01 mai 07

Le duc d'Angoulême (1552) et le duc d'Orléans (1560)


Henri III enfant, BnFPortrait d'Alexandre Edouard duc d'Angoulême vers 1552

Le futur Henri III est né au château de Fontainebleau en 1551. On lui donne alors comme prénom celui d'Alexandre Edouard.

Il existe plusieurs portraits de lui étant petit. L'un d'entre eux est un dessin du musée Condé qui le représente malade, la tête posée sur un coussin (ci-dessous). Le dessin n'est pas identifié par une inscription, mais les historiens semblent plutôt le reconnaître comme le futur Henri III 1.

Source de l'image : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Portrait présumé du futur Henri III, musée CondéHenri III enfant, BnFSource : Rmn (Chantilly, musée Condé)

Source : (Paris, BnF)

 

 

    

Charles IX, British museumPortrait traditionnellement identifié à Charles-Maximilien, conservé au British museum et attribué à François Clouet

Bien que le modèle soit identifié par une annotation comme étant le prince Charles-Maximilien, l'historienne Alexandra Zvereva attribue le portrait au prince Alexandre-Edouard, futur Henri III 2.

Le petit prince porte encore le béguin. Il est probable qu'il soit encore revêtu de sa robe d'enfant. Par-dessus cette robe, il est habillé d'un col blanc de forme pointue, rabattu sur un col de fourrure.

Source de l'image  : (Londres, British museum)

 

Portrait du duc d'Orléans (titre de noblesse attribué au futur Henri III en 1560)

Le duc d'Orléans, BerlinLe duc d'Orléans, collection privée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le duc d'Orléans, BnF

Le duc d'Orléans, Rochdale art galleryA l'avènement de Charles IX, à la fin de l'année 1560, Catherine de Médicis demande à François Clouet de réaliser le portrait de ses quatre enfants.

Le cabinet des estampes et dessins de Berlin possède le dessin original représentant le futur Henri III (ci-dessus à gauche) ; une copie se trouve à la BnF (ci-contre). Sa version peinte se retrouve éparpillée dans différentes collections.

Le jeune prince porte le même costume que celui du roi son frère. C'est ce qui explique que les portraits des deux garçons aient parfois été confondus.

Source : Rmn (Berlin, Kupferstichkabinett) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Klei.org (collection privée) ; Bridgeman art library (Rochdale Art Gallery)

 

Charles IX, Marguerite et HenriExtrait d'un tableau représentant la famille royale, avant le grand voyage qui la conduisit aux frontières du royaume, de 1564 à 1566.

C’est au cours de son passage à Toulouse qu'Alexandre Edouard changea de prénom. On lui fit prendre en mémoire de son père, celui d'Henri.

Il est représenté ici à droite, en compagnie de son frère, le roi Charles et de sa sœur Marguerite. Il a entre onze et treize ans. 

La famille royale vers 1564Source : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924

 

 

 

  

 


Notes.

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 303.

2. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 303. Voir la copie du XVIIIe conservée à la BnF et celle conservée au musée d'art et d'archéologie de Senlis sur la Base Joconde.

 

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Le duc d'Anjou (1570)


Portrait d'Henri de France duc d'Anjou, réalisé vers 1570

 

Henri d'Anjou, BnF

anjou

Duc d'Anjou en 1566, lieutenant général du royaume en 1567, Henri devient à seize ans, le commandant suprême de l'armée royale. Ce portrait a certainement été fait à l'époque de la troisième guerre de religion (1568-1570), quand le jeune duc s'illustre en remportant sur les protestants les batailles qui firent sa renommée, à Jarnac et à Moncontour. A cause d'une inscription erronée, placée en haut à droite sur le dessin et en bas sur le tableau, on a longtemps cru à tort que le dessin représentait le duc d'Alençon, son frère. Même si les deux frères se ressemblaient, il est impossible de voir dans ce portrait les traits caractéristiques du duc d'Alençon qui possédait un gros nez et un visage plus rempli.

Source : exposition de 2004 (Paris, BnF) ; Rmn (Chantilly, musée Condé)

Henri d'Anjou, BnFPortrait en pied du duc d'Anjou réalisé par François Clouet pour la reine d'Angleterre (vers 1570)

 

Depuis quelques temps, Catherine de Médicis projetait de marier son fils à la reine d'Angleterre, Elisabeth Ière. Ce dessin devait permettre à celle-ci de mieux juger l'allure de son prétendant. L'histoire veut qu'elle n'ait pas trouvé le visage très bien fait. François Clouet qui en est l'auteur, s'est alors justifié d'avoir privilégié dans son dessin, la taille plutôt que le portrait (Biblio. J. Adhémar).

 

Si la reine Elisabeth avait des réticences pour se marier, Anjou en avait également à son égard. D’une part, Elisabeth était de confession protestante et d’autre part, elle avait 18 ans de plus que lui.

Le mariage ne se fit pas, mais le futur Henri III et Elisabeth devinrent plus tard alliés contre l'Espagne.

Source : (BnF) 

Henri d'Anjou, musée CondéPortrait du duc d'Anjou de la première moitié des années 1570

Ce tableau semble plus tardif que le précédent portrait du musée Condé. Anjou porte sur celui-ci une pilosité plus développée.

Peut-être est-ce un tableau fait vers 1572. A 20 ans, le duc d'Anjou est déjà considéré comme une personnalité politique importante de la cour. Il se forme déjà contre lui un groupe d'opposant qui conteste son ascension.

Le roi est lui-même jaloux des lauriers de son frère cadet. Leur entente est mauvaise et pour les séparer, leur mère Catherine songe à installer Anjou sur un trône européen.

