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Les Derniers Valois

15 août 2007

Élisabeth d'Autriche (1554-1592)


Généalogie de la famille d'Elisabeth d'AutricheFille de l'empereur Maximilien II d'Autriche, Elisabeth appartient à la famille des Habsbourg de la branche autrichienne. Elle est née d'une union consanguine puisque ses parents sont cousins germains. Sa mère Marie de Habsbourg est la fille de l'empereur Charles Quint, tandis que son père en est le neveu.

Elisabeth aurait pu elle-même établir une union consanguine si elle avait épousé son oncle Philippe II d'Espagne mais celui-ci avait exigé d'épouser sa soeur aînée, l'archiduchesse Anne. Catherine de Médicis sollicitait également pour son fils la main de l'archiduchesse Anne, mais Philippe II avait fait valoir auprès de son impérial cousin que ses droits étaient bien supérieurs à ceux du roi de France. Charles IX se contenta donc de la cadette.

 

Elisabeth d'Autriche

Portrait d'Elisabeth d'Autriche (image ci-contre)

Le portrait représente Elisabeth dans une mode qui est peut-être autrichienne ; la coiffure en ratepenade est carrée au lieu d'être arrondie ; sa mère Marie porte le même type de coiffure sur le portrait qui est conservée d'elle à la BnF (la comparaison des dessins est d'ailleurs intéressante pour saisir la ressemblance qui existe entre la mère et sa fille).

Le dessin est peut-être un portrait réalisé avant la venue d'Elisabeth en France. Il serait donc antérieur au fameux portrait réalisé par François Clouet en 1571.  

L'inscription située au bas du dessin est inexacte, comme souvent dans le cas d'une inscription postérieure à l'oeuvre ; elle présente le modèle comme étant Elisabeth de France, reine d'Espagne.

Le mariage entre le roi de France et la fille cadette de l'empereur se fait le 26 novembre 1570, à Mézières (dans les Ardennes). Lui, a 20 ans, elle en a 16. Ils font leur joyeuse entrée à Paris en mars 1571. 

Elisabeth d'Autriche (Aguttes)Elisabeth d'AutricheElisabeth d'autricheSource : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924 (localisation actuelle ?) ; alaintruong.com (collection privée) ; artvalue.com (collection privée) ; alaintruong.com (collection privée)

 

Charles IX et Elisabeth d'Autriche dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFPortrait de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche dans le livre d'heures de Catherine de Médicis

Le portrait de la reine Elisabeth dans la miniature reprend le modèle du portrait précédent. La reine porte le même costume (on retrouve sur sa poitrine la même croix en sautoir)

Charles IX et Elisabeth eurent une fille, Marie-Elisabeth, née le 27 octobre 1572.

Source : (Paris, BnF)

 

 

 

 

Elisabrth_AutrichejpgElisabeth_Autriche_VersaillesPortraits gravés de la reine Elisabeth d'Autriche

La version éditée par l'imprimeur anversois Hans Liefrinck représente la reine en pied. Elle est habillée dans un costume de la cour impériale. 

Source de l'image et localisation de l'oeuvre : (Versailles, collection du château) ; (Londres, British museum) ; (Amsterdamn, Rijksmuseum)

  

 

 

Elisabeth d'Autriche (1554-1592), Paris BnFPortrait d'Élisabeth dessiné par François Clouet vers 1571

Source de l'image : Gallica (Bibliothèque nationale de France)

François Clouet a réalisé le portrait de la reine vers 1571-1572. Plusieurs peintures en ont été tirées. Celle que possède aujourd'hui le Louvre est la plus connue (ci-dessous à droite).

Le portrait de Clouet présente une vision plus idéalisée que les portraits de l'article précédent. Les historiens de l'art (voir E. Jollet) ont montré que malgré le réalisme des détails, l'artiste avait tendance à représenter un visage enjolivé des personnages qu'il portraiturait.

Elisabeth_Louvre_v1Elisabeth d'Autriche, musée Condé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Elisabeth d'Autriche, Versailles

Elisabeth van Habsburg, château de Huis BerghSource des images : Agence photographique de la RMN (Chantilly, musée Condé) ; Agence photographique de la RMN (Paris, musée du Louvre) ; Château de Huis Bergh (CollectieGelderland) ; C. Constans, Musée national du château de Versailles, 3 vol., Paris, RMN, 1986  (Versailles, musée du château)

 

 

 

 

 

Elisabeth_of_Austria_Queen_of_France_by_Jooris_van_der_Straaten__1570s_wikimediaPortrait en pied d'Elisabeth d'Autriche peint par Jooris van der Straaten en 1573.

Il s'agit d'un très beau portrait d'apparat où la reine porte à la place des épaulettes de larges revers de manche en fourrure comme les dames en portaient du temps du roi François Ier, vêtement qui n'était plus à la mode sous Charles IX, hormis chez les vieilles dames ou comme vêtement d'apparat dans les cérémonies officielles.

Elisabeth von Österreich

Elisabeth_AustriaSource des images : Wikimedia (Madrid, monastère Descalzas) ; Kleio.org (localisation inconnue) : (Londres, British museum)


 

Elisabeth d'Autriche, musée du LouvrePortrait de la reine Elisabeth conservé au musée du Louvre

Source de l'image : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) oir la notice du musée du Louvre

Ce tableau serait le pendant d'un portrait du roi Charles présentant la même ambiance avec un fond et un costume assez sombre. Les deux portraits sont aujourd'hui séparés ; celui de la reine appartient au Louvre (sans être présenté au public) alors que celui de Charles IX est exposé au musée de la Légion d'honneur à Paris.

Elisabeth porte toujours la coiffe à la ratopenado, typique de l'époque, mais nouveauté par rapport au modèle des portraits précédents, elle porte une toque, agrémentée de plumes et de pièces d'orfèvrerie.

Le tableau représente la reine à l'époque du massacre de la Saint-Bartélemy. Selon le témoignage de Brantôme, Elisabeth était une catholique fervente, assez discrète et empreinte d'une grande douceur. Face aux violences perprétées contre les huguenots durant la fameuse semaine sanglante, elle n'avait pu qu'exprimer un sentiment d'horreur.

Elisabeth d'Autriche, ChicagoIl existe une réplique quasi similaire (ci-contre). La coiffe change seulement.

Source de l'image : (Chicago, The art institute)

 

 

 

 

 

 

Elisabeth d'Autriche, château de NelahozevesUn très joli portrait en pied représente la reine vers 1573 environ (on peut le dater à l'observation des formes de la fraise et de la coiffure). La reine porte une robe noire à crevé, avec un voile de gaze disposé en conque et descendant le long du buste et de la robe. Dans sa main gauche, elle tient un mouchoir.

