02 juin 07

Marguerite enfant


Marguerite de Valois, BnFPortrait de Marguerite de Valois enfant

Source de l'image : (Paris, BnF),

Marguerite est née au château de Saint-Germain-en-Laye, le 14 mai 1553. Elle est la troisième des filles de Henri II et de Catherine de Médicis.

 

 

 

 

 

 

 

Marguerite de Valois en 1561 (Chantilly)Marguerite de Valois (Chantilly)Portrait de Marguerite vers l'âge de 8 ans, dessiné et peint par François Clouet en 1561

La peinture procède du dessin fait par François Clouet (ci-contre à gauche). Le dessin a été commandé par la reine Catherine au moment de l'avènement du petit roi Charles.

C'est une époque de changement important pour la cour de France qui a marqué la petite princesse. Trente ans plus tard, elle en a laissé un témoignage dans ses mémoires. Ce changement concerne l'entrée à la cour du culte protestant. Cette nouveauté agit comme une mode de cour, même la reine Catherine, y manifeste des signes d'intérêt. 

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

Extrait de la famille royale (vers 1564)Marguerite apparaît sur un tableau représentant la famille royale. Elle se tient debout, derrière ses deux frères aînés, le roi Charles IX et le futur Henri III. Elle tient sa ceinture dans la main et sa robe ouverte sur le devant, traîne à terre.

Marguerite suit le roi sur les routes de France. On a dans ses mémoires, un récit fort touchant des festivités qui eurent lieu sur une île à la frontière franco-espagnole, lors de l'entrevue Bayonne en 1565. 

Source : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924




 

 

Marguerite de valois, BnFPortrait de Marguerite adolescente, réalisé vers 1565-1570 

Source de l'image : (Paris, BnF)

voir également le portrait de la BnF que je propose d'identifier à Marguerite.

 

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Le mariage de Marguerite (1572)


Marguerite de Valois vers 1570-1572 (BnF)Portrait de Marguerite de Valois réalisé par François Clouet vers 1570-1572 et conservé à la BnF.

Il s'agit d'un portrait réalisé quelques temps avant son mariage. A l'approche de ses 18 ans, la main de Marguerite fait l'objet de spéculations dans les cours d'Europe. Le choix de l'époux appartient à la reine Catherine qui est à la fois sa mère et la chef du gouvernement. Marguerite est une fille de France ; son mariage doit nécessairement servir les intérêts du royaume. 

La reine-mère avait eu le projet de marier sa fille au prince du Portugal ou au roi d'Espagne, mais à défaut de pouvoir le faire, elle proposa de l'unir au jeune prince du sang, Henri de Bourbon, fils de la reine de Navarre. Cette alliance avait déjà été proposée quinze ans plus tôt, lorsque le couple de Navarre était venu à la cour de France pour présenter leur fils âgé de trois ans.

Le mariage de Marguerite de Valois, moment important dans la vie d'une princesse, est à l'origine de plusieurs portraits dont voici quelques exemples.

Marguerite de Valois (Dresde)

Le dessin de Clouet a fait l'objet d'une peinture dont il existe une très jolie copie à Dresde (ci-contre). Le tableau reprend les détails du crayon avec beaucoup de précision. Vu le style, il pourrait s'agir d'une oeuvre du XVIIIe ou du XIXe siècle.

Dans le catalogue imprimé de la Gemäldegalerie Alte Meister où il est conservé, il est identifié comme représentant Catherine de Médicis1. Ce n'est pas la première fois que la mère et la fille sont confondues ; Marguerite ressemblait beaucoup à sa mère.

La princesse Marguerite était réputée pour être d'une grande beauté ; c'était surtout une jeune femme très glamour qui faisait un très grand usage d'artifices pour paraître belle. On la voit par exemple sur le portrait les cheveux frisés.

Source : (Paris, BnF) ; (Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister)

 

Marguerite de Valois vers 1572 (Chantilly)Portrait de Marguerite de Valois vers 1572

C'est un tableau probablement peint à l'époque du mariage de la princesse. Comme toute femme issue de la noblesse, son teint est blanc comme la neige. Portant un léger décolleté, signe du renouveau de la mode, Marguerite affiche son appartenance à la cour de France. 