Source : Base Joconde (Chantilly, musée Condé)

 

 

 

Henri III, musée de MetzPortrait du duc d'Anjou par Limosin

Le portrait est d'une très grande qualité.

Une ancienne attribution l'identifiait au roi Charles IX. C'est évidemment une erreur.

Il représente le futur Henri III tel qu'il apparaît vers 1572-1573 au moment du massacre de la Saint-Bartélemy et du siège de La Rochelle, à moins qu'il ne s'agisse d'une représentation faite à son avènement sur le trône polonais, sinon du trône français1 ?

Source : musée de Blois (Metz, musée de la Cour d'Or)

 

 

 

 

 

Henri d'anjouPortrait du duc d'Anjou

Il existe plusieurs portraits du duc d'Anjou dans les collections européennes. Les trois qui sont présentées ci-contre et ci-dessous, résultent d'un seul et même modèle qui, curieusement, diffère du dessin de la BnF et des deux peintures de Chantilly.

L'identification de ces portraits reste à confirmer, mais il est plus aisé d'y reconnaître les traits du duc d'Anjou que ceux du roi Charles que les sites d'où ils sont tirés ont proposé. Si le costume appartient clairement à la fin du règne de Charles IX, le duc d'Anjou se distingue de son frère par le port d'une moustache et d'une barbe plus jeune. la fraise est représentée plus large que sur les portraits de Chantilly, preuve qu'il s'agit bien de portraits postérieur

La fraise est représentée plus large que sur les portraits de Chantilly, preuve qu'il s'agit bien de portraits postérieurs.

Henri d'Anjou par PassarottiHenri d'Anjou, Victoria and Albert museumComme pour le portrait en émail de Limosin, rien ne s'oppose à ce qu'ils représentent Henri devenu roi.

Source : Polo museale fiorentino (Florence, museo Stibbert) ; Albert and Victoria museum ; Repro-tableaux (Londres, collection privée)

 

 

 

Henri d'Anjou, livre d'heures de Catherine de MédicisPortrait du duc d'Anjou, réalisé vers 1572 dans le livre d'Heures de Catherine de Médicis.

 

Henri est revêtu du manteau royal qu'il porte en tant que prince de la maison de France. Il porte la couronne ducale.

 

Source : (Paris, BnF)

 

 

 

 


Notes :

1. C'est d'ailleurs l'hypothèse formulée par Pierre-Gilles Girault à l'occasion de l'exposition Fêtes et crimes à la renaissance : la cour d'Henri III, Paris, Somogy, 2010, p. 85 (exposition qui a eu le mérite de sortir le portrait de l'ombre où il était).

Article modifié en juillet 2017

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Le roi de Pologne

 


Henri roi de PologneReprésentation du roi de Pologne sur une estampe

Le duc d'Anjou est occupé d'assiéger La Rochelle quand il apprend le 28 mai 1573 qu'il a été élu roi de Pologne.

L'estampe le représente partant pour la Pologne à cheval entouré de ses pages.

Source : Gallica (Paris, BnF)

 

 

Trois personnages en train de danser, extrait de la tapisserie des ValoisL'ambassade extraordinaire envoyée par les Polonais est accueillie à Paris le 19 août 1573. Il s'ensuit des festivités réalisées avec le faste caractéristique de la cour des Valois.

La tapisserie des Offices offre une image de la fête donnée le 14 septembre à l'occasion de l'entrée officielle du roi de Pologne dans la ville de Paris. La scène se déroule dans le jardin des Tuileries où la cour et les Polonais se sont regroupés pour assister à un spectacle organisé par la reine-mère.

Extrait de la tapisserie des ValoisLe fait que le siège royal soit vide peut nous faire penser que Charles IX fait partie des personnalités en train de danser. Dans ce cas, les deux autres personnages masculins qui l'accompagnent au milieu de la cour ne peuvent être que ses frères. Le danseur le plus à droite serait alors le roi de Pologne (le traitement de son visage est semblable à celui qu'il a dans la tapisserie suivante).

Source : Wikimédia (Florence, musée des Offices)

Le voyage du roi de Pologne, extrait de la tapisserie des Valois, musée des OfficesSur la tapisserie du Voyage, le roi de Pologne est clairement identifiable au centre de la composition. La scène représente son départ pour la Pologne. Il est précédé des Polonais et suivi d'un immense cortège composé des membres de sa maison et de celles de ses proches qui l'accompagnent à la frontière. La cour quitte Paris le 28 septembre 1573 et n'arrive à Nancy que le 16 novembre. Le 2 décembre, le roi de Pologne fait ses adieux a sa mère.

Source : Scala (Florence, musée des Offices)

 

Le roi de Pologne sur la fresque peinte au Vatican par Vasari A la même époque, Vasari peint le visage du futur Henri III sur les murs du palais du Vatican. Anjou est représenté au parlement de Paris assis entre ses frères Alençon et Charles. Il s'agit de la fresque murale qui commémore le massacre de la Saint-Barthélemy.

Source : Scala (Rome, palais du Vatican)

 

 

 

 

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Le voyage en Italie (1574)


Henri III à VeniseExtrait du tableau qui représente l'accueil triomphal réservé à Henri III par les Vénitiens le 18 juillet 1574

Quand il apprend la nouvelle de la mort de son frère en juin 1574, Henri III se trouve toujours dans son royaume de Pologne. Pour lui, il ne peut avoir d'hésitation, il doit rejoindre la France au plus vite.

S'il choisit de faire le voyage de retour par l'Italie, c'est que lors de sa venue en Pologne, la traversée par l'Allemagne s'était assez mal passée (à cause de l'indignation et la colère suscitées chez les protestants allemands par le massacre de la Saint-Barthélemy).