Source : royaltyguide (Château de Nelahozeves, République tchèque)

Elisabeth d'Autriche, musée des OfficesLa figure du tableau a été repris dans la miniature des Offices.

Source : ? (Florence, musée des Offices)

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Elisabeth_d'AutrPortrait au crayon de la reine Elisabeth représentée en veuve, conservé à la BnF

Le 30 mai 1574, le roi Charles IX meurt d'une pleurésie. Après seulement trois années de mariage, Elisabeth devient veuve. Elle n'a que 19 ans.

Le portrait réalisé à l'occasion de cet évènement la représente en tenue de deuil noir.

Son père Maximilien espérait que le nouveau roi Henri III allait la prendre comme épouse. Il lui en fit directement la demande lorsque ce dernier traversa l'Autriche et passa par Vienne durant l'été 1574, mais le nouveau roi de France refusa l'offre.

Elisabeth, devenue reine douairière, demeura en France pendant un an et demi, puis retourna dans son pays natal, laissant sa fille à la cour de France.

Source de l'image et localisation : Gallica (Paris, Bibilothèque nationale de France)

 

 

Elisabeth par Thomas de LeuElisabeth d 'AutricheElisabeth d'Autriche_Gazette_Drouot_Fraysse_2023_novLe dessin a été transposé en peinture, mais celle-ci est perdue. Il en reste des copies (ci-contre). Dans celle qui élargit le cadre à mi-corps, le voile a disparu. Le dessin a également servi de modèle à une gravure de Thomas de Leu (à droite).

Source des images : Fraisse et associés (Vente du 16 novembre 2023 à Paris) ; Kleio.org ; (The Fitzwilliam museum)

 

Elisabeth (Cleveland art museum)Dessin du musée de Cleveland

Le dessin n'est pas identifié sur le site du musée, mais le visage est assez reconnaissable.

Le costume est plus étonnant. A l'observation des formes de la fraise, on peut dater le portrait des années 1580, soit bien après après le départ de la reine de la cour de France. Peut-être s'agit-il d'une réplique rhabillée à la mode du temps.

Elisabeth_GranthommeSource (Cleveland, Museum of Art), Base Joconde (Pau, musée national du château)

 

 

 

 

 

Elisabeth d'Autriche (Kunsthistorisches museum)Portrait du Kunsthistorisches museum

Elisabeth est représentée dans le courant des années 1580, chez elle, en Autriche. La reine de France ne s'est jamais remariée et a conservé son deuil toute sa vie.

Elle meurt à 37 ans à Vienne dans un couvent qu'elle avait fondé et dans lequel elle s'était retirée.

Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

 

 

 

 

 

 

 

1592_Elisabeth, Königin von Frankreich_Alte Pinakothek, MünchenPortrait de la Alte Pinakothek de Munich

 

Source de l'image : Sammlung

 

 

 

 

 

Article modifié en octobre 2012, le 12/04/2013, en avril 2018, le 25/07/2022

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15 août 2007

Marie Stuart


Malgré la très courte période durant laquelle Marie Stuart fut reine de France (1 an et quelques mois), elle a été - et demeure encore aujourd'hui - la reine de France du XVIe siècle la plus populaire. Vu le grand nombre de sites qui lui sont consacrés outre-manche et au delà (un exemple ici), je n'entends pas reconstituer une galerie iconographique exhaustive. Je m'attacherai à rassembler ici les principaux portraits, en particulier ceux de la période française, Marie étant plus connue pour sa couronne d'Ecosse que pour sa couronne de France.

Voir aussi l'article qui lui a consacré Alexandra Zvereva dans Marie Stuart, un destin français, sorti à l'occasion de l'exposition organisée par la Réunion des musées nationaux en 2008 au château Ecouen et dans lequel l'auteur aborde en détail l'iconographie de Marie Stuart dans sa période française.

Marie Stuart YalePortrait de Marie Stuart dessiné par François Clouet vers 1549 et aujourd'hui conservé à l'université de Yale aux Etats-Unis.

Source : (New haven, The Yale University Art gallery)

Il s'agit d'un très beau portrait de la reine réalisé après son arrivée à la cour de France en 1548. Elle a cinq ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie StuartPortrait de Marie Stuart par François Clouet

Très tôt promise au dauphin François, Marie grandit au côté des enfants de France, sous la bienveillance de sa famille maternelle les Guise.

Sur ce dessin d'une belle qualité, rehaussé de couleur, la petite reine est représentée telle qu'elle était sous le règne d'Henri II.

Elle porte un french hood en coiffe, un petit col plissé en godrons (qui annonce les fraises), une guimpe et des revers de manches très larges comme on en porte depuis le début du siècle.

 

 

 

 

 

 

Marie Stuart, ChristiesMarie Stuart, musée CondéIl existe au musée Condé un dessin plus ancien qu'A. Zvereva attribue à Lemannier (pour le visage uniquement).

Un petit portrait vendu récemment chez Christies semble se rapprocher de ce modèle (encore que le costume semble légèrement plus tardif).

Source : Base Joconde (Chantilly, musée Condé)

Source : Christies

 

 

 

 

 

Marie StuartPortrait de Marie Stuart

Source : Henri Malo, Les Clouet de Chantilly, Paris, Laurens, 1932 et Plateforme ouverte du patrimoine (Chantilly, musée Condé) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie Stuart, BnFPortrait de Marie Stuart étant jeune

(Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie Stuart, The royal collectionPortrait de Marie Stuart tenant son alliance dans les mains, peint à l'aquarelle par François Clouet vers 1558 et aujourd'hui conservé dans les collections de la Couronne britanique

Source de l'image : (Royaume-Uni, The Royal Collection)

La reine d'Ecosse est représentée à l'âge de seize ans. L'oeuvre est le témoignage de son mariage avec le dauphin François, qui a eu lieu le 24 avril 1558 à Notre-Dame de Paris. Malgré la guerre en cours, il est suivi par de nombreuses festivités.

Pour la France, cette alliance est l'occasion d'étendre son influence sur l'Ecosse et de contrecarrer l'alliance de l'Angleterre et de l'Espagne. En épousant Marie Tudor, Philippe II d'Espagne avait construit autour de la France une aire d'influrence très menaçante. C'est pour contrer cette menace que le roi Henri II eut le projet d'unir la France et l'Ecosse, ... territorialement.