Quand sa future belle-mère, Jeanne d'Albret, la rencontra pour la première fois, celle-ci fut heurtée par son apparence. La très puritaine reine de Navarre avait passé les dix dernières années de son règne à chasser de sa cour les superfluités de la vie mondaine. Elle avait fait appliquer dans son pays une morale calviniste très stricte et son intransigeance l'avait brouillé avec d'autres protestants plus modérés.

Au printemps 1572, elle débarqua à la cour de France, remplie de préventions. Son espoir était que Marguerite fusse récupérable. Ce fut une déception. Non seulement, sa future bru avait l'intention de rester catholique, mais en plus, elle était complètement soumise aux vanités de la cour.

Dès lors, les négociations pour le mariage furent pour Jeanne d'Albret très pénibles. C'est avec beaucoup d'amertume qu'elle signa le 11 avril, les clauses du contrat de mariage unissant son fils à Marguerite. Elle craignait non sans raison que sous l'influence de la cour des Valois, son fils abandonna l'éducation calviniste qu'elle lui avait transmise. Ce qui ne manqua pas d'arriver.

L'existence du puritanisme protestant est une donnée essentielle à connaître pour appréhender l'image de dépravée véhiculée sur le compte de Marguerite par l'historiographie orientée du XVIIIe et XIXe siècles. Les écrivains et les scénaristes du XXe et XXIe siècles en sont encore très dépendants.

Marguerite de Valois (Versailles)Marguerite de Valois

Les deux portraits suivants sont à peu près de la même époque. Le premier reprend les traits du portrait précédent mais le costume est différent. Marguerite est représentée avec un voile en forme de conque, caractéristique de la mode de cette époque. Pour quelle occasion, Marguerite est-elle habillée ainsi ?

Le deuxième portrait n'est qu'une copie de qualité inférieure du portrait du dessus. Le traitement du costume offre moins de détails et la coiffure est négligée.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

Source : Rmn (Versailles, musée du Château)

Source : Bridgeman art (collection privée)

 

Henri de Navarre et Marguerite de Valois dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFPortraits de Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, roi et reine de Navarre représentés vers 1572 sur une miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis.

Leur mariage a été célébré sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 18 août 1572. Après plusieurs jours de fêtes, il fut terni par le bain de sang de la Saint-Barthélemy. Comme beaucoup de ses coreligionnaires, Navarre fut contraint de revenir au catholicisme.

Cet épisode dramatique marque pour la princesse le point de départ d'une vie conjugale très mouvementée. Marguerite était une femme du monde, portée sur l'entretien des moeurs raffinées de l'aristocratie. Son époux Henri était plus désinvolte. Volage, ingrat et parfois indécent, il pouvait se montrer à l'égard de son épouse autant rustre que serviable. Après avoir accepté et supporté les indélicatesses de son mari pendant dix ans, Marguerite devait prendre le parti en 1583 de « l'abandonner » .

Marguerite, extrait du livre d'heuresLes deux époux sont représentés en prière, les mains jointes, revêtus du manteau royal et d'une couronne. 

Marguerite porte un resplendissant décolleté, mis en valeur par une collerette ouverte, départ d'une mode qui va se développer pendant plusieurs décennies. En coiffure, elle porte une perruque blonde confectionnée selon la légende à partir des cheveux de ses valets. Sur la miniature, la princesse paraît beaucoup plus âgée qu'elle n'était en 1572 (ou 1574 date limite de la réalisation des miniatures du livre d'heures de Catherine de Médicis). Son portrait laisse déjà transparaître l'embonpoint qui l'accompagnera sa vie durant.

Source : (Paris, Bnf)

 

 


 

Note

1.  C'est sous cette identification qu'il est catalogué dans Marx Harald, Gemäldegalerie Alte Meister Dresden, Vol 2, illustriertes Bestandsverzeichnis, W. König, 2005.

 

Article modifié en août 2015

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Sous le règne d'Henri III


Marguerite de ValoisPortrait de Marguerite de Valois vers 1575

Source de l'image : Bibliothèque nationale de France

Ce joli dessin de la BnF, rehaussé de couleur, est certainement l'un des plus beaux portraits de la reine de Navarre. Il est l'un de ceux qui retranscrivent le mieux la beauté si bien décrite par ses contemporains (comme Brantôme par exemple).