Le séjour italien va durer deux mois pendant lesquels les cérémonies vont se succéder les unes après les autres. La plus importante et la plus grandiose est sans commune mesure celle que lui offrent les Vénitiens le 18 juillet 1574.

Henri à VeniseDe ce passage vénitien, il subsiste plusieurs tableaux dont celui qui orne encore le palais des doges. Il représente l'accueil fait par le doge Mocenigo le 18 juillet (ci-contre).

Le roi est accompagné des plus grands princes italiens ; tous sont des familiers de la Couronne de France : il y a son oncle le duc de Savoie, son cousin, le duc de Ferrare et son principal conseiller politique Louis de Gonzague, frère du duc de Mantoue.

La foule se presse autour du défilé ; un grand nombre de Vénitiens, clergé, notables et membres des corporations, sont venus apercevoir le roi en gondole. La ville s'est donnée les moyens pour recevoir le roi avec faste. Son entrée à bord du Bucentaure est saluée par des salves d'artillerie et parmi les innombrables décorations, un arc de triomphe éphémère a été dressé sur son passage.

Henri III

Henri_III_BudapestCopies d’un portrait d'Henri III réalisé par le Tintoret

Source de l'image de droite : Conihout (et al.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006

Source de l'image de gauche : (Budapest, musée des beaux-arts)

Son passage à Venise est l'occasion pour le roi de rencontrer les grands peintres de son époque dont le vieux Titien et Le Tintoret.

Sur son costume noir le roi porte la médaille de l’ordre de Saint Michel.

 

 

 

 

 

Henri III par Domenico ZenoniPortrait d'Henri III par Domenico Zenoni

Il s'agit d'un portrait gravé réalisé en Italie par un artiste venitien. Le portrait en lui-même n'est pas sensationnel. Il retranscrit assez mal le physique du roi. C'est pourtant le tout premier du roi imprimé et diffusé. Il en existe des reprises qui donnent du roi une image très infidèle de son physique (ci-dessous).

A propos de ce portrait voir Anna Bettoni, « Les coronationi de Pietro Buccio et le passage du roi en Vénétie; 1574 », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 110-120

Henri III

Source : (Paris, BnF)

Henri IIIHenri IIISource : Osterreichische Nationalbibliothek

Source : Scala

 

Liefrinck_Henricus_III_ChantillyPortrait en pied d'Henri III imprimé par Hans Liefrinck

L'imprimeur anversois propose un portrait plus classique du nouveau roi de France. La pose rappelle celle des portraits en pied de Charles IX ; la main est posée sur une chaise et un rideau sert de décor.

L'habit que le roi porte, est à la mode des années 1570, mais le style est déjà en train de passer. A la cour de France, où la mode est changeante, cette image du roi sera vite bon à être enterrée et oubliée.

Source de l'image : (Chantilly, musée Condé)

 

 

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L’avènement au trône de France (1574)


Portrait équestre d'avènement d'Henri III vers 1574-1575Portrait équestre du roi Henri III, probablement réalisé à son avènement vers 1574.

Après plusieurs mois d'absence, Henri III est de retour en France. Il a traversé les Alpes et a rejoint la cour venue à sa rencontre. Ce tableau de petite taille se rapporte probablement à cette période.

Le mur en ruine évoque sans doute l'état de misère dans lequel se trouve le royaume, après plusieurs années de guerre civile. Le roi apparaît devant le mur comme celui qui va le redresser. A l'avènement d'Henri III, la France se trouve être encore en plein conflit ; le roi a pardonné à son frère François et à son beau-frère le roi de Navarre qui avaient comploté contre lui durant son absence, mais les protestants continuent de résister dans de nombreuses régions.

Pour abattre ses ennemis, Henri III opta d'emblée pour une politique de fermeté. Il tenta de soumettre les protestants du Languedoc et du Dauphiné en lançant une grande offensive militaire. Mais ce fut un échec ; il n'y avait pas assez d'argent dans les caisses de l'Etat pour soutenir l'effort de guerre. Dès le commencement, son règne s'annonçait difficile.

 Henri IIILa datation que je propose pour ce portrait repose sur le costume et la physionomie du roi. La toque est placée haute sur la tête et les godrons de la fraise sont évasés sur les extrémités comme sur le dernier portrait officiel de Charles IX. Henri III porte ainsi un costume qui appartient davantage à la mode de cour de son prédécesseur.

La physionomie juvénile du roi renforce la datation proposée. Son visage est exactement le même que celui des portraits du début du règne (voir article suivant). La richesse du collet quadrillé de perles, est la marque d'un moment important. En ce milieu des années 1570, il n'y a que l'avènement du roi qui puisse lui donner l'occasion de se faire représenter ainsi.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

Henri III par Dupré (XVIIe)Médaille réalisée par Duprè d'après une oeuvre de Germain Pilon réalisée pour l'avènement d'Henri III sur le trône de France

Ce portrait fait apparaître le changement de mode qui s'opère au tout début du règne d'Henri III. La toque disparaît derrière la tête, la plume qui l'orne est déplacée au centre dans l'axe du visage et la fraise s'élargit.

Dans l'histoire du costume, ce portrait montre la transition entre deux modes, celle de la cour de Charles IX et celle de son successeur Henri III.

C'est un élement de datation important pour ce portrait en bronze, car il appartient à une série de médaillons dont l'attribution à Germain Pilon est régulièrement remise en cause. Faute de pouvoir dater précisément l'oeuvre, les historiens ont émis plusieurs hypothèses qui en font une production  ultérieure (sous Henri IV) 1. Or, la perfection de concordance entre l'habit représenté et la mode de l'époque montre qu'il s'agit bien d'une oeuvre du début du règne de Henri III. Compte tenu du cadre contraignant que représente la surface d'un médaillon, c'est tout à l'honneur de l'artiste d'être parvenu à créer ce réalisme documentaire. Un artiste du XVIIe siècle n'aurait jamais pu faire ce travail, à défaut de connaissance de l'histoire du costume.

