01 mai 07

Les portraits d'Henri III (1551-1589)

 

Croix de l'ordre du Saint EspritHenri III est le dernier roi de la dynastie des Valois. Son règne de quinze ans marque l'apogée des splendeurs de la cour sous la Renaissance, mais également l’apogée des violences religieuses. Alors qu'il assiégeait la ville de Paris qui s'était soulevée contre lui, Henri III meurt assassiné par un moine fanatique.

La personnalité d'Henri III intrigue. Monté sur le trône à l'âge de 23 ans seulement, il est critiqué dès le début de son règne pour son indolence et sa frivolité. Il n'était pas l'homme providentiel que les Français attendaient après 15 années de guerre civile. Bien que soucieux de ses devoirs de chef d'État, Henri III était davantage porté à la temporisation qu'à l'action. De son vivant, il laisse de lui une image très contrastée ; d'un coté, il préfigure le roi-soleil par le souci permanent qu'il a de mettre en scène sa Majesté, et de l'autre coté, il est un roi moine, inaccessible et adepte du secret. 

Ayant perdu à sa mort l'estime d'une grande partie de se sujets, son nom est vilipendé autant par le clan catholique que par le clan rotestant. De cette hostilité, est née une image historiographique très déformée qui n'a été remise en perspective que très récemment

L'étude de son iconographie est également une voie de recherche récente 1. Aujourd'hui encore, il reste de nombreuses zones d'ombre à éclaircir sur le contexte de production de ses portraits. A travers son iconographie, il est pourtant possible de dépasser les clichés méprisants qui représentent souvent Henri III comme un créature efféminée aux fraises burlesques. A travers elle, on peut saisir l'évolution de sa physionomie et voir le passage d’un roi original, soigneux de sa personne, à un prince dévot et philosophe.

Galerie de portraits de Henri III

 

 

 

   

Sommaire

I Portraits de jeunesse

II Portraits du roi


Notes

1. Son iconographie a fait l'objet d'une thèse en 2012 (Isabelle HAQUET, L’énigme Henri III, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012) et aujourd'hui encore ses portraits sont progressivement réattribués, notamment grâce aux travaux d'Alexandra Zvereva. La dernière exposition qui lui était consacrée s'est tenue en 2010 à  Blois (Fête et Crimes à la Renaissance: la cour d'Henri III ; https://www.canalacademies.com/emissions/carrefour-des-arts/fetes-et-crimes-a-la-renaissance-la-cour-dhenri-iii)

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Le duc d'Angoulême (1552) et le duc d'Orléans (1560)


Henri III enfant, BnFPortrait au crayon d'Alexandre Edouard duc d'Angoulême vers 1552

Le futur Henri III naît au château de Fontainebleau en 1551. Il est le sixième enfant du roi Henri II et de son épouse Catherine de Médicis. On lui donne alors comme prénom celui d'Alexandre Edouard.

Il existe plusieurs portraits de lui étant petit. L'un d'entre eux est un dessin du musée Condé qui le représente malade, la tête posée sur un coussin (ci-dessous à gauche). Le dessin n'est pas identifié par une inscription, mais les historiens semblent y reconnaître le futur Henri III 1.

 

 

Portrait présumé du futur Henri III, musée CondéHenri III enfant, BnFSource des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; (Paris, Bibliothèque, nationale de France) ou Gallica

 

 

    

Charles IX, British museumPortrait traditionnellement identifié à Charles-Maximilien, conservé au British museum et attribué à François Clouet

Source de l'image  : (Londres, British museum)

Bien que le modèle soit identifié par une annotation comme étant le prince Charles-Maximilien, l'historienne Alexandra Zvereva attribue le portrait au prince Alexandre-Edouard, futur Henri III 2.

Le petit prince porte encore le béguin. Il est probable qu'il soit encore revêtu de sa robe d'enfant. Par-dessus cette robe, il est habillé d'un col blanc de forme pointue, rabattu sur un col de fourrure.

 

 

Portrait du futur Henri III, alors duc d'Orléans (titre de noblesse attribué en 1560)

Le duc d'Orléans, BerlinLe duc d'Orléans, collection privée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le duc d'Orléans, BnF

Le duc d'Orléans, Rochdale art galleryA l'avènement de Charles IX, à la fin de l'année 1560, Catherine de Médicis demande à François Clouet de réaliser le portrait de ses quatre enfants.

Le cabinet des estampes et dessins de Berlin possède le dessin original représentant le futur Henri III (ci-dessus à gauche) ; une copie se trouve à la BnF (ci-contre). Sa version peinte se retrouve éparpillée dans différentes collections.

Le jeune prince porte le même costume que celui du roi son frère. C'est ce qui explique que les portraits des deux garçons aient parfois été confondus.

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Berlin, Kupferstichkabinett) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Klei.org (collection privée) ; Bridgeman art library (Touchstones Rochdale Art Gallery)

 

Charles IX, Marguerite et HenriExtrait d'un tableau représentant la famille royale, avant le grand voyage qui la conduisit aux frontières du royaume, de 1564 à 1566.

C’est au cours de son passage à Toulouse qu'Alexandre Edouard changea de prénom. On lui fit prendre en mémoire de son père, celui d'Henri.

Il est représenté ici à droite, en compagnie de son frère, le roi Charles et de sa sœur Marguerite. Il a entre dix et treize ans. Henri est associé à toutes les grandes cérémonies royales. Il entoure ou suit le roi et on le voît avec sa soeur se tenir de part et d'autre du trône.

La famille royale vers 1561Source de l'image : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924

 

 

 

  

 


Notes.

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 303.

2. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 303. Voir la copie du XVIIIe conservée à la BnF et celle conservée au musée d'art et d'archéologie de Senlis sur la Base Joconde.

 

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Le duc d'Anjou (1570)


Portrait au crayon d'Henri de France, duc d'Anjou, dessiné par Jean Decourt vers 1570 et son pendant en peinture conservé à Chantilly

[Le_futur_Henri_III]_ _[anjou

Duc d'Anjou en 1566, lieutenant général du royaume en 1567, Henri devient à seize ans, le commandant suprême de l'armée royale. Ce portrait a certainement été fait à l'époque de la troisième guerre de religion (1568-1570), quand le jeune prince s'illustre en remportant sur les protestants les batailles qui firent sa renommée, à Jarnac et à Moncontour. A cause d'une inscription erronée, placée en haut à droite sur le dessin et en bas sur le tableau, on a longtemps cru à tort que le dessin représentait le duc d'Alençon, son frère. Même si les deux frères se ressemblaient, il est impossible de voir dans ce portrait les traits caractéristiques du duc d'Alençon qui possédait un visage et un nez moins affiné.

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France), voir également Exposition Dessins de la Renaissance de 2004 ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

Clouet_1571_Le_Duc_dAnjou_BnF_Gallica_v1 - CopiePortrait en pied du duc d'Anjou réalisé par François Clouet pour la reine d'Angleterre vers 1570

Depuis quelques temps, Catherine de Médicis projetait de marier son fils à la reine d'Angleterre. Ce dessin devait permettre à Elisabeth Ière de mieux juger l'allure de son prétendant. L'histoire veut qu'elle n'ait pas trouvé le visage très bien fait. François Clouet qui en est l'auteur se serait alors justifié d'avoir privilégié dans son dessin, la représentation de la taille plutôt que le portrait du visage 1.

