard Limousin en 1553

Le médaillon dans lequel est représentée la reine fait partie de la décoration d'un retable destiné à la Sainte Chapelle.

La reine est placée face à son mari dans un médaillon distinct. Leur représentation en priant font pendants à deux autres médaillons illustrant Henri II et Catherine de Médicis. Le retable inscrit le nouveau couple royal dans la continuité de celui incarné trente ans plus tôt par Claude et François de Valois.

Source : Agence photographique de la RMN (Paris, musée du Louvre)

 

Claude, gisantGisant de Claude de France sculpté par François Carmoy et Pierre Bontemps pour le tombeau commandé par Henri II à la basilique Saint-Denis

En mémoire de ses parents, le roi Henri II fit ériger à la basilique Saint-Denis un tombeau monumental dans lequel le roi François et la reine Claude sont représentés de façon très réaliste.

Claude, gisantClaude, gisantIl s'agit de transis représentant le couple royal de façon cadavérique. La reine Claude, allongée à côté de son époux est représentée nue, et la face émaciée.

Francois-1-Claude-de-FranceLa statue de la reine placée au sommet du tombeau, plus classique dans les formes, est moins intéressante. Claude est représentée en orant, les mains jointes, agenouillée derrière un prie-Dieu. Elle est accompagnée de sa famille, époux, fils et fille. Son visage est moins individualisé que le transi.

La différence de traitement entre les deux statues s'explique par les complications subies par le chantier d'édification du tombeau. Plusieurs sculpteurs se sont succédés pour terminer la décoration de l'édifice et à la mort du roi Henri II, le tombeau n'était pas terminé.

Source des images : Akg-images ; Akg-images AGORHA

 

 

Article initialement posté en décembre 2007

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26 févr. 18

Claude de France (1547-1575)


Claude de France, duchesse de Lorraine, musée BonnatPortrait de Claude de France, dessiné par François Clouet en 1559 et aujourd'hui conservé au musée Bonnat de Bayonne

Source de l'image : Agence photographique de la RMN (Bayonne, musée Bonnat)

Claude de France est la deuxième fille d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elle est leur troisième enfant (après le dauphin François et la princesse Elisabeth). Elle naît en 1547, quelques mois après l'avènement de son père au trône de France.

Pour l'historienne Alexandra Zvereva1, ce dessin a été réalisé en 1559, à l'occasion du mariage de la princesse avec le duc Charles III de Lorraine. Claude de France n'est alors âgée que de douze ans.

Ce mariage s'inscrit dans la volonté politique du roi Henri II de s'attacher le duché souverain de Lorraine à une époque où les frontières du royaume sont bouleversées par les négociations du Cateau-Cambrésis. Le duc Charles, âgé de 15 ans, était depuis quelques années, un otage de la cour de France. Il vivait à la cour comme compagnon d'enfance du dauphin François, tandis qu'Henri II maintenait la Lorraine sous son influence. 

L'avènement du Dauphin François comme roi de France quelques mois après le mariage permit au jeune souverain lorrain de revenir dans son duché et d'en prendre possession, avec Claude à ses côtés et son beau-frère, le roi de France.

Claude de France, BnFPrincesse d'un tempérament discret, Claude de France est restée relativement peu connue. La raison  principale est qu'elle disparaît assez jeune, à l'âge de 27 ans. A la naissance de son premier fils en 1563, Claude n'a que 15 ans seulement. Elle met ensuite au monde une dizaine d'enfants et meurt en couches.

La bibliothèque nationale de France conserve un autre portrait de la princesse Claude (ci-contre).

Source de l'image : (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

Claude_de France_alte_pinakothekv2Portrait de Claude de France, duchesse de Lorraine, peint par François Clouet et aujourd'hui conservé à l'Alte Pinakothek de Munich 

Source de l'image : Sammlung  (Munich, Alte Pinakothek)

Il s'agit d'un très beau portrait peint vers 1565-1570, et probablement commandé par la reine Catherine de Médicis (le dessin original n'est pas connu).

Claude de France entretenait des rapports très étroits avec sa mère. Régulièrement, elle se déplaçait pour lui rendre visite, partageant sa vie entre la cour de France et celle de Nancy.

Claude est ainsi présente au mariage de sa soeur Marguerite en 1572 ; Marguerite raconte dans ses mémoires comment les pleurs de sa soeur l'avaient inquiété à quelques heures du massacre de la Saint-Barthélémy. Quelques semaines auparavant, alors qu'elle n'était encore que sur le chemin de Paris, Claude était tombée vivement malade. Partie à la rencontre de sa fille, Catherine de Médicis était restée auprès d'elle durant la rémission de sa maladie ; c'est un choix étonnant quand on sait qu'à ce moment précis de l'Histoire, les tensions politiques suscitées par les préparatifs du mariage sont au plus fort dans la capitale. Il montre combien Catherine de Médicis était attachée à (certains de) ses enfants.

Charles III et Claude de France dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFParfois, c'est la reine-mère elle-même qui se déplaçait à la cour de Lorraine. C'était l'occasion pour elle de voir sa fille, mais aussi ses petits-enfants (elle s'y trouve ainsi en 1560, 1564, 1569 et 1573).

L'oeuvre de Clouet conservée à Munich a servi de modèle au portrait du livre d'heures de Catherine (ci-contre).

Claude y est représentée avec son époux, le duc Charles. La miniature a été peinte vers 1573 quelques temps avant la mort de la duchesse. Sa mort prématurée survenue le 21 février 1575 provoqua chez la reine Catherine une profonde affliction (au point qu'elle adressa des reproches au roi Henri III sur l'indifférence du traitement de ce drame au sein de la cour). Après la mort de son épouse, le duc Charles III continua de rendre visite à sa belle-mère de façon régulière. Sa fille Christine était elévée à la cour de France et lui même touchait une pension de la part d'Henri III. Quelques années plus tard, les tensions déclenchées par la Ligue finirent par le brouiller avec lui.

Claude_de France__KhE2Claude de FranceLe portrait de à Munich a également fait l'objet de plusieurs copies dont l'une se trouve au musée de Versailles (ci-contre, image de gauche).  

Source des images : Agence photographique de la RMN (Versailles, musée national du château), (Vienne, Kunsthistorisches museum)

 

 

 

Claude de France, musée des OfficesPortrait en pied de Claude de France conservé au musée des Offices de Florence

Source de l'image : Polo museale fiorentino (Florence, musée des Offices)

Ce portrait magnifique, grandeur nature, représente la duchesse Claude dans un costume de cour particulièrement clinquant. Compte tenu de la rareté des portraits en pied dans l'art français du XVIe siècle, il constitue une perle pour l'iconographie des derniers Valois.

Claude porte un costume qui peut être daté de la seconde moitié des années 1570. Peut-être est-ce un portrait commandé par Catherine de Médicis, au lendemain de la mort de sa fille (1575).

Il faut s'imaginer que la reine Catherine possédait dans sa superbe galerie de son hôtel parisien aujourd'hui détruit, tous les portraits de ses enfants dans un style aussi semblable.

L'historienne de l'art Alexandra Zvereva propose de dater les portraits de cette galerie, entre 1576 et 15782. Peut-être faut-il chercher là, la genèse de ce très beau portrait de Claude de France.

Claude de France dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFComment expliquer la présence de ce tableau à Florence ? Peut-être fait-il partie des biens que Christine de Lorraine, petite-fille de Catherine de Médicis avait reçue en héritage. La fille de Claude, devenue grande-duchesse de Toscane avait emporté avec elle une partie des trésors de sa grand-mère. Il semble évident que de cet héritage, Christine était parvenue à récupérer plusieurs portraits de sa mère.

En plus du grand tableau, le musée des Offices conserve également un portrait de Claude sous forme de miniature (en émail). Le modèle reste le même, et a inspiré une (autre) miniature qui se trouve dans le livre d'heures de la reine (image ci-contre) ; le livre d'heures de Catherine de Médicis contient donc deux portraits de la duchesse Claude.