Source de l'image : Collection Zeurg (Voir l'exemplaire du British museum)

Article modifié en octobre 2012, en août 2018

 


 

Notes

1. L'attribution à Germain Pilon de la série de médaille en bronze des Valois est régulièrement remise en question. G.BRESC-BAUTIER (dir.), Germain Pilon et les sculpteurs français de la Renaissance, Paris, La documentation française, 1993, p. 47, 146-153.

 

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Le portrait d'Henri III d'après Jean Decourt (1576)


Henri III vers 1576, Kunsthistorisches museumPortrait représentant Henri III au début de son règne, d'après une oeuvre de Jean Decourt1

Source de l'image : Europeana ; Localisation : Vienne, Kunsthistorisches museum

Le tableau est aujourd'hui conservé dans les collections du Kunsthistorisches museum de Vienne ; il faisait probablement partie de la galerie de portraits de l'archiduc Ferdinand. Ce prince de la maison des Habsbourg, amateur d'art et contemporain d'Henri III avait constitué une importante collection de portraits d'hommes et de femmes illustres de son temps, qui existe encore aujourd'hui.

Cette representation d'Henri III n'est qu'une copie mais son exposition permet de se faire une idée de l'original peint par Jean Decourt, aujourd'hui perdu. Le portrait a été tiré vers 1576 ; il témoigne de l'iconographie d'Henri III en début de règne, avant que l'image austère créée par François Quesnel ne s'impose quelques années plus tard. 

Le roi porte encore ce collier chargé de perles, à trois rangs, si caractéristique des années 1570, mais selon la mode du temps, la toque disparaît à l'arrière de la tête, derrière une coiffure relevée en hauteur au-dessus du front. L'ancienne mode de la longue moustache effilée n'est plus de mise, le roi porte un léger bouc et une barbe de trois jours. Au niveau du costume, il porte par-dessus le pourpoint, un collet clair, simple et uni, dépourvu de galons d'or (ce qui n'est pas sans rappeler le portrait de François d'Anjou, peint à la même époque, voir ici).

Henri III, portrait vendu chez PiasaHenri III, musée des hospices de LyonLe portrait de Vienne présente des points communs avec plusieurs autres portraits du roi, montrant ainsi que le portrait disparu de Jean Decourt, avait été diffusé comme portrait officiel. C'est ce portrait que les artistes flamands ont utilisé pour la production de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservée à Florence (voir ci-dessous).

Plus intéressant est le portrait vendu aux enchères chez Piasa en 2003 (première image de gauche). Le tableau a été redécoupé dans un format ovale, mais sa facture, dans le rendu du visage, est de meilleure qualité que le tableau de Vienne. Les traits du roi y sont davantage reconnaissables. Le tableau serait-il sorti de l'atelier de Jean Decourt ? Malheureusement, l'oeuvre a été vendue par Piasa sous une autre identification ; le catalogue de vente ne fait pas apparaître le nom d'Henri III 2. A sa décharge, à l'époque, l'iconographie des derniers Valois était encore peu étudiée.

Catherine, Henri III, Charles IX et leurs épousesPortrait d'Henri III en pied vers 1576Sur deux petites peintures (ci-dessous à droite), le roi est représenté en pied. L'une d'entre elle, le représente en compagnie de sa mère, de son épouse Louise, et de leurs prédécesseurs, Charles et Elisabeth ; un portrait de groupe intéressant qui apporte un complément visuel sur la façon dont le roi est habillé.

Source des images : Piasa (vente du 27 juin 2003, à Paris) ; Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83 (Lyon, Musée historique des hospices civils) ; The Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg project ; The Saleroom (vente du 06 mars 2014, à Harrogate)

 

Henri III dans le Jeu de la quitaine

Portrait d'Henri III dans « Le jeu de la quitaine », l'une des pièces de la tapisserie des Valois, conservée au musée des Offices, à Florence

Source des images : Akh-images et  Scala archives (Florence, musée des Offices)

Le roi est revêtu d'un costume à l'antique (la cuirasse et les bottines des empereurs romains). Tel un nouveau César, le pied à l'étrier, Henri III s'apprête à parader devant ses sujets. Peut-être va t-il participer au jeu de la quintaine, représenté sur le fond de la tapisserie.

Le portrait utilisé pour le visage du roi est celui fixé par le peintre Jean Decourt au début du règne (voir les portraits ci-dessus). Outre les traits du visage, on y retrouve les mêmes formes et agencements de la fraise et de la coiffure.

Avec ses jambes musclées et sa pause martiale, le roi dégage une image virile qui tranche avec les portraits fraisés et les représentations austères que laissera plus tard le peintre François Quesnel. Contrairement à ses deux frères aînés, tous les deux passionnés par la chasse, Henri III n'était pas un sportif. A la vie en pleine nature, le roi préférait la vie de cour et la vie urbaine.

Le jeu de la quintaine, tapisserie des Valois, musée des OfficesEn revanche, le costume romain porté  par le roi accrédite le goût des Valois pour le travestissement ; comme le faisait son père Henri II, Henri III entretient une cour festive, où alternent carnavals, mascarades, et bals masqués.