Si la reine Elisabeth avait des réticences pour se marier, Anjou en avait davantage à son égard. D’une part, Elisabeth était de confession protestante et d’autre part, elle avait 18 ans de plus que lui. Le mariage ne se fit pas, mais plus tard la reine Elisabeth devint l'allié d'Henri III contre l'Espagne.

Source des images : Gallica ou Exposition Dessins de la Renaissance de 2004 (Paris, Bibliothèque nationale de France)


 

Henri d'Anjou, musée CondéPortrait du duc d'Anjou peint vers 1570/1575

Ce tableau semble plus tardif que le précédent portrait du musée Condé, car le duc d'Anjou porte sur celui-ci une pilosité plus développée.

Peut-être est-ce un tableau peint vers 1572 ? A 20 ans, le duc d'Anjou est déjà considéré comme une personnalité politique importante de la cour. Il se forme déjà contre lui un groupe d'opposant qui conteste son ascension.

Le roi est lui-même jaloux des lauriers de son frère cadet. Leur entente est mauvaise et pour les séparer, leur mère Catherine envisage d'installer Anjou sur un trône européen.

 

 

 

 

 

Ecole_francaise_fin_16e_Homme_Bergé_2013v2Source de l'image : Agence nationale de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Bergé (Vente du 10 juin 2013 à Paris)

 

 

 

 

 

 

Henri d'Anjou, livre d'heures de Catherine de MédicisPortrait du duc d'Anjou, réalisé vers 1572/73 dans le livre d'Heures de Catherine de Médicis.

Source de l'image : (Paris, BnF)

En tant que prince de la maison de France, Henri est revêtu du manteau fleur-de-lysé et bordé d'hermine. Il porte la couronne ducale.

Le prince est représenté célibataire. Tous les enfants de Catherine représentés dans son livre d'heures sont accompagnés de leur époux ou épouses (excepté François d'Alençon qui n'a jamais été marié). Le fait qu'Henri soit représenté seul permet de dater la série de miniature à une période antérieure à 1575, année de son mariage avec Louise de Lorraine-Vaudémont.

A cette époque, Henri d'Anjou est épris de Marie de Clèves, la jeune épouse du prince de Condé.

 

 

Le roi de Pologne sur la fresque peinte au Vatican par Vasari A la même époque, Vasari peint le visage du futur Henri III sur les murs du palais du Vatican. Anjou est représenté au parlement de Paris assis entre ses frères Alençon et Charles. Il s'agit de la fresque murale qui commémore le massacre de la Saint-Barthélemy.

Source de l'image : Scala (Rome, palais du Vatican)

 

 

 

Ano_1573_Henri-roi_de_Pologne_BnFv2

Portrait d'Henri roi de Pologne

 Source des images : Gallica (Paris, BnF)

 

RHenricus_Valesius_D_G_Poloniae_BnF_v2eprésentation du roi de Pologne sur une estampe

Le duc d'Anjou est occupé d'assiéger La Rochelle quand il apprend le 28 mai 1573 qu'il a été élu roi de Pologne.

L'estampe le représente partant pour la Pologne à cheval entouré de ses pages.

Source des images : Gallica (Paris, BnF)

 

 

Trois personnages en train de danser, extrait de la tapisserie des ValoisL'ambassade extraordinaire envoyée par les Polonais est accueillie à Paris le 19 août 1573. Il s'ensuit des festivités réalisées avec le faste caractéristique de la cour des Valois.

La tapisserie des Offices offre une image de la fête donnée le 14 septembre à l'occasion de l'entrée officielle du roi de Pologne dans la ville de Paris. La scène se déroule dans le jardin des Tuileries où la cour et les Polonais se sont regroupés pour assister à un spectacle organisé par la reine-mère.

Extrait de la tapisserie des ValoisLe fait que le siège royal soit vide peut nous faire penser que Charles IX fait partie des personnalités en train de danser. Dans ce cas, les deux autres personnages masculins qui l'accompagnent au milieu de la cour ne peuvent être que ses frères. Le danseur le plus à droite serait alors le roi de Pologne (le traitement de son visage est semblable à celui qu'il a dans la tapisserie suivante).

Source : Wikimédia (Florence, musée des Offices)

Le voyage du roi de Pologne, extrait de la tapisserie des Valois, musée des OfficesSur la tapisserie du Voyage, le roi de Pologne est clairement identifiable au centre de la composition. La scène représente son départ pour la Pologne. Il est précédé des Polonais et suivi d'un immense cortège composé des membres de sa maison et de celles de ses proches qui l'accompagnent à la frontière. La cour quitte Paris le 28 septembre 1573 et n'arrive à Nancy que le 16 novembre. Le 2 décembre, le roi de Pologne fait ses adieux a sa mère.

Source : Scala (Florence, musée des Offices)

 

 


Notes :

1. J. ADHEMAR, Les Clouet et la cour des rois de France, de François Ier à Henri IV, Paris, Bnf, 1970.

Article modifié en avril 2021

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L'avènement au trône de France (1574)

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Henri III, musée de MetzPortrait d'Henri III en émail attribué à Bernard Limosin et aujourd'hui conservé au musée de Metz

Source de l'image : Exposition Fête et Crimes à la Renaissance: la cour d'Henri III de 2010 (localisation de l'oeuvre : Metz, musée de la Cour d'Or)

Cette plaque en émail a retrouvé son identité à l'occasion d'une exposition consacrée à Henri III par le château de Blois en 2010 1. Une ancienne attribution l'identifiait au roi Charles IX. C'était évidemment une erreur. Les traits d'Henri III y sont aisément reconnaissables. 

Henri monte sur le trône de France à la mort de son frère le 30 mai 1574. Le portrait en émail n'est pas daté, mais il pourrait représenter le roi à ce moment clé de sa vie. Du point de vue de la mode et de la physionomie, ce portrait se situe chronologiquement entre celui de Chantilly (peint vers 1570/72, voir l'article précédent) et les portraits du début du règne (à partir de 1575 ; voir l'article suivant). 

Monté sur le trône à l'âge de 23 ans seulement, Henri III est critiqué dès le début de son règne pour son indolence et sa frivolité. Henri III traîne au lit, aime se parer avec éclat et montre une santé plutôt médiocre qui rend perplexe les observateurs étrangers sur les capacités du jeune homme à régner.  

Elevé dans la grande tradition humaniste des Valois, Henri maîtrise l'art de s'exprimer en public. Mais sa capacité à paraître en société cachait difficilement la faiblesse de son caractère ; les plus médisants disaient que c'était de la sottise, les autres que c'était de la bonté. Henri III était un jeune homme doux de tempérament, mais inexpérimenté et influençable. Bien que sa mère l'exhortait à se placer au-dessus des partis et à aimer tous ses sujets quels qu'ils soient, Henri III montrait une certaine perméabilité aux malignités de la cour.

 

Henri d'Anjou, Victoria and Albert museum Il existe plusieurs portraits peints du jeune Henri III dans les collections européennes. Les trois qui sont présentées ci-contre et ci-dessous, résultent d'un seul et même modèle qui diffère du dessin de Decourt.

Comme pour le portrait en émail de Limosin, les oeuvres ne sont pas datées. Elles pourraient tout aussi bien représenter le nouveau roi de France (vers 1574/75) que le roi de Pologne (vers 1573/74). Toutefois la fraise est représentée plus large que sur les portraits du duc d'Anjou. Du point de vue de la mode, il ne peut s'agir que de portraits ultérieurs.

