04 mai 07

Les portraits des princesses de France

Princesse_de_FranceLa famille royale des Valois compte au XVIe siècle une quinzaine de princesses royales. Filles, petites-filles, soeurs, tantes et cousines d'Henri II, celles qui ont atteint leur majorité ont été mariées aux plus grands souverains d'Europe et ont contribué à faire des Valois une véritable famille européenne.

L'Ecosse, la Lorraine, la Navarre, l'Espagne, la Savoie, la Toscane, Ferrare et Parme ont tour à tour accueilli l'une de ces princesses.

La plus célèbre d'entre elles, Marguerite de Valois, plus connue sous le nom de reine Margot a tenu à la cour une place si importante qu'elle méritait d'avoir une galerie de portraits particulière. Elle n'est donc pas comprise dans cette présente catégorie. 

Galerie des princesses de France









Cette catégorie est susceptible de se développer avec l'ajout des portraits de Renée, Charlotte, Madeleine, Marguerite et ... Marguerite, voire de Jeanne et Anne

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Elisabeth de France (1545-1568)


Portrait de la princesse Elisabeth dessiné et peint par François Clouet vers 1550 (miniature et dessin au crayon ci-dessous).

Source et localisation des images : The Royal Collection (Royaume-Uni) ; Base Joconde (Chantilly, musée Condé) 

Elisabeth de France (musée Condé)

Elisabeth de France (collection royale du Royaume-Uni)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth est la fille aînée d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elle est née en 1545 sous le règne de François Ie son grand-père. Henri, son père, héritier présomptif du trône de France, n'était encore que le Dauphin. Quelques mois auparavant, il avait subi à Boulogne-sur-Mer une défaite militaire assez amère face aux Anglais. Cet évènement avait accentué les tensions entre le roi et son fils. Henri lui succéda deux ans plus tard.

Sur le portrait de Clouet, Elisabeth est représentée à l'âge de cinq ans environ. Le crayon est aujourd'hui conservé au musée Condé à Chantilly1.

La miniature qu'en a tirée le maître est aujourd'hui conservée au château de Windsor dans les collections royales. Elle aurait été envoyée à la cour d'Angleterre à l'occasion des négociations pour le projet d'union entre la petite princesse et le jeune roi d'Edouard VI2. En 1549, Henri II avait mené une brillante campagne militaire pour reprendre Boulogne-sur-Mer aux Anglais. La revanche d'Henri II sur ces derniers avait été totale. Le traité d'Outreau signé l'année suivante consacrait la victoire française. Pour sceller la paix, il fut question de marier le jeune roi d'Angleterre, âgé de douze ans à la petite princesse Elisabeth, âgée de cinq ans. Le mariage ne se fit pas car le roi Edouard VI mourut trois ans plus tard en 1553.

Elisabeth de France (BnF)Il existe d'autres dessins de la jeune princesse à la Bibliothèque nationale de France, mais certains d'entre eux ne sont peut-être pas bien identifiés.

Source : (Paris, BnF)

 

 

 

Elisabeth de France, musée CondéPortrait de la princesse Elisabeth de France dessiné vers 1558 par François Clouet et aujourd'hui conservé au musée Condé à Chantilly.

Source : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

Le dessin aurait été fait en 1558 à l'occasion du mariage du dauphin François, le frère aîné d'Elisabeth3. Il épousait la reine d'Ecosse Marie Stuart qui avait grandi à la cour de France aux côtés des princes de la maison de France. Marie et Elisabeth avaient même partagé leur chambre pendant l'enfance. Un an plus tard, ce fut au tour d'Elisabeth d'être mariée. Son promis était le roi Philippe II d'Espagne.

Elisabeth n'avait que 14 ans à l'époque. C'était une jeune adolescente ; mais à côté de son époux Philippe, elle paraissait une enfant ; le roi d'Espagne était un homme de 32 ans et s'était déja marié deux fois. Leur union était l'une des principales conséquences du traité du Cateau-Cambrésis qui mettait fin à l'interminable guerre entre la France et l'Espagne.