A ce titre, les huit pièces de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservées à Florence, constituent un témoignage exceptionnel de la vie sous Henri III. Probablement commandée à l'intention de Catherine de Médicis, elles illustrent la diversité des jeux à la cour et la magnificence inculquée par la reine-mère à ses enfants dans la tradition du néo-platonisme médicéen : faire danser et jouer la noblesse de France pour lui faire oublier les traumatismes de la guerre civile. Les fêtes sont pour la Couronne l'occasion de marquer les esprits et de purifier les coeurs par la Beauté.

 

Henri III et Louise de LorrainePortrait du roi et de la reine Louise dans « Fontainebleau », l'une des pièces de la tapisserie des Valois, conservée au musée des Offices, à Florence

Source des images :  E. Cleland, M. Wieseman, Renaissance Splendor Catherine de’ Medici’s Valois Tapestries, Yale University Press, 2019 et Scala archives (Florence, musée des Offices)

Les joutes nautiques de Fontainebleau dans la tapisserie des Valois (musée des Offices)Le roi et la reine sont représentés sur un fond représentant le spectacle nautique donné douze ans plus tôt, à Fontainebleau en 1564. La tapisserie reprend un dessin d'Antoine Caron, fait à cette occasion.

Le portrait du roi reprend le visage peint par Jean Decourt.       

 

Henri III par Nicholas Hilliard

Portrait d'Henri III peint en miniature par Nicholas Hilliard vers 1577 (d'après Jean Decourt ?)

Source de l'image : Philip Mould et company ; Localisation de l'oeuvre : collection privée

La miniature appartient à une collection privée. A sa mise en vente en 2013, elle était identifiée comme une oeuvre du XIXe siècle 3. L'acquéreur a donc fait une bonne affaire ; en 2019, des chercheurs dévoilent sa véritable identitée dans un article du Burlington Magazine. L'oeuvre est attribuée à Nicholas Hilliard, peintre anglais célèbre qui séjourna à la cour de France de 1576 à 1578.

Cette miniature est donc contemporaine de celle que le peintre anglais fit de Marguerite de Valois. Et à l'instar de celle-ci, Hilliard réalise un portrait très idéalisé où la ressemblance physique est moins recherchée que la beauté esthétique globale de la miniature.

L'article du Burlington Magazine propose d'y voir la source des portraits précédemment présentés 4. De nombreux points communs les rapprochent (costume, pose du modèle, direction du regard). Pourtant, il faut se rendre à l'évidence ; Hilliard adoucit tellement les traits de son modèle qu'on peine à le reconnaître. Les singularités du visage d'Henri III ne sont pas patentes, notamment au niveau des yeux et des muscles zygomatiques ou buccinateur.

Les copies qui nous sont parvenues du portrait de Decourt présentent des traits plus réalistes, et surtout une proximité entre elles qui les font rattacher à la même généalogie. Le lien entre le travail de Hilliard et celui de Decourt reste donc à établir.

 

Henri III vers 1578Portrait d'Henri III dont l'auteur et la localisation reste à préciser

Source de l'image : E. Bourassin, Pour comprendre le siècle de la Renaissance, Paris, Tallandier, 1990

Cette peinture est le témoin d'une étape marquante dans le portrait royal, la dernière étape avant le changement iconographique voulu par Henri III au milieu de son règne.

Le roi porte une fraise très large qui fait dater le portrait de la fin de la décennie entre 1578 et 1580. Par les traits et le costume, ce portrait se rattache au modèle produit par Decourt. Il en est probablement la réactualisation (reprise d'un modèle ancien par la mise à jour du costume, en l'adoptant à la mode du moment). Le roi porte toujours un pourpoint clair et des colliers de perles à trois rangs.

henri III_gaignèresCette image est à rapprocher d'un portrait en pied aujourd'hui disparu, mais conservé en copie dans un dessin du collectionneur Roger Gaignières (ci-contre).  Le tableau se trouvait au couvent des feuillants qu'Henri III avait fondé en 1587 à Paris. Le dessin en fournit une restitution assez maladroite. Le roi arbore toujours un habit clair et cette disposition chargée de colliers, mais la tête est mal faite. En le rapprochant du portrait précédent, l'association des deux images permettent de donner une idée du portrait original.

C'est le dernier portrait-type de ce style. A partir de 1580, le roi se fait représenter dans un costume plus sombre et sobre.

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Bibliothèque nationale de France

 

 


Notes

1. Sur l'origine de ce portrait, voir Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83.

2. Le portrait est présenté comme étant le portrait présumé d'un gentilhomme d'Henri IV, Martin du Hardaz, capitaine des chasses du roi.

3. William Aslet, Lucia Burgio, Céline Cachaud, Alan Derbyshire and Emma Rutherford, « An English artist at the Valois court : a portrait of Henri III by Nicholas Hilliard » in The Burlington Magazine, February 2019, p. 103.

4. Ibid, p. 107.

 

Article modifié en octobre 2016, en mai 2018, en avril 2019

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Le roi mignon, entre raffinement et sobriété


Henri III vers 1578, musée des OfficesMiniature du roi Henri III réalisée vers 1578 et conservée au palais Pitti de Florence.

Ce très beau portrait représente le roi à une époque où le raffinement de la mode atteint son paroxysme : les cheveux sont relevés au-dessus du front après avoir été ondoyés et frisés ; la toque, placée à l'arrière de la tête, est agrémentée de plumes et d'aigrettes ; les oreilles sont décorés des pendants de perle et le visage est posé sur une grande fraise, présenté aux courtisans comme sur un plateau de fruits.

Cette image du roi fraisé a depuis toujours alimenté sa légende, celle d'un roi maniéré, indolent et débauché régnant sur une cour violente et dégénérée ; associer les excès de la mode à cette image était pourtant une erreur, car la mode d'Henri III était la même que celle de la cour d'Angleterre. Les courtisans d'Elisabeth Ière étaient habillés de la même façon.