Marguerite était une princesse passionnée par la mode et l'entretien de son apparence. Sur le portrait, on la voit avec un teint blanc rehaussé de rouge sur les joues. A l'époque médiévale de l'amour courtois, le rouge et le blanc constituaient une association de couleur très appréciée de l'aristocratie. On la retrouvait notamment dans les romans. Protectrice des lettres et héritière d'un mode de vie aristocratique, Marguerite contribuait à renouveler et à perpétuer les traditions chevaleresques.

Ce dessin a du servir à l'élaboration d'un portrait peint. Malheureusement, celui-ci ne nous est pas parvenu. Il subsiste aujourd'hui deux copies qui prouvent qu'il a existé :

Marguerite de Valois (Puy-en-Velay)Marguerite de Valois (Blois)Ces deux copies sont malheureusement d'une qualité plutôt médiocre (par rapport au dessin). Aucun des deux n'a su retranscrire avec fidélité le physique si particulier de la reine de Navarre.

Le premier est au Puy-en-Velay, au musée Crozatier (source: 1st-Art-Gallery), le second est à Blois (source : Région Centre).

(je propose sur un autre blog un essai de reconstitution de la robe de Marguerite : ici)

 

Marguerite_Valois_sothebys_v2

Portrait de Marguerite de Valois, peint en miniature par Nicholas Hilliard en 1577

Source de l'image : Sotheby's (vente du 5 juillet 2017 à Londres) ; Localisation : collection privée.

Si cette miniature est d'une qualité remarquable, le portrait du visage, en lui-même, surprend beaucoup. Marguerite paraît empâtée, ce qu'elle était peut-être, mais ici, son embonpoint paraît exagéré. De plus, on ne reconnaît pas d'emblée les traits physiques de la princesse. Le principal élément qui permet de confirmer l'identité du portrait est l'énorme perruque blonde que la reine de Navarre portait usuellement.

L'intérêt du portrait réside également dans le regard altier du modèle. A travers sa superbe, il fait apparaître le caractère orgueilleux et trempé de la reine. C'est ce tempérament supérieur ne souffrant pas les humiliations qui devait la mettre si souvent à mal avec le roi son frère. Les historiens ont souvent des difficultés pour expliquer la haine qui opposait Henri III à sa soeur. Le roi ne pouvait tout simplement pas souffrir la présence d'une majesté concurrente à la sienne. Il ne pouvait y avoir deux soleils à la cour.

On soulignera la richesse du costume si typique des années 1577-1580, où l'on voit apparaître sur les épaulettes, le buste et la robe, un ensemble très surchargé de noeuds, de pompons et même de petites fleurs (élément de comparaison avec le portrait d'une dame de la cour de France en 1577, BnF)

 Marguerite de ValoisPortrait de Marguerite de Valois (?)

Source de l'image : Hamm Institute (lien défaillant) ; Localisation de l'oeuvre : inconnue

Les éléments d'identification qui accompagnent ce portrait sur le site où il était publié sont erronés. Aucun doute ne semble permis sur l'identité du modèle, il s'agit bien de Marguerite de Valois. Le portrait semble reprendre en partie, le dessin de la BnF, mais s'en distingue par des élements de costume et des traits physiques plus prononcés. Marguerite y apparaît plus âgée.

Les élements de costume renvoie au règne d'Henri III, vers 1575-1580, mais il pourrait aussi s'agir d'une reproduction du XVIIe siècle.

 

 

Marguerite_de_Valois_Rabel_OnB_v2Portrait de Marguerite de Valois édité par Jean Rabel

 

Source de l'image et localisation : Osterreichische Nationalbibliothek

 

Dans cette oeuvre, Rabel propose un portrait de profil, ce qui ne manque pas d'originalité. Les traits sont idéalisés, mais la reine reste reconnaissable (avec son double menton).

Un soin particulier est apporté à la représentation du costume. L'image se veut éclatante à l'image de la renommée de Marguerite, paragon de la mode et du raffinement des moeurs à la cour de France.

 

 

 

Marguerite_de_Valois_Rabel_Hogenberg_v2Portrait de Marguerite de Valois gravé par Frans Hogenberg 

Source de l'image et localisation : Osterreichische Nationalbibliothek

L'artiste flamand imprime un portrait de la reine dont le costume et la coiffe rappellent la gravure de Rabel. L'image est pourtant très différente et le costume plus sobre.

