26 mai 07

Les portraits de François de France (1555-1584)

François d'AnjouCinquième fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, François est le dernier-né de la famille royale. Longtemps négligé par les historiens, il est resté un personnage assez peu connu de l'Histoire de France.

Pourtant en tant qu'héritier et successeur potentiel du roi Henri III, il a tenu dans le royaume une place primordiale. Dans les années 1570, il se fait remarquer à plusieurs reprises en se rebellant contre son royal frère.

Appelé à monter sur le trône de France, à devenir prince consort d'Angleterre et souverain des riches Pays-Bas, François était devenu dans les années 1580, une figure internationale. Malheureusement, sa personnalité complexe lui fit échouer beaucoup de ses entreprises.

Galerie de portraits de François d'Anjou

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Le prince Hercule


Hercule François; collection particulièreHercule, musée CondéPortrait du prince Hercule par François Clouet

Sur ces portraits réalisés sous le règne d'Henri II, le petit Hercule ne paraît guère âgé de plus d'un an ou deux. Il porte encore la robe des garçons en bas âge.

Le dessin existe en plusieurs copies (voir celle de la BnF), mais on ne connaît pas sa version en peinture. Pour le deuxième portrait, c'est l'inverse, on a la peinture mais pas le dessin. Le petit chien que porte François est caractéristique des portraits d'enfants de cette époque. Il existe un portrait semblable de Charles IX enfant avec un petit chien dans les mains.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé) et (Weiss gallery)

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François-Hercule


Hercule-François, BnFPortrait de François-Hercule dessiné par François Clouet vers 1561

Il s'agit probablement d'un dessin commandé par Catherine de Médicis au moment de l'avènement de Charles IX. C'est vers cette époque que le prince Hercule commence à être appelé François-Hercule (en mémoire de son frère François II qui vient de mourir ?!).

Le dessin suivant est peut-être légèrement plus tardif. Il a longtemps été identifié à Charles IX, alors que sur le site de la Royal collection, sa version peinte est identifiée à François II. Ce sont évidemment des erreurs. Iconographiquement, il est très facile de reconnaître François-Hercule grâce à ses joues bien rondes. On retrouve ce détail physionomique sur les portraits postérieurs.

 

Hercule-François, BnF François d'Alençon, The royale collection

Source : (BnF)

Source : Rmn (Paris, BnF)

Source : (Angleterre, the Royal collection)

 

 

 

 

 

 

 

François vers 1561-1564La représentation de François en pied (ci-contre) est tiré d'un portrait de famille dans lequel sont également peints ses frères Charles et Henri et sa soeur Marguerite (voir le tableau en entier). Le portrait de François a a probablement pour modèle le dessin de la BnF (ci-dessus)

Comme sur le tableau, François était un peu en marge de la famille royale. Il n'accompagna pas le roi lorsque celui-ci entreprit son grand voyage à travers la France.

Défiguré par la petite vérole durant son enfance et doté d'un nez imposant, il n'était pas particulièrement gaté par la nature. 

 

 

 

 

 

François de France, musée du LouvrePortrait de François-Hercule peint vers 1565-1570

Vu le costume, ce portrait est beaucoup plus tardif que les précédents. Les traits du visage semblent reprendre en modèle ceux du dessin de la BnF.

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

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Le duc d'Alençon


François de Valois, duc d'Alençon peint en 1572Très beau portrait en pied du duc d'Alençon peint en 1572 et offert par Catherine de Médicis à la reine d'Angleterre1.

Ce tableau qui appartient aujourd'hui à la National Gallery of Art de Washington est l'un des plus beaux portraits des derniers Valois aujourd'hui existant. Comme les portraits français d'époque, en pied et en grandeur nature, sont rares dans les collections publiques, ce tableau est d'un intérêt exceptionnel. La qualité d'exécution, notamment dans le rendu du costume, montre qu'il s'agit d'un original. Ce portrait est également intéressant pour l'histoire du costume (il est daté par une inscription en haut à gauche). Le jeune prince porte notamment des hauts-de-chausse de forme trapézoïdale et une fraise dans la taille et la forme sont typiques de cette époque.