Henri III d'après Jean RabelPar ailleurs, il faut rappeler que les excentricités de la cour d'Henri III n'ont rien à envier aux tendances extravagantes de la cour de Louis XIII (avec ses pourpoints fleuris et ses grands cols de dentelle) et de celle de Louis XIV (avec ses grappes de rubans et ses grandes perruques bouclées).

Cette image négative d'Henri III et de sa cour tire son origine des moqueries du peuple peu habitué à de tels caprices vestimentaires. Les pamphlets et libelles écrits contre le roi jouèrent un grand rôle dans son impopularité. Ils explosèrent en grand nombre à la fin de son règne et contribuèrent à sa chute.

La miniature des Offices peut être mise en relation avec une estampe gravée d'après Jean Rabel (image à droite)

Source : ? (Florence, palais Pitti) et (Paris, BnF)

Henri III (Varsovie)

Il existe d'autres portraits d'Henri III avec ce type de fraise, mais la plupart sont postérieurs à la miniature. On le devine à la façon dont le chapeau est placé sur la tête et aux traits plus marqués de la physionomie royale.

Par ailleurs, la présence du cordon de l'ordre du Saint Esprit sur les portraits permet de les dater après 1578, année de création de cette institution.

Source : Wikimédia (Varsovie, musée Narodowe)


 

Henri IIIHenri III, New YorkHenri III a souvent dérouté ses contemporains pour ses excentricités. En bon carnavaleux, il n’avait pas peur dans les bals costumés de se déguiser en femme. Voici deux portraits singuliers. Le premier à gauche (d'origine inconnu) le représente avec un très grand collier de perle et des boutons de pourpoint en joaillerie. Le deuxième encore plus extravagant le représente avec une collerette ouverte comme en portent les femmes.

Des portraits du XVIe siècle ?

Source : ... (?)

Source : (New York, The Metropolitan Museum of art) 

 

 

 

Henri IIIHenri III par RabelVoici deux petites gravures intéressantes pour appréhender l'image d'Henri III. Les deux portraits découlent d'un même modèle. Ils représentent le roi vers 1580. Celui de gauche est daté, celui de droite ne doit guère être plus tardif.

L'image présentée est celle d'un roi qui a échangé la fraise contre un petit col blanc. C'est une iconographie de transition. La plupart des portraits suivants représenteront désormais le roi de cette manière. A l'époque des guerres de religion, le col blanc est signe de simplicité et de gravité. Tandis que les courtisans se pavanent en portant la fraise, les religieux, les hommes de science, les hommes de lettres et les officiers portent le col blancComme le rappellent les historiens de l'art ce type de portrait est une image officielle, c'est-à-dire que c'est l'image que le roi veut qu'on ait de lui, celle d'un roi administrateur, d'un chef d'état.

Source : (Paris, BnF)  et J. Boucher, La cour d'Henri III, Rennes, Ouest France, 1986

Voir également « Thomas de Leu et le portrait français de la fin du XVIe siècle»,, in Gazette de beaux-arts, octobre 1961 et Alexandra Zvereva, « Il n’y a rien qui touche guères le cœur des simples personnes que les effigies de leurs princes et seigneurs ” : la genèse du portrait de Henri III », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 56-65.

 

Henri III (Offices de Florence)Miniature du roi peinte vers 1580

Ce portrait peut être rapproché des gravures précédentes. Leur ressemblance permet de penser qu'ils découlent certainement d'un même modèle.

La présence du collier de l'ordre du Saint Esprit confirme une datation postérieure à 1578.

Par ailleurs, la mode veut qu'au fur et à mesure des années, les pointes du col s'écartent de plus en plus. Le col s'élargit au point que dans le courant des années 1600, il s'étend au-dessus des épaules. Ce n'est pas le cas dans ce portrait où les rabats du col sont très étroits.
 

Source : Polo museale florentino (Florence, musée des Offices)

 

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La période austère


Henri III par Quesnel, musée du LouvrePortrait d'Henri III peint par François Quesnel et aujourd'hui conservé au musée du Louvre

Source : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre)

Ce portrait représente le roi dans la dernière partie de son règne, soit vers 1585. Henri III a maintenant la trentaine passée. Son chapeau est désormais placé au sommet du front pour cacher une calvitie de plus en plus importante.

Le roi arbore le ruban bleu au bout duquel pend la croix de l'ordre du Saint-Esprit.

Ce portrait illustre le style austère adopté par le roi dans les dernières années de son règne. Le chapeau, le manteau et le pourpoint sont complètement noirs. Hormis celui du chapeau, aucun bijou ne vient égayer la face grave du roi.

Devant l'absence d'héritier mâle et la montée de l'obscurantisme religieux (la Ligue), Henri III sombre dans une période de remise en question qui le conduit à mener une vie de dévotion très intense. Les années 1580 constituent également en France le début de la Contre-réforme catholique, marquée par la quête d'une spiritualité intérieure.

 

Henri III, musée NarodowePortrait d'Henri III peint par Etienne Dumonstier et aujourd'hui conservé au musée Narodowe de Poznan1

Source : Château royal de Blois (Poznan, muzeum Narodowe)

La diffusion de l'image du roi dans les années 1580 est à l'origine d'une production très importante de portraits.

Je vous en propose une gamme ci-dessous. Certains d'entre eux sont des copies tardives d'époque Henri IV ou Louis XIII. Ils sont reproduits de château en château dans les galeries de portraits. Il faut alors les prendre pour ce qu'ils sont, à savoir des interprétations parfois fort éloignées du modèle initial (la copie d'une copie).