Marguerite_de_Valois_Bussemecher_BnF_v2L'oeuvre sera recopiée par l'imprimeur allemand Johan Bussemecher quelques années plus tard. L'image est éditée sous le règne d'Henri IV (l'inscrition mentionne Marguerite comme reine de France).

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Bibliothèque nationale de France

  

Marguerite de ValoisMalgré sa mauvaise qualité, la reproduction de droite présente l'intérêt de montrer Marguerite de profil. Il s'agit d'une médaille sur laquelle la reine est représentée entourée d'un décor allégorique.

Source : Pierre Chevallier, Henri III roi shakespearien, Paris, Fayard, 1985

 

 

Article mis à jour en avril 2019

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Marguerite sur la tapisserie des Valois


La reine Marguerite apparaît à trois reprises dans la tapisseries des Valois, conservées à la galerie des Offices de Florence.

Marguerite, son beau-frère et son mari, La fete nautique Portrait de Marguerite de Valois dans la Fête nautique sur l'Adour.

La reine de Navarre est représentée accompagnée de son mari, Henri de Navarre (placé en face d'elle), et de son beau-frère, Charles III duc de Lorraine (placé derrière elle), très reconnaissable à ses grandes moustaches.

Les huit pièces de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservent leur part de mystère. On présume qu'elles ont été réalisées à la fin des années 1570, mais on ignore l'identité de leur commanditaire. Les personnages sont représentés sur un fond qui n'a rien à voir directement avec eux. Sur cette tapisserie seraient représentées les festivités nautiques de l'entrevue de Bayonne (1565). La scène a pour modèle le dessin qu'en avait fait l'artiste Antoine Caron à l'époque.

Les joutes nautiques de Bayonne, Galerie des OfficesLes personnages du premier plan appartiennent, quant à eux, à la fin des années 1570, probablement après l'année 1578, date de réconciliation de Marguerite et de son époux après une séparation qui avait duré deux ans. A la cour de France, le roi et la reine de Navarre s'étaient brouillés.

Photo : Roberto Palermo (Florence, musée des Offices)

 

Marguerite et Francois, dans la Mascarade à l'ElephantPortrait de Marguerite de Valois dans la Mascarade à l'éléphant.

La reine de Navarre est représentée avec son frère François, et derrière eux, leur neveu Henri de Lorraine, représenté adolescent. 

Marguerite entretenait de bons rapports avec son frère cadet. Face aux intrigues de la cour, ils s'étaient rapprochés. Marguerite servait la cause de son petit frère auprès du roi contre qui François s'était plusieurs fois rebellé. 

Cette proximité et pris-parti avat valu à Marguerite de subir à de nombreuses reprises la colère d'Henri III. Après la fuite de François en 1575, le roi fit enfermer sa soeur au palais du Louvre. Marguerite vécut récluse pendant plusieurs semaines dans sa chambre sans pouvoir en sortir.

Marguerite soutient son frère cadet au point d'entreprendre un grand voyage aux Pays-Bas, pays dont François est appelé à devenir le souverain. Marguerite a laissé dans ses mémoires le récit passionnant de cette aventure, où elle manqua à plusieurs reprises d'être enlevée.

Marguerite de ValoisSur la tapisserie, la princesse est représentée en pied dans un grand décolleté, la main au côté, le visage souriant. Sa ressemblance avec Catherine de Médicis est ici particulièrement saisissante.

Le costume qu'elle porte appartient encore aux années 1570. La collerette s'ouvre largement au-dessus des épaules (ce qui est moderne pour la mode de l'époque), mais le reste de la robe est assez simple. Marguerite ne porte pas encore de vertugadin en bourrelet, ni de manches ballonnées comme il est d'usage à la cour d'Henri III.

 

Pour le commentaire de cette tapisserie voir l'article dans la partie François d'Alençon.   

Photo : Roberto Palermo ; Source : F. Yates, The Valois tapestries, London, Warburg institute, 1959

 

 Henri de Navarre, Marguerite de Valois et Catherine de MédicisPortrait de Marguerite de Valois dans le Carrousel des chevaliers bretons et irlandais à Bayonne

La reine de Navarre est représentée cachée derrière sa mère et son mari. On la reconnaît à sa perruque blonde et à ses traits de visage qui la rendent si proche de sa mère. 