Le mariage fut célébré à Paris durant le mois de juin 1559. Il se fit par procuration car le roi d'Espagne avait refusé de se déplacer. Philippe II gardait une grande méfiance envers les Français, grands ennemis des Espagnols depuis plusieurs décennies. C'est le duc d'Albe, l'un des Grands d'Espagne qui le remplaça à Paris pendant les cérémonies protocolaires. Après trois ans de règne, Philippe II  n'avait toujours pas mis les pieds en Espagne ; il résidait dans le nord de l'Europe, supervisant depuis Bruxelles les opérations militaires et diplomatiques contre la France. Son mariage avec la fille de son ennemi, et l'instauration d'une paix durable en Europe allait lui pemettre de rentrer chez lui. Il n'est pas exagéré de dire que la paix du Cateau-Cambrésis est l'un des plus importants évènements de l'histoire - géopolitique - de l'Europe à la Renaissance. C'est pour cette nouvelle page d'histoire européenne, qu'Elisabeth reçut en retour le surnom d'Isabel de La Paz (Isabelle de la paix).

Elisabeth de Valois (Christie's)Le dessin de Clouet a fait l'objet d'une peinture qui a récemment été mis en vente chez Christie's (ci-contre à droite).

La peinture est inédite. Sa réapparition sur le marché de l'art, quatre ans après la vente, dans la même maison, du portrait de la duchesse de Berry par Clouet, montre qu'il existe encore des portraits inconnus des derniers Valois et qu'on peut s'attendre encore à de belles découvertes dans les années à venir.

L'historienne Alexandra Zvereva mentionne que peu de temps après la conclusion du traité de paix, Henri II avait fait parvenir à son futur gendre, le portrait d'Elisabeth, dans une peinture réalisée d'après le dessin de Clouet4. Peut-être y a t-il un lien entre ce portrait envoyé à Philippe II et ce tableau vendu chez Christie's ?!

Source : (Christie's, vente du 3 juin 2015 à New York)

C'est au cours des festivités organisées pour le mariage d'Elisabeth que le roi Henri II fut mortellement blessé par accident. Après cet évènement dramatique, la petite princesse resta encore plusieurs mois à la cour de France. Catherine de Médicis prétextait qu'Elisabeth n'était pas nubile pour garder auprès d'elle sa fille préférée. La petite reine d'Espagne ne quitta la cour de France qu'en novembre. La séparation avec sa mère et avec son amie la reine d'Ecosse se fit avec des pleurs déchirants.


1. Une copie existe à Chantilly mais elle date du XVIIIe siècle1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 300.

2. Ibid.

3. Ibid., p. 301.

4. Ibid.

Mise à jour de l'article le 30 août 2015.

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Isabella von Valois (Kunsthistorisches museum)Portrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne peint vers 1560 par le peintre espagnol Alonso Sánchez Coello et aujourd'hui conservé au Kunsthistorisches museum.

Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Il s'agit du premier portrait officiel de la princesse Elisabeth en tant que reine d'Espagne. Il a été réalisé par Coello, le peintre officiel de Philippe II, probablement après l'arrivée de la reine à la cour en 1560.

C'est un portrait exceptionnel car il représente une princesse française dans un cadrage en pied. C'est un format de représentation plutôt rare en France à cette époque. De fait, grâce à l'expatriation de la princesse Elisabeth et à ses peintres espagnols, nous avons d'elle plusieurs portraits de grande taille. Ce n'est pas le cas de ses soeurs restés en France, qui n'ont pour cette époque que des portraits en buste. 

La robe que la reine arbore appartient encore à la mode française ; cela se remarque par la présence et la forme du décolleté, le port d'une guimpe sur la poitrine et la forme arrondie des petites épaulettes. La reine était venue en Espagne avec sa propre garde-robe et s'il faut en croire l'embarras des Espagnols, elle était très impressionnante. Le transfert vers l'Espagne de tous ses coffres, malles et bagages et ceux de sa suite s'avéra des plus compliqués à organiser, en particulier lorsqu'il fallut traverser les Pyrénées enneigés. Plusieurs équipages tombèrent dans un précipice. 

Sur le costume français de la reine d'Espagne, je recommande l'article de Sylvène Édouard, Le costume d’Élisabeth de Valois, reine d’Espagne, vers 1560, Paris, Cour de France.fr, 2012 (http://cour-de-france.fr/article2178.html). Article mis en ligne le 1er janvier 2012.

 

Elisabeth par Moro (collection privée)Portrait de la reine Elisabeth peint vers 1560 par Antonio Moro et aujourd'hui conservé dans une collection particulière.