Ce portrait est finalement très important dans l'iconographie de la duchesse Claude car c'est celui qui sera sans cesse recopié après sa mort.

Source de l'image du livre d'heures: (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 


Première édition de cet article le 04 mai 2007.

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 301. Alexandra Zvereva mentionne l'existence d'un autre portrait conservé au Musée de Basse-Saxe de Hanovre. Pour ma part, je me demande s'il ne faudrait pas plutôt y voir le portrait de sa fille Christine. Le type de coiffure et les traits du visage que Christine partageait avec sa mère, me font penser à cette possible identification.

2. Alexandra ZVEREVA, La galerie de portraits de l’hôtel de la Reine (hôtel de Soissons), in Bulletin monumental, tome 166-1, 2008, p. 33-41 (en ligne sur Persée)

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Claude de France, portrait posthume, musée des OfficesPortrait posthume de Claude de France conservé au musée des Offices de Florence

Source de l'image : Kunst für alle (Florence, musée des Offices)

Il est difficile de reconnaître dans ce portrait le visage de la duchesse de Lorraine. L'interprétation maladroite du costume confère au tableau une certaine dissonance que vient renforcer le caractère baroque du décor ; c'est un portrait posthume, peint au XVIIe siècle. Son approximation est assez symptomatique des portraits que les descendants de Claude ont commandés longtemps après sa mort.

Décédée à 27 ans, la duchesse de Lorraine a peu connu ses enfants. Sept survivront à l'âge adulte et entretiendront le souvenir de leur mère par la commande de portraits. Cela explique qu'il existe pour Claude un grand nombre de portraits posthumes.

Pour les princes lorrains il s'agit de rappeler leur ascendance illustre. Par leur mère, ils sont apparentés à la maison de France. Cette parenté royale poussera d'ailleurs le duc Charles à manoeuvrer pour imposer son fils Henri, comme roi de France, à la mort d'Henri III (1589).

Claude de France, MunichClaude de France, musée des OfficesBeaucoup de ces portraits semblent être des copies ou des reprises du portrait en pied des Offices où la duchesse Claude porte une belle rouge à vertugadin (voir l'article précédent). Ce sont généralement des imitations assez pâles, dans lesquelles il est difficile de reconnaître les traits de Claude. Le costume lui-même est une réinterprétation (plutôt maladroite comme dans le premier tableau ci-dessus). Dans les exemples ci-contre, l'artiste a  toutefois respecté les élements propres à la mode des années 1570, comme la guimpe, la fraise de forme évasée et la coiffure en ratapenade.

Source des images : Alinari (Florence, musée des Offices), Sammlung (Munich, Alte Pinakothek)

 

Carlo III duca di Lorena e Claudia di Francia, UffiziPortrait du couple ducal Charles III et Claude peint au XVIIe siècle

Source de l'image : Polomuseale (Florence, musée des Offices)

La duchesse Claude est souvent représentée en compagnie des membres de sa famille, de son époux ou de ses enfants. 

Sur ce double portrait, l'image de Claude est figée dans une représentation éternellement juvénile, tandis que l'époux qui l'accompagne est représenté, d'après un portrait peint vers 1600, quand il avait une soixantaine d'années. Le duc Charles ne s'était jamais remarié, et décéda en 1608, trente trois ans après son épouse. 

 

L'Institution du rosaire, musée lorrainPortrait de la famille ducale dans L'institution du rosaire, oeuvre peinte en 1597 et conservé au musée lorrain de Nancy1

Source de l'image : (Nancy, musée lorrain)

Il s'agit d'une peinture de 3 mètres de haut, commandée par le duc Charles III pour l'église des Minimes de Nancy. Elle témoigne de l'engagement du prince lorrain dans la Réforme catholique. Charles III fait partie des princes catholiques de cette fin de siècle qui favorisent les nouvelles formes d'expression de piété religieuse comme l'a été le rosaire.

L'originalité de ce tableau est que la scène religieuse s'accompagne d'une série de beaux portraits des membres de la famille ducale. Le couple ducal est placé au centre de la composition et de part et d'autres, sont représentés leurs enfants, ainsi que le pape Pie V et sainte Catherine de Sienne, connus pour leur engagement en faveur du rosaire.

Derrière la duchesse Claude, sont représentée quatre de ses filles. Le tableau a été peint 20 ans après sa mort, Claude est donc représentée avec des enfants qu'elle n'a pas eu le temps de voir grandir. De gauche à droite : Christine grande duchesse de Toscane (30 ans), Catherine, future abbesse de Remiremont (22 ans), Antoinette, future duchesse de Juliers (27 ans), et Elisabeth, duchesse de Bavière (21 ans).

Portraits de la famille ducale avec Pie V et Sainte Catherine, musée lorrain

 

 

 

 

 

Claude de France, musée du PradoGalerie de portraits des princesses de la maison ducale de Lorraine, peinte en 1599, sur deux toiles conservées au musée du Prado

Source de l'image : (Madrid, Musée du Prado)

La duchesse Claude figure en seconde place, dans un costume rouge qui est le même que le tableau en pied des Offices.

Elle se tient derrière sa belle-mère, Christine de Danemark, une autre figure historique de la famille en tant que nièce de Charles Quint et femme de caractère. Celle-ci avait été régente du duché de Lorraine durant la minorité de son fils Charles ; jusqu'à l'intervention française de 1552.  C'est pour briser l'influence impériale exercée par Christine, qu'Henri II était venu en Lorraine et avait pris le contrôle de l'enfant. Lorsque cette galerie de portraits est peinte, elle aussi était décédée depuis longtemps.

Derrière Claude, sont représentées ses filles, chacune habillées dans des robes différentes, dans le style de la fin du siècle.

Princesses de la maison de Lorraine, musée du Prado

 

 

 

 

 

 


Première édition de cet article le 04 mai 2007.

1. J.THUILLIER et C. PETRY (dir.), L’art en Lorraine au temps de Jacques Callot, Paris, Rmn, 1992, p. 356.

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04 août 18

Les portraits de Charles IX (1550-1574)

 

Charles IXRoi de France à l'âge de 10 ans, Charles IX a eu le malheur de devenir le souverain d'un royaume en déliquescence, pris en otage par les factions politiques et les groupes religieux extrémistes. Les guerres de religion étaient inévitables et le pauvre enfant n'y pouvait rien, pas plus qu'il ne pouvait empêcher les atrocités commises durant la nuit du 24 août 1572 et les jours suivants.

Enfant, il avait du assister à de nombreuses réunions de tractations politiques, sans résultat probant de paix durable. Devenu adolescent, Charles se réfugia dans les activités sportives. Au grand dépit de sa mère, il fuyait l'exercice du pouvoir, s'épuisant à courir le gibier dans de longues parties de chasse. Il faut attendre les événements dramatiques de la fin de son règne, pour que le jeune roi prenne conscience de ses responsabilités d'adulte et gouverna. Mais, il décéda à l'âge de 23 ans.

Sur le plan iconographique, le fait que Charles IX soit devenu roi très jeune permet d'avoir de lui des portraits à toutes les étapes de sa vie. Cette série d'articles permet de le voir évoluer physiquement. A travers ses portraits, on le voit grandir, mûrir, prendre de la barbe et vieillir prématurément. 

Galerie de portraits de Charles IX

 Les articles ont été publiés une première fois, le 28 juin 2007 et réédités, après refonte, le 04 août 2018.

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Le duc d'Orléans (1550-1559)


Charles-Maximilien, musée CondéCharles-Maximilien, musée des Offices

Portraits de Charles-Maximilien, futur roi Charles IX, dessinés vers 1551 et 1552, par Germain Le Mannier

Charles-Maximilien est le troisième fils d'Henri II et de Catherine de Médicis. Il naît le 27 juin 1550 au château de Saint-Germain-en-Laye.

Ce sont les inscriptions sur les dessins qui permettent d'identifier les portraits. D'après l'historienne Alexandra Zvereva, ce serait Catherine de Médicis elle-même ou l'un de ses secrétaires qui annotaient les dessins. La reine les commandait pour s'assurer de la bonne santé de ses enfants ; les petits princes vivaient à l'écart de leur mère, protégés des problèmes d'hygiène et de sécurité inhérents à la vie de cour 1.

Garçon au chat, musée CondéIl existe au musée Condé de Chantilly un tableau qui offre une image similaire. Le portrait n'est pas identifié, mais on pense qu'il s'agit aussi du prince Charles, car l'oeuvre est datée de 1553 1.

Comme sur le portrait à raquette, l'enfant porte sur la tête, le béguin et la toque plate, et autour du cou, un collier pendant. Tandis que le dessin le représente avec une raquette, évocation du jeu de paume qui faisait fureur à l'époque, la peinture le représente en train de jouer avec un petit chat.

Source des images : Moreau-Nélaton, Le portrait ... (Florence, musée des Offices) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ;Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

   

Charles IX, British museumPortrait identifié par une annotation à Charles-Maximilien, conservé au British museum et attribué à François Clouet

Ce portrait n'est guère plus tardif que les précédents, car le petit prince porte encore le béguin. Il est probable qu'il soit encore revêtu de sa robe d'enfant. Par-dessus cette robe, il est habillé d'un col blanc de forme pointue, rabattu sur un col de fourrure.

L'historienne Alexandra Zvereva identifie ce portrait au prince Alexandre-Edouard, futur Henri III 2.

Source de l'image  : (Londres, British museum)

 

 

 

Charles-Maximilien, BnFPortrait identifié par une annotation à Charles-Maximilien, conservé à la BnF

C'est un dessin plus tardif que le précédent car le jeune prince ne porte ni le bonnet, ni la robe d'enfant. Il semble revêtu du costume masculin composé du pourpoint et du collet, signalant qu'il a fait son entrée dans le monde des adultes, traditionnellement fixée pour les enfants vers l'âge de 6 ou 7 ans.

L'identité du modèle reste à confirmer, car sa ressemblance avec les portraits de Charles n'est pas déterminante. Le jeune homme ne semble pas non plus avoir douze ans comme il est marqué en bas du dessin. Son habit n'a pas le même style que celui dessiné par François Clouet quelques années plus tard en 1561 (voir le portrait dans l'article suivant)

Source de l'image : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 


Notes.

1. Alexandra ZVEREVA, Le Cabinet des Clouet au château de Chantilly, Nicolas Chaudun, 2011, p. 27-28, 118-119. Voir également pour les deux précédents portraits, Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 302.

2. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 303. Voir la copie du XVIIIe conservée à la BnF et celle conservée au musée d'art et d'archéologie de Senlis sur la Base Joconde.

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L'enfant roi (1560-1565)


Portrait du roi Charles IX, peint et dessiné par François Clouet en 1561, respectivement conservés par le Kunsthistorisches museum et la Bibliothèque nationale de France

Charles IX, BnFCharles IX, Kunsthistorisches museumSource des images : (Vienne, Kunsthistorisches museum) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Charles succède à son frère François comme roi de France le 5 décembre 1560. Son accession au trône est évidemment l'occasion pour sa mère Catherine de lui faire tirer son premier portrait officiel.

Le roi a 10 ans. Étant mineur, le gouvernement de son royaume est confié à un conseil de régence, dominé par sa mère. Face aux tensions religieuses naissantes, Catherine de Médicis entend favoriser l'harmonie au sein de la cour et maintenir le royaume en paix, en fédérant les sujets autour de la personne du roi. La production et la diffusion d'un portrait officiel participe à cette nécessité de faire connaître l'image du roi. 

Selon l'historienne Alexandra Zvereva qui en a fait l'historique, le portrait original serait le dessin vendu aux enchères par Christie's le 26 janvier 2012. Malheureusement, l'oeuvre a été fortement dénaturée par des retouches largement ultérieures. Le dessin conservé par la BnF (illustration ci-dessus) ne serait que la copie réalisée par Clouet lui-même (ou son atelier) pour sa propre collection 1

Charles IX, VersaillesCharles IX, The Metropolitan museum of artCharles IX, Chantilly, musée CondéLa peinture du Kunsthistorisches museum (illustration ci-dessus) est le plus beau des portraits conservés de ce prototype. Il est celui qui a servi de modèle à un certain nombre de copies de plus ou moins bonne qualité, aujourd'hui réparties dans différentes collections (ci-contre).

De cette série de portraits, la Royal Collection conserve une miniature qui a appartenu au roi Charles Ier d'Angleterre (ci-dessous à droite). L'oeuvre est attribuée à François Clouet, mais déjà, à l'époque, on sait d'après les inventaires qu'elle était identifiée par les Anglais à François II (qui était le premier époux de Marie Stuart, grand-mère du roi Charles d'Angleterre), preuve que l'on ne conservait pas longtemps la mémoire des noms sur les portraits :

Charles IX, The Royal CollectionCharles IX, musée des Beaux-arts d'AngersSource des images : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; (New York, The Metropolitan museum of art) ;  Gettyimages (Versailles, musée du château) ; (Angers, musée des Beaux-arts)(Royaume-Uni, Royal Collection)

 

 

Charles IX, Christie'sPortrait de Charles IX dont la récente apparition sur le marché de l'art a permis de remettre en cause l'identité d'un tableau conservé par le musée Condé traditionnellement identifié à François II (ci-dessous à gauche).

Le tableau a été vendu chez Christie's en 2009. Il a pour modèle l'oeuvre de François Clouet. Il se différencie du beau portrait peint du Kunsthistorisches museum par la couleur bleue de l'arrière-plan, un cadrage élargi au niveau du buste, et un rendu du détail moins important. Néanmoins, l'enfant roi reste particulièrement reconnaissable.

Cette précision du détail n'existe pas dans le portrait conservé à Chantilly (ci-dessous à gauche). Celui-ci est très ressemblant mais la carnation est si faiblement rendu qu'on ne reconnaît pas d'emblée les traits de Charles IX. Cette simplicité picturale explique pourquoi on y a vu à tort, les traits de François II. Pendant longtemps, le tableau a été faussement identifié au frère aîné de Charles et présenté comme tel au msuée Condé. Avec la vente de Christie's, le portrait de Chantilly prend une toute autre signification ; la similitude de la pose, du costume et du visage, en fait une simple copie du premier.

Charles IX, Chantilly, musée CondéPortrait de Charles IX, autrefois identifié à François II (Chantilly, musée Condé)Par la couleur du fond, un autre portrait de Chantilly peut se rattacher à cette série de portrait (portrait ci-contre à droite).  Il représente Charles IX dans un cadrage élargi à la taille, la main au côté. La faible rendu de la carnation le rapproche de l'autre portrait de Chantilly.

A travers ces exemples, il est intéressant de voir combien les collections privées peuvent être enrichissantes pour comprendre les collections publiques et par la même occasion l'iconographie, l'art et les études historiques en général 2.

Source des images : Christie's (Vente du 29 janvier 2009 à New York) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)
 

Charles IX, Christie'sPortrait de Charles IX peint par François Clouet et récemment vendu aux enchères par Christie's

Source de l'image : Christie's (Vente du 8 décembre 2016 à Londres)

Ce portrait diffère de celui du Kunsthistorisches museum par l'absence de fourrure au niveau du col et des épaulettes. Son apparition dans une vente aux enchères permet de renouveler l'historique des portraits de Charles IX, en mettant à jour une nouvelle généalogie. Car ce tableau présente des points communs avec un portrait présent à  la Pinacothèque Tosio Martinengo de Brescia et un autre qui a été récemment vendu aux enchères chez Artcurial 3 (voir ci-dessous).

Le jeune garçon semble plus mature que dans le précédent modèle ; comme si l'intention était de donner à l'enfant, plus de présence et de crédibilité. L'oeuvre porte la date de "1561", mais le portrait aurait pu être peint pendant la première guerre de religion. Cet événement marquant pour le royaume et son roi aurait pu servir de prétexte à dresser et diffuser un portrait réactualisé de Charles IX.

Charles IX, Sotheby'sCharles IX, ArtcurialCharles IX, Brescia, Pinacoteca Tosio

Charles IX, Metz, musée de la Cour d'or

Source des images de gauche à droite : Wikimedia Common (Metz, musée de la Cour d'or) ; (Brescia, Musei Civici di Arte e Storia - Pinacoteca Tosio Martinengo) ; Artcurial (Vente du 21 mars 2018 à Paris) ; Sotheby's (Vente du 28 janvier 2005 à New York) 

 

Portrait de la famille royalePortrait du roi et de sa famille sur un tableau aujourd'hui disparu

Source de l'image : Louis DIMIER, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924

Le roi est représenté au centre du tableau, entouré de ses frères et sa soeur. Sa mère, le tient dans ses mains. Le tableau a été réalisé dans le contexte des guerres de religion. Cahterine de Médicis ne lâche pas celui qui incarne l'État et que d'aucuns, grands personnages de la noblesse aimerait avoir sous leur influence pour faire basculer le royaume dans leur camp.

La première guerre de religion s'achève en 1563. Le roi est déclaré majeur mais Catherine de Médicis continue de gouverner en son nom. La reine a fait avancer la déclaration officielle de sa majorité pour mieux asseoir la légitimité du pouvoir royal. Après une année de guerre fratricide dévastatrice, la Couronne était dans la nécessité de faire entendre sa voix aux gens de guerre et d''imposer la Paix à ses sujets.

 
 

Charles IX, in Recueil des effigies, BnF

Charles IX, in Chroniques de FranceCharles IX, Osterreichische nationalbibliothekReprésentations gravées de Charles IX insérées dans des ouvrages imprimées

Source des images : (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) 4 Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

La première estampe reprend le portait fixé par Clouet. La troisième représente le roi à mi-corps, en pleine page. Elle est tirée du Recueil des effigies des Roys de France 5, publié en 1567 par François Desprez (ci-contre à droite). L'image a été reprise par l'imprimeur italien Bernardo Giunti dans une édition de 1588 (voir l'exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale de France ou  au British museum).

 

Charles IX, BnFPortrait au crayon de Charles IX, exécuté vers 1565 et conservé à la BnF

Source de l'image : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le dessin représente Charles IX à l'âge de quinze ans environ. Il a l'originalité de montrer le roi sous un autre angle, celui, moins courant, du coté découvert de la tête.

A cette époque, le roi et sa cour parcourent la France dans un grand voyage qui dura plus de deux ans. C'est le grand tour de France (janvier 1564-mai 1566). Catherine de Médicis entend parachever la paix en amenant le roi aux confins de son royaume. Pour la Couronne, il s'agit de contrôler la bonne application de l'édit d'Amboise et de s'assurer la fidélité de ses sujets.

Plusieurs portraits semblent se rattacher à ce dessin. Celui qui nous intéresse le plus est le tableau vendu chez Sotheby's en 2002 (troisième image ci-dessous). Le catalogue de vente l'identifie à son frère, Henri d'Anjou, mais c'est une erreur. L'identité du modèle est confirmée par une variante conservée aux États-Unis, et identifiée à Charles IX (quatrième image ci-dessous).

Le lien entre ces deux peintures et le dessin de 1565 n'est pas évident, car le roi n'est pas représenté du même coté et l'on trouve quelques différences au niveau du costume. Peut-être s'agit-il de peintures réalisées d'après un portrait plus tardif ? Peut-être procèdent-elles du portrait tiré par François Clouet en 1566, et aujourd'hui perdu (puisque retouché par l'artiste trois ans plus tard, voir le dessin du musée de l'Ermitage dans l'article suivant) ?

Charles IX, musée de BirminghamCharles I, SothebysCharles IX, collection privéeCharles IX, Dresde, Staatliche KunstsammlungenSource des images : Bildindex (Dresde, Staatliche Kunstsammlungen) ; 1st Art Gallery (collection privée) ; Sotheby's (Vente du 18 novembre 2002 à Paris) ; Wikimedia Commons (Birmingham, Museum of Art)

 

 


Notes

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 365.

2. L'identification du portrait est corrigée par Alexandra ZVEREVA, Le Cabinet des Clouet au château de Chantilly, Nicolas Chaudun, 2011, p. 120, remplaçant les notices de A. CHATELET, F-G.PARISET, R .de BROGLIE, Chantilly, musée Condé, Peintures de l’école française, XVe- XVIIe siècles, Paris, RMN, 1970.

3. Catalogue de vente d'Artcurial, Maîtres anciens et du XIXe siècle, tableaux, dessins, sculptures, vente n°3254 du mercredi 21 mars 2018.

4. Gilles Nicole, Les Croniques et annales de France, depuis la destruction de Troye, jusques au Roy Loys onziesme, Volume 2, Chapitre CLXXXI.

5. Sur le Recueil des effigies des Roys de France, avec un brief sommaire des généalogies, faits et gestes d’iceux, voir la description sur le site de Christie's et le livre numérisé sur Gallica.

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Le roi adolescent (1566-1570)


Portrait de Charles IX aujourd'hui conservé à la fondation Bemberg à Toulouse et son pendant dessiné par François Clouet entre 1566 et 1569, conservé au musée de l'Ermitage

Charles, musée de l'ErmitageCharles IX, Fondation Bemberg

L'historique de ce très beau dessin a été reconstitué par l'historienne Alexandra Zvereva1 ; le portrait a été dessiné une première fois par François Clouet en 1566, puis, trois ans plus tard, l'artiste a profondément retouché son oeuvre pour vieillir les traits de l'adolescent ; il a également modifié le costume pour mettre le portrait à la mode de l'époque, rendant la toque emplumée plus bouffante.

Le tableau peint, conservé à Toulouse, fait apparaître les mains du personnage, derrière un rebord peint en trompe-l'oeil. Il s'agit de  mettre en scène le prince et rendre le portrait plus vivant. C'est une schéma de représentation traditionnel déjà expérimenté dans le grand portrait de François Ier conservé par le Louvre.

Charles IX, Ashmolean museumCharles IX, BnFCharles IX, musée CondéIl existe de ce portrait plusieurs reprises et répliques d'atelier dont les plus connus sont ceux qui le représentent en pied.

Source des images : (Saint-Petersbourg, musée de l'Ermitage) ; Agence photographique de la Rmn (Toulouse, Fondation Bemberg) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (Oxford, Ashmolean museum)

 

Charles IX, Kunsthistorisches museumPortrait en pied de Charles IX peint par François Clouet en 1569 et aujourd'hui conservé au Kunsthistorisches museum

Source de l'image : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Le tableau a été envoyé comme cadeau de fiançailles à la cour impériale, dans le cadre des négociations avec l'empereur Maximilien d'Autriche pour le mariage de sa fille Elisabeth avec Charles IX 2

Il s'agit d'un très grand et beau tableau (224 x 116,5 cm), qui présente une grande richesse de détails dans le costume. On remarquera ici la grosseur des hauts-de-chausses qui atteignent leur taille maximale dans la seconde moitié des années 1560.

Le visage n'a pas le même traitement que le costume. Il s'agit probablement de deux peintres différents qui y ont travaillé. Il était fréquent pour un artiste de faire réaliser son tableau par les ses élèves de son atelier.

Charles IX, musée CondéCharles IX, musée du LouvreLe musée Condé et le musée du Louvre conservent deux répliques de petite taille, qui ne dépassent pas les 30 cm.

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

Charles IX, musée CondéPortrait de Charles IX peint dans l'atelier de François Clouet vers 1570 et aujourd'hui conservé au musée Condé à Chantilly

Source de l'image : Agence photographique de la RMN (Chantilly, musée Condé)

Le portrait a toujours pour modèle le dessin de l'Ermitage, mais se distingue par des modifications au niveau de la pilosité et du costume.

Le jeune roi arbore une petite moustache et des poils de barbe qui contribuent à rendre son visage d'adolescent plus mûr. Le costume a également évolué ; il est plus sobre que le précédent, mais le changement à souligner se situe dans la fraise et le chapeau qui ont légèrement pris du volume (fraise plus haute, et bonnet plus bouffant), montrant une mise à jour du portrait en fonction de la mode du moment. C'est également le premier portrait où Charles IX porte une boucle d'oreille

Le vieillissement du roi correspond à la volonté du jeune roi de paraître plus mature. Pour l'historienne Alexandra Zvereva, les précédents portraits peints dans le courant de l'année 1569, avaient laissé le roi insatisfait. Souverain d'un royaume où son autorité est sans cesse bafouée, Charles IX était soucieux de donner de lui une image plus virile.

Le conflit fratricide de la troisième guerre de religion oblige la couronne, à donner une image d'elle, qui soit fidèle à l'esprit de justice et de fermeté qu'elle entend incarner. Pour le jeune roi, c'est peut-être aussi une manière de répondre à son frère, Henri d'Anjou, élevé au rang de héros militaire après ses victoires sur les protestants à Jarnac et à Moncontour (1569). Prédisposé à la jalousie, Charles IX, cherchait à renforcer sa crédibilité pour contrer la gloire de son frère.

Charles IX, Tajan (Vente de 2005)Un portrait vendu chez Tajan en 2005 (image ci-contre) présente une troisième version peinte du dessin de l'Ermitage. Au premier abord, le tableau semble être une reprise de celui de Toulouse : les mains sont posées sur le rebord (alors qu'elles étaient absentes du tableau de Chantilly), la fraise est ouverte sur le devant, et le roi ne porte pas de boucles d'oreille. En revanche, le traitement du visage est le même que celui du tableau de Chantilly : le roi porte la barbe et les traits y sont plus accentués.

A cela, l'on peut donner l'explication suivante. Peut-être la peinture était-elle en cours d'exécution, lorsque le roi a exigé de son peintre d'être représenté plus viril, par l'ajout d'une barbe. Sur le plan chronologique, le tableau de Tajan serait donc un portrait intermédiaire entre celui de Toulouse et celui de Chantilly. 

Source de l'image : Tajan (vente du 21 juin 2005 à Paris)

 

Charles IX, musée du château de VersaillesPortrait de Charles IX, conservé dans les collections du château de Versailles

Source de l'image : Agence photographique de la Rmn (Versailles, musée national)

Du fait de son appartenance à la collection publique des musées français, c'est le plus connu des portraits de Charles IX.

La disposition originale des perles sur la toque et la forme évasée des tuyaux de la fraise ne le permet pas de le relier directement aux portraits précédents. L'atelier de François Clouet offre à travers cette peinture une quatrième version du portrait dessiné par le maître.

Les traits du visage sont bien les mêmes que le dessin de l'Ermitage, mais en plus prononcés. Le visage du roi a encore été vieilli. Le costume appartient à la mode des années 1570. Peut-être a t-il été peint vers 1572, à la même période que le portrait tiré par Decourt. Il s'agirait alors du dernier portrait peint de Charles IX sorti de l'atelier de François Clouet avant le décès de ce dernier  (voir article suivant).

 

Charles IX, British museumCharles IX, musée des beaux-arts d'AgenPortrait de Charles IX conservé au musée des beaux-arts d'Agen

Le portrait d'Agen propose une toute autre combinaison (image ci-contre à gauche). C'est celui d'un jeune homme barbu, habillé d'une fraise haute, dans un style qui le rattache davantage à la mode des années 1570.

Sa confrontation avec les portraits précédents le fait classer à part ; il ne semble pas appartenir à l'atelier de François clouet. Le roi porte une barbe fournie, mais apparaît beaucoup plus jeune que sur le portrait de Chantilly ; en revanche, son habit, est d'un style plus tardif et donc plus moderne. En somme, c'est comme si les têtes n'étaient pas avec les bons costume. Comment le comprendre ?

La clé de compréhension se trouve peut-être dans un dessin de Hans Liefrinck (ci-dessus à droite). Le portrait d'Agen s'en rapproche par le costume, la naïveté juvénile du visage et enfin, par la forme de la moustache (qui est recourbée vers la bouche au lieu d'être orientée vers la joue comme sur les portraits issus du modèle clouetien). 

Charles IX, par LiefrinckLiefrinck est un artiste et un éditeur flamand qui a fait imprimer plusieurs portraits de rois de France. Celui qu'il propose pour Charles IX n'est que la reprise du modèle imposé par Clouet, mais avec une caractéristique propre à Liefrinck qui est l'air ingénu qu'il confère à ses portraits ; le roi a un visage enfantin. Le tableau d'Agen reprend ce portrait, sans prendre en compte le changement adopté précédemment par le roi, ce qui crée cette légère incohérence dans l'iconographie évolutive de Charles IX : le tableau d'Agen présente un visage juvénile, alors qu'en France, la volonté royale était de paraître plus mature.

Le portrait de Liefrinck a fait l'objet de plusieurs gravures dont l'une le représente en pied (ci-contre). La représentation du costume que porte le roi porte est conventionnelle. Elle porte le témoignage d'une époque, mais peut-être pas du style branché de la cour.

Source des images : Facebook du musée d'Agen (Agen, Musée des Beaux-arts) ; (Londres, British Museum) ; (Londres, British museum) ou (Vienne, Österreichische Nationalbibliothek) ou Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

Charles IX, BnFReprésentation de Charles IX à l'âge de 18 ans, sur une gravure de Mathias Zundt datée de 1568

Source de l'image : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le jeune roi est représenté comme un chef de guerre, revêtu de son armure et tenant ses attributs royaux. Ce n'est pas un véritable portrait. L'artiste est un imprimeur allemand de Nuremberg. Il cherche moins à retranscrire les traits physiques du jeune prince, qu'à valoriser le prestige de son pouvoir temporel.

De plus, la gravure représente le roi comme un enfant plutôt qu'en jeune adulte. C'est le cas des autres portraits gravés du roi édités à la même époque. Dans une gravure de Liefrinck, représentant le roi en pied, l'artiste s'est contenté de reprendre une ancienne gravure de François II. Le roi est alors représenté comme un adolescent (ci-dessous).

C'est peut-être, en réaction contre ces images venues de l'étranger que le roi Charles IX avait exigé de ses portraitistes d'être représenté plus viril.

Charles, 1567Charles IXCharles IX, 1569, BnFLes représentations de Charles IX gravées à l'étranger sont rarement de véritables portraits. Il faut attendre l'avènement de son règne personnel pour voir émarger une image plus fidèle.

Source des images : (Amsterdam, Rijkmuseum) ou (Londres, British museum) ; (Vienne, Österreichische Nationalbibliothek)(Londres, British museum)

 


Notes

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 366.

2. Alexandra ZVEREVA, Le Cabinet des Clouet au château de Chantilly, Nicolas Chaudun, 2011, p. 27-28, 118-119, p. 150.

 

 

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Le roi adulte (1570-1574)


Portrait de Charles IX, roi de France, dessiné vers 1572 par Jean Decourt et aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)  Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Charles IX, BnFCharles IX, BnF

 

C'est le dernier portrait officiel de Charles IX avant son décès le 30 mai 1574.

Le dessin est parfois attribué à François Clouet 1. Mais l'historienne Alexandra Zvereva l'a identifié comme une oeuvre de Jean Decourt qui remplace François Clouet, comme nouveau portraitiste du roi 2.

Charles IX, Kunsthistorisches museumPortrait en pendentif de Charles IX, attribué à François Clouet, et conservé au Kunsthistorisches museum de Vienne

Source de l'image : Bridgeman Images (Vienne, Kunsthistorisches museum)

C'est une miniature peinte en médaillon dont la qualité picturale laisse à penser que son auteur est François Clouet. La réattribution du dessin original à Jean Decourt permet toutefois de le contester.

Tout aussi intéressant est l'écrin du pendentif ; la miniature est inserée dans un très bel ouvrage d'orfèvrerie réalisée par François Dujardin, représentant sur l'envers une allégorie du bon gouvernement. L'objet est exceptionnel par sa qualité3. Il a probablement été commandé par Catherine de Médicis. 

On sait d'après les documents d'archives, que la reine-mère passait des commandes régulières de bijoux à portrait, pour en faire des cadeaux aux membres de sa famille1. Ce pendentif en serait l'un des rares témoins.

Charles IX, Galerie des OfficesCharles IX, the Royal Collection

Il existe deux autres miniatures en médaillon du roi Charles ; l'une est dans la collection royale britannique (ci-contre à gauche), l'autre est à la Galerie des Offices de Florence (ci-contre à droite). Malgré les différences vestimentaires, elles procèdent du même modèle que le pendentif de Vienne.

Source des images : (Royaume-Uni, The Royal Collection) ;  The Web Gallery of Art (Florence, galerie des Offices)

 

Charles IX, musée de la légion d'honneurLe portrait de Decourt a fait l'objet de plusieurs répliques d'atelier dont l'un est actuellement exposé au musée de la Légion d'honneur à Paris (probable dépôt du musée du Louvre) (en mauvaise reproduction, ci-contre  à droite).

Charles IX, musée CondéCharles IX, Kunsthistorisches museumOn en retrouve une très belle réplique au musée Condé à Chantilly (ci-contre au milieu).

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; (Vienne, Kunsthistorisches museum) ; Photographie personnelle (Paris, musée de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie)

 

Ce nouveau portrait officiel va marquer l'iconographie post-mortem de Charles IX et servir de modèle à une importante série de portraits. La présentation qui est proposée ci-dessous regroupe différentes copies du XVIe et XVIIe siècles.

Charles IX, Kunsthistorisches museumCharles IXCharles IX, collection privéeCharles IX, Christie's (vente de 2005)Source des images  : Christie's (vente du 22 juin 2005 à Paris)  ; Christie's ; Millon et associés (Collection privée) ; (Vienne, Kunsthistorisches museum)

 

  

Charles IX, collection privéeCharles IX, Château de BeauregardCharles IX, collection privéeCharles IX, collection privéeSource des images  : Christie's (vente du 31 mars 2011, Paris) ; Artnet (Collection privée) ; Site particulier (Château de Beauregard) ; Artnet (Collection privée).

 

 

 

Charles IX, SuedePortrait équestre de Charles IX, conservé au musée national de Suède

Source de l'image : (Stockholm, musée national)

Ce très beau portrait du roi Charles, peint en miniature (28 x 23 cm), fait écho au portrait équestre du roi Henri III conservé par le musée Condé. Les deux oeuvres sont de taille identique et procèdent vraisembablement du même atelier.

L'attribution du portrait à François Clouet par le musée national de Suède est sans doute une erreur. A la lumière des apports de la recherche (et en particulier des travaux d'Alexandra Zvereva), la juxtaposition des deux portraits équestres permet de le rattacher à la production de Jean Decourt et de mettre en valeur l'oeuvre de cet artiste encore très peu connu.

Tout comme le portrait équestre d'Henri III, celui de Charles IX reprend le portrait officiel établi pour lui par Jean Decourt. Sa qualité picturale permet d'y voir une oeuvre de l'artiste. Par ailleurs, la miniature n'est pas sans ressembler au portrait en pendentif du Kunshistorisches museum (voir le portrait plus haut).

 

Charles IX, musée CarnavaletPortrait en pied de Charles IX, d'après le dessin de Jean Decourt, et aujourd'hui exposé au musée Carnavalet

Source de l'image : (Paris, musée Carnavalet)

Ce tableau de grande taille (215 x 114 cm), représente le roi grandeur nature. Il reprend le dessin de Jean Decourt pour le visage et de façon quasi identique, la pose et le décor du portrait en pied issu de l'atelier de Clouet conservé à Vienne. Ce tableau reprend en effet l'encadrement du rideau vert, et la pose du modèle, la main posée sur le dos d'une chaise rouge.

La qualité relative de la peinture interroge sur le contexte de sa production. L'oeuvre date des dernières années du règne de Charles IX, mais il pourrait s'agir de la copie tardive d'une oeuvre originale disparue. La taille de la fraise, plus grande que sur le dessin, appuie cette dernière hypothèse.

 

Portrait_of_Charles_IX

Portrait en pied de Charles IX, d'après le dessin de Clouet

Source de l'image : Bridgeman images (Collection privée)

Cet autre portrait en pied est plus insolite, car il représente le roi dans un costume très moderne pour son époque. Le caractère bouffant des manches, le retroussement des hauts-de-chausses et l'apparition timide du panseron au niveau du bas ventre sont des marques de la mode de la deuxième moitié des années 1570. La couleur beige du collet et le collier à double rang rappellent les portraits de début de règne de Henri III (voir le portrait de Henri III d'après Jean Decourt et le portrait de François d'Anjou vers 1576)

Par conséquent, tous ces élements font penser à un portrait post-mortem du roi décédé en 1574.

Cette datation est confortée par le choix du modèle pour réaliser le visage. L'artiste n'a pas pris comme prototype le portrait de Jean Decourt, mais celui précédemment tiré par François Clouet (cf le portrait peint, conservé à Versailles). Se pourrait-il qu'il s'agisse d'un tableau commandé par la reine Catherine, à partir de sa collection personnelle (des dessins de Clouet) ? Entre 1576 et 1578, la reine fit aménager dans son hôtel particulier une majestueuse galerie de peinture ornée des portraits en pied des membres de sa famille 4. Ce portrait de Charles IX, vêtu comme il est, pourrait très bien se raccorder à cette commande.

 

Charles IX et Elisabeth d'Autriche dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFPortrait de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche dans le livre d'heures de Catherine de Médicis

Source de l'image : Wikimedia commons (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le roi et la reine portent la couronne royale. La coiffure d'Elisabeth et les cernes de Charles IX sont les marques d'un portrait réalisé en fin de règne, vers 1572-1574.

En dépit de ses 22 ans, le roi paraît vieux et usé, ce qu'il est à force de courir le gibier. Le roi dépense toute son énergie à la chasse. Les ambassadeurs qui ont laissé des descriptions du roi s'étonnent de voir ses traits se durcir. Le roi s'épuise à la chasse où il passe beaucoup de son temps.

Charles IX et Elisabeth d'AutricheLa BnF conserve également une estampe exceptionnelle de Marin Bonnemer, imprimeur de la rue Montorgueil à Paris 5, représentant le couple royal côte à côte.

Source de l'image : (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

PortraCharles_IXdfits gravés de Charles IX, édités sous son règne

Charles_IX_pied

H5_Charles_IX_1571_BnFH5_Charles_IX_1572_BnF

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) .

Ce sont des portraits de dédicace, insérés dans des ouvrages publiés sous le règne de Charles IX. L'image de gauche est le portrait inclus dans l'édition de La Franciade écrit par le poète Pierre de Ronsard. Il apparaît également en tête du chapitre consacré à Charles IX par François de Belleforest dans son histoire de France (Gallica) 6.

Ce sont des gravures sur bois, ce qui explique la grosseur et la simplicité des traits.

 

 
H5_Charles_IX_Thomas_de_Leu_v1_BnFPortrait de Charles IX, gravé au burin par Thomas de Leu d'après le dessin de Jean Decourt

Les portraits post-mortem de Charles IX, diffusés par l'estampe sous Henri III et Henri IV, reprennent le portrait de Jean Decourt. C'est ce prototype qui est ensuite recopiée, souvent bien médiocrement, au XVIIe et XVIIIe siècles.

Une estampe se distingue parmi toutes, c'est celle fixée au burin par Thomas de Leu (ci-contre). L'image est fidèle au portrait de Jean Decourt, à l'exception d'une seule chose : la représentation de la fraise, qui est plus large, conformément à la mode sous Henri III.

Charles_IX_BnF_nerlandaisCharles IXCe portrait très délicat dans son exécution a certainement du avoir son petit succès car il en existe des variantes. L'exemplaire imprimé de la BnF (ci-contre à gauche) est différent de celui conservé par le British museum ; l'artiste a du en faire plusieurs versions. Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ou (Londres, British museum) ;  Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France).

Charles_IX_Leu_RabelCharles IXttCharles_IX_thevetCharles IX, par GourdelleLes gravures éditées par la suite reprennent la gravure de Thomas de Leu, sinon le dessin de Jean Decourt. Le rendu du visage est rarement d'une grande qualité.

Source de l'image : (Paris, Bibliothèque nationale de France) ou (Londres, British museum) ; (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek) ; (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek) ; (Londres, British museum)


 


Notes

1. C'est le choix fait par la BnF, dans le catalogue d'exposition sur les dessins de la Renaissance, édité en 2004. Cf la notice consacrée à ce dessin sur le site de l'exposition Dessins de la Renaissance, Collections de la BnF (exposition du 24 février au 4 avril 2004, à Paris, galerie Mazarine, site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France).

2. Alexandra ZVEREVA, Le Cabinet des Clouet au château de Chantilly, Nicolas Chaudun, 2011, pp. 28-29.

3. Diana SCARISBRICK, Bijoux à portrait. Camées, médailles et miniatures des Médicis aux Romanov, Thames & Hudson, 2011, pp. 54-55.

4. Voir le portrait en pied de Claude de France, et A. ZVEREVA, La galerie de portraits de l’hôtel de la Reine (hôtel de Soissons), in "Bulletin monumental", tome 166-1, 2008, pp. 33-41 (en ligne sur Persée).

5. Séverine LEPAPE, Gravures de la rue Montorgueil, BnF Éditions, 2016

6.François de Belleforest, Les grandes annales et histoire générale de France, dès la venue des Francs en Gaule jusques au règne du roy très-chrestien Henry III, Tome 2, 1579.

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Autres représentations de Charles IX


Le 26 août 1572 par Vasari

Extrait d'une fresque de la salle royale du Palais du Vatican, peinte par Giorgo Vasari en 1573 et représentant Charles IX devant son parlement au lendemain du massacre de la Saint-Barthélemy

L'évènement majeur du règne de Charles IX est le massacre de la Saint-Barthélemy qui s'était répandu contre la volonté royale dans plusieurs villes de France. Devant sa difficulté à maintenir l'ordre face à une émotion populaire déterminée, le roi fut contraint de sortir de sa réserve. Il fallut bien expliquer pourquoi le gouvernement avait décidé d'exécuter les chefs huguenots et c'est pour cette raison que le roi se déplaça au parlement le 26 août 1572. Il assuma tout, portant pour la postérité, la responsabilité d'un massacre qu'il n'avait pas souhaité.

L'événement fut célébré par l'Église catholique romaine comme une victoire sur l'hérésie. Ce fut un malentendu ; comme beaucoup de ses contemporains, la Curie romaine avait cru comprendre que le roi avait décidé l'élimination des hérétiques, mais ce ne fut pas le cas. Du point de vue du gouvernement français, l'événement était une affaire purement politique et militaire. Avaient été éliminés les ennemis de la Couronne ; les protestants gardaient la liberté de conscience et le roi prenait des mesures pour les protéger.

L'événement fit grand bruit dans toute l'Europe et chacun l'exploita à des fins de propagande. Du coté romain, on ne se préoccupa pas de la vérité, ni des contre-vérités énoncés par le gouvernement français. De fait, le pape Sixte V passa commande à Giorgo Vasari d'une importante fresque historique qui en garderait le souvenir. Aujourd'hui, cette peinture orne toujours les murs du Vatican.

La fresque décore les murs de la salle royale, une salle d'apparat qui servait de salle d'audience au pape. C'est aussi la dernière grande oeuvre de Vasari. Terminée au mois de mai 1573, elle a été réalisée en un temps record, ce qui fit la fierté de son auteur 1.

La fresque se compose de trois scènes qui retracent les moments forts du massacre. L'une d'entre elles représente l'attentat contre l'amiral de Coligny. Sur la fresque intitulé Le roi approuve l'assassinat de Coligny (illustration ci-dessus), le roi est représenté brandissant l'épée de la victoire. Il est accompagné par ses frères, le duc d'Anjou et le duc d'Alençon, représentés assis à sa droite.

Source de l'image : I.Cloulas, Catherine de Médicis : La passion du pouvoir, Paris, Tallandier, 1999, p.90 

 

Charles IX par LimousinAllégorie de Charles IX en dieu Mars, sur une plaque en émail de Léonard Limousin réalisée en 1573

Le thème de Mars, dieu de la guerre, est un thème prisé par la monarchie depuis la troisième guerre de religion. Le roi entend donner une image de lui plus militaire, marquant sa détermination à combattre les rebelles ennemis, ici les Huguenots (Henri IV reprendra le même thème face à la Ligue).  

Les évènements de 1572 marque le début d'un renforcement du pouvoir royal. Décidé à ne plus se laisser dicter sa conduite par les partis, Charles IX s'investit désormais personnellement dans son gouvernement. Ce durcissement de la position royale débouchera sur le complot des "Malcontents".

Cette oeuvre appartient à une série de plaque en émail produite par Léonard Limousin. Elles mettent en scène dans les mêmes dispositions, Catherine de Médicis en Junon, et le duc d'Anjou (ou Henri II ?) en Jupiter.

Source de l'image : (Los Angeles, J. Paul Getty Museum)

Charles IX par CaronPortrait d'un prince par CaronPortraits équestres présumés de Charles IX, dessinés par Antoine Caron

Il s'agit moins de portraits que la représentation emblématique du prince en gloire. Comme les dessins ne sont pas annotés, les personnages sont parfois identifiés au duc d'Anjou, futur Henri III 2. Peut-être ont-ils servi de modèle pour une tapisserie, un ouvrage d'orfèvrerie, ou une oeuvre éphémère comme en faisait souvent Antoine Caron pour les fêtes de la cour.

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) Base Joconde (Chantilly, musée Condé)  

 

Charles IXPortrait équestre de Charles IX en habit impérial romain

L'oeuvre évoque de nouveau le thème antique du chef de guerre triomphant, si prisé à la Renaissance.

Source de l'image Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

Médaille_uniface_Charles_IX_medaillon_British_museumPortraits en médaillon de Charles IX

Le premier porte la mention de 1561, mais cela n'induit pas qu'il date du XVIe siècle.

Le second appartient à une série de médaillons en bronze représentant plusieurs membres de la famille des Valois. Ils sont présumés avoir été réalisés par Germain Pilon. Celui de Charles IX a été produit vers 1573, il n'est pas sans similarité avec le portrait d'Henri III fait par ce même artiste deux années plus tard (voir dans cet article) 4.

Source des images : (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (Londres, British museum)

 

Charles IX par Pilon, Wallace collection

Henri III ou Charles IX par Pilon, musée du LouvrePortraits en buste par Germain Pilon

La première image est un buste en bronze conservé à la Wallace collection.

La seconde image est un buste en marbre conservé par le musée du Louvre. Malgré une attribution ancienne à Charles IX, il est maintenant identifié à Henri III 4.

Ce qui permet douter de l'identité du modèle, c'est la moutache épaisse retombant en boucle sur les joues. Elle est similaire à celle que porte Charles IX sur le buste en bronze et rappelle le portrait royal peint par Decourt. Par ailleurs, elle ne s'accorde pas à l'iconographie de Henri III qui est toujours représenté avec une moustache très légère et une barbe de trois jours 5. Cette discordance continue de rendre discutable l'identification du marbre à Henri III.

Charles IX, (tête du XIXe), musée du Louvre Il n'est pas impossible d'envisager que la tête ait été modifiée à une date bien ultérieure, comme ce fut le cas pour un autre buste en marbre de Charles IX, représenté enfant (image ci-contre). L'oeuvre est également conservée au musée du Louvre et appartient à une série de trois bustes royaux dont celui dit de Henri III. La tête a été refaite au début du XIXe siècle.

Source des images : (Londres, Wallace collection) ; Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

Charles IX en 1573 par LimosinPortrait présumé de Charles IX, supposé être de la main de Léonard Limousin

C'est une très belle représentation du roi, en pied, à la fin de son règne. La localisation de l'oeuvre reste à trouver.

 

 

 

 

 


Notes.

1. Roland LE MOLLÉ, Giorgio Vasari, l'homme des Médicis, Paris, Grasse, 1995, p. 424.

2. C'est le cas du catalogue consacré à l'oeuvre de Caron de J. EHRMANN, Antoine Caron, peintre des fêtes et des massacres, Paris, Flammarion, 1986.

3. L'attribution à Germain Pilon de la série de médaille en bronze des Valois est régulièrement remise en question. G.BRESC-BAUTIER (dir.), Germain Pilon et les sculpteurs français de la Renaissance, Paris, La documentation française, 1993, p. 47, 146-153.

4. Pour l'ancienne attribution : J. BABELON, Germain Pilon, Les Beaux-Arts, Édition d'études et de documents, collection « L'Art français », 1927, p. 67-69 ; pour la nouvelle attribution : G.BRESC-BAUTIER (dir.), Germain Pilon et les sculpteurs français de la Renaissance, Paris, La documentation française, 1993, p. 47.

5. A l'exception du portrait en émail de Limousin qui présente Henri III avec une moustache qui se prolonge sur les cotés, mais celle-ci reste encore bien en-dessous de l'épaisse moustache immortalisée par Decourt sur les portraits de Charles IX.

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03 sept. 18

Vente d'un faux portrait de Henri III et de son présumé mignon


En 2018, apparaît sur le marché d'art, le double portrait de Henri III et de l'un de ses favoris Paul Stuart de Caussade, marquis de Saint-Mégrin, mort en 1578. L'oeuvre est mise en vente par la galerie Art Antiquities Investment sur le Marché Biron.

Aussi étonnant qu'improbable, ce double portrait contient plusieurs incohérences qui permettent de douter de son authenticité. L'analyse du costume et la comparaison iconographique conduisent à affirmer que c'est un faux, ce que vient appuyer le vente d'un portrait identique chez Piasa en 2013.

Portrait double d'Henri III et Saint-Mégrin vendu au Marché Biron

 Portrait double de Henri III et Saint-Mégrin vendu au Marché Biron

 

Henri_Anjou_Piasa_2013

 Portrait de Henri III vendu chez Piasa en 2013

 

L'analyse du costume

L'étude vestimentaire de ces portraits permet de constater que leur auteur ne connaît pas bien la mode du XVIe siècle. Plusieurs élements du costume représentés n'existaient pas sous le règne de Henri III.

La première incohérence se trouve dans la représentation des crevés, ces petites fentes pratiquées dans l'étoffe des vêtements. Au début du règne, ils se présentent sous la forme d'une série parallèle de plusieurs grandes ouvertures verticales, puis évolue dans une suite de petits crevés alignés par bandes superposées (voir illustrations ci-dessous). Or, dans les deux portraits de Henri III, les deux crevés sont répartis, chacun isolément, de part et d'autre des boutons de fermeture. Leur rôle est mal compris.

creves_piasaL'autre élément tient dans le fait que chacun de ces crevés laisse apparaître une doublure dorée mal représentée, faisant penser à une bande de galon. Cette erreur est particulièrement visible dans le portrait vendu chez Piasa en 2013 (ci-contre). Décorer le rebord des crevés d'un galon d'ornement procède d'un manque de connaissance sur la mode du XVIe siècle.

Plus invraisemblable est la coiffe du favori. Saint-Mégrin porte une coiffure relevée en hauteur, sembable à celles que portent les dames dans les années 1580. Sous Henri III, les hommes avaient eux-aussi les cheveux relevés au-dessus du front, mais ici, la forme est celle de la coiffure en ratepenade que portent les femmes. Rien ne peut justifier que le mignon du roi soit officiellement peint coiffé comme une femme.

Quant au bandeau dorée peint au sommet de la tête de Saint-Mégrin, c'est une invention du peintre. Il n'en existe aucune représentation sur les portraits de cour de l'époque, que ce soit homme ou femme.

Type de crevés vers 1575 (grandes entailles verticales) :

Crevés 1575

Type de crevés vers 1580 (bandes superposées de petits crevés alignés) :

 Crevés sous Henri III

 

La comparaison iconographique et physionomique

Le portrait de Henri III semble être une interprétation libre du modèle établi par Decourt en 1576 (illustration ci-dessous à gauche). La reprise est maladroite. Dans le double portrait, la barbe est beaucoup trop fournie pour être crédible ; elle ne s'accorde pas avec le bouc peint sur le menton. Conformément à l'iconographie de Henri III, le personnage porte une mouche de poils sous les lèvres. Mais ici, cette mouche est aussi dense qu'un bouc et elle est accompagnée d'une barbe dont les poils sont beaucoup trop développés sur le contour des joues. Du coup, le bouc perd tout son sens (le peintre aurait du choisir ; bouc et barbe ensemble ne s'accordent pas).

Quant à la moustache, elle appartient à la mode des années 1980, et non à celle des Derniers Valois. Sous Charles IX et Henri III, la moustache se porte relevée. Tous les portraits de Henri III le représentent ainsi, même quand les poils de la moustache sont très légers.

Quant au portrait de saint-Mégrin, il semble être inspiré du portrait de Henri de Guise (illustration ci-dessous à droite). Sont identiques plusieurs traits du visage, la position du corps et la représentation du pourpoint (qui est sans crevés).

La moustache relevée de Henri III sur le portrait de Quesnel :

moustache_releve

 

 

 

 

Illustrations : Saint-Mégrin (musée du Louvre), Henri III, d'après Decourt (Kunsthistorisches museum) et Henri de Guise (musée de Versailles)

Saint-MegrinHenri IIIHenri_duc_de_Guise

 

L'incohérence chronologique

Ce qui permet de confirmer le caractère faux de la peinture, c'est sa similarité avec le portrait vendu chez Piasa en 2013. Le rendu du pourpoint (dans le traitement des galons), et des perles du collier est trop identique au premier portrait pour que l'on ne puisse pas affirmer que c'est un seul et même artiste qui les a peints. Par ailleurs, les mêmes erreurs vestimentaires s'y retrouvent.

Mais le rapprochement des deux tableaux permet surtout de mettre à jour leur incohérence chronologique. Du point de vue de la mode de la fraise, le portrait de Piasa aurait été peint vers 1570 et celui vendu par la galerie Art Antiquities Investment vers 1580. Dix ans séparent les deux modes. Pourtant, le pourpoint et le collier n'évoluent pas. Ils sont identiques. Il est invraisemblable que pour une aussi si longue durée, les deux prototypes présentent exactement le même type de vêtement.

 

Conclusion

Les erreurs d'intérprétation du costume et leurs incohérences temporelles montrent que les tableaux vendus par la galerie Art Antiquities Investment et Piasa ne sont pas des tableaux du XVIe siècle. On est donc en présence d'une série de peintures réalisée par un artiste de notre siècle, probablement admirateur de Henri III.

La façon d'inventer une image très féminine pour représenter le mignon et d'associer ce dernier à celle du roi montre qu'il y a de la part de l'auteur, une volonté de créer une image à connotation homosexuelle sur la relation entre Henri III et son favori. Ce double portrait ne témoigne donc pas de l'amour fraternel du roi pour son favori, mais du fantasme qu'un artiste contemporain projette sur la bisexualité présumée du roi. 

Enfin, ces tableaux sont très loin d'être d'une indéniable qualité artistique, comme il est affirmé sur le site commercial de vente et n'ont rien à voir, sur le plan pictural, avec les oeuvres de Clouet, Decourt ou Quesnel que chacun peut admirer au musée du Louvre ou ailleurs.

Sources : Article de vente du portrait sur le Marché Biron

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