L'image que renvoie cette représentation, c'est qu'entre les deux grands personnages historiques qui l'encadrent, Marguerite apparaît comme prisonnière, une représentation qui n'est pas sans rappeler une certaine réalité matrimoniale et politique.

De par la nature de son mariage, Marguerite avait un rôle politique d'une grande importance à jouer, celui de garder le roi de Navarre dans le giron de la monarchie. Dans le contexte des troubles politiques de l'époque, Marguerite était le pont d'alliance établi entre Henri de Navarre, prince du sang et trublion potentiel d'une part et la reine-mère, garante des intérêts de la couronne d'autre part. C'est bien pour maintenir le prince Henri sous sa tutelle que Catherine de Médicis ramena physiquement Marguerite auprès de lui en 1578.

Seulement la mauvaise foi de Navarre (qui se comprend par le comportement des Valois pendant le massacre de la Saint-Barthélemy) et les aléas des conjonctures politiques devaient porter préjudice à cette alliance. Des deux côtés, Marguerite allait être prise à partie. 

Après plusieurs années, lasse d'être le bouc émissaire, elle finit par abandonner son mari et par tremper dans la trahison. Après des aventures dignes d'un roman, elle fut emprisonnée par son frère, déshéritée par sa mère et au final démariée par son mari.

Pour le commentaire de cette tapisserie voir également l'article dans la partie Catherine de Médicis.

Photo : Roberto Palermo (Florence, musée des Offices) 


 

Article modifié en avril 2019

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Une reine en exil


Marguerite de ValoisPortrait de Marguerite de Valois

Source de l'image : Melchior-Bonnet, Les guerres de religion et les débuts du Grand Siècle (1547-1661), Larousse, 1987 (musée de Reims) ; Localisation supposée :  musée de Reims

Le précédent dessin représentait la jeune reine à l'âge de vingt ans environ. Celui-ci est largement postérieur. Marguerite de Valois semble avoir pris vingt ans. Peut-être date t-il de sa période d'exil. La forme de sa coiffe appartient à la mode de la deuxième moitié des années 1580 au plus tôt.

Qu'est-ce qui peut dans ce portrait nous confirmer qu'il s'agisse bien de Marguerite ?1 Le physique bien sûr ! On retrouve son nez long et étroit, sa petite bouche, les deux joues et les yeux si caractéristiques de Marguerite avec des paupières quasi absentes. C'est bien Marguerite, mais vers l'âge de 40 ans environ.

Les portraits de Marguerite se font plus rares dans les deux dernières décennies du XVIe siècle, et pour cause, la reine de Navarre entre brutalement dans une période d'oubli.

Après s'être dressée contre le roi son frère et le roi son mari, elle fut consignée au château d'Usson où elle demeura de 1586 à 1605, abandonnée de sa famille1.

Portrait_de_Marguerite_de_Valois_Gaultier_bnfPortrait de Marguerite de Valois, gravé par Léonard Gaultier et édité par Pierre Gourdelle

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

L'existence de cette gravure permet d'attester la réalité de la renommée de Marguerite en matière de beauté physique, tant du point de vue du corps, que l'artiste met en valeur de façon maladroite, que du point de vue du costume, par sa richesse et son exubérance. La diffusion de cette estampe contribue au développement du mythe. La gravure est accompagnée d'une inscription grandiloquente :

Si le pinceau pouvoit animer cette image de la plus elle reine, et d'esprit et de corps, celui qui la verroit, ils confessroit lors qu'il n'y a rien d'humain en ce divin ouvrage.

 GaultierLeuLe portrait est repris par Gaultier, modifiant le costume, que reprend son contemporain Thomas de Leu. Leur deux gravures sont quasiment identiques (outre l'inversement de l'image et le fait qu'elles soient toutes les deux signées, la différence se perçoit dans quelques détails de la représentation physique et du costume).

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France et (Vienne, Osterreichische Nationalbibliothek)

Marguerite_de_Valois_Granthomme_v2Portrait de Marguerite de Valois, édité par Jacques Granthomme

Source de l'image : (Vienne, Osterreichische Nationalbibliothek)

L'image est de piètre qualité, mais peut être rapproché par la gravure de Gaultier (le collier est le même, mais le costume est bien différent).