Henri d'Anjou par Passarottiritratto di Enrico, museo stibbertOn peut également remarquer l'improbable rangée de boucles d'oreille dans l'image de droite ci-contre. Cette surenchère de bijoux, peu crédible, interroge quant à son origine et son authenticité.

Source des images : Catalogue des Offices (localisation : Florence, museo Stibbert) ; Bridgeman Images (Collection privée) ; Albert and Victoria museum ;

 

 

Henri III à VenisePortait du roi dans L'Arrivée d'Henri III à Venise peint par Andrea Vicentino et conservé au Palais des doges à Venise.

Le tableau représente l'accueil triomphal réservé à Henri III par les Vénitiens le 18 juillet 1574.

Quand il apprend la nouvelle de la mort de son frère en juin 1574, Henri III se trouve toujours dans son royaume de Pologne. Le nouveau roi n'a aucune hésitation, il doit rejoindre la France au plus vite.

S'il choisit de faire le voyage de retour par l'Italie, c'est que lors de sa venue en Pologne, la traversée par l'Allemagne ne s'était pas toujours bien passée (à cause de l'indignation et la colère suscitées chez les protestants allemands par le massacre de la Saint-Barthélemy).

Le séjour italien va durer deux mois pendant lesquels les cérémonies vont se succéder les unes après les autres. La plus importante et la plus grandiose est sans commune mesure celle que lui offrent les Vénitiens le 18 juillet 1574.

DFD7043_dip_Andrea-Vicentino_Arrivo-a-Venezia-del-re-Enrico-III_Sala-Quattro-Porte_Palazzo-Ducale_me ce passage vénitien, il subsiste plusieurs tableaux dont celui-ci qui orne encore le palais des doges. Il représente l'accueil fait au roi par le doge Alvise Ier Mocenigo le 18 juillet.  Le roi porte un habit noir car il porte encore le deuil de son frère. La médaille de l’ordre de Saint Michel qui orne sa poitrine est le seul bijou de son habit.

La foule se presse autour du défilé ; un grand nombre de Vénitiens, prélats, notables, artisans et commerçants, sont venus apercevoir le roi en gondole. La ville s'est donnée les moyens pour recevoir le roi avec faste. Son entrée à bord du Bucentaure est saluée par des salves d'artillerie et parmi les innombrables décorations, un arc de triomphe éphémère a été dressé sur son passage.

Source de l'image : (Venise, Palais des doges) ; liens vers les gravures : INHA ; Gallica

s61a-palma-il-giovane-il-ricevimento-di-enrico-iii-a-ca-foscariL'évènement a tellement marqué la Cité qu'on en peint encore des représentations une génération plus tard. Palma le jeune livre ainsi vers 1595 un tableau représentant le roi arriver au palais Foscari, qui est la demeure où il séjourna. Le tableau s'inspire de l'oeuvre de Vicentino, mais ici, le peintre met davantage en valeur les personnages ; à droite du doge sont notamment représentés deux personnalités importantes de l'entourage italien du roi. Ils sont représentés en habit noir. Il s'agit au premier plan d'Alphonse d'Este, duc de Ferrare, et au second plan, de Louis de Gonzague, duc de Nevers. Le premier est le cousin italien du roi et le second est son principal conseiller politique et le frère du duc de Mantoue.

L'oeuvre existe en deux versions, aujourd'hui conservées à Dresde et au château d'Azay-le-Rideau.

Source de l'image : Canal Grande di Venezia (localisation : Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister ; Château d'Azay-le-Rideau, voir la notice du Centre des Monuments nationaux sur la base Regards)

 

 

Portraits d'Henri III réalisé d'après un dessin que Le Tintoret exécuta sur le vif à Venise

Henri III

Henri_III_Budapest

Source de l'image de gauche : Conihout (et al.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006 (localisation : Venise, palais des doges)

Source de l'image de droite : (Budapest, musée des beaux-arts)

 

Le séjour à Venise fut l'occasion pour Henri III de découvrir le savoir-faire artisanal exceptionnel des ouvriers de la cité et de rencontrer les grands maîtres vénitiens de son temps. Il visita le vieux Titien dans sa maison, il découvrit les palais de Palladio et rencontra Le Tintoret qui en fit ce portrait.

Le Tintoret l'avait dressé à l'insu du roi. Il l'avait croqué en catimini pendant l'une de ses apparitions publiques. Quelques jours plus tard, le peintre se présenta devant lui avec le tableau terminé. Ceci ne manqua pas de surprendre le roi. On sait d'après un document d'archives que suite à cette rencontre, Henri III commanda au Tintoret trois autres tableaux 2. Par ailleurs, il est vraisemblable que plusieurs portraits étaient été commandés par les Vénitiens pour commémorer la visite du roi. Actuellement, l'un de ces portraits se trouve toujours au palais des doges, un autre est conservé à Budapest. On peut penser qu'il en existe dans d'autres collections encore non formellement identifiés. La diffusion du portrait royal par la gravure, montre que celui-ci rencontra un grand succès.

 


Vecellio_Henri-III _1574_RC2Portrait d'Henri III gravé par Cesare Vecellio pendant le séjour du roi à Venise

Source et localisation de l'image : The Royal Collection

Selon la notice de la Royal Collection, où cette gravure est conservée, il s'agit d'une oeuvre réalisée dans un délai très court puisqu'elle a été publiée deux semaines seulement après l'entrée du roi à Venise. Comme pour Le Tintoret, il s'agit d'attirer l'attention du roi sur le savoir-faire vénitien, mais aussi de partager l'éphémère de son passage dans la Cité.

Le portrait n'est pas sensationnel ; c'est pourtant l'un des tout premiers d'Henri III imprimés et diffusés. Il donne du roi une image très curieuse. L'artiste italien n'a pas retranscrit l'habit avec fidélité car il semble l'avoir interprété selon le goût italien. Par maniérisme, le cou est allongé et le bonnet semble aussi gros que la tête. Le résultat donne une figure au caractère plutôt précieux.

Henri IIIL'exemplaire conservé par la Royale Collection serait le seul tirage connu à ce jour ; mais il en existe une variante avec le texte non plus en italien, mais en allemand. Elle a été tirée en 1574 également (ci-dessous à gauche). L'image a ensuite été reprise de façon maladroite, notamment dans des frontispices d'ouvrages 3 (série de portraits ci-dessous).

Le succès de l'image montre l'engouement suscité par le passage du nouveau roi de France. L'ambassadeur de France à Venise Arnaud Du Ferrier l'évoque dans une lettre qu'il écrit à Catherine de Médicis, à l'issue du séjour royal à Venise :" Il [le roi] a donné une si grande espérance de sa grandeur et contentement à tout le monde que chacun a voulu avoir un portrait pour si mal fait que ce soit" 4.

Compositioni Volgari e Latine fatte da diversi, nella venuta in Venetia di Enrico IIIZenoni_Domenico_Henri-III_1574_GallicaAno_Henri-III_BnF19v2

Oselli_Henri-III_RCSource et localisation des images (de gauche à droite) : ScalaArchives ou Gallica ou Österreichische Nationalbibliothek ; La Malcontenta ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)Gallica (BnF) ; The Royal Collection

 


Heinrich III (Dresde)Henri_III_Gallica2Henri_III_GallicaVoir également SKDmuseum (Dresde, Münzkabinett) ; Gallica ; Gallica ;


 

 

 

 

Liefrinck_Henricus_III_ChantillyPortrait en pied d'Henri III imprimé par Hans Liefrinck

Source et localisation de l'image : (Chantilly, musée Condé)

C'est finalement un artiste du nord de l'Europe qui propose le portrait gravé le plus vraisemblable. Dans cette estampe de Liefrinck, les traits d'Henri III sont enfin reconnaissables et les formes de la fraise ou de la toque sont plus authentiques.