Le tableau représente le duc d'Alençon à l'époque du massacre de la Saint-Barthélemy. C'est une année qui marque un tournant dans la vie de François, car après le refus de son frère aîné Henri d'Anjou d'épouser la reine d'Angleterre, c'est sa main que Catherine de Médicis propose de donner à Elisabeth Ière.

 

 

Visage de François, extrait du tableauFrançois, prince consort de la reine d'Angleterre ? Malgré la grosse différence d'âge qui le sépare d'Elisabeth, François n'y est pas réfractaire. L'année 1572 marque le début de sa vie politique. Contre l'ascension du duc d'Anjou et l'action politique de la couronne pendant et après le massacre de la Saint-Barthélemy, François se place dans l'opposition, en se rapprochant des grands seigneurs, dit "malcontents" et des princes autrefois protestants, Condé et Navarre.

Source : (Washington, National Gallery of Art)

 

 

François d'AlençonPortrait du duc d'Alençon peint vers 1572 dans le livre d'heures de Catherine de Médicis

François est revêtu du manteau royal qu'il porte en tant que prince de la maison de France et la couronne ducale qu'il porte en tant que duc d'Alençon.

En pleine crise identitaire, le jeune prince devait après le massacre de la Saint-Barthélemy remettre brutalement en question l'autorité de sa mère. En 1573, il est à la tête d'un vaste complot qui a pour but le renversement de Catherine de Médicis et sa propre désignation comme héritier du trône à la place de son frère Henri parti rejoindre le trône de Pologne.

Par manque de coordination, la fronde des princes échoua lamentablement. François fut arrêté et son favori, La Mole, exécuté.

Source : (Paris, BnF)

 

François assis à côté de ses frères, extrait de la fresque peinte par Vasari à RomeA cette époque, François est représenté par Vasari dans la fresque de la Sala Regia qui commémore le massacre de la Saint-Barthélemy (image ci-contre). Le peintre n'a jamais vu le prince mais pour l'exécution de sa fresque, il s'est fait envoyer à Rome son portrait. François est représenté assis à la droite de son frère le roi de Pologne.

 


Notes

1. Voir l'article écrit par Elizabeth Goldring dans The Burlington magazine, n°1211, volume CXLVI, février 2004. On y apprend que le tableau a été donné à la reine d'Angleterre au mois de mai 1572, par l'intermédiaire du comte de Leicester

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Le duc d'Anjou


François d'Anjou, BnFPortrait de François d'Anjou par Pierre Dumonstier

Il s'agit peut-être d'un portrait réalisé au lendemain de la victoire que François remporte sur son frère Henri III. Avec ses alliés malcontents et protestants, il contraint le roi a signer l'édit de Beaulieu qui cède à François un nombre considérable d'avantages (1576).

François se soumet au roi mais reçoit en échange le duché d'Anjou en apanage. Désormais appelé duc d'Anjou, François fait son retour à la cour plus fort et plus puissant que jamais. Il devient un personnage incontournable, rivalisant avec le roi par son influence et son réseau de courtisans.

 

 

François d'AnjouLe dessin a servi à réaliser plusieurs portraits peints du prince.

Ce tableau de très bonne facture (ci-contre), présente l'intérêt d'un cadrage plus élargi, ce qui permet de mieux apprécier le costume (le manteau et le haut-de-chausse).

François d'Anjou, miniature des OfficesFrançois, Victoria and Albret museumSource : (Paris, BnF) ; Sothebys ; Web gallery of art (Florence, galerie des Offices) ;(Londres, Victoria and Albert museum)

Biblio : Jean Adhémar, Les Clouet et la cour des rois de France, de François Ier à Henri IV, Paris, 1970 ;

P. Rosenberg, Pittura francese nelle collezioni publiche fiorentine, Firenze, Centro Di, 1977 (Florence, musée de Offices) 

 

 François d'Alençon, Kunsthistorisches museumPortrait de François d'Anjou

Le costume de ce portrait n'est pas sans faire penser au portrait d'Henri III peint au début du règne et à celui du roi de Navarre peint vers 1576.

Le prince porte également le même type de pourpoint, le même collier et quasiment la même fraise que ceux portés dans le portrait précédent. Il ne serait pas étonnant que le portrait en soit une variante.

Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

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François d'Anjou, extrait de la tapisserie des ValoisFrançois d'Anjou, extrait de la tapisserie des Valois

Portrait de François d'Anjou sur l'une des tapisseries des Valois

Le duc est représenté en armure devant un fond illustrant un combat équestre.

Source : Frances Yates, The Valois tapestries, 1959 (Florence, musée des Offices)  

François d'Anjou, extrait de la tapisserie des Valois, musée des OfficesLa reine margot et son frère François d'Anjou, musée des Offices
















Représentation de François d'Anjou et de sa soeur Marguerite de France, reine de Navarre sur l'une des tapisseries des Valois.

Contrairement à la précédente tapisserie, François est représenté en habit de cour. Il porte toujours une barbe légère et une petite moustache taillée.

Cette mise en scène, en toute apparence anodine, connote un dessein très politique. François était proche de sa soeur Marguerite. Comme elle, il était la victime des quolibets de la cour d'Henri III et les calomnies les avaient rapprochés.

L'éléphant d'Anvers, dans la tapisserie des Valois, musée des OfficesL'homme placé derrière eux sur la tapisserie n'a pas été identifié. Frances Yates qui a travaillé sur les tapisseries, a pensé qu'il pouvait s'agir d'un membre de la maison de Nassau. Protecteurs des Calvinistes aux Pays-Bas, les Nassau tentaient de libérer leur pays du joug espagnol et François était pressenti pour devenir leur nouveau souverain.

Sur le fond de la tapisserie, est représenté un spectacle mettant en scène un faux éléphant. Il pourrait s'agir d'un événement qui a eu lieu à Anvers en 1582, lors de l'Entrée de François. Ce n'est qu'une hypothèse. Les huit tapisseries ont pour point commun de représenter au premier plan des personnages qui n'ont pas de rapports temporels avec la scène représentée sur le fond.

Source : Fr. Yates, Op.cit. (Florence, musée des Offices) 

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Anjou, Kunsthistorisches museumPortrait de François d'Anjou par Nicholas Hilliard

Entourée par des conseillers défavorables à la France, la reine Elisabeth d'Angleterre rechigna longtemps à prendre le duc d'Anjou pour époux. La politique antiprotestante de la cour des Valois et la guerre civile en France freinaient le projet d'une union entre les deux couronnes.

En 1577, le miniaturiste anglais Nicholas Hilliard débarque en France et se met temporairement au service du duc d'Anjou. Il est probable qu'il ait agi sur la recommandation de la reine Elisabeth qui aimait posséder le portrait de ses prétendants. Il n'est toutefois pas certain que la commande par la reine d'un portrait de François corresponde à la miniature ci-contre qui semble, au vu du costume, légèrement plus tardive1.

Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Anjou, fac-simile

Le projet d'un mariage franco-anglais reprit de la consistance en 1579 quand le prince se rendit en Angleterre et qu'il fit la connaissance de la reine. Jusqu'à présent, Elisabeth était déterminée à ne pas épouser un homme qu'elle n'avait jamais rencontré.

De ses premières entrevues avec Anjou, la reine semblait avoir été plutôt satisfaite. Le prince était appelé à revenir à ses côtés pour concrétiser leur mariage.   

Témoin de ces tractations conjugales, la reine Elisabeth possédait un livre de prières dans lequel se trouvait un portrait du duc d'Anjou. L'ouvrage a disparu, mais il en existe un vieux fac-simile en noir et blanc2 (ci-contre colorisé).

 

Anjou, musée CondéIl existait un autre portrait du duc d'Anjou réalisé par Nicholas Hilliard3 (ci-contre). Mais François d'Anjou n'est pas reconnaissable dans les traits physiques du modèle. On peut légitimement s'interroger de la justesse de cette identification (qui n'est pas sans rappeler un autre portrait, difficilement reconnaissable lui-aussi, que Nicholas Hilliard avait fait de Marguerite de Valois).

Peut-être s'agit-il d'un homme appartenant à l'entourage du duc d'Anjou (comme Bussy d'Amboise par exemple) ? 