Ces reproductions sont si nombreuses qu'il s'en vend de temps en temps dans les maisons de vente aux enchères.

 

 Henri III (Christies, 2003) Henri III (musée Condé) Henri III (château de Versailles) Henri III (château d'Azay-le-rideau) Henri III (musée de Tesse) Henri III (musée Carnavalet) Henri III (Millon et associés)Henri III (Tajan)Henri III (château de Beauregard)Henri III (musée Condé)

Henri III (origine inconnue)Henri III (Vasari Auction)

 

 

 

 

Henri III (Drouot)Henri III de France (Château du Wavel à Cracovie)

 

 

b

 

 

Henri III (palais Pitti)

 

 

 

 

 

 

Source (1ère ligne) : Christie's (vente du 2 avril 2003 à New York) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Agence photographique de la Rmn (Versailles, musée du château) ; Base palissy (Château d'Azay-le-Rideau) ; Bridgeman art (Le Mans, musée de Tessé)

Source (2e ligne) : (Paris, musée Carnavalet) ; Millon et associés ; Invaluable.com (Tajan, vente du 26 juin 2013 à Paris) ; site web pesonnel de Pascale Olivaux (Château de Beauregard) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

Source (3e ligne) :  Artnet (?) ; (Vasari auction, vente du 15 mars 2014 à Bordeaux) ; (Drouot) ; Wikimedia commons (Cracovie, Château du Wavel)

Henri III (Bnf)Henri III (Metropolitan museum)Il existe encore d'autres portraits de ce type, mais sous forme de miniature, comme celle conservée à la galerie des Offices de Florence (ci-dessus à gauche), ou celle insérée dans le livre d'heures de Catherine de Médicis (ci-contre).

Source :  (Florence, palais Pitti) ; (Paris, BnF) ; (New York, Metropolitan museum of art)

 


Notes

 1. Pour l'attribution du portrait et celui traditionnellement attribué à Quesnel voir la notice rédigée par Alexandra Zvereva in Fêtes et crimes à la Renaissance : La cour d'Henri III, Paris, Somogy, 2010, p. 82.

Article modifié en 2010

 

 

 

Henri III par François Quesnel (Hampel)Portrait du roi Henri III peint par François Quesnel et réapparu récemment dans une vente aux enchères.

Source de l'image : Wikimedia commons (Hampel, vente du 11 avril 2013 à Munich)

Parr la qualité de son rendu pictural, ce tableau est l'un des plus beaux conservé du roi Henri III. C'est un évènement que de tels portraits inédits et d'une telle beauté puissent encore être vendus sur le marché de l'art. 

Le tableau a probablement été peint dans les années 1580. La présence du collier de l'ordre du Saint-Esprit permet de le dater de façon certaine à une date postérieure ou égale à 1578. L'âge du roi peut relativement se deviner au vieillissement des traits ; les tempes commencent à être dégagées, illustrant un début d'alopécie.

Ce tableau est lié au portrait en pied que conserve le Kunsthistorisches museum de Vienne (voir ci-dessous). Le modèle est le même, de sorte que l'on peut voir le portrait du Kunsthistorisches comme le prolongement de celui-ci.

 

Heinrich_III_1585c_KHMPortrait en pied du roi Henri III peint par François Quesnel et aujourd'hui conservé au Kunsthistorisches museum.

Source de l'image : (Vienne, Kunsthistorischesmuseum)

Le portrait en pied est toujours intéressant pour appréhender la mode d'une époque. Malgré le caractère sombre du costume, on devine au niveau du bas ventre, l'énorme panseron qui, à la manière du costume de Polichinelle,  rendait le pourpoint déformé.

La cape très courte cache des manches ballonnées. Sur son coté gauche, est brodée la croix de l'ordre du Saint-Esprit.

Le portrait en pied est un genre qui se développe en France dans la seconde moitié du XVIe siècle et plus particulièrement sous le règne d'Henri III. Si un certain nombre de portraits en pied du roi devait exister,  beaucoup d'entre eux ont disparu du fait des destructions et des autodafés organisés par la Ligue. Dès l'assassinat du duc de Guise, les portraits du roi ont été publiquement détruits. Parmi ceux-ci, a été éliminé le portrait en pied conservé dans la galerie de portraits du palais parisien de la reine-Catherine.

La plupart des portraits en pied qui existent aujourd'hui ne sont que des copies souvent tardives. Un portrait en pied d'Henri III datée du XVIIe siècle existe par exemple au château d'Azay-le-rideau (portrait ci-dessous à droite) ; le roi est rhabillé à la mode de l'époque, le col est plus développé. Plus intéressant est l'exemplaire du musée des Beaux-arts de Troyes qui reprend avec quelques modifications au niveau du col, celui du musée du Kunsthistorischesmuseum (ci-dessous, au milieu).

Henri III, localisation inconnue Henri III, TroyesHenri III, Chambord

Source des images (de gauche à droite) : Akg images (Paris, Musée du Louvre ?)) ; Henri IV et la reconstruction du royaume, colloque, Pau, 1989 (Troyes, musée des Beaux-arts) ; Base Palissy (Azay-le-rideau, collection du château)

 


 

Article modifié en octobre 2016.

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Henri III en dessin et en gravure


Portrait d'Henri III

Source : Base Joconde (Chantilly, musée Condé) ; (Paris, BnF)

Henri III (musée Condé)Henri III (BnF)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Henri III, BnFCe dessin d'Henri III par Dumonstier est le dernier pris sur le vif.

A la fin de son règne, Henri III n'a que 38 ans. Sur ce dessin, il paraît plus âgé. Ses traits sont marqués, les poils de barbe paraîssent hirsutes et la calvitie avancée.