Source : Oronoz Fotografos (Madrid, collection Varez Fisa)

Le portrait aurait été fait peu de temps après l'arrivée de la princesse en Espagne. Son auteur est le peintre flamand Antonio Moro qui avait été introduit à la cour par le cardinal de Granvelle et qui avait suivi le roi dans son voyage de retour en Espagne.

Sur ce portrait, la nouvelle reine est représentée revêtue d'un costume espagnol. La comparaison avec le portrait précédent permet de bien saisir les différences vestimentaires : le décolleté carré et les épaulettes rondes à la française ont disparu ; à la place, la reine d'Espagne porte de grandes manches pendantes, caractéristiques de la mode espagnole.

Ce portrait montre que malgré sa garde-robe française, la reine s'est également adaptée à la mode de son nouveau pays. Il confirme également la richesse vestimentaire de la jeune princesse. Le déploiement de luxe de la maison de la reine avait d'ailleurs surpris l'austère cour d'Espagne. Il se raconte qu'Elisabeth ne portait jamais deux fois la même robe.

De tous les portraits de la reine, c'est celui de Moro qui a eu le plus de postérité. Il a été recopié à de multiples reprises et à commencer par son propre élève, Alonso Sanchez Coello (ci-dessous).

Elisabeth par Coello - collection privée Portrait de la reine Elisabeth peint par Coello d'après l'oeuvre d'Antonio Moro.

Source : Musée Bilbao (Madrid, collection Varez Fisa)

Les portraits de Moro et de Coello sont très proches, au point que pendant longtemps ils ont été confondus. De façon plus générale, l'attribution des portraits espagnols pour cette époque est une source de désaccords entre historiens de l'art, tant les oeuvres se ressemblent de prime abord. C'est pour cette raison que certains portraits de la reine Elisabeth peuvent être attribués à des artistes différents selon les livres.

En 2012, les deux portraits ont fait l'objet d'une exposition au musée Bilbao ; leur juxtaposition a permis de lever le doute, d'observer leurs différences et d'apprécier la supériorité du maître flamand.

Aujourd'hui, il existe des copies de l'oeuvre de Moro un peu partout. Le musée du Louvre possède d'ailleurs l'une de ces répliques (ci-dessous).

Elisabeth (musée du Louvre)Portrait de la reine Elisabeth conservé au musée du Louvre.

Source : Agence photographique de la RMN (Paris, musée du Louvre)

Le portrait que possède le Louvre serait peut-être un reste de la collection royale. Il a pu être envoyé par l'Espagne à Catherine de Médicis. L'échange de portraits entre les différentes cours d'Europe était monnaie courante au XVIe siècle. La reine Catherine en faisait une importante utilisation pour entretenir ses réseaux. 

Un portrait similaire à celui du Louvre existe à la galerie des offices de Florence (ci-dessous à gauche). Peut-être est-ce un cadeau adressé à la cour du grand-duc de Toscane.

Source : Bridgeman (Florence, galerie des Offices)

 

Elisabeth (galerie des Offices de Florence)Le portrait de Moro a été très diffusé au XVIe siècle. Il a ensuite été recopié à de nombreuses reprises et il en existe un si grand nombre de copies, qu'aujourd'hui, on en vend encore des répliques dans les ventes aux enchères de façon regulière.
La moitié des tableaux que je vous présente ci-dessous ont été vendus chez Christie's ou Sotheby's. Beaucoup d'entre eux sont de qualité médiocre. Le rendu est parfois si plat que le visage n'a plus grand chose à voir avec les traits d'Elisabeth (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Et de fait, l'identification du portrait s'est perdue avec le temps. Certains d'entre eux sont encore accompagnés d'une fausse identification, d'autres sont qualifiés d'anonyme.

 Elisabeth (Christies - 2000, New York)Elisabeth (Fitzwilliam Museum)Elisabeth (Sothebys - 2005)Elisabeth (Christie's - 2011)Elisabeth (Leeds Museums and Art Galleries) Elisabeth (Christie's - 2001)

Elisabeth (Christie's - 2003)Elisabeth (Museo Lázaro Galdiano)

Elisabeth (Sotheby's - 2015)Elisabeth (musée des beaux-arts de Nantes)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth (Sothebys - 2001)Source (1ère ligne) : Christie's (vente du 19 octobre 2000 à New York) ; (Cambridge, Fitzwilliam Museum) ; Sotheby's (vente du 27 janvier 2005 à New York) ; Christie's (vente du 8 juin 2011 à New York)Bridgeman (Leeds, museums and art galleries)

Source (2nde ligne) : Christie's (vente du 31 octobre 2001 à Londres) ; Christie's (vente du 6 mars 2003 à Londres sans identification) ; CeR.es (Museo Lázaro Galdiano) ; Sotheby's (vente du 4 juin 2015 à New York) ; Base Joconde (Nantes, musée des beaux-arts ; sans identification)

Source (image ci-contre) : Sotheby's (vente du 30 octobre 2001 à New York sous le titre de duchess of Medina)

 

  Elisabeth par Pierre Noveliers - Christie's (2000)Elisabeth - musée LichtensteinPour intégrer l'oeuvre de Moro dans des galeries de portraits, l'image a été modernisée ou recadrée par des copistes du XVIIe siècle. C'est le cas des portraits ci-contre. Dans le premier, la reine a été représentée en pied, dans le second, le fond du décor a été modifié pour intégrer un paysage.

Source : Christie's (vente du 19 avril 2000 à Londres) ; Liechentenstein (The Princely collection) ; Bridgeman (Leeds, museums and art galleries)

 


 Mise à jour de l'article le 31 août 2015

 

 

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Elisabeth de FrancePortrait d'Elisabeth de France attribué à Sofonisba Anguissola, et conservé au musée du Prado.

ZOOM du portrait sur le site du Prado

Sofonisba Anguissola est une artiste italienne invitée par la cour d'Espagne pour servir la nouvelle reine. Elle avait débarqué en Espagne à la même époque qu'Elisabeth et avait été rattachée à sa maison comme dame d'honneur. Leur jeune âge et leur gout commun pour les arts les rapprochèrent ; Sofonisba devint une intime de la reine. Elle lui l'apprenait l'art de dessiner et passait des heures en sa compagnie.

Sofonisba a réalisé plusieurs portraits de la reine d'Espagne mais très peu nous sont parvenus à cause des incendies qui ont ravagé les palais royaux d'Espagne aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Sur ce portrait la reine est revêtue d'un costume espagnol : elle porte une robe un corselet austère de couleur sombre avec de grandes manches pendantes.

miniature de Philippe II Lorsqu'Elisabeth est arrivée en Espagne, elle était accompagnée d'un personnel français et des vêtements de son pays d'origine. Mais petit à petit, Philippe II est parvenu restreindre cette suite, à l'espagnoliser et à faire adopter à son épouse la mode de sa cour. Pour Phillippe II, il fallait qu'Elisabeth n'apparaisse plus comme une fille de France, mais comme la reine d'Espagne.

Elisabeth KHMLa comparaison entre les deux portraits, celui du Prado et celui du Kunsthistorisches museum illustre bien les différences existant entre les deux modes. Sur le portrait, la reine tient dans sa main droite le portrait en miniature de son époux.

Il existe de ce portrait plusieurs répliques.

Source : (Madrid, musée du Prado)

Source : (Vienne Kunsthistorisches museum) 

 

 

Musée de tolédePortrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne conservé au musée d'art de Toledo aux Etats-Unis.

Source : (The Toledo museum of art)

La reine est habillée dans un costume espagnol, c'est la raison pour laquelle, il est difficile de voir dans ce portrait, une oeuvre de François Clouet comme il est traditionnellement identifié dans les catalogues1.

D'autant qu'au vu de la taille de la fraise, le costume appartient clairement à la mode des années 1560. Il n'est pas sans rappeler le costume peint par Anguissola dans le portrait du Prado, tandis que l'ostentatoire croix espagnole rappelle celle que la reine porte sur le portrait de Moro.

 

 

 

 

Elisabeth de France (château de Versailles)Elisabeth de France, fille de Henri II et Catherine de MédicisLa peinture de Toledo peut être rapprochée de deux portraits conservés en France, l'un au Louvre, l'autre à Versailles (ci-dessous). Le costume, le cadrage et la pose sont les mêmes.

Source : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Agence photographique de la Rmn (Versailles, chateau)

 

 

 

Elisabeth par Juan Pantoja de la CruzPortrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne, peint en 1605 par Pentoja de la Cruz d'après une peinture originale de Sofonisba Anguissola, et aujourd'hui conservé au musée du Prado.