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

 


 Notes

1. Erna Auerbach, Nicholas Hilliard, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1961, p. 79 et  Raphaelle Costa de Beauregard, Nicholas Hilliard et l'imaginaire Elisabéthain, ed. CNRS, 1991, p. 12. La miniature a longtemps été identifiée à Walter Raleigh.

2. Erna Auerbach, op. cit., p. 77-78.

3. Erna Auerbach, op. cit., p. 74-75

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Mr le Duc Danjou - British museumPortrait posthume du duc d'Anjou publié par l'artiste ligueur Pierre Gourdelle

 

Les gravures françaises ont laissé une image beaucoup moins séduisante que les miniatures idéalisées de Nicholas Hilliard.

Sur ce portrait édité après la mort du duc d'Anjou, le graveur Gourdelle a fait représenter le prince avec les marques de la petite vérole qui depuis l'âge de ses dix ans, défiguraient son nez (détail ci-dessous). Mais le portrait est encore "convenable" sur le plan esthétique, à comparaison d'autres gravures beaucoup moins réalistes (voir la galerie de portraits ci-dessous).

nez vérolé

Source : (Londres, British museum)

François par Rabel BnFFrançois par Hogenberg OBNFrançois d'Anjou OBN

 

 

François d'Anjou par Thomas de Leu

 

 

 

 

 

 

 

Source : Gallica (Paris, Bnf) ; Digitaler Portraitindex (Vienne, Osterreichische nationalbibliothek) ; (Londres, British museum)

article modifié en avril 2014

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Le prince des Pays-Bas


François d'AnjouPour convaincre les hommes des Pays-Bas à adopter François pour nouveau souverain, une série de gravures a été imprimée pour diffuser son image.

On le représente alors à son avantage, comme ici, sur un cheval cabré.

En 1582, François entreprend un tour des villes de son nouveau pays. Après un séjour de quelques mois auprès de sa soupirante anglaise, en février 1582, il débarque en Flandre.

Au cours de son parcours royal, il assistera impuissamment à la reprise en main du pays par les Espagnols. François sera aussi confronté à l'hésitation de ses sujets partagés entre francophobie et hispanophobie et au manque de soutien du roi de France et de la reine d'Angleterre.

Source : Fr. Yates, Op.cit.

 

 

 

 

 

PORT_00038135_02 mw127911François d'Anjou Il existe aussi un certain nombre de portraits gravés. En voici une sélection, les autres laissant beaucoup à désirer.

Source : (Osterreichische nationalbibliothek) (National portrait gallery) (Osterreichische nationalbibliothek)

 

 

L'entrée de François d'Anjou à AnversEntrée de François d'Anjou à Anvers le 19 février 1582

Son Entrée dans la ville d'Anvers se déroule selon un cérémonial bien déterminé. Le prince suit un long parcours à travers la ville. Il est en costume de sacre sous un dais porté par six hommes.

Comme il est de coutume, l'Entrée s'accompagne d'une publication d'un texte accompagné d'illustrations qui raconte le déroulement de la journée.

 

La Joyeuse entrée de Francois à AnversIl existe au Rijksmuseum un très beau tableau représentant l'Entrée de François. Il montre que ce fut pour les habitants de cette grande et riche cité du Nord, un véritable jour de fête.

Source : (Amsterdam, Rijksmuseum)

 

François de Valois à la messe par Bol, Hans (1534-1593)Représentation de François d'Anjou à la messe, dans une miniature du livre de prières du duc d'Anjou.

François est représenté à genoux sur un prie-Dieu, les mains jointes derrière un prêtre qui dit la messe.

François était accusé en France d'être un catholique assez tiède, voire même d'avoir adhéré secrètement à la Réforme. Mais en Angleterre et aux Pays-Bas, on lui reprocha son catholicisme. Sa religion porta préjudice au projet d'alliance anglaise et limita sa popularité en Flandre. Lors de son séjour à Anvers, l'ouverture d'une église pour le service du duc provoqua du ressentiment chez les habitants de cette cité protestante.

François mourut le 10 juin 1584, à trente ans, sans jamais avoir été marié.

Source : (Paris, BnF)

 

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