Henri III souffrait de maux d'estomac mais surtout de son oeil qui souvent irrité et enflammé, le laissait à moitié borgne. La situation politique du royaume ne devait guère arranger les choses. Son moral et sa santé en subissaient les conséquences.

Source : (Paris, BnF )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Henri III en 1586Henri III par Thomas de LeuIl existe un très grand nombre de gravure représentant Henri III. Beaucoup ne sont que de médiocres copies du 17e et 18e siècle.

Les gravures qui ont été réalisées sous le règne d'Henri III sont celles qui présentent le plus grand intérêt. Elles représentent souvent le même modèle, habillé du col blanc et du collier de l'ordre du Saint Esprit. Il existe également des portraits où le roi est habillé du costume de l'ordre.

Source : (Paris, Bnf)

 Thomas de Leu est le portraitiste-graveur le plus réputé de son milieu. De 1580 à 1600, il réalise une très grande quantité de portraits des personnalités de la cour de France.

Un article lui est consacré dans la gazette des Beaux-arts (écrit par A. Jouan en 1961).

Estampe d'Henri III dans le registre journal de Pierre de L'Estoile, BnF

Cette gravure très belle d'Henri III est l'un des rares portraits du roi où l'on aperçoit la croix du Saint-Esprit cousue sur son manteau.

Cette gravure se trouvait en tête du registre-journal de Pierre L'Estoile, un notable parisien de l'époque, très connu des historiens pour avoir écrit un journal où il raconte les événements du règne d'Henri III.

Pierre L'Estoile était également un collectionneur qui a amassé un grand nombre de documents imprimés, pamphlets et libelles qui circulaient à Paris. Pierre L'Estoile s'intéressait surtout aux documents de la Ligue qu'il détestait.

Pour tous les passionnés du règne d'Henri III et d'Henri IV, les pièces récoltées par Pierre de L'Estoile sont superbement mises en ligne par la BnF (dans Gallica Anthologie ; accessibles par le mode recherche) . Le recueil est connu sous le nom des belles Figures et Drolleries de la Ligue.

 

 

Source  : Pierre de L'Estoile, Journal pour le règne d'Henri III (1574-1589), Paris, Gallimard, 1943

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La vie de cour sous le règne d'Henri III


Sous le règne d'Henri III, la cour de France reste la première cour d'Europe. La vie au Louvre n'est qu'une succession de bals, de fêtes et de mascarades. Plusieurs fois par semaine, le roi danse en compagnie des dames galantes, de ses amis et des Grands, ducs, barons et de nombreux gentilshommes.

Le mariage du duc de Joyeuse, 1581 (Louvre)Le mariage de Joyeuse, 1581 (Versailles)

Le bal de noce du duc de Joyeuse (1581)

Le mariage du favori du roi, Anne de Joyeuse avec la soeur de la reine, Marguerite, est célébré le 18 septembre 1581, avec un faste qui n'a pas d'équivalent dans le XVIe siècle français.

Deux tableaux illustrent le bal qui a été donné à cette occasion. Le premier se trouve au Louvre, le second au musée de Versailles. Ils sont identiques, mis à part que les traits des personnages sont plus affinés dans le second.

 

Henri III, Catherine de Médicis et Louise de Lorraine, extrait du Bal des noces duc de Joyeuse

Sur cet extrait du tableau du Louvre, on aperçoit assis sous un dais, le roi Henri III, à côté de Catherine de Médicis, et de Louise de Lorraine, et derrière eux, le duc de Guise, le duc de Mayenne et un troisième personnage qui serait le duc d'Aumale.

Les deux mariés Anne de Joyeuse et Marguerite de Lorraine sont représentés au centre du tableau.

 

 

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)

Source : Rmn (Versailles, musée du château)

 

 

 

 

 

Bal à la cour d'Henri IIII (Louvre)  Bal à la cour d'Henri III

Cette représentation de la cour d'Henri III n'est pas sans similitude avec les tableaux précédents. On y retrouve les mêmes figures de fantaisies (la dame assise représentée de dos), mais le roi est désormais représenté debout et les musiciens sont placés sur une estrade dans le fond.

Henri III, Christine de Lorraine et Catherine de Médicis, extrait du Bal à la cour d'Henri IIILe tableau était autrefois identifié sous le nom de bal du duc d'Alençon, mais ce dernier est absent du tableau. A cette date, le frère du roi est auprès de sa soupirante anglaise, la reine d'Angleterre. La soeur du roi, Marguerite de Valois est également absente du tableau ; elle se trouve alors à Nérac, à la cour de Navarre.

Le roi, représenté debout à gauche au premier plan, est revêtu du costume en vogue à l'époque : le col, la panse qui transforme le bas du pourpoint en pointe et le boulevart porté sur les hanches.

Pour la datation de la scène, on peut remarquer que le duc de Mayenne, situé derrière le roi, porte le collier de l'ordre du Saint Esprit. Le tableau est donc postérieur à 1582, date d'entrée de Mayenne dans l'ordre.

Le roi, est accompagné du duc de Mayenne, de Christine de Lorraine, sa nièce, de Catherine de Médicis, sa mère et sur le côté, du duc de Guise.

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)


La représentation picturale des bals de la cour est une scène de genre qui se développe sous le règne d'Henri III. Mais contrairement au Bal du duc de Joyeuse et au Bal à la cour des Valois, les personnages représentés dans les autres tableaux existant, sont anonymes.

Bal à la cour des Valois (Rennes, musée des Beaux-arts) Bal à la cour des Valois (Blois)Source : Rmn (Rennes, musée des Beaux-arts)

Source : Bridgeman art library (Blois, musée des Beaux-arts)

 

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