04 mai 07

Les portraits des princesses de France

Princesse_de_FranceLa famille royale des Valois compte au XVIe siècle une quinzaine de princesses royales. Filles, petites-filles, soeurs, tantes et cousines d'Henri II, celles qui ont atteint leur majorité ont été mariées aux plus grands souverains d'Europe et ont contribué à faire des Valois une véritable famille européenne.

L'Ecosse, la Lorraine, la Navarre, l'Espagne, la Savoie, la Toscane, Ferrare et Parme ont tour à tour accueilli l'une de ces princesses.

La plus célèbre d'entre elles, Marguerite de Valois, plus connue sous le nom de reine Margot a tenu à la cour une place si importante qu'elle méritait d'avoir une galerie de portraits particulière. Elle n'est donc pas comprise dans cette présente catégorie. 

Galerie des princesses de France









Cette catégorie est susceptible de se développer avec l'ajout des portraits de Renée, Charlotte, Madeleine, Marguerite et ... Marguerite, voire de Jeanne et Anne

Posté par Andelot à 07:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Diane de France (1538-1619)


Diane de France, Henri II et Horace Farnèse dans une fresque du château de CaprarolaExtrait d'une fresque représentant le mariage de Diane de France avec le duc de Castro en 1553

Diane est la fille naturelle du roi Henri II et d'une piémontaise nommée Filippa Duci. Elle est née alors que son père n'était encore que dauphin de France. Née six ans avant la naissance de François II, elle est son premier enfant. Légitimée, elle grandit à la cour de France et est élevée comme une princesse de la famille royale.

En 1553, elle épouse à l'âge de quinze ans, un important seigneur italien, Horace Farnèse, duc de Castro, petit-fils du pape Paul III et frère du duc de Parme (il est également l'oncle de l'illustre Alexandre Farnèse). Il est tué la même année lors d'un combat. Le mariage n'aura duré que quelques mois.

La première représentation qu'on a de Diane est cette peinture du palais Farnèse à Caprarola qui la représente au moment de son mariage. Henri II se tient au centre et Horace Farnèse à droite. Derrière le roi, se profile le visage d'une femme qui semble être Catherine de Médicis.

Source : site du photographe Giovanni Rinaldi (Caprarola, Palais Farnèse)

Il existe à ma connaissance trois portraits vraisemblables de Diane de France. Leur identification peuvent être sujet à discussion, car les trois portraits présentent des physionomies qui ne se ressemblent pas.

 

Diane de France musée du CarnavaletLe premier de ces trois portraits représente Diane dans le courant des années 1560. Il est identifié par une inscription (Dsse D'ANGOVLESME).

Après quatre années de veuvage, Diane a été mariée à François de Montmorency, fils aîné du connétable. De 1567 (date de décès de son beau-père) à 1579 (date de décès de son époux), elle est la duchesse de Montmorency.

Bien des années plus tard, alors qu'elle est veuve de son second mari, Henri III son demi-frère, lui accordera le duché d'Angoulême. L'inscription placée en haut du tableau est donc une inscription tardive. Diane n'était pas encore duchesse d'Angoulême lorsque qu'il a été peint.

Il est reconnu que Diane était l'enfant d'Henri II qui lui ressemblait le plus. Elle porte entre la paupière et l'arcade sourcilière, un creux marqué qui se retrouve sur le visage de son père. C'est ce qui fait qu'il s'agit d'un des portraits les plus sûrs de la princesse. On en retrouve d'ailleurs une copie dans la galerie de portraits de l'archiduc Ferdinand.

Source : (Paris, musée Carnavalet)

Diane de France, musée du LouvreLe portrait suivant représente Diane, à une date, plus ou moins proche du portrait précédent (vers 1570).

Là encore, l'anachronisme de l'inscription située au bas du tableau jette un trouble sur l'identité réelle du personnage. L'attribution à Diane peut paraître douteuse, compte tenu de la sobriété du costume, qui fait assez bourgeois.

Par ailleurs, la physionomie du visage est assez différente du portrait précédent. Les sourcils sont plus arqués et le creux au-dessus des paupières est absent. Faut-il mettre cette différence physique sur le compte du peintre ?