 

 

 


Marguerite (1600)L'image est également reproduite dans une enluminure illustrant un manuscrit écrit en 1597. Le document est un hymne composé en l'honneur de la reine par Loys Papon, un noble lettré qui animait à l'échelle locale un cercle littéraire.

Loin de la cour, Marguerite était parvenue à reconstituer autour d'elle une petite cour attirant à elle les lettrés de la région 2,3.

Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

 

 

 



Marguerite_de_Valois_Passe_Portrait de Marguerite de Valois, gravé et édité par Crispin de Passe en 1598

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

Ce portrait édité en 1598 par l'artiste flamand Crispin de Passe reprend le dessin de Gaultier en idéalisant profondément le visage de Marguerite. Dans l'inscription, Marguerite est présentée comme fille d'Henri II, soeur d'Henri III et épouse d'Henri IV et non comme une reine de France, nous rappelant qu'à cette date, Marguerite reste une princesse royale en exil.

Le contexte d'édition de cette gravure mériterait d'être connu. En effet, avec la paix de Vervins, l'année 1598 marque la fin de l'épopée d'Henri IV et l'aboutissement de sa reprise en main du trône de France. Après plusieurs années de chevauchées militaires, de négociations et de libéralités financières, il peut enfin se poser et fonder une famille. Mais à cette date, malgré une forte opposition, le roi entend se marier avec sa favorite Gabrielle d'Estrées et annuler son mariage avec Marguerite.

Dans un tel contexte, l'édition et la diffusion d'une telle image n'est donc pas anodin. Marguerite de Valois est une reine en exil et son époux légitime ne semble pas vouloir changer cette situation pour le moment. Il s'agit donc d'une gravure non officielle de soutien à Marguerite, mais qui en même temps, semble ménager la susceptibilité du roi.

Pour éviter d'offenser Henri IV (et de le braquer), la gravure ne présente pas Marguerite comme une reine mais se contente de suggérer qu'elle pourrait l'être : en effet, qui peut mieux qu'une épouse de roi pour devenir reine (HENR. IIII GAL. RREG UXOR) ? C'est comme s'il s'agissait d'infléchir la position du roi et de le convaincre à reprendre Marguerite à ses côtés. Quelle princesse bien née peut rivaliser en dignité avec une fille et une soeur de roi (HENRICI II FIL. HENR. III SOR.) ? Le message à l'adresse des partisans du mariage de Gabrielle d'Estrées, « la duchesse d'ordure » comme l'appelle le peuple, est sans équivoque. Dans cet objectif, on comprend l'intérêt d'arranger le physique de la reine et de la présenter à son avantage.

Marguerite de Valois n'est pas nécessairement la commmanditaire de cette gravure, car il ne manquait pas à la cour de France  - et à l'étranger - des puissants hostiles au projet d'union avec Gabrielle. Au regard des conventions sociales, morales et géopolitiques du XVIe siècle, ce projet était considéré comme déshonorant pour le royaume.

Marguerite_Leu_BnFL'artiste graveur Thomas de Leu a produit une image identique (le visage est ressemblant, le buste est positionné de face) (image ci-contre). Le français a peut-être copié De Passe, mais comme il a également des points communs avec l'oeuvre originale de Gaultier (présence des plis de la robe, boucle derrière la coiffe) que n'a pas l'oeuvre de De Passe, il est possible que ce soit plutôt ce dernier qui se soit inspiré de Thomas de Leu. 

La technique de De Passe est beaucoup plus aboutie, mais le fait qu'il ait repris une copie médiocre, explique les différences importantes avec l'oeuvre originale de Gaultier. Ceci expliquerait notamment qu'en présentant un aspect plus géométrique que réaliste, la collerette n'est pas aussi bien rendue (la pointe du bustier est convexe au lieu d'être concave).

Source de l'image : (Vienne, Osterreichische Nationalbibliothek)

Marguerite, estampe d'interprétationMarguerite, estampe d'interprétationMarguerite de Valois, collection particulièreCe modèle sera abondamment repris aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles

Malheureusement, les estampes d'interprétation qui en découlent laissent très souvent à désirer : les artistes ne cherchent pas à reproduire les traits physiques de la reine.  Ils associent de manière anachronique un type de costume que la reine a porté en son âge mûr (tel que De Passe, via de Leu l'a interprété de façon subjective), à un visage jeune et romantique.

 

Marguerite de ValoisMarguerite de Valois (musée de Fécamp)Portrait de Marguerite de Valois vers 1595-1600

Source de l'image  de gauche : Base Joconde ; Localisation : Fécamp, musée des Arts et de l'Enfance

Source de l'image de droite  : Mutualart.com (vendu chez Sotheby's en 2010 à Londres ?)

Ce dessin représente Marguerite avec une coiffure à la mode vers 1595. Il s'agit donc d'un dessin de la reine en exil à l'époque où de nombreux échanges épistolaires se font avec la cour pour l'annulation de son mariage et l'obtention d'un revenu qui lui permette de vivre selon sa dignité royale.

L'origine de cette image et le contexte de son élaboration reste à découvrir. L'annulation officielle de son mariage en 1599 en est l'un des facteurs les plus vraisembables. 

En 2010, une plaque d'émail tirée de ce dessin, a été vendu sans identification (image de droite).   

 


Notes et références

1. J'ai trouvé ce joli dessin dans un livre d'histoire des années 80, assez complet en illustration. Comme il faut toujours se méfier des images provenant des ouvrages d'histoire, il vaut mieux le prendre avec prudence. La légende indiquait uniquement son appartenance au musée de Reims.

2. Claude LONGEON, Une province française à la Renaissance. La vie intellectuelle en Forez au XVIe siècle, Saint-Etienne, Centre d'études foréziennes, 1975, p. 431.

3.  Éliane VIENNOT, « Une intellectuelle, auteure et mécène parmi d’autres : Marguerite de Valois (1553-1615) », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 13 | 2001, mis en ligne le 19 juin 2006, consulté le 22 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/clio/137 ; DOI : 10.4000/clio.137

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Le retour de la reine Marguerite


Marguerite de valois, 1605Portrait de Marguerite de Valois, gravé par Firens et édité par Le Clerc en 1605

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

L'oeuvre est éditée à l'occasion du grand retour de la reine à la cour de France. Après dix-neuf années d'exil et de négociations compliquées, Marguerite obtient d'Henri IV, désormais son ex-époux, l'autorisation de revenir à la cour. Pour Marguerite, c'est une nouvelle vie qui commence, plus apaisée et plus sage.

La gravure la représente habillée à la mode du temps, la coiffe en mitre et la collerette élevée derrière la tête. Le portrait n'est pas de qualité. L'embonpoint de la reine est représenté, mais peut-être est-il idéalisé. A en croire le témoignage - tardif -  de Tallemant des Réaux, la reine serait devenue « horriblement grosse ».

 

Couronnement de Marie de MédicisMarguerite de Valois mise en scène dans une gravure de Léonard Gaultier représentant le couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis en 1610.

A son retour à Paris, Marguerite se fit construire un très bel hôtel sur un terrain situé face au Louvre, de l'autre côté de la Seine. Réconciliée avec son ancien mari, elle rendait régulièrement visite à la famille royale et entretenait avec sa nouvelle épouse des relations très amicales. Marie de Médicis était rassurée de voir qu'elle s'était prise d'affection pour le petit dauphin, le futur Louis XIII dont elle avait fait son héritier.

A l'occasion de la grande cérémonie observée au couronnement de Marie de Médicis, l'ancienne reine Marguerite est présente au premier plan. On la voit représentée sur la gravure (à droite), derrière la petite princesse Elisabeth.

Source : Gallica (Paris, BnF)

détail RubensMarguerite de Valois représentée par Rubens dans le Couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis vers 1624

Le couronnement de Marie de Médicis en 1610, musée du Louvre

L'image est anachronique parce que Rubens qui la peinte treize ans après les faits, n'a pas forcément respecté les costumes de l'époque. En revanche, le célèbre peintre n'a pas lésiné à représenter l'obésité de la reine, preuve que sa corpulence avait marqué les esprits et que dix ans après sa mort on s'en souvenait encore.

Au lendemain du couronnement de Marie de Médicis, le roi meurt assassiné par Ravaillac. La reine Marguerite devait lui survivre cinq ans. Pendant ces dernières années, elle fut pour la régente, une alliée et pour le dauphin, une amie. Elle meurt en 1615 en son hôtel parisien.

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

Effigie de Marguerite en 1615L'effigie funéraire de Marguerite de Valois en 1615

Cette gravure exceptionnelle présente dans les collections du musée Czartoryski de Cracovie représente la veillée funéraire autour de l'effigie de la reine.

On y voit à ses pieds, le petit roi Louis XIII tenant une chandelle, rendant un dernier hommage à la princesse des fleurs de lys.

La scène se passe à l'hôtel de la reine, alors ouvert au public ; "il y a une presse aussi grande qu'à un ballet", témoigne le poète François de Malherbe1.

Ce type de représentation en gravure des obsèques princières n'est pas étonnante pour les années 1610. Il en existe de sembables pour les enterrements d'Henri IV et du duc Charles III de Lorraine2.

 Source : (Cracovie, musée Czartoryski)

Effigie de Marguerite de Valois Louis XIII Le peuple


Notes

1. Eliane Viennot, Marguerite de Valois, "La reine Margot", Plon Tempus, 2005, p. 304.

2 Voir les très belles gravures reproduites dans Philippe Martin (sous la dir.), La pompe funèbre de Charles III, 1608, Editions Serpenoise, Metz, 2008.

Article modifié en septembre 2012

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08 juin 07

Les portraits de Henri II (1519-1559)

prévu pour septembre-octobre 2007

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Les portraits de François II (1544-1560)

prévu pour septembre-octobre 2007

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01 août 07

Le portrait à problème


Portrait de Henri II et de Catherine de Médicis (Anet)Voici un portrait assez comique du roi Henri II et de Catherine de Médicis, se trouvant au château d'Anet. L'artiste a représenté le couple royal dans un costume qui ne correspond pas forcément à l'époque des personnages. On remarquera ainsi la collerette de la reine (années 1560-70) et surtout les chaussures du roi (17e siècle). 

L'erreur la plus frappante de ce portrait -et de surcroît la plus drôle-, c'est l'espèce de couche-culotte que porte le roi en guise de haut-de-chausse. C'est un vêtement qui n'existe pas au XVIe siècle et l'importance de cette erreur montre qu'il s'agit peut-être là d'un artiste du XIXe siècle, ayant mal interprété les portraits du XVIe.

La couche-culotte reprise dans une histoire du costumeLe problème de ce tableau c'est qu'il a probablement inspiré d'autres représentations. On retrouve notamment l'espèce de couche-culotte dans une image de L'histoire du costume, (1861-1880), image de gauche

On retrouve également sur d'autres images de Catherine de Médicis, le costume qu'elle porte sur le tableau d'Anet. Il s'agit d'une marlotte (type de manteau ouvert et composé de maheutres), mais existe-il un portrait du XVIe siècle qui représente Catherine de Médicis d'une manière semblable ? Devant l'incertitude, c'est une image à remettre en question.

Catherine de Médicis 1Catherine de Médicis 2Cette remise en question du portrait d'Anet montre à quel point il faut être vigilant à l'égard de l'iconographie du XIXe. En recopiant un portrait douteux, les dessinateurs ont véhiculé une image fausse d'Henri II et de Catherine de Médicis et surtout une grave erreur dans l'histoire du costume, malheureusement reproduite par des artistes contemporains qui prennent comme source des ouvrages désuets du XIXe siècle.

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15 août 07

Les reines de France

Les reines de FranceAu XVIe siècle, la famille royale des Valois compte huit reines de France. Certaines d'entre elles ont vécu un destin hors du commun et sont entrées dans la postérité, d'autres, en revanche, ont été très discrètes.

C'est le cas d'Elisabeth d'Autriche (épouse de Charles IX) et de Louise de Lorraine (épouse d'Henri III), deux reines de France réservées et intègres, dont la vie et l'iconographie restent peu connues du grand public.

La plus distinguée des reines de France de ce siècle, Catherine de Medicis, n'est pas présentée dans cette catégorie. Cette femme a joué un rôle si important dans la monarchie et l'histoire du royaume, qu'elle méritait, par l'abondance de ses portraits, d'avoir une catégorie particulière.

Galerie des reines de France

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