A l'issue du mariage, Henri II prit des mesures allant dans ce sens. Les Ecossais possédaient désormais "l'identité française", et l'on faisait signer à l'enfant qu'était Marie Stuart un document qui stipulait que l'Ecosse serait fusionnée avec la France quelque soit la situation, avec ou sans enfants. L'alliance que tient donc Marie Stuart dans ses mains sur ce tableau est aussi le symbole de cette intégration.

Marie Stuart, Victoria-Albert museumFrançois II et Marie Stuart, livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFLa miniature de la collection royale reprend les traits du dessin de la BnF.

Il en existe plusieurs reprises dont une dans le livre d'heures de Catherine de Médicis qui représente Marie avec son époux François (ci-contre à droite). L'oeuvre a été peinte quinze ans après le mariage, quand François était déjà mort depuis longtemps.

 

 

Marie Stuart, BeauregardMarie Stuart, Philip MouldSource des images ; (Londres, Victoria and Albert museum) ; (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Philip Mould and Co ; (château de Beauregard)

 

 

 

Clouet_Marie_StuartPortrait de Marie Stuart vendu aux enchères en 2018

La peinture reprend en modèle l'aquarelle de la Royal Collection.

Le costume est beaucoup plus riche et la coiffe plus moderne. Du point de vue iconographique, l'oeuvre est donc probablement postérieure. Peut-être s'agit-il du portrait de Marie après son accession au trône de France en 1559. Il s'agirait alors de l'unique portrait connu de la reine Marie en tant que reine de France.

Source de l'image : Artnet (im Kinsky, vente du 23 octobre 2018 à Vienne)

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait de Marie Stuart en deuil blanc dessiné au crayon par François Clouet en 1559 et sa version en peinture aujourd'hui conservée à Breamore House, au Royaume-Uni

Source des images : (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Bridgeman Images (Breamore House, Hampshire)

Marie Stuart, BnFMarie Stuart, Breamore HouseMarie Stuart, Wallace collectionLe portraitiste a représenté la reine voilée. L'image est assez connue car il existe encore aujourd'hui plusieurs portraits peints réalisés à partir de ce dessin.

A la mort de son époux, le 5 décembre 1560, la jeune reine de France n'a que 17 ans. Le portrait de la reine voilée aurait pu être réalisé à cette occasion, mais peut-être aussi à la mort de sa mère ou de son beau-père décédés précédemment. L'historienne Alexandra Zvereva en a précisé la genèse. Voir l'article dans Alexandra Zvereva, « La beauté triomphante de la reine endeuillée : les portraits de Marie Stuart », in T. Crépin-Leblond (dir.), Marie Stuart. Un destin français, Paris, RMN, 2008, pp. 73-87

Ce portrait a été de nombreuses fois recopié, y compris au XIXe siècle, mais beaucoup d'entre elles sont des copies assez fades. La plus belle est sans aucun doute celle de la Wallace collection à Londres (ci-contre à gauche).


 Marie Stuart, Royal CollectionMarie Stuart, SNG  Pescheteau-Badin, 2014Marie Stuart, musée CarnavaletMarie Stuart, Blois

 

 

 

 

 Marie Stuart, NPG

SourcMarie Stuart, BnFe des images : (Londres, The Wallace collection) ; (Royaume-Uni, The Royal Collection) ; (Edimbourg, Scottish National Gallery)1 ;  La Gazette Drouot (Pescheteau-Badin, Vente du 6 juin 2014 à Paris) ; (Paris, musée Carnavalet) ;  Agence nationale de la RMN (Blois, musée du château) ; (Londes, National Portrait Gallery) ; Gallica (Paris, Biblothèque nationale de France)

 

 

 

 

Marie Stuart, NPGPortrait de Marie Stuart, reine d'Ecosse conservé à la National Portrait Gallery de Londres

Source des images : (Londres, National Portrait Gallery)

Marie Stuart débarque en Écosse le 19 août 1561. Elle découvre un pays qu'elle ne connait pas et qui lui est étranger. Elle y règne sous la contrainte des conjonctures politiques et religieuses du moment, jusqu'à ce qu'en 1567, elle soit démise de sa couronne au profit de son fils.

Ce portrait serait l'un des rares - sinon le seul - qui nous soit parvenu de Marie Stuart de cette période. C'est d'autant plus étonnant que cette période fut pourtant majeure dans sa vie.

Le portrait a longtemps été vu comme une oeuvre posthume. Mais la reine est représentée avec un costume des années 1560. La taille des godrons de la collerette et l'âge apparent du modèle, plus mûr que dans le modèle clouetien, font pencher la datation de ce portrait à la période écossaise de sa vie. Les couleurs noire et blanche de l'habit seraient également une marque du deuil 2 ; cela laisser supposer que le portrait a été tiré entre la mort de son premier époux et son second mariage, soit entre 1561 et 1565.

Une pN_Marie Stuart_Uffizi_v2etite miniature conservée aujourd'hui à la galerie des Offices de Florence est l'exacte reprise de ce tableau (image ci-contre à gauche). Elle appartient à un ensemble de petits portraits représentant la famille royale des Valois. L'oeuvre n'est pas non plus datée, mais sa ressemblance avec le tableau de Londres laisse supposer l'existence d'un prototype commun aujourd'hui disparu. Selon toute probabilité, ce portrait a existé dans un plus grand format, selon un cadrage qui la représentait en pied.

Marie Stuart, GaignieresUn dessin de la collection Gaignières actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France  en conserve le témoignage visuel (image ci-contre). Il s'agit un dessin aquarellé fait aux XVIIe siècle par le collectionneur Roger de Gaignières (un siècle après le portrait original). Le dessin aurait été fait d'après un portrait un pied que Gaignières possédait. La peinture a disparu, mais peut-être existe t-elle encore dans une collection privée 3.

Source des images : Florence, Galerie des Offices ; (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (copie du XIXe siècle ? vendu chez Giquello & Associés le 13 juin 2023)

 

 

Lord Darnley et Marie, National Trust CollectionsPortrait de Henry Stuart, Lord Darnley, et de Marie Stuart peint vers 1565

Source de l'image : National Trust Collections (Hardwick Hall, Derbyshire

Le 29 juillet 1565, Marie épouse son cousin Henry Stuart. Le tableau où les deux époux sont représentés côte à côte, est le témoignage commémoratif de cette union. La reine est habillée dans un habit contemporain des portraits précédents. La toque et les formes de la collerette sont en tout point, identiques.

L'union de Marie avec son cousin Henry procède autant des sentiments que de la politique. Elle permet à la reine française de conforter son intégration à la cour écossaise. Entrainée par la passion des sentiments et les luttes de pouvoir internes, elle se termina de façon violente lorsque lord Darnley fut assassiné le 9 février 1567. Cet évènement tragique sert de prélude à la chute de Marie Stuart.