L'imprimeur anversois maintient toutefois une composition assez classique ; la pose du roi renvoie aux portraits en pied de Charles IX ; la main est posée sur une chaise et un rideau sert de décor.

Par ailleurs, l'habit porté par le roi est à la mode des années 1570, or ce style est déjà en train de passer. A la cour de France, la mode est très changeante, et cette image du roi sera vite bonne à être oubliée (les cheveux seront relevés par-devant la toque, la fraise allongée en plateau, le pourpoint aiguisé au panseron, et le haut-de-chausses raccourci, puis applati).

 

 

Portrait équestre d'avènement d'Henri III vers 1574-1575Portrait équestre du roi Henri III, probablement réalisé à son avènement vers 1574

Source des images : Agence photographique de la Rmn (localisation : Chantilly, musée Condé)

Après plusieurs mois d'absence, Henri III est de retour en France. Il a traversé les Alpes et a rejoint la cour venue à sa rencontre. Ce tableau de petite taille se rapporte probablement à cette période.

Le mur en ruine pourrait évoquer l'état de misère dans lequel se trouve le royaume, après plusieurs années de guerre civile. Le roi apparaît devant le mur comme celui qui va le faire oublier. A l'avènement d'Henri III, la France se trouve être encore en plein conflit ; le roi a pardonné à son frère François et à son beau-frère le roi de Navarre qui avaient comploté contre lui durant son absence, mais les protestants continuent de résister dans de nombreuses régions.

Pour abattre ses ennemis, Henri III opta d'emblée pour une politique de fermeté. Il tenta de soumettre les rebelles du Languedoc et du Dauphiné en lançant une double offensive diplomatique et militaire. Mais ce fut un échec ; il n'y avait pas assez d'argent dans les caisses de l'Etat pour soutenir l'effort de guerre. Dès le commencement, son règne s'annonçait difficile.

Henri IIILa datation que je propose pour ce portrait repose sur le costume et la physionomie du roi. La toque est placée haute sur la tête et les godrons de la fraise sont évasés sur les extrémités comme sur le dernier portrait clouetien de Charles IX (celui conservé à Versailles). Henri III porte ainsi un costume qui appartient davantage à la mode de cour de son prédécesseur.

La physionomie juvénile du roi renforce la datation proposée. Son visage est exactement le même que celui des portraits du début du règne (voir article suivant). La richesse du costume quadrillé de perles, est la marque d'un moment important. En ce milieu des années 1570, il n'y a que l'avènement du roi qui puisse lui donner l'occasion de se faire représenter ainsi.


 

Henri III par Dupré (XVIIe)Médaille réalisée par Duprè d'après une oeuvre de Germain Pilon réalisée pour l'avènement d'Henri III sur le trône de France

Ce portrait fait apparaître le changement de mode qui s'opère au tout début du règne d'Henri III. La toque disparaît derrière la tête, la plume qui l'orne est déplacée au centre dans l'axe du visage et la fraise s'élargit.

Dans l'histoire du costume, ce portrait montre la transition entre deux modes, celle de la cour de Charles IX et celle de son successeur Henri III.

C'est un élement de datation important pour ce portrait en bronze, car il appartient à une série de médaillons dont l'attribution à Germain Pilon est régulièrement remise en cause. Faute de pouvoir dater précisément l'oeuvre, les historiens ont émis plusieurs hypothèses qui en font une production  ultérieure (sous Henri IV) 5. Or, la perfection de concordance entre l'habit représenté et la mode de l'époque montre qu'il s'agit bien d'une oeuvre du début du règne de Henri III. Compte tenu du cadre contraignant que représente la surface d'un médaillon, c'est une prouesse artistique que d'être parvenu à créer ce réalisme documentaire. Un artiste du XVIIe siècle n'aurait jamais pu faire ce travail, à défaut de connaissance de l'histoire du costume.

Source de l'image : Collection Zeurg (Voir l'exemplaire du British museum) , (Crait-Muller, vente du 05 février 2021)

 

Le sacre d'Henri III par Caron (musée Le Vergeur)Le sacre d'Henri III à Reims, crayon d'Antoine Caron conservé au musée Le Vergeur à Reims

Source et localisation de l'image : (Reims, Musée Le Vergeur)

 

 

 


Notes :

1. L'hypothèse d'une date de création vers 1575 est formulée par Pierre-Gilles Girault ; Fêtes et crimes à la renaissance : la cour d'Henri III, Paris, Somogy, 2010, p. 84.

2. P. CHAMPION, Henri III, roi de Pologne, Paris, Grasset, 1951, p. 84. 

3. Voir Anna Bettoni, « Les coronationi de Pietro Buccio et le passage du roi en Vénétie; 1574 », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 110-120

4. P. CHAMPION, Henri III, roi de Pologne, Paris, Grasset, 1951, p. 97. 

5. L'attribution à Germain Pilon de la série de médaille en bronze des Valois est régulièrement remise en question. G.BRESC-BAUTIER (dir.), Germain Pilon et les sculpteurs français de la Renaissance, Paris, La documentation française, 1993, p. 47, 146-153.

 

Article modifié en octobre 2012, en août 2018, en 2021

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Henri III - Jean Decourt


Henri III vers 1576, Kunsthistorisches museumPortrait représentant Henri III au début de son règne, établi d'après un dessin de Jean Decourt1

Source de l'image : Europeana (localisation : Vienne, Kunsthistorisches museum)

Le tableau est aujourd'hui conservé dans les collections du Kunsthistorisches museum de Vienne ; il faisait probablement partie de la galerie de portraits de l'archiduc Ferdinand. Ce prince de la maison des Habsbourg, amateur d'art et contemporain d'Henri III avait constitué une importante collection de portraits d'hommes et de femmes illustres de son temps, qui existe encore aujourd'hui.

Cette représentation d'Henri III n'est qu'une copie mais son exposition permet de se faire une idée de l'original peint par Jean Decourt, aujourd'hui perdu. Le portrait a été tiré vers 1576 ; il témoigne de l'iconographie d'Henri III en début de règne. 

Le roi porte encore ce collier chargé de perles, à trois rangs, si caractéristique des années 1570, mais selon la mode du temps, la toque disparaît à l'arrière de la tête, derrière une coiffure relevée en hauteur au-dessus du front. L'ancienne mode de la longue moustache effilée n'est plus de mise, le roi porte un très léger bouc et une barbe rase. Au niveau du costume, il porte par-dessus le pourpoint, un collet clair, simple et uni, dépourvu de galons d'or (ce qui n'est pas sans rappeler le portrait de François d'Anjou, peint à la même époque, voir ici).

Henri III, portrait vendu chez PiasaHenri III, musée des hospices de LyonLe portrait de Vienne présente des points communs avec plusieurs autres portraits du roi, montrant ainsi que le portrait perdu de Jean Decourt, avait été diffusé comme portrait officiel. C'est ce portrait que les artistes flamands ont utilisé pour la tapisserie des Valois aujourd'hui conservée à Florence (voir ci-dessous).