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

 

 

Diane de France, BnFLe troisième portrait est un dessin réalisé au début du règne d'Henri III, dans la seconde moitié des années 1570, une époque qui voit le développement de la collerette en éventail comme elle est représentée sur le dessin.

La présence du creux prononcé sous les sourcils marque une ressemblance frappante avec le visage d'Henri II qui permet d'accréditer l'identification du portrait à Diane de France.

Il existe d'autres dessins de Diane mais l'exactitude de leur identification reste à démontrer.

Source : (Paris, BnF)

 

Posté par Andelot à 07:37 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

Elisabeth de France (1545-1568)


Portrait de la princesse Elisabeth dessiné et peint par François Clouet vers 1550 (miniature et dessin au crayon ci-dessous).

Elisabeth était la fille aînée d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elle est née en 1545 sous le règne de son grand-père François Ier. Son père Henri, héritier présomptif du trône de France, n'était encore que le Dauphin. Quelques mois avant la naissance d'Elisabeth, il avait subi à Boulogne-sur-Mer une amère défaite militaire face aux Anglais. Cet évènement avait accentué les tensions avec le roi François. Henri lui succéda deux ans plus tard.

Sur le portrait de Clouet, Elisabeth est représentée à l'âge de cinq ans environ. Le crayon est aujourd'hui conservé au musée Condé à Chantilly1.

La miniature qu'en a tirée le maître est aujourd'hui conservée au château de Windsor dans les collections royales. Elle aurait été envoyée à la cour d'Angleterre à l'occasion des négociations pour le projet d'union entre la petite princesse et le jeune roi d'Edouard VI2. En 1549, Henri II avait mené une brillante campagne militaire pour reprendre Boulogne-sur-Mer aux Anglais. La revanche d'Henri II sur ces derniers avait été totale. Le traité d'Outreau signé l'année suivante consacrait la victoire française. Pour sceller la paix, il fut question de marier le jeune roi d'Angleterre, âgé de douze ans à la petite princesse Elisabeth, âgée de cinq ans. Mais le roi Edouard VI mourut trois ans plus tard en 1553.

Source : The Royal Collection (Royaume-Uni) ; Joconde (Chantilly, musée Condé) 

Elisabeth de France (musée Condé)

Elisabeth de France (collection royale du Royaume-Uni)

 

 

 

Elisabeth de France (BnF)Il existe d'autres dessins de la jeune princesse à la Bibliothèque nationale de France, mais certains d'entre eux ne sont peut-être pas bien identifiés.

Source : (Paris, BnF)

 

 

 

 

Elisabeth de France, musée CondéPortrait de la princesse Elisabeth de France dessiné vers 1558 par François Clouet et aujourd'hui conservé au musée Condé à Chantilly.

Source : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

Le dessin aurait été fait en 1558 à l'occasion du mariage du dauphin François, le frère aîné d'Elisabeth3. Il épousait la reine d'Ecosse Marie Stuart qui avait grandi à la cour de France aux côtés des princes de la maison de France. Marie et Elisabeth avaient même partagé leur chambre pendant l'enfance. Un an plus tard, ce fut au tour d'Elisabeth d'être mariée. Son promis était le roi Philippe II d'Espagne.

Elisabeth n'avait que 14 ans à l'époque. C'était une jeune adolescente ; mais à côté de son époux Philippe, elle paraissait une enfant ; le roi d'Espagne était un homme de 32 ans et s'était déja marié deux fois. Leur union était l'une des principales conséquences du traité du Cateau-Cambrésis qui mettait fin à l'interminable guerre entre la France et l'Espagne.

Le mariage fut célébré à Paris durant le mois de juin 1559. Il se fit par procuration car le roi d'Espagne avait refusé de se déplacer. Philippe II gardait une grande méfiance envers les Français, grands ennemis des Espagnols depuis plusieurs décennies. C'est le duc d'Albe, l'un des Grands d'Espagne qui le remplaça à Paris pendant les cérémonies protocolaires. Après trois ans de règne, Philippe II  n'avait toujours pas mis les pieds en Espagne ; il résidait dans le nord de l'Europe, supervisant depuis Bruxelles les opérations militaires et diplomatiques contre la France. Son mariage avec la fille de son ennemi, et l'instauration d'une paix durable en Europe allait lui pemettre de rentrer chez lui. Il n'est pas exagéré de dire que la paix du Cateau-Cambrésis est l'un des plus importants évènements de l'histoire - géopolitique - de l'Europe à la Renaissance. C'est pour cette nouvelle page d'histoire européenne, qu'Elisabeth reçut en retour le surnom d'Isabel de La Paz (Isabelle de la paix).