Sur ce portrait, la reine Elisabeth porte une robe austère propre à la mode espagnole.

Catherine de Médicis entretenait une relation épistolaire très régulière avec sa fille. Depuis la France, elle se tenait au courant de sa vie quotidienne et envoyait par lettres ses conseils pour régler les petits drames de la cour ; des petites maladies de la reine, les querelles de ses filles d'honneur, et ses relations avec le roi.

Les deux femmes ne se revirent qu'une seule fois. Ce fut en 1565, lors de l'entrevue de Bayonne. Au moment des retrouvailles, Catherine et sa fille n'avaient pu retenir leurs larmes. Sous le regard des deux cours royales et des deux armées assemblées sous un climat caniculaire, le long de la Bidossoa, leur étreinte fut longue. Toutefois, dans les jours qui suivirent, Catherine allait constater et regretter au cours des négociations et des festivités combien sa fille était maintenant devenue "espagnole".

Source : Wikimedia commons (Madrid, musée du Prado) ;

Philippe II et Elisabeth dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFLe portrait du Prado a servi de modèle pour le portrait peint en miniature dans le livre d'heures de Catherine de Médicis aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France (ci-contre) ; Elisabeth y est représentée en buste avec son époux, le roi d'Espagne, tous les deux, les mains jointes et la tête couronnée.

Il s'agit d'un portrait posthume peint dans les années 1570 à l'usage privée de la reine Catherine. Avec son vêtement de couleur bleue parsemé de fleur de lys d'or, Elisabeth apparaît moins comme une reine d'Espagne que comme une fille de France (ci-contre).

Le couple royal espagnol avait eu deux filles : Isabelle Claire Eugenie et Catherine Michelle.

Source (Paris, BnF) ;


 

1. Voir la notice de description sur le site du musée http://classes.toledomuseum.org:8080/emuseum/

Mise à jour du 30 juillet 2015

 

 

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Les jumelles Jeanne et Victoire (1556)


Les jumelles Jeanne et Victoire, extrait du livre d'heures de Catherine de Médicis, BnF

Jeanne et Victoire sont les deux derniers enfants d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elles sont nées à Fontainebleau le 24 juin 1556. L'accouchement fut un drame, car les jumelles étaient coincées et la sage femme ne parvenait pas à les faire sortir. La petite Jeanne fut sacrifiée et mourut le jour même, mais Victoire ne survécut pas longtemps à sa soeur. Elle décéda presque deux mois plus tard au château d'Amboise.

La seule représentation qu'on a d'elles, est la miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis. Elles sont représentées côte à côte, emmaillotées et placées sur un coussin.

Louis et les jumelles Jeanne et Victoire dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFAu premier plan de la miniature, un petit prince est représenté les mains jointes en prière. La BnF indique qu'il s'agit du futur Charles IX, mais il s'agit probablement de Louis, né en 1549 et mort en 1550, l'autre enfant de Catherine qui n'a pas survécu.

Source : (Paris, Bnf)

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Marie-Elisabeth de France (1572-1578)


Marie-Elisabeth de France, BnFPortrait au crayon de Marie-Élisabeth de France, conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF).

Source : (Paris, BnF)

Marie-Élisabeth est la fille du roi Charles IX et de son épouse Élisabeth d'Autriche, née deux mois après le massacre de la Saint-Barthélemy, le 27 octobre 1572. Elle a pour marraine, la reine Elisabeth d'Angleterre.

Marie-Élisabeth n'a pas deux ans quand son père meurt. Elle est elevée au château d'Amboise avec son demi-frère, le bâtard d'Angoulême.  Sa grand-mère Catherine qui assurait son éducation, l'appréciait pour son intelligence. Malheureusement, le destin voulut qu'elle meurt à l'âge de six ans.

Il existe deux portraits d'elle. Le premier se trouve à la BnF. C'est à tort que certains y voient la petite Marguerite, future reine de Navarre, car la coiffure que porte la jeune fille appartient à la mode des années 1570. Quant à ses traits, on reconnaît ceux de sa mère Elisabeth, à qui Marie-Elisabeth ressemble comme deux gouttes d'eau. C'est donc une erreur de la BnF que d'identifier ce portrait comme étant Marguerite de France.

 

Marie-Elisabeth, Kunshistorisches museumPortrait peint de Marie-Élisabeth de France, conservé à Vienne au Kunsthistorisches museum.

Source : (Vienne, Kunsthistorisches Museum)

 

Sur le portrait peint de Marie-Elisabeth, l'identification traditionnelle y voit la soeur de François Ier, Marguerite de France, reine de Navarre, ce qui est encore moins crédible que l'identification proposée pour le portrait précédent.

Sur ce portrait la ressemblance avec la reine Elisabeth est édifiante. Cette jeune fille ne peut être que sa fille Marie-Elisabeth. Il n'y a aucun doute là-dessus.

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Christine de Lorraine (1565-1637)


Christine de Lorraine, British museumChristine de Lorraine dans le livre d'heures de Catherine de MédicisPortrait de Christine de Lorraine

Christine est la fille de la duchesse de Lorraine Claude de France. A la mort de sa mère en 1575, elle est placée sous la tutelle de sa grand-mère Catherine de Médicis qui éprouvait pour elle beaucoup d'attachement. Christine grandit donc à la cour de France auprès de sa grand-mère qui l'élève.

Le portrait de la jeune fille réalisé  au début des années 1570 a été repris dans le livre d'heures de Catherine de Médicis.

Source : (Londres, British museum)

Source : (Paris, BnF)

Si la présence de Christine dans le livre d'heures de sa grand-mère révèle la proximité de ses liens avec elle, deux autres petites-filles de la reine-mère y sont également représentées. Il s'agit des deux petites infantes, Isabelle et Catherine qu'Elisabeth de France a eu de son mari Philippe II d'Espagne.

L'infante CatherineL'infante IsabellePortrait de l'infante Isabelle Claire Eugénie (à droite) et de l'infante Catherine Michelle (à gauche) dans le livres d'heures de Catherine de Médicis

La reine d'Espagne était morte en 1568 en laissant deux enfants en bas âge. Malgré la distance qui la séparait d'elles, Catherine de Médicis s'était toujours souciée de la santé de ses deux  petites-filles. N'ayant jamais eu l'occasion de les rencontrer, elle se faisait envoyer leurs portraits.

Après s'être portée candidate au trône de France en 1593, Isabelle gouvernera avec beaucoup de bon sens les Pays-Bas méridionaux (ancienne Belgique). Sa soeur Catherine deviendra duchesse de Savoie.

Source : (Paris, BnF) Source : (Paris, BnF)

 

Christine de LorrainePortrait de Christine de Lorraine par Thomas de Leu

Plusieurs gravures témoignent de l'importance de cette princesse et de sa présence à la cour d'Henri III. On la désignait alors sous l'appellation de "princesse de Lorraine" (il ne faut pas la confondre avec la duchesse de Joyeuse, sa cousine, elle aussi, princesse de Lorraine ; c'est une erreur d'identification qu'on retrouve souvent).

SLa princesse de Lorraineource des images : (Londres, British museum) ; (Vienne, Osterreichische bibliothek)

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Christine_Bal_des_nocesOn retrouve Christine de Lorraine dans le tableau du Bal des noces du duc de Joyeuse (1581).

A cette époque, Christine est déjà représentée malgré ses 16 ans comme une femme de la cour de France, avec les cheveux relevés à la mode du temps, la grande fraise godronnée, les manches ballonnées et le fameux vertugadin en bourrelet qui donne du volume à la robe.

Elle est accompagnée du duc de Mercoeur, son cousin (et aussi le demi-frère de la reine Louise).

Source des images : (Versailles, musée du château)

 

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Henri III, Christine de Lorraine et Catherine de Médicis, détail du Bal à la cour de Henri IIIOn retrouve également Christine sur le tableau du Bal à la cour des Valois (1582).

Elle est placée derrière le roi son oncle et la reine-mère sa grand-mère.

Malgré son apparence banale et du fait de son sang royal, la main de Christine fut très demandée. Après 1585, la duchesse de Nemours, Anne d'Este pensait la marier à l'un de ses fils. Le refus de Catherine, contribua à renforcer le fossé entre les Guise et la famille royale.

Source : Marilena Ferrari (Paris, musée du Louvre)

 

Christine de Lorraine, galerie des OfficesChristine de Lorraine, musée CondéPortrait de Christine de Lorraine

Le portrait représente probablement  la princesse au moment de son mariage en 1589. (On admirera la beauté du costume, ultime stade de la mode du règne d'Henri III).

Le départ de Christine pour l'Italie où elle doit épouser le duc de Toscane se déroule dans la tristesse. Quelques jours plus tôt, le 5 janvier 1589, sa grand-mère venait de mourir. Christine quitte un royaume divisé. La plus grande partie de la France est contrôlée par la Ligue et le roi son oncle est en passe d'être destitué de son trône. C'est la fin des Valois.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)  Rmn (Florence, galerie des Offices)

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26 mai 07

Les portraits de François de France (1555-1584)

François d'AnjouCinquième fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, François est le dernier-né de la famille royale. Longtemps négligé par les historiens, il est resté un personnage assez peu connu de l'Histoire de France.

Pourtant en tant qu'héritier et successeur potentiel du roi Henri III, il a tenu dans le royaume une place primordiale. Dans les années 1570, il se fait remarquer à plusieurs reprises en se rebellant contre son royal frère.

Appelé à monter sur le trône de France, à devenir prince consort d'Angleterre et souverain des riches Pays-Bas, François était devenu dans les années 1580, une figure internationale. Malheureusement, sa personnalité complexe lui fit échouer beaucoup de ses entreprises.

Galerie de portraits de François d'Anjou

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François-Hercule


Hercule François; collection particulièreHercule, musée CondéPortrait du prince Hercule par François Clouet

 Sur ces portraits réalisés sous le règne d'Henri II, le petit Hercule ne paraît guère âgé de plus d'un an ou deux. Il porte encore la robe des garçons en bas âge.

Le dessin existe en plusieurs copies (voir celle de la BnF), mais on ne connaît pas sa version en peinture. Pour le deuxième portrait, c'est l'inverse, on a la peinture mais pas le dessin. Le petit chien que porte François est caractéristique des portraits d'enfants de cette époque. Il existe un portrait semblable de Charles IX enfant avec un petit chien dans les mains.

 Source : Rmn (Chantilly, musée Condé) et (Weiss gallery)

  

Hercule-François, BnFPortrait de François-Hercule dessiné par François Clouet vers 1561

Il s'agit probablement d'un dessin commandé par Catherine de Médicis au moment de l'avènement de Charles IX. C'est vers cette époque que le prince Hercule commence à être appelé François-Hercule (en mémoire de son frère François II qui vient de mourir ?!).

Le dessin suivant est peut-être légèrement plus tardif. Il a longtemps été identifié à Charles IX, alors que sur le site de la Royal collection, sa version peinte est identifiée à François II. Ce sont évidemment des erreurs. Iconographiquement, il est très facile de reconnaître François-Hercule grâce à ses joues bien rondes. On retrouve ce détail physionomique sur les portraits postérieurs.

 

Hercule-François, BnF François d'Alençon, The royale collection

Source : (BnF)

Source : Rmn (Paris, BnF)

Source : (Angleterre, the Royal collection)

 

  

 

 

 

 

Corneille_de_Lyon_follower_-_Portrait_of_Francois,_Duke_of_AnjouFrancois_Clouet_-_Portrait_of_Hercule-François,_Duke_of_Alençon_and_of_Anjou_(1555-1584)_2017_CKS_13673_0011

Source des images : Christie's (Vente du 7 décembre 2017à Londres) ; Millon (Vente du 23 mars 2017)

 

 

 

 

 

 

 François vers 1561-1564La représentation de François en pied (ci-contre) est tiré d'un portrait de famille dans lequel sont également peints ses frères Charles et Henri et sa soeur Marguerite (voir le tableau en entier). Le portrait de François a a probablement pour modèle le dessin de la BnF (ci-dessus)

Comme sur le tableau, François était un peu en marge de la famille royale. Il n'accompagna pas le roi lorsque celui-ci entreprit son grand voyage à travers la France.

Défiguré par la petite vérole durant son enfance et doté d'un nez imposant, il n'était pas particulièrement gaté par la nature. 

 

 

 

 

 

François de France, musée du LouvrePortrait de François-Hercule peint vers 1565-1570

Vu le costume, ce portrait est beaucoup plus tardif que les précédents. Les traits du visage semblent reprendre en modèle ceux du dessin de la BnF.

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

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Le duc d'Alençon


Clouet_1572_Francois_dAnjou_Washington2

Portrait en pied du duc d'Alençon peint en 1572 et offert par Catherine de Médicis à la reine Elisabeth d'Angleterre1, aujourd'hui conservé à la National gallery of art de Washington

Source de l'image : (Washington, National Gallery of Art)

Ce tableau est l'un des plus beaux portraits des derniers Valois aujourd'hui existant pour cette époque. La qualité d'exécution, notamment dans le rendu du costume, confirme qu'il s'agit d'une oeuvre originale.

Comme les portraits français d'époque, en pied et en grandeur nature, sont rares dans les collections publiques, ce tableau est d'un intérêt exceptionnel.

Il est également intéressant pour l'histoire du costume (il est daté par une inscription en haut à gauche). Le jeune prince porte des hauts-de-chausses de forme trapézoïdale et une fraise dans la taille et la forme sont typiques de cette époque. La bosse du pourpoint au niveau du ventre annonce le volumineux panseron porté à la cour d'Henri III. 

Le tableau représente le duc d'Alençon à l'époque du massacre de la Saint-Barthélemy. C'est une période qui marque un tournant dans la vie de François. Longtemps resté dans l'ombre de ses frères et soeurs, il devient en 1572, le prétendant de la reine Elisabeth Ière d'Angleterre, après que son frère aîné Henri d'Anjou ait refusé de l'épouser l'année précédente. François d'Alençon devient ainsi le candidat tout désigné par la reine Catherine pour épouser la reine vierge. Ce serait dans le cadre de cette proposition d'alliance, que ce tableau aurait été offert à la reine d'Angleterre. 

Visage de François, extrait du tableauFrançois, prince consort de la reine d'Angleterre ? Malgré la grosse différence d'âge qui le sépare d'Elisabeth, François n'y est pas réfractaire.

L'année 1572 marque également le début de sa vie politique. Contre l'ascension du duc d'Anjou et l'action politique de la couronne pendant et après le massacre de la Saint-Barthélemy, François se place dans l'opposition, en se rapprochant des grands seigneurs catholiques, dits "malcontents" et des princes autrefois protestants, Condé et Navarre.

Il participe en 1573 au siège de la Rochelle que commande son frère Henri d'Anjou et planifie ses premiers projets d'évasion. Il envisage en effet de rejoindre la cour d'Angleterre qui soutient en secret les rochelais révoltés. 

 Francois_d_Anjou_Drouot_2012_05_30Portrait du duc d'Alençon vendu chez Drouot en 2012

Source de l'image : Alain.R.Truong (Drouot, vente du 30 mai 2012)

C'est une copie, plus affadie, du portrait de Washington (ci-dessus)

 

 

 

 

 

François d'AlençonPortrait du duc d'Alençon peint vers 1572 dans le livre d'heures de Catherine de Médicis

Source de l'image : (Paris, BnF)

François est revêtu du manteau royal qu'il porte en tant que prince de la maison de France et la couronne ducale qu'il porte en tant que duc d'Alençon.

En pleine crise identitaire, le jeune prince devait après le massacre de la Saint-Barthélemy remettre brutalement en question l'autorité de sa mère. En 1574, il est à la tête d'un vaste complot qui a pour but le renversement de Catherine de Médicis et sa propre désignation comme héritier du trône à la place de son frère Henri parti rejoindre le trône de Pologne.

Par manque de coordination, la fronde des princes échoua lamentablement. François fut arrêté et son favori, La Mole, exécuté.

 

François assis à côté de ses frères, extrait de la fresque peinte par Vasari à RomeA cette époque, François est représenté par Vasari dans la fresque de la Sala Regia qui commémore le massacre de la Saint-Barthélemy (image ci-contre). Le peintre n'a jamais vu le prince mais pour l'exécution de sa fresque, il s'est fait envoyer à Rome son portrait. François est représenté assis à la droite de son frère le roi de Pologne.

 


Notes

1. Voir l'article écrit par Elizabeth Goldring dans The Burlington magazine, n°1211, volume CXLVI, février 2004. On y apprend que le tableau a été donné à la reine d'Angleterre au mois de mai 1572, par l'intermédiaire du comte de Leicester

Mise à jour de l'article le 18/10/2016

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