Plus intéressant est le portrait vendu aux enchères chez Piasa en 2003 (première image de gauche). Le tableau a été redécoupé dans un format ovale, mais sa facture, dans le rendu du visage, est de meilleure qualité que le tableau de Vienne. Les traits du roi y sont davantage reconnaissables. Le tableau serait-il sorti de l'atelier de Jean Decourt ? Malheureusement, l'oeuvre a été vendue par Piasa sous une autre identification ; le catalogue de vente ne fait pas apparaître le nom d'Henri III 2. A sa décharge, en 2003, l'iconographie du derniers Valois était peu étudiée et encore peu connue.

Catherine, Henri III, Charles IX et leurs épousesPortrait d'Henri III en pied vers 1576Sur deux petites peintures (ci-contre à droite), le roi est représenté en pied. L'une d'entre elle, le représente de façon fictive en compagnie de sa famille (sa mère, son épouse Louise, et leurs prédécesseurs, Charles IX et Elisabeth).

Source des images : Piasa (vente du 27 juin 2003, à Paris) ; Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83 (Lyon, Musée historique des hospices civils) ; The Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg project ; The Saleroom (vente du 06 mars 2014, à Harrogate)

 

 

Henri III dans le Jeu de la quitaine

Portrait d'Henri III dans « Le jeu de la quitaine », l'une des pièces de la tapisserie des Valois, conservée au musée des Offices, à Florence

Source des images : Akh-images et  Scala archives (Florence, musée des Offices)

Le roi est revêtu d'un costume à l'antique (la cuirasse et les bottines des empereurs romains). Tel un nouveau César, le pied à l'étrier, Henri III s'apprête à parader devant ses sujets. Peut-être va t-il participer au jeu de la quintaine, représenté sur le fond de la tapisserie.

Le portrait utilisé pour le visage du roi est celui fixé par le peintre Jean Decourt au début du règne (voir les portraits ci-dessus). Outre les traits du visage, on y retrouve les mêmes formes et agencements de la fraise et de la coiffure.

Avec ses jambes musclées et sa pause martiale, le roi dégage une image virile qui tranche avec les portraits fraisés et les représentations austères que laissera plus tard le peintre Etienne Dumonstier. Contrairement à ses deux frères aînés, tous les deux passionnés par la chasse, Henri III n'était pas un sportif. A la vie en pleine nature, le roi préférait la vie de cour et la vie urbaine.

Le jeu de la quintaine, tapisserie des Valois, musée des OfficesEn revanche, le costume romain porté  par le roi accrédite le goût des Valois pour le travestissement ; comme le faisait son père Henri II, Henri III entretient une cour festive, où alternent carnavals, mascarades, et bals masqués.

A ce titre, les huit pièces de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservées à Florence, constituent un témoignage exceptionnel de la vie sous Henri III. Probablement commandée à l'intention de Catherine de Médicis, elles illustrent la diversité des jeux à la cour et la magnificence inculquée par la reine-mère à ses enfants dans la tradition du néo-platonisme médicéen : faire danser et jouer la noblesse de France pour lui faire oublier les rancoeurs de la guerre civile. Les fêtes sont pour la Couronne l'occasion de marquer les esprits et de purifier les coeurs par la Beauté.

 

Henri III et Louise de LorrainePortrait du roi et de la reine Louise dans « Fontainebleau », l'une des pièces de la tapisserie des Valois, conservée au musée des Offices, à Florence

Source des images :  E. Cleland, M. Wieseman, Renaissance Splendor Catherine de’ Medici’s Valois Tapestries, Yale University Press, 2019 et Scala archives (Florence, musée des Offices)

Les joutes nautiques de Fontainebleau dans la tapisserie des Valois (musée des Offices)Le roi et la reine sont représentés sur un fond représentant le spectacle nautique donné douze ans plus tôt, à Fontainebleau en 1564. La tapisserie reprend un dessin d'Antoine Caron, fait à cette occasion.

Pour le portrait du roi, elle reprend le prototype de Jean Decourt.       

 

Henri III par Nicholas Hilliard

Portrait d'Henri III peint en miniature par Nicholas Hilliard vers 1577 (d'après Jean Decourt ?)

Source de l'image : Philip Mould et company ; Localisation de l'oeuvre : collection privée

La miniature appartient à une collection privée. A sa mise en vente en 2013, elle était identifiée comme une oeuvre du XIXe siècle 3. Mais dans un article du Burlington Magazine paru en 2019, des chercheurs dévoilent sa véritable identitée. L'oeuvre est attribuée à Nicholas Hilliard, célèbre peintre anglais qui séjourna à la cour de France de 1576 à 1578.

Cette miniature est donc contemporaine de celle que le peintre anglais fit de Marguerite de Valois. Et à l'instar de celle-ci, Hilliard réalise un portrait très idéalisé où la ressemblance physique est moins recherchée que la beauté esthétique globale de la miniature.

L'article du Burlington Magazine propose d'y voir la source des portraits précédemment présentés 4. De nombreux points communs les rapprochent (costume, pose du modèle, direction du regard). Pourtant, il faut se rendre à l'évidence ; Hilliard adoucit tellement les traits de son modèle qu'on peine à le reconnaître. Les singularités du visage d'Henri III ne sont pas patentes, notamment au niveau des yeux et des muscles zygomatiques ou buccinateur.

Les copies qui nous sont parvenues du portrait de Decourt présentent des traits plus réalistes, et surtout une proximité entre elles qui les font rattacher à la même généalogie. Le lien entre le travail de Hilliard et celui de Decourt reste donc à établir.

 

Henri_III_vers_1578Portrait d'Henri III dont l'auteur et la localisation reste à préciser

Source de l'image : E. Bourassin, Pour comprendre le siècle de la Renaissance, Paris, Tallandier, 1990

Cette peinture est le témoin d'une étape marquante dans le portrait royal, la dernière étape avant le changement iconographique voulu par Henri III au milieu de son règne.

Le roi porte une fraise très large qui fait dater le portrait de la fin de la décennie, entre 1578 et 1580 environ. Par les traits et le costume, ce portrait se rattache au modèle produit par Decourt. Il en est probablement la réactualisation (reprise d'un modèle ancien par la mise à jour du costume, en l'adoptant à la mode du moment). Le roi porte toujours un pourpoint clair et des colliers de perles à trois rangs.

henri III_gaignèresCette image est à rapprocher d'un portrait en pied aujourd'hui disparu, mais conservé en copie dans un dessin du collectionneur Roger Gaignières (ci-contre).  Le tableau se trouvait au couvent des feuillants qu'Henri III avait fondé en 1587 à Paris. Le dessin en fournit une restitution assez maladroite. Le roi arbore toujours un habit clair et cette disposition chargée de colliers, mais la tête est mal faite. En le rapprochant du portrait précédent, l'association des deux images permet de donner une idée du portrait original.

C'est le dernier portrait-type de ce style. A partir de 1580, le roi se fait représenter dans un costume plus sombre et sobre.

Source de l'image : Gallica (localisation : Bibliothèque nationale de France)

 

C_Enrico_III_Uffiz_version2Miniature du roi Henri III réalisée vers 1578 et conservée au palais Pitti de Florence.

Ce très beau portrait est autrement plus réaliste que celui peint à la même époque par Nicholas Hilliard. Il représente le roi à une époque où le raffinement de la mode atteint son paroxysme : les cheveux sont relevés au-dessus du front après avoir été ondoyés et frisés ; la toque, placée à l'arrière de la tête, est agrémentée de plumes et d'aigrettes ; les oreilles sont décorés des pendants de perle et le visage est posé sur une grande fraise, présenté aux courtisans comme sur un plateau de fruits.

Cette image du roi fraisé a depuis toujours alimenté sa légende, celle d'un roi maniéré, indolent et débauché régnant sur une cour violente et dégénérée ; associer les excès de la mode à cette image était pourtant une erreur, car la mode d'Henri III était la même que celle de la cour d'Angleterre. Les courtisans d'Elisabeth Ière étaient habillés de la même façon.

henri_III_GaultierPar ailleurs, il faut rappeler que les excentricités de la cour d'Henri III n'ont rien à envier aux tendances extravagantes de la cour de Louis XIII (avec ses pourpoints fleuris et ses grands cols de dentelle) et de celle de Louis XIV (avec ses grappes de rubans et ses grandes perruques bouclées).

Cette image négative d'Henri III et de sa cour tire son origine des moqueries du peuple peu habitué à de tels caprices vestimentaires. L'opinion publique aurait préféré un roi militaire qui écrasa de sa force les hérétiques huguenots. A la place, ils avaient un roi raffiné et mondain. Les pamphlets et libelles écrits contre Henri III jouèrent un grand rôle dans son impopularité. Ils explosèrent en grand nombre à la fin de son règne et contribuèrent à sa chute.

La miniature des Offices peut être mise en relation avec une estampe gravée par Gaultier (image ci-contre) et d'après Jean Rabel (image ci-dessous à droite)

Henri III, Jean RabelHenri III, John Nicholsons Fine Art AuctioneerSource des images : Henri III mécène : des arts, des sciences et des lettres, p. 70 (Paris, Bnf) ; ? (Florence, palais Pitti) , Invaluable.com (John Nicholsons Fine Art Auctioneer & Valuer, Vente du 22 mai 2020 à Haslemere) ;  (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

 


Notes

1. Sur l'origine de ce portrait, voir Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83.

2. Le portrait est présenté comme étant le portrait présumé d'un gentilhomme d'Henri IV, Martin du Hardaz, capitaine des chasses du roi.

3. William Aslet, Lucia Burgio, Céline Cachaud, Alan Derbyshire and Emma Rutherford, « An English artist at the Valois court : a portrait of Henri III by Nicholas Hilliard » in The Burlington Magazine, February 2019, p. 103.

4. Ibid, p. 107.

 

Article initialement publié en mai 2007, modifié en octobre 2016, en mai 2018, en avril 2019 et destiné à être republié en 2021.

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04 mai 07

Les portraits des princesses de France

Princesse_de_FranceLa famille royale des Valois compte au XVIe siècle une quinzaine de princesses royales. Filles, petites-filles, soeurs, tantes et cousines d'Henri II, celles qui ont atteint leur majorité ont été mariées aux plus grands souverains d'Europe et ont contribué à faire des Valois une véritable famille européenne.

L'Ecosse, la Lorraine, la Navarre, l'Espagne, la Savoie, la Toscane, Ferrare et Parme ont tour à tour accueilli l'une de ces princesses.

La plus célèbre d'entre elles, Marguerite de Valois, plus connue sous le nom de reine Margot a tenu à la cour une place si importante qu'elle méritait d'avoir une galerie de portraits particulière. Elle n'est donc pas comprise dans cette présente catégorie. 

Galerie des princesses de France









Cette catégorie est susceptible de se développer avec l'ajout des portraits de Renée, Charlotte, Madeleine, Marguerite et ... Marguerite, voire de Jeanne et Anne

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Elisabeth de France (1545-1568)


Portrait de la princesse Elisabeth dessiné et peint par François Clouet vers 1550 (miniature et dessin au crayon ci-dessous).

Source des images : The Royal Collection (Royaume-Uni) ; Base Joconde (Chantilly, musée Condé) 

Elisabeth de France (musée Condé)

Elisabeth de France (collection royale du Royaume-Uni)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth est la fille aînée d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elle est née en 1545 sous le règne de François Ie son grand-père. Henri, son père, héritier présomptif du trône de France, n'était encore que le Dauphin. Quelques mois auparavant, il avait subi à Boulogne-sur-Mer une défaite militaire assez amère face aux Anglais. Cet évènement avait accentué les tensions entre le roi et son fils. Henri lui succéda deux ans plus tard.

Sur le portrait de Clouet, Elisabeth est représentée à l'âge de cinq ans environ. Le crayon est aujourd'hui conservé au musée Condé à Chantilly1.

La miniature qu'en a tirée le maître est aujourd'hui conservée au château de Windsor dans les collections royales. Elle aurait été envoyée à la cour d'Angleterre à l'occasion des négociations pour le projet d'union entre la petite princesse et le jeune roi d'Edouard VI2. En 1549, Henri II avait mené une brillante campagne militaire pour reprendre Boulogne-sur-Mer aux Anglais. La revanche d'Henri II sur ces derniers avait été totale. Le traité d'Outreau signé l'année suivante consacrait la victoire française. Pour sceller la paix, il fut question de marier le jeune roi d'Angleterre, âgé de douze ans à la petite princesse Elisabeth, âgée de cinq ans. Le mariage ne se fit pas car le roi Edouard VI mourut trois ans plus tard en 1553.

Elisabeth de France (BnF)Il existe d'autres dessins de la jeune princesse à la Bibliothèque nationale de France, mais certains d'entre eux ne sont peut-être pas bien identifiés.

Source : (Paris, BnF)

 

 

 

Elisabeth de France, musée CondéPortrait de la princesse Elisabeth de France dessiné vers 1558 par François Clouet et aujourd'hui conservé au musée Condé à Chantilly.

Source : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

Le dessin aurait été fait en 1558 à l'occasion du mariage du dauphin François, le frère aîné d'Elisabeth3. Il épousait la reine d'Ecosse Marie Stuart qui avait grandi à la cour de France aux côtés des princes de la maison de France. Marie et Elisabeth avaient même partagé leur chambre pendant l'enfance. Un an plus tard, ce fut au tour d'Elisabeth d'être mariée. Son promis était le roi Philippe II d'Espagne.

Elisabeth n'avait que 14 ans à l'époque. C'était une jeune adolescente ; mais à côté de son époux Philippe, elle paraissait une enfant ; le roi d'Espagne était un homme de 32 ans et s'était déja marié deux fois. Leur union était l'une des principales conséquences du traité du Cateau-Cambrésis qui mettait fin à l'interminable guerre entre la France et l'Espagne.

Le mariage fut célébré à Paris durant le mois de juin 1559. Il se fit par procuration car le roi d'Espagne avait refusé de se déplacer. Philippe II gardait une grande méfiance envers les Français, grands ennemis des Espagnols depuis plusieurs décennies. C'est le duc d'Albe, l'un des Grands d'Espagne qui le remplaça à Paris pendant les cérémonies protocolaires. Après trois ans de règne, Philippe II  n'avait toujours pas mis les pieds en Espagne ; il résidait dans le nord de l'Europe, supervisant depuis Bruxelles les opérations militaires et diplomatiques contre la France. Son mariage avec la fille de son ennemi, et l'instauration d'une paix durable en Europe allait lui pemettre de rentrer chez lui. Il n'est pas exagéré de dire que la paix du Cateau-Cambrésis est l'un des plus importants évènements de l'histoire - géopolitique - de l'Europe à la Renaissance. C'est pour cette nouvelle page d'histoire européenne, qu'Elisabeth reçut en retour le surnom d'Isabel de La Paz (Isabelle de la paix).

Elisabeth de Valois (Christie's)Le dessin de Clouet a fait l'objet d'une peinture qui a récemment été mis en vente chez Christie's (ci-contre à droite).