Elisabeth de Valois (Christie's)Le dessin de Clouet a fait l'objet d'une peinture qui a été récemment mis en vente chez Christie's (ci-contre à droite).

La peinture est inédite. Sa réapparition sur le marché de l'art, quatre ans après la vente, dans la même maison, du portrait de la duchesse de Berry par Clouet, montre qu'il existe encore des portraits inconnus des derniers Valois et qu'on peut s'attendre encore à de belles découvertes dans les années à venir.

L'historienne Alexandra Zvereva mentionne que peu de temps après la conclusion du traité de paix, Henri II avait fait parvenir à son futur gendre, le portrait d'Elisabeth, dans une peinture réalisée d'après le dessin de Clouet4. Peut-être y a t-il un lien entre ce portrait envoyé à Philippe II et ce tableau vendu chez Christie's ?!

Source : (Christie's, vente du 3 juin 2015 à New York)

C'est au cours des festivités organisées pour le mariage d'Elisabeth que le roi Henri II fut mortellement blessé par accident. Après cet évènement dramatique, la petite princesse resta encore plusieurs mois à la cour de France. Catherine de Médicis prétextait qu'Elisabeth n'était pas nubile pour garder auprès d'elle sa fille préférée. La petite reine d'Espagne ne quitta la cour de France qu'en novembre. La séparation avec sa mère et la reine d'Ecosse se fit avec des pleurs déchirants.


1. Une copie existe à Chantilly mais elle date du XVIIIe siècle1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 300.

2. Ibid.

3. Ibid., p. 301.

4. Ibid.

Mise à jour de l'article le 30 août 2015.

Posté par Andelot à 08:05 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

Isabella von Valois (Kunsthistorisches museum)Portrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne peint vers 1560 par le peintre espagnol Alonso Sánchez Coello et aujourd'hui conservé au Kunsthistorisches museum.

Source : (Vienne, Kunsthistorisches museum)

Il s'agit du premier portrait officiel de la princesse Elisabeth en tant que reine d'Espagne. Il a été réalisé par Coello, le peintre officiel de Philippe II, probablement après l'arrivée de la reine à la cour en 1560.

C'est un portrait exceptionnel car il représente une princesse française dans un cadrage en pied. C'est un format de représentation plutôt rare en France à cette époque. De fait, grâce à l'expatriation de la princesse Elisabeth et à ses peintres espagnols, nous avons d'elle plusieurs portraits de grande taille. Ce n'est pas le cas de ses soeurs restés en France, qui n'ont pour cette époque que des portraits en buste. 

La robe que la reine arbore appartient encore à la mode française ; cela se remarque par la présence et la forme du décolleté, le port d'une guimpe sur la poitrine et la forme arrondie des petites épaulettes. La reine était venue en Espagne avec sa propre garde-robe et s'il faut en croire l'embarras des Espagnols, elle était très impressionnante. Le transfert vers l'Espagne de tous ses coffres, malles et bagages et ceux de sa suite s'avéra des plus compliqués à organiser, en particulier lorsqu'il fallut traverser les Pyrénées enneigés. Plusieurs équipages tombèrent dans un précipice. 

Sur le costume français de la reine d'Espagne, je recommande l'article de Sylvène Édouard, Le costume d’Élisabeth de Valois, reine d’Espagne, vers 1560, Paris, Cour de France.fr, 2012 (http://cour-de-france.fr/article2178.html). Article mis en ligne le 1er janvier 2012.

 

Elisabeth par Moro (collection privée)Portrait de la reine Elisabeth peint vers 1560 par Antonio Moro et aujourd'hui conservé dans une collection particulière.

Source : Oronoz Fotografos (Madrid, collection Varez Fisa)

Le portrait aurait été fait peu de temps après l'arrivée de la princesse en Espagne. Son auteur est le peintre flamand Antonio Moro qui avait été introduit à la cour par le cardinal de Granvelle et qui avait suivi le roi dans son voyage de retour en Espagne.