 

Maria_Stuart_RijksmuseumPortrait en miniature de Marie Stuart conservée au Rijksmuseum

Source de l'image : (Amsterdam, Rijksmuseum)

L'oeuvre est datée du XVIIe siècle, mais la reine est représentée coiffée et habillée selon la mode des années 1570. L'image fait la transition entre les deux grandes séries de portraits connus de la reine en Ecosse, celle vue précédemment, peinte vers 1565 et le portrait Sheffield peint vers 1577.

 

 

P_Mary_Queen_of_Scots_after_Nicholas_Hilliard_NPGv2Portrait de Marie Stuart, reine d'Ecosse déchue, peint vers 1577/1578 et aujourd'hui conservé à la National Portrait Gallery

Source de l'image : (Londres, National Portrait Gallery)

La reine est représentée à l'âge de 35 ans, alors qu'elle est retenue prisonnière par sa cousine Elisabeth Ière. Pendant 14 ans, de 1570 à 1584, Marie Stuart est assignée au château de Sheffield (dans le Yorkshire).

Le portrait a été peint vers 1577. C'est le dernier portrait officiel de la reine avant son exécution en 1587. Considérée dans le milieu catholique européen comme une reine martyre, Marie Stuart a fait l'objet d'une importante récupération politique après sa mort. Son image a été diffusée en grand nombre sous forme de gravures mais aussi de peintures. Et c'est ce portrait qui est abondamment repris. Aujourd'hui, il en existe plusieurs copies.

Marie Stuart Liria PalaceLa reine est habillée dans une robe noire et austère, un chaperon et un voile transparent qui signalent son statut de veuve. Elle porte une colllerette dont les formes sont celles de la mode des années 1570. Sur le ventre et à la ceinture, elle porte un crucifix et un chapelet, qui signalent son appartenance à la religion catholique, objet de persécution dans l'Angleterre d'Elisabeth Ière. 

L'auteur du portrait, ainsi que l'identification du portrait original font encore l'objet de discussion.


1191862Marie Stuart, NPG

 

P_Hilliard_Marie_Stuart_Victoria_and_albert museumv2

P_Hilliard_Marie_Stuart_RC_v2

On peut encore lire dans des articles récents que l'auteur du portrait serait le miniaturiste Nicholas Hilliard, mais de cette attribution, rien n'est moins sûr. Le peintre a laissé deux miniatures identiques à ce modèle, et nombre de personnes y voient la source des peintures précédentes 4. Pourtant, comme pour les autres miniatures de Hilliard, le visage de la reine Marie est idéalisé et n'est pas particulièrement ressemblant. Le même problème se posait pour les portraits peints par Hilliard en 1577 du roi Henri III et de sa soeur Marguerite de Valois. L'article du Burlington Magazine consacré à Henri III en 2019, y voyait l'origine des portraits en fraise du début du règne, en lieu et place de Decourt. Mais, ici encore, la comparaison entre les différents portraits de Marie Stuart ne fait pas de doute ; les miniatures de Hilliard ne peuvent pas être la source des tableaux peints. Le contour oblong du visage que traverse un long nez fin n'est pas traduit avec fidélité.

Mary_Stuart_James_Blair-CastleLe portrait Sheffield a été maintes fois repris, et encore longtemps après la mort de la reine, au XIXe siècle. Sur ce portrait ci-joint, le modèle est repris en 1583 pour la représenter avec son jeune fils, le roi Jacques VI, alors agé de seize ans. Depuis son accession au trône, le jeune prince n'avait jamais revu sa mère, devenue paria du nouveau régime écossais et de sa classe politique.


Gourdelle_Marie_Stuart_NPGDavid_Marie_Stuart_BNF_GallicaSource des images :  Fondation Casa de Alba (Madrid, Palais de Liria) ; (Edimbourg, Scottish National Portrait Gallery) ; National Trust Collections (Derbyshire, Hardwick Hall) ;  (Londres, Victoria and Albert museum) ; (Royaume-Uni, The Royal Collection) ; Wikimedia (Royaume-Uni, Blair Castle)

P_Marie_Sturat_BnFMarie_Stuart_NPG

Source des estampes : (Londres, National Portrait Gallery) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (Londres, National Portrait Gallery)

 

 

 

R_Marie_Stuart_Leu_BnfPortrait de Marie Stuart par Thomas de Leu

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France)

Le maître graveur français a produit une image très différente du portrait Sheffield. La reine est ici habillée selon la mode française des années 1580. Elle porte une collerette ouverte dont la forme froncée s'apparente à celles qui se voît sur certains portraits de la reine Louise.

L'image proposée par Thomas de Leu est novatrice, car il n'existe pas de portrait connu de Marie Stuart après celui de Sheffield. A partir de quelle image Thomas de Leu a-t-il produit son dessin ? A t-il eu accès à un portrait, inédit à ce jour, tiré peu de temps avant le décès de la reine ? Ou a-t-il recomposé par lui-même un portrait après sa mort ?

 

Wierix_Marie_Stuart_GallicaLe maître flamand Jerôme Wierix a édité un portrait de la reine d'Ecosse selon le même modèle (image ci-contre) . Le portrait placé dans un cadre ovale est accompagné de figures allégoriques et de deux scènes d'histoire représentant l'exécution de la reine. Il procède de la campagne de communication qui assure la publicité de cet évènement considéré comme historique dans le milieu catholique.

L'existence de plusieurs copies (images ci-dessous) montrent le succès de cette iconographie dans l'Europe catholique. Après la mort de Marie Stuart, c'est ce portrait qui a du être principalement diffusé. Il a du trouver un accueil très favorable dans la France ligueuse des années 1587-1594.

Marie_Stuart_NPG2R_Maes_Pierre_Marie_Stuart_BnFSource des images : (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (Londres, National Portrait Gallery) ; (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

 

 


 

Notes

1. Le portrait serait du XIXe siècle.

2. Alexandra Zvereva, « La beauté triomphante de la reine endeuillée : les portraits de Marie Stuart », dans Thierry Crépin-Leblond (dir.), Marie Stuart. Le destin français d'une reine d'Écosse, Paris, RMN, 2008, p. 84.

3.

4. Notamment, Antonia Fraser, " Mary Queen of Scots" , Delta, 1993 et plus récemment par David A.H.B. Taylor, " Why are there so few portraits of Mary, Queen of Scots? ", dans Apollo The International Art Magazine, 15 novembre 2017 (consulté le 04/01/2021).

15 août 2007

Les reines de France Au XVIe siècle, la famille

Les reines de France

Les reines de FranceAu XVIe siècle, la famille royale des Valois compte huit reines de France. Certaines d'entre elles ont vécu un destin hors du commun et sont entrées dans la postérité, d'autres, en revanche, ont été très discrètes.

C'est le cas d'Elisabeth d'Autriche (épouse de Charles IX) et de Louise de Lorraine (épouse d'Henri III), deux reines de France réservées et intègres, dont la vie et l'iconographie restent peu connues du grand public.

La plus distinguée des reines de France de ce siècle, Catherine de Medicis, n'est pas présentée dans cette catégorie. Cette femme a joué un rôle si important dans la monarchie et l'histoire du royaume, qu'elle méritait, par l'abondance de ses portraits, d'avoir une catégorie particulière.

Galerie des reines de France

1 août 2007

Le portrait à problème


Portrait de Henri II et de Catherine de Médicis (Anet)Voici un portrait assez comique du roi Henri II et de Catherine de Médicis, se trouvant au château d'Anet. L'artiste a représenté le couple royal dans un costume qui ne correspond pas forcément à l'époque des personnages. On remarquera ainsi la collerette de la reine (années 1560-70) et surtout les chaussures du roi (17e siècle). 

L'erreur la plus frappante de ce portrait -et de surcroît la plus drôle-, c'est l'espèce de couche-culotte que porte le roi en guise de haut-de-chausse. C'est un vêtement qui n'existe pas au XVIe siècle et l'importance de cette erreur montre qu'il s'agit peut-être là d'un artiste du XIXe siècle, ayant mal interprété les portraits du XVIe.

La couche-culotte reprise dans une histoire du costumeLe problème de ce tableau c'est qu'il a probablement inspiré d'autres représentations. On retrouve notamment l'espèce de couche-culotte dans une image de L'histoire du costume, (1861-1880), image de gauche

On retrouve également sur d'autres images de Catherine de Médicis, le costume qu'elle porte sur le tableau d'Anet. Il s'agit d'une marlotte (type de manteau ouvert et composé de maheutres), mais existe-il un portrait du XVIe siècle qui représente Catherine de Médicis d'une manière semblable ? Devant l'incertitude, c'est une image à remettre en question.

Catherine de Médicis 1Catherine de Médicis 2Cette remise en question du portrait d'Anet montre à quel point il faut être vigilant à l'égard de l'iconographie du XIXe. En recopiant un portrait douteux, les dessinateurs ont véhiculé une image fausse d'Henri II et de Catherine de Médicis et surtout une grave erreur dans l'histoire du costume, malheureusement reproduite par des artistes contemporains qui prennent comme source des ouvrages désuets du XIXe siècle.

8 juin 2007

Les portraits de François II (1544-1560) prévu

Les portraits de François II (1544-1560)

prévu pour septembre-octobre 2007

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8 juin 2007

Les portraits de Henri II (1519-1559) prévu pour

Les portraits de Henri II (1519-1559)

prévu pour septembre-octobre 2007

2 juin 2007

Le retour de la reine Marguerite


Marguerite de valois, 1605Portrait de Marguerite de Valois, gravé par Firens et édité par Le Clerc en 1605

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

L'oeuvre est éditée à l'occasion du grand retour de la reine à la cour de France. Après dix-neuf années d'exil et de négociations compliquées, Marguerite obtient d'Henri IV, désormais son ex-époux, l'autorisation de revenir à la cour. Pour Marguerite, c'est une nouvelle vie qui commence, plus apaisée et plus sage.

La gravure la représente habillée à la mode du temps, la coiffe en mitre et la collerette élevée derrière la tête. Le portrait n'est pas de qualité. L'embonpoint de la reine est représenté, mais peut-être est-il idéalisé. A en croire le témoignage - tardif -  de Tallemant des Réaux, la reine serait devenue « horriblement grosse ».

 

Couronnement de Marie de MédicisMarguerite de Valois mise en scène dans une gravure de Léonard Gaultier représentant le couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis en 1610.

A l'occasion de la cérémonie observée au couronnement de Marie de Médicis, l'ancienne reine Marguerite est présente au premier plan. On la voit représentée sur la gravure (ici à droite) ; elle se tient derrière la petite princesse Elisabeth.

A son retour à Paris, Marguerite s'est fait construire un très bel hôtel sur un terrain situé face au Louvre, de l'autre côté de la Seine. Réconciliée avec son ancien mari, elle rendait régulièrement visite à la famille royale et entretenait avec sa nouvelle épouse des relations très amicales. Marie de Médicis était rassurée de voir qu'elle s'était prise d'affection pour le petit dauphin, le futur Louis XIII dont elle avait fait son héritier.

Source : Gallica (Paris, BnF)

détail RubensMarguerite de Valois représentée par Rubens dans le Couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis vers 1624

Le couronnement de Marie de Médicis en 1610, musée du Louvre

L'image est anachronique parce que Rubens qui la peinte treize ans après les faits, n'a pas forcément respecté les costumes de l'époque. En revanche, le célèbre peintre n'a pas lésiné à représenter l'obésité de la reine, preuve que sa corpulence avait marqué les esprits et que dix ans après sa mort on s'en souvenait encore.

Au lendemain du couronnement de Marie de Médicis, le roi meurt assassiné par Ravaillac. La reine Marguerite devait lui survivre cinq ans. Pendant ces dernières années, elle fut pour la régente, une alliée et pour le petit Louis XIII, une amie. Elle meurt en 1615 en son hôtel parisien.

Source de l'image : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

Effigie de Marguerite en 1615L'effigie funéraire de Marguerite de Valois en 1615 (extrait)

Cette gravure exceptionnelle présente dans les collections du musée Czartoryski de Cracovie représente la veillée funéraire autour de l'effigie de la reine.

On y voit à ses pieds, le petit roi Louis XIII tenant une chandelle, rendant un dernier hommage à la princesse des fleurs de lys.

La scène se passe à l'hôtel de la reine, alors ouvert au public ; "il y a une presse aussi grande qu'à un ballet", témoigne le poète François de Malherbe1.

Ce type de représentation en gravure des obsèques princières n'est pas étonnante pour les années 1610. Il en existe de sembables pour les enterrements d'Henri IV et du duc Charles III de Lorraine2.

 Source : (Cracovie, musée Czartoryski)

Effigie de Marguerite de Valois Louis XIII Le peuple


Notes

1. Eliane Viennot, Marguerite de Valois, "La reine Margot", Plon Tempus, 2005, p. 304.

2 Voir les très belles gravures reproduites dans Philippe Martin (sous la dir.), La pompe funèbre de Charles III, 1608, Editions Serpenoise, Metz, 2008.

Article modifié en septembre 2012

2 juin 2007

Une reine en exil


Marguerite de ValoisPortrait présumé de Marguerite de Valois

Source et localisation de l'image : (Musée de Reims)

Le précédent dessin représentait la jeune reine à l'âge de vingt ans environ. Celui-ci est largement postérieur. Marguerite de Valois semble avoir pris vingt ans. Peut-être date t-il de la période d'exil  ? La forme de sa coiffe appartient à la mode de la deuxième moitié des années 1580 au plus tôt.

Qu'est-ce qui peut dans ce portrait nous confirmer qu'il s'agisse bien de Marguerite ? Le physique bien sûr ! On retrouve son nez long et étroit, sa petite bouche, les deux joues et les yeux en amande si caractéristiques de Marguerite avec des paupières quasi absentes. C'est bien Marguerite, mais vers l'âge de 40 ans environ.

Les portraits de Marguerite se font plus rares dans les deux dernières décennies du XVIe siècle, et pour cause, la reine de Navarre entre brutalement dans une période d'oubli.

Après s'être dressée contre le roi son frère et le roi son mari, elle fut consignée au château d'Usson où elle demeura de 1586 à 1605, abandonnée de sa famille.


Portrait_de_Marguerite_de_Valois_Gaultier_bnfPortrait de Marguerite de Valois, gravé par Léonard Gaultier et édité par Pierre Gourdelle

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

L'existence de cette gravure permet d'attester la réalité de la renommée de Marguerite en matière de beauté physique, tant du point de vue du corps, que l'artiste met en valeur de façon maladroite, que du point de vue du costume, par sa richesse et son exubérance. La diffusion de cette estampe contribue au développement du mythe. La gravure est accompagnée d'une inscription grandiloquente :

Si le pinceau pouvoit animer cette image de la plus elle reine, et d'esprit et de corps, celui qui la verroit, ils confesseroit lors qu'il n'y a rien d'humain en ce divin ouvrage.

 GaultierLeuLe portrait est repris par Gaultier, modifiant le costume, que reprend son contemporain Thomas de Leu. Leur deux gravures sont quasiment identiques (outre l'inversement de l'image et le fait qu'elles soient toutes les deux signées, la différence se perçoit dans quelques détails de la représentation physique et du costume).

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France et (Vienne, Osterreichische Nationalbibliothek)

Marguerite_de_Valois_Granthomme_v2Portrait de Marguerite de Valois, édité par Jacques Granthomme

Source de l'image : (Vienne, Osterreichische Nationalbibliothek)

L'image est de piètre qualité, mais peut être rapproché par la gravure de Gaultier (le collier est le même, mais le costume est bien différent).

 

 

 


Marguerite (1600)L'image est également reproduite dans une enluminure illustrant un manuscrit écrit en 1597. Le document est un hymne composé en l'honneur de la reine par Loys Papon, un noble lettré qui animait à l'échelle locale un cercle littéraire.

Loin de la cour, Marguerite était parvenue à reconstituer autour d'elle une petite cour attirant à elle les lettrés de la région 2,3.

Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

 

 

 



Marguerite_de_Valois_Passe_Portrait en médaillon de Marguerite de Valois, gravé et édité par Crispin de Passe en 1598

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Paris, Bibliothèque nationale de France

Dans ce portrait édité en 1598, l'artiste flamand Crispin de Passe reprend le dessin de Gaultier en idéalisant profondément le visage de la reine. Dans l'inscription, Marguerite est présentée comme fille d'Henri II, soeur d'Henri III et épouse d'Henri IV. Elle n'est pas mentionnée comme reine de France et ce détail important nous rappelle qu'à cette date, Marguerite reste une princesse royale en exil.

Le contexte d'édition de cette gravure mériterait d'être connu. En effet, avec la paix de Vervins, l'année 1598 marque la fin de l'épopée d'Henri IV et l'aboutissement de son avènement sur le trône de France. Après plusieurs années de chevauchées militaires, de négociations et de libéralités financières, il peut enfin se poser et fonder une famille. Mais à cette date, malgré une forte opposition, le roi entend annuler son mariage pour se marier avec sa favorite Gabrielle d'Estrées.

Dans un tel contexte, l'édition et la diffusion d'une telle image n'est pas anodin. Marguerite de Valois est une reine en exil et son époux légitime ne semble pas vouloir changer cette situation pour le moment. Il s'agit donc d'une gravure non officielle de soutien à Marguerite, mais qui en même temps, semble ménager la susceptibilité du roi.

Pour éviter d'offenser Henri IV, la gravure ne présente pas Marguerite comme une reine mais se contente de suggérer qu'elle pourrait l'être : en effet, qui de mieux qu'une épouse de roi pour devenir reine (HENR. IIII GAL. RREG UXOR) ? C'est comme s'il s'agissait d'infléchir la position du roi et de le convaincre à reprendre Marguerite à ses côtés. Quelle princesse bien née peut rivaliser en dignité avec une fille et une soeur de roi (HENRICI II FIL. HENR. III SOR.) ? Le message à l'adresse des partisans du mariage de Gabrielle d'Estrées, « la duchesse d'ordure » comme l'appelle le peuple, est sans équivoque. Dans cet objectif, on comprend l'intérêt d'arranger le physique de la reine et de la présenter à son avantage.

Marguerite de Valois n'est pas nécessairement la commmanditaire de cette gravure, car il ne manquait pas à la cour de France  - et à l'étranger - des puissants hostiles au projet d'union avec Gabrielle. Au regard des conventions sociales, morales et géopolitiques du XVIe siècle, ce projet était considéré comme déshonorant pour le royaume.

Marguerite_Leu_BnFL'artiste graveur Thomas de Leu a produit une image identique (le visage est ressemblant, le buste est positionné de face) (image ci-contre). Le français a peut-être copié De Passe, mais comme il a également des points communs avec l'oeuvre originale de Gaultier (présence des plis de la robe, boucle derrière la coiffe) que n'a pas l'oeuvre de De Passe, il est possible que ce soit plutôt ce dernier qui se soit inspiré de Thomas de Leu. 

La technique de De Passe est beaucoup plus aboutie, mais le fait qu'il ait repris une copie médiocre, explique les différences importantes avec l'oeuvre originale de Gaultier. Ceci expliquerait notamment qu'en présentant un aspect plus géométrique que réaliste, la collerette n'est pas aussi bien rendue (la pointe du bustier est convexe au lieu d'être concave).

Source de l'image : (Vienne, Osterreichische Nationalbibliothek)

Marguerite, estampe d'interprétationMarguerite, estampe d'interprétationMarguerite de Valois, collection particulièreCe modèle sera abondamment repris aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles

Malheureusement, les estampes d'interprétation qui en découlent laissent très souvent à désirer : les artistes ne cherchent pas à reproduire les traits physiques de la reine.  Ils associent de manière anachronique un type de costume que la reine a porté en son âge mûr (tel que De Passe, via de Leu l'a interprété de façon subjective), à un visage jeune et romantique.

 

Marguerite de ValoisMarguerite de Valois (musée de Fécamp)Portrait de Marguerite de Valois vers 1595-1600

Source de l'image  de gauche : Base Joconde ; Localisation : Fécamp, musée des Arts et de l'Enfance

Source de l'image de droite  : Mutualart.com (vendu chez Sotheby's en 2010 à Londres ?)

Ce dessin représente Marguerite avec une coiffure à la mode vers 1595. Il s'agit donc d'un dessin de la reine en exil à l'époque où de nombreux échanges épistolaires se font avec la cour pour l'annulation de son mariage et l'obtention d'un revenu qui lui permette de vivre selon sa dignité royale.

L'origine de cette image et le contexte de son élaboration reste à découvrir. L'annulation officielle de son mariage en 1599 en est l'un des facteurs les plus vraisembables. 

En 2010, une plaque d'émail tirée de ce dessin, a été vendu aux anchères sans identification (image de droite).   

 


Notes et références

1. J'ai trouvé ce joli dessin dans un livre d'histoire des années 80, assez complet en illustration. Comme il faut toujours se méfier des images provenant des ouvrages d'histoire, il vaut mieux le prendre avec prudence. La légende indiquait uniquement son appartenance au musée de Reims.

2. Claude LONGEON, Une province française à la Renaissance. La vie intellectuelle en Forez au XVIe siècle, Saint-Etienne, Centre d'études foréziennes, 1975, p. 431.

3.  Éliane VIENNOT, « Une intellectuelle, auteure et mécène parmi d’autres : Marguerite de Valois (1553-1615) », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 13 | 2001, mis en ligne le 19 juin 2006, consulté le 22 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/clio/137 ; DOI : 10.4000/clio.137

2 juin 2007

Marguerite sur la tapisserie des Valois


La reine Marguerite apparaît à trois reprises dans la tapisseries des Valois, conservées à la galerie des Offices de Florence.

Marguerite, son beau-frère et son mari dans Les joutes nautiquesPortrait de Marguerite de Valois dans la Fête nautique sur l'Adour.

La reine de Navarre est représentée accompagnée de son mari, Henri de Navarre (placé en face d'elle), et de son beau-frère, Charles III duc de Lorraine (placé derrière elle), très reconnaissable à ses grandes moustaches.

Les huit pièces de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservent leur part de mystère. On présume qu'elles ont été réalisées à la fin des années 1570, mais on ignore l'identité de leur commanditaire. Les personnages sont représentés sur un fond qui n'a rien à voir directement avec eux. Sur cette tapisserie seraient représentées les festivités nautiques de l'entrevue de Bayonne (1565). La scène a pour modèle le dessin qu'en avait fait l'artiste Antoine Caron.

Les joutes nautiques de Bayonne, Galerie des OfficesLes personnages du premier plan appartiennent, quant à eux, à la fin des années 1570, probablement après l'année 1578, date des retrouvailles de Marguerite et de son époux après une séparation qui avait duré deux ans. Le roi et la reine de Navarre s'étaient brouillés pour des broutilles de cour, mélant histoire de coeur et tensions politiques.

Photo : Roberto Palermo (Florence, musée des Offices)

 

Marguerite et Francois, dans la Mascarade à l'élephantPortrait de Marguerite de Valois dans la Mascarade à l'éléphant.

La reine de Navarre est représentée avec son frère François, et derrière eux, leur neveu Henri de Lorraine, alors adolescent. 

Marguerite entretenait de bons rapports avec son frère cadet. Les intrigues de la cour les avaient rapproché. Marguerite partagait la cause de son petit frère quand il était en butte aux humiliations des hommes du roi. 

Ce partis pris avait valu à Marguerite de subir la méfiance constante d'Henri III. Le roi la pensait complice de la fuite de François en 1575 et la fit enfermer au palais du Louvre ; pendant plusieurs semaines, Marguerite vécut récluse dans sa chambre sans pouvoir en sortir.

Marguerite soutenait son frère cadet au point d'entreprendre un grand voyage aux Pays-Bas, pays dont François est appelé à devenir le souverain. Marguerite a laissé dans ses mémoires le récit rocambolesque de cette aventure, où elle manqua à plusieurs reprises d'être enlevée.

Marguerite de ValoisSur la tapisserie, la princesse est représentée en pied dans un grand décolleté, la main au côté, le visage souriant. Sa ressemblance avec Catherine de Médicis est ici particulièrement saisissante.

Le costume qu'elle porte appartient encore aux années 1570. La collerette s'ouvre largement au-dessus des épaules (ce qui est moderne pour la mode de l'époque), mais le reste de la robe est assez simple. Marguerite ne porte pas encore de vertugadin en bourrelet, ni de manches ballonnées comme il est d'usage à la cour d'Henri III.

 

Pour le commentaire de cette tapisserie voir l'article dans la partie François d'Alençon.   

Photo : Roberto Palermo ; Source : F. Yates, The Valois tapestries, London, Warburg institute, 1959

 

 Henri de Navarre, Marguerite de Valois et Catherine de MédicisPortrait de Marguerite de Valois dans le Carrousel des chevaliers bretons et irlandais à Bayonne

La reine de Navarre est représentée cachée derrière sa mère et son mari. On la reconnaît à sa perruque blonde et à ses traits de visage qui la rendent si proche de sa mère. 

L'image que renvoie cette représentation, c'est qu'entre les deux grands personnages historiques qui l'encadrent, Marguerite apparaît comme prisonnière, une représentation qui n'est pas sans rappeler une certaine réalité matrimoniale et politique.

De par la nature de son mariage, Marguerite avait un rôle politique d'une grande importance à jouer : celui de garder le roi de Navarre dans le giron de la Couronne. Dans le contexte des troubles politiques de l'époque, Marguerite était le pont d'alliance établi entre Henri de Navarre, prince du sang et trublion potentiel d'une part et la reine-mère, garante des intérêts de la couronne d'autre part. C'est bien pour maintenir le prince Henri sous sa tutelle que Catherine de Médicis ramena physiquement Marguerite auprès de lui en 1578.

Seulement le double jeu de Navarre (qui se comprend par le comportement des Valois pendant le massacre de la Saint-Barthélemy) et les aléas des conjonctures politiques devaient porter préjudice à cette alliance. Des deux côtés, Marguerite allait être prise à partie. 

Après plusieurs années, lasse de servir de bouc émissaire, elle finit par abandonner son mari et par tremper dans la trahison. Après des aventures dignes d'un roman, elle fut emprisonnée par son frère, déshéritée par sa mère et au final démariée par son mari.

Pour le commentaire de cette tapisserie voir également l'article dans la partie Catherine de Médicis.

Photo : Roberto Palermo (Florence, musée des Offices) 


 

Article modifié en avril 2019

2 juin 2007

Sous le règne d'Henri III


Marguerite de Valois (BnF)Portrait de Marguerite de Valois vers 1575

Source de l'image : Bibliothèque nationale de France

Ce joli dessin de la BnF, rehaussé de couleur, est certainement l'un des plus beaux portraits de la reine de Navarre. Il est l'un de ceux qui retranscrivent le mieux la beauté si bien décrite par ses contemporains (comme Brantôme par exemple).

Marguerite était une princesse passionnée par la mode et l'entretien de son apparence. Sur le portrait, on la voit avec un teint blanc rehaussé de rouge sur les joues. A l'époque médiévale de l'amour courtois, le rouge et le blanc constituaient une association de couleur très appréciée de l'aristocratie (notamment pour sa valeur symbolique, pour ne pas dire ésotérique). Protectrice des lettres et héritière d'un mode de vie aristocratique, Marguerite contribuait à renouveler et à perpétuer les traditions de la noblesse.

Ce dessin a du servir à l'élaboration d'un portrait peint. Malheureusement, celui-ci ne nous est pas parvenu. Il subsiste aujourd'hui deux copies qui prouvent qu'il a cependant existé :

Marguerite de Valois (Puy-en-Velais)Marguerite Valois (Blois)Ces deux copies sont malheureusement d'une qualité plutôt médiocre (par rapport au dessin). Aucun des deux n'a su retranscrire avec fidélité le physique si particulier de la reine de Navarre.

Le premier est au Puy-en-Velay, au musée Crozatier (source de l'image : MeisterDrucke ; voir la notice de l'oeuvre sur le site du musée Crozatier), le second est à Blois (Voir la notice de l'oeuvre sur le site des musées de la Région Centre).

(je propose sur un autre blog un essai de reconstitution de la robe de Marguerite : ici)

 

Marguerite de Valois (Sothebys)

Portrait de Marguerite de Valois, peint en miniature par Nicholas Hilliard en 1577

Source de l'image : Sotheby's (vente du 5 juillet 2017 à Londres) ; Localisation : collection privée.

Si cette miniature est d'une qualité remarquable, le portrait du visage, en lui-même, surprend beaucoup. Marguerite paraît empâtée, ce qu'elle était peut-être, mais ici, son embonpoint paraît exagéré. De plus, on ne reconnaît pas d'emblée les traits physiques de la princesse. Le principal élément qui permet de confirmer l'identité du portrait est l'énorme perruque blonde que la reine de Navarre avait l'habitude de porter.

L'intérêt du portrait réside également dans le regard altier du modèle. A travers sa superbe, il fait apparaître le caractère orgueilleux et trempé de la reine. C'est ce tempérament supérieur ne souffrant pas les humiliations qui devait la mettre si souvent à mal avec le roi son frère. Les historiens peuvent avoir des difficultés àexpliquer la haine qui opposait Henri III à sa soeur. Le roi ne pouvait tout simplement pas souffrir la présence d'une Majesté concurrente à la sienne. Il ne pouvait y avoir deux soleils à la cour.

On remarquera la richesse du costume si typique des années 1577-1580, où l'on voit apparaître sur les épaulettes, le buste et la robe, un ensemble très surchargé de noeuds, de pompons et même de petites fleurs (élément de comparaison avec le portrait d'une dame de la cour de France en 1577, sur Gallica, BnF)

 Marguerite de ValoisPortrait de Marguerite de Valois (?)

Source de l'image : Hamm Institute (lien défaillant) ; Localisation de l'oeuvre : inconnue

Les éléments d'identification qui accompagnent ce portrait sur le site où il était publié sont erronés. Aucun doute ne semble permis sur l'identité du modèle, il s'agit bien de Marguerite de Valois. Le portrait semble reprendre en partie, le dessin de la BnF, mais s'en distingue par des élements de costume et des traits physiques plus prononcés. Marguerite y apparaît plus âgée.

Les élements de costume renvoie au règne d'Henri III, vers 1575-1580, mais il pourrait aussi s'agir d'une reproduction du XVIIe siècle.

 

 

Marguerit de Valois Rabel (OnB)Portrait de Marguerite de Valois édité par Jean Rabel

 

Source de l'image et localisation : Osterreichische Nationalbibliothek

 

Dans cette oeuvre, Rabel propose un portrait de profil, ce qui ne manque pas d'originalité. Les traits sont idéalisés, mais la reine reste reconnaissable (avec son double menton).

Un soin particulier est apporté à la représentation du costume. L'image se veut éclatante à l'image de la renommée de Marguerite, paragon de la mode et du raffinement des moeurs à la cour de France.

 

Marguerite de ValoisCette vue de profil se retrouve sur cette mauvaise reproduction (ci-contre à droite). Il s'agit d'une médaille sur laquelle la reine est représentée entourée d'un décor allégorique.

Source : Pierre Chevallier, Henri III roi shakespearien, Paris, Fayard, 1985

 

 

 

Marguerite de Valois Rabel_HogenbergPortrait de Marguerite de Valois gravé par Frans Hogenberg 

Source de l'image et localisation : Osterreichische Nationalbibliothek

L'artiste flamand imprime un portrait de la reine dont le costume et la coiffe rappellent la gravure de Rabel. L'image est pourtant très différente et le costume plus sobre.

Marguerite de Valois, par Bussemecher (BnF)L'oeuvre sera recopiée quelques années plus tard par l'imprimeur allemand Johan Bussemecher. L'image est éditée sous le règne d'Henri IV (l'inscrition mentionne Marguerite comme reine de France).

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Bibliothèque nationale de France (voir également l'exemplaire du département des Arts graphiques du musée du Louvre)

 

Article mis à jour en avril 2019

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