La peinture est inédite. Sa réapparition sur le marché de l'art, quatre ans après la vente, dans la même maison, du portrait de la duchesse de Berry par Clouet, montre qu'il existe encore des portraits inconnus des derniers Valois et qu'on peut s'attendre encore à de belles découvertes dans les années à venir.

L'historienne Alexandra Zvereva mentionne que peu de temps après la conclusion du traité de paix, Henri II avait fait parvenir à son futur gendre, le portrait d'Elisabeth, dans une peinture réalisée d'après le dessin de Clouet4. Peut-être y a t-il un lien entre ce portrait envoyé à Philippe II et ce tableau vendu chez Christie's ?!

Source : (Christie's, vente du 3 juin 2015 à New York)

C'est au cours des festivités organisées pour le mariage d'Elisabeth que le roi Henri II fut mortellement blessé par accident. Après cet évènement dramatique, la petite princesse resta encore plusieurs mois à la cour de France. Catherine de Médicis prétextait qu'Elisabeth n'était pas nubile pour garder auprès d'elle sa fille préférée. La petite reine d'Espagne ne quitta la cour de France qu'en novembre. La séparation avec sa mère et avec son amie la reine d'Ecosse se fit avec des pleurs déchirants.


1. Une copie existe à Chantilly mais elle date du XVIIIe siècle1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 300.

2. Ibid.

3. Ibid., p. 301.

4. Ibid.

Mise à jour de l'article le 30 août 2015.

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Isabella von Valois (Kunsthistorisches museum)Portrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne peint vers 1560 par le peintre espagnol Alonso Sánchez Coello et aujourd'hui conservé au Kunsthistorisches museum.

Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Il s'agit du premier portrait officiel de la princesse Elisabeth en tant que reine d'Espagne. Il a été réalisé par Coello, le peintre officiel de Philippe II, probablement après l'arrivée de la reine à la cour en 1560.

C'est un portrait exceptionnel car il représente une princesse française dans un cadrage en pied. C'est un format de représentation plutôt rare en France à cette époque. De fait, grâce à l'expatriation de la princesse Elisabeth et à ses peintres espagnols, nous avons d'elle plusieurs portraits de grande taille. Ce n'est pas le cas de ses soeurs restés en France, qui n'ont pour cette époque que des portraits en buste. 

La robe que la reine arbore appartient encore à la mode française ; cela se remarque par la présence et la forme du décolleté, le port d'une guimpe sur la poitrine et la forme arrondie des petites épaulettes. La reine était venue en Espagne avec sa propre garde-robe et s'il faut en croire l'embarras des Espagnols, elle était très impressionnante. Le transfert vers l'Espagne de tous ses coffres, malles et bagages et ceux de sa suite s'avéra des plus compliqués à organiser, en particulier lorsqu'il fallut traverser les Pyrénées enneigés. Plusieurs équipages tombèrent dans un précipice. 

Sur le costume français de la reine d'Espagne, je recommande l'article de Sylvène Édouard, Le costume d’Élisabeth de Valois, reine d’Espagne, vers 1560, Paris, Cour de France.fr, 2012 (http://cour-de-france.fr/article2178.html). Article mis en ligne le 1er janvier 2012.

 

Elisabeth par Moro (collection privée)Portrait de la reine Elisabeth peint vers 1560 par Antonio Moro et aujourd'hui conservé dans une collection particulière.

Source : Oronoz Fotografos (Madrid, collection Varez Fisa)

Le portrait aurait été fait peu de temps après l'arrivée de la princesse en Espagne. Son auteur est le peintre flamand Antonio Moro qui avait été introduit à la cour par le cardinal de Granvelle et qui avait suivi le roi dans son voyage de retour en Espagne.

Sur ce portrait, la nouvelle reine est représentée revêtue d'un costume espagnol. La comparaison avec le portrait précédent permet de bien saisir les différences vestimentaires : le décolleté carré et les épaulettes rondes à la française ont disparu ; à la place, la reine d'Espagne porte de grandes manches pendantes, caractéristiques de la mode espagnole.

Ce portrait montre que malgré sa garde-robe française, la reine s'est également adaptée à la mode de son nouveau pays. Il confirme également la richesse vestimentaire de la jeune princesse. Le déploiement de luxe de la maison de la reine avait d'ailleurs surpris l'austère cour d'Espagne. Il se raconte qu'Elisabeth ne portait jamais deux fois la même robe.

De tous les portraits de la reine, c'est celui de Moro qui a eu le plus de postérité. Il a été recopié à de multiples reprises et à commencer par son propre élève, Alonso Sanchez Coello (ci-dessous).

Elisabeth par Coello - collection privée Portrait de la reine Elisabeth peint par Coello d'après l'oeuvre d'Antonio Moro.

Source : Musée Bilbao (Madrid, collection Varez Fisa)

Les portraits de Moro et de Coello sont très proches, au point que pendant longtemps ils ont été confondus. De façon plus générale, l'attribution des portraits espagnols pour cette époque est une source de désaccords entre historiens de l'art, tant les oeuvres se ressemblent de prime abord. C'est pour cette raison que certains portraits de la reine Elisabeth peuvent être attribués à des artistes différents selon les livres.

En 2012, les deux portraits ont fait l'objet d'une exposition au musée Bilbao ; leur juxtaposition a permis de lever le doute, d'observer leurs différences et d'apprécier la supériorité du maître flamand.

Aujourd'hui, il existe des copies de l'oeuvre de Moro un peu partout. Le musée du Louvre possède d'ailleurs l'une de ces répliques (ci-dessous).

Elisabeth (musée du Louvre)Portrait de la reine Elisabeth conservé au musée du Louvre.

Source : Agence photographique de la RMN (Paris, musée du Louvre)

Le portrait que possède le Louvre serait peut-être un reste de la collection royale. Il a pu être envoyé par l'Espagne à Catherine de Médicis. L'échange de portraits entre les différentes cours d'Europe était monnaie courante au XVIe siècle. La reine Catherine en faisait une importante utilisation pour entretenir ses réseaux. 

Un portrait similaire à celui du Louvre existe à la galerie des offices de Florence (ci-dessous à gauche). Peut-être est-ce un cadeau adressé à la cour du grand-duc de Toscane.

Source : Bridgeman (Florence, galerie des Offices)

 

Elisabeth (galerie des Offices de Florence)Le portrait de Moro a été très diffusé au XVIe siècle. Il a ensuite été recopié à de nombreuses reprises et il en existe un si grand nombre de copies, qu'aujourd'hui, on en vend encore des répliques dans les ventes aux enchères de façon regulière.
La moitié des tableaux que je vous présente ci-dessous ont été vendus chez Christie's ou Sotheby's. Beaucoup d'entre eux sont de qualité médiocre. Le rendu est parfois si plat que le visage n'a plus grand chose à voir avec les traits d'Elisabeth (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Et de fait, l'identification du portrait s'est perdue avec le temps. Certains d'entre eux sont encore accompagnés d'une fausse identification, d'autres sont qualifiés d'anonyme.

 Elisabeth (Christies - 2000, New York)Elisabeth (Fitzwilliam Museum)Elisabeth (Sothebys - 2005)Elisabeth (Christie's - 2011)Elisabeth (Leeds Museums and Art Galleries) Elisabeth (Christie's - 2001)

Elisabeth (Christie's - 2003)Elisabeth (Museo Lázaro Galdiano)

Elisabeth (Sotheby's - 2015)Elisabeth (musée des beaux-arts de Nantes)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth (Sothebys - 2001)Source (1ère ligne) : Christie's (vente du 19 octobre 2000 à New York) ; (Cambridge, Fitzwilliam Museum) ; Sotheby's (vente du 27 janvier 2005 à New York) ; Christie's (vente du 8 juin 2011 à New York)Bridgeman (Leeds, museums and art galleries)

Source (2nde ligne) : Christie's (vente du 31 octobre 2001 à Londres) ; Christie's (vente du 6 mars 2003 à Londres sans identification) ; CeR.es (Museo Lázaro Galdiano) ; Sotheby's (vente du 4 juin 2015 à New York) ; Base Joconde (Nantes, musée des beaux-arts ; sans identification)

Source (image ci-contre) : Sotheby's (vente du 30 octobre 2001 à New York sous le titre de duchess of Medina)

 

  Elisabeth par Pierre Noveliers - Christie's (2000)Elisabeth - musée LichtensteinPour intégrer l'oeuvre de Moro dans des galeries de portraits, l'image a été modernisée ou recadrée par des copistes du XVIIe siècle. C'est le cas des portraits ci-contre. Dans le premier, la reine a été représentée en pied, dans le second, le fond du décor a été modifié pour intégrer un paysage.

Source : Christie's (vente du 19 avril 2000 à Londres) ; Liechentenstein (The Princely collection) ; Bridgeman (Leeds, museums and art galleries)

 


 Mise à jour de l'article le 31 août 2015

 

 

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Elisabeth de FrancePortrait d'Elisabeth de France attribué à Sofonisba Anguissola, et conservé au musée du Prado.

ZOOM du portrait sur le site du Prado

Sofonisba Anguissola est une artiste italienne invitée par la cour d'Espagne pour servir la nouvelle reine. Elle avait débarqué en Espagne à la même époque qu'Elisabeth et avait été rattachée à sa maison comme dame d'honneur. Leur jeune âge et leur gout commun pour les arts les rapprochèrent ; Sofonisba devint une intime de la reine. Elle lui l'apprenait l'art de dessiner et passait des heures en sa compagnie.

Sofonisba a réalisé plusieurs portraits de la reine d'Espagne mais très peu nous sont parvenus à cause des incendies qui ont ravagé les palais royaux d'Espagne aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Sur ce portrait la reine est revêtue d'un costume espagnol : elle porte une robe un corselet austère de couleur sombre avec de grandes manches pendantes.

miniature de Philippe II Lorsqu'Elisabeth est arrivée en Espagne, elle était accompagnée d'un personnel français et des vêtements de son pays d'origine. Mais petit à petit, Philippe II est parvenu restreindre cette suite, à l'espagnoliser et à faire adopter à son épouse la mode de sa cour. Pour Phillippe II, il fallait qu'Elisabeth n'apparaisse plus comme une fille de France, mais comme la reine d'Espagne.

Elisabeth KHMLa comparaison entre les deux portraits, celui du Prado et celui du Kunsthistorisches museum illustre bien les différences existant entre les deux modes. Sur le portrait, la reine tient dans sa main droite le portrait en miniature de son époux.

Il existe de ce portrait plusieurs répliques.

Source : (Madrid, musée du Prado)

Source : (Vienne Kunsthistorisches museum) 

 

 

Musée de tolédePortrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne conservé au musée d'art de Toledo aux Etats-Unis.

Source : (The Toledo museum of art)

La reine est habillée dans un costume espagnol, c'est la raison pour laquelle, il est difficile de voir dans ce portrait, une oeuvre de François Clouet comme il est traditionnellement identifié dans les catalogues1.

D'autant qu'au vu de la taille de la fraise, le costume appartient clairement à la mode des années 1560. Il n'est pas sans rappeler le costume peint par Anguissola dans le portrait du Prado, tandis que l'ostentatoire croix espagnole rappelle celle que la reine porte sur le portrait de Moro.

 

 

 

 

Elisabeth de France (château de Versailles)Elisabeth de France, fille de Henri II et Catherine de MédicisLa peinture de Toledo peut être rapprochée de deux portraits conservés en France, l'un au Louvre, l'autre à Versailles (ci-dessous). Le costume, le cadrage et la pose sont les mêmes.

Source : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Agence photographique de la Rmn (Versailles, chateau)

 

 

 

Elisabeth par Juan Pantoja de la CruzPortrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne, peint en 1605 par Pentoja de la Cruz d'après une peinture originale de Sofonisba Anguissola, et aujourd'hui conservé au musée du Prado.

Sur ce portrait, la reine Elisabeth porte une robe austère propre à la mode espagnole.

Catherine de Médicis entretenait une relation épistolaire très régulière avec sa fille. Depuis la France, elle se tenait au courant de sa vie quotidienne et envoyait par lettres ses conseils pour régler les petits drames de la cour ; des petites maladies de la reine, les querelles de ses filles d'honneur, et ses relations avec le roi.

Les deux femmes ne se revirent qu'une seule fois. Ce fut en 1565, lors de l'entrevue de Bayonne. Au moment des retrouvailles, Catherine et sa fille n'avaient pu retenir leurs larmes. Sous le regard des deux cours royales et des deux armées assemblées sous un climat caniculaire, le long de la Bidossoa, leur étreinte fut longue. Toutefois, dans les jours qui suivirent, Catherine allait constater et regretter au cours des négociations et des festivités combien sa fille était maintenant devenue "espagnole".

Source : Wikimedia commons (Madrid, musée du Prado) ;

Philippe II et Elisabeth dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFLe portrait du Prado a servi de modèle pour le portrait peint en miniature dans le livre d'heures de Catherine de Médicis aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France (ci-contre) ; Elisabeth y est représentée en buste avec son époux, le roi d'Espagne, tous les deux, les mains jointes et la tête couronnée.

Il s'agit d'un portrait posthume peint dans les années 1570 à l'usage privée de la reine Catherine. Avec son vêtement de couleur bleue parsemé de fleur de lys d'or, Elisabeth apparaît moins comme une reine d'Espagne que comme une fille de France (ci-contre).

Le couple royal espagnol avait eu deux filles : Isabelle Claire Eugenie et Catherine Michelle.

Source (Paris, BnF) ;


 

1. Voir la notice de description sur le site du musée http://classes.toledomuseum.org:8080/emuseum/

Mise à jour du 30 juillet 2015

 

 

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Les jumelles Jeanne et Victoire (1556)


Les jumelles Jeanne et Victoire, extrait du livre d'heures de Catherine de Médicis, BnF

Jeanne et Victoire sont les deux derniers enfants d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elles sont nées à Fontainebleau le 24 juin 1556. L'accouchement fut un drame, car les jumelles étaient coincées et la sage femme ne parvenait pas à les faire sortir. La petite Jeanne fut sacrifiée et mourut le jour même, mais Victoire ne survécut pas longtemps à sa soeur. Elle décéda presque deux mois plus tard au château d'Amboise.

La seule représentation qu'on a d'elles, est la miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis. Elles sont représentées côte à côte, emmaillotées et placées sur un coussin.

Louis et les jumelles Jeanne et Victoire dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFAu premier plan de la miniature, un petit prince est représenté les mains jointes en prière. La BnF indique qu'il s'agit du futur Charles IX, mais il s'agit probablement de Louis, né en 1549 et mort en 1550, l'autre enfant de Catherine qui n'a pas survécu.

Source : (Paris, Bnf)

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