Sur ce portrait, la nouvelle reine est représentée revêtue d'un costume espagnol. La comparaison avec le portrait précédent permet de bien saisir les différences vestimentaires : le décolleté carré et les épaulettes rondes à la française ont disparu ; à la place, la reine d'Espagne porte de grandes manches pendantes, caractéristiques de la mode espagnole.

Ce portrait montre que malgré sa garde-robe française, la reine s'est également adaptée à la mode de son nouveau pays. Il confirme également la richesse vestimentaire de la jeune princesse. Le déploiement de luxe de la maison de la reine avait d'ailleurs surpris l'austère cour d'Espagne. Il se raconte qu'Elisabeth ne portait jamais deux fois la même robe.

De tous les portraits de la reine, c'est celui de Moro qui a eu le plus de postérité. Il a été recopié à de multiples reprises et à commencer par son propre élève, Alonso Sanchez Coello (ci-dessous).

Elisabeth par Coello - collection privée Portrait de la reine Elisabeth peint par Coello d'après l'oeuvre d'Antonio Moro.

Source : Musée Bilbao (Madrid, collection Varez Fisa)

Les portraits de Moro et de Coello sont très proches, au point que pendant longtemps ils ont été confondus. De façon plus générale, l'attribution des portraits espagnols pour cette époque est une source de désaccords entre historiens de l'art, tant les oeuvres se ressemblent de prime abord. C'est pour cette raison que certains portraits de la reine Elisabeth peuvent être attribués à des artistes différents selon les livres.

En 2012, les deux portraits ont fait l'objet d'une exposition au musée Bilbao ; leur juxtaposition a permis de lever le doute, d'observer leurs différences et d'apprécier la supériorité du maître flamand.

Aujourd'hui, il existe des copies de l'oeuvre de Moro un peu partout. Le musée du Louvre possède d'ailleurs l'une de ces répliques (ci-dessous).

Elisabeth (musée du Louvre)Portrait de la reine Elisabeth conservé au musée du Louvre.

Source : Agence photographique de la RMN (Paris, musée du Louvre)

Le portrait que possède le Louvre serait peut-être un reste de la collection royale. Il a pu être envoyé par l'Espagne à Catherine de Médicis. L'échange de portraits entre les différentes cours d'Europe était monnaie courante au XVIe siècle. La reine Catherine en faisait une importante utilisation pour entretenir ses réseaux. 

Un portrait similaire à celui du Louvre existe à la galerie des offices de Florence (ci-dessous à gauche). Peut-être est-ce un cadeau adressé à la cour du grand-duc de Toscane.

Source : Bridgeman (Florence, galerie des Offices)

 

Elisabeth (galerie des Offices de Florence)Le portrait de Moro a été très diffusé au XVIe siècle. Il a ensuite été recopié à de nombreuses reprises et il en existe un si grand nombre de copies, qu'aujourd'hui, on en vend encore des répliques dans les ventes aux enchères de façon regulière.
La moitié des tableaux que je vous présente ci-dessous ont été vendus chez Christie's ou Sotheby's. Beaucoup d'entre eux sont de qualité médiocre. Le rendu est parfois si plat que le visage n'a plus grand chose à voir avec les traits d'Elisabeth (deuxième ligne de portraits ci-dessous). Et de fait, l'identification du portrait s'est perdue avec le temps. Certains d'entre eux sont encore accompagnés d'une fausse identification, d'autres sont qualifiés d'anonyme.

 Elisabeth (Christies - 2000, New York)Elisabeth (Fitzwilliam Museum)Elisabeth (Sothebys - 2005)Elisabeth (Christie's - 2011)Elisabeth (Leeds Museums and Art Galleries) Elisabeth (Christie's - 2001)

Elisabeth (Christie's - 2003)Elisabeth (Museo Lázaro Galdiano)

Elisabeth (Sotheby's - 2015)Elisabeth (musée des beaux-arts de Nantes)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth (Sothebys - 2001)Source (1ère ligne) : Christie's (vente du 19 octobre 2000 à New York) ; (Cambridge, Fitzwilliam Museum) ; Sotheby's (vente du 27 janvier 2005 à New York) ; Christie's (vente du 8 juin 2011 à New York)Bridgeman (Leeds, museums and art galleries)

Source (2nde ligne) : Christie's (vente du 31 octobre 2001 à Londres) ; Christie's (vente du 6 mars 2003 à Londres sans identification) ; CeR.es (Museo Lázaro Galdiano) ; Sotheby's (vente du 4 juin 2015 à New York) ; Base Joconde (Nantes, musée des beaux-arts ; sans identification)

Source (image ci-contre) : Sotheby's (vente du 30 octobre 2001 à New York sous le titre de duchess of Medina)

 

  Elisabeth par Pierre Noveliers - Christie's (2000)Elisabeth - musée LichtensteinPour intégrer l'oeuvre de Moro dans des galeries de portraits, l'image a été modernisée ou recadrée par des copistes du XVIIe siècle. C'est le cas des portraits ci-contre. Dans le premier, la reine a été représentée en pied, dans le second, le fond du décor a été modifié pour intégrer un paysage.

Source : Christie's (vente du 19 avril 2000 à Londres) ; Liechentenstein (The Princely collection) ; Bridgeman (Leeds, museums and art galleries)

 


 Mise à jour de l'article le 31 août 2015

 

 

Posté par Andelot à 08:10 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

Elisabeth de FrancePortrait d'Elisabeth de France attribué à Sofonisba Anguissola, et conservé au musée du Prado.

ZOOM du portrait sur le site du Prado

Sofonisba Anguissola était une artiste italienne qui avait été invitée par la cour d'Espagne pour servir la nouvelle reine. Elle avait débarqué en Espagne à la même époque qu'Elisabeth et avait été rattachée à sa maison comme dame d'honneur. Leur jeune âge et leur gout commun pour les arts les rapprochèrent ; Sofonisba devint une intime de la reine. Elle lui l'apprenait l'art de dessiner et passait des heures en sa compagnie.

Sofonisba a réalisé plusieurs portraits de la reine d'Espagne mais très peu nous sont parvenus à cause des incendies qui ont ravagé les palais royaux d'Espagne aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Sur ce portrait la reine est revêtue d'un costume espagnol : elle porte une robe un corselet austère de couleur sombre avec de grandes manches pendantes.

miniature de Philippe II Lorsqu'Elisabeth est arrivée en Espagne, elle était accompagnée d'un personnel français et des vêtements de son pays d'origine. Mais petit à petit, Philippe II est parvenu restreindre cette suite, à l'espagnoliser et à faire adopter à son épouse la mode de sa cour. Pour Phillippe II, il fallait qu'Elisabeth n'apparaisse plus comme une fille de France, mais comme la reine d'Espagne.

Elisabeth KHMLa comparaison entre les deux portraits, celui du Prado et celui du Kunsthistorisches museum illustre bien les différences existant entre les deux modes. Sur le portrait, la reine tient dans sa main droite le portrait en miniature de son époux.

Il existe de ce portrait plusieurs répliques.

Source : (Madrid, musée du Prado)

Source : (Vienne Kunsthistorisches museum) 

 

 

Musée de tolédePortrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne conservé au musée d'art de Toledo aux Etats-Unis.

Source : (The Toledo museum of art)

La reine est habillée dans un costume espagnol, c'est la raison pour laquelle, il est difficile de voir dans ce portrait, une oeuvre de François Clouet comme il est traditionnellement identifié dans les catalogues1.

D'autant qu'au vu de la taille de la fraise, le costume appartient clairement à la mode des années 1560. Il n'est pas sans rappeler le costume peint par Anguissola dans le portrait du Prado, tandis que l'ostentatoire croix espagnole rappelle celle que la reine porte sur le portrait de Moro.

 

 

 

 

Elisabeth de France (château de Versailles)Elisabeth de France, fille de Henri II et Catherine de MédicisLa peinture de Toledo peut être rapprochée de deux portraits conservés en France, l'un au Louvre, l'autre à Versailles (ci-dessous). Le costume, le cadrage et la pose sont les mêmes.

Source : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Agence photographique de la Rmn (Versailles, chateau)

 

 

 

Elisabeth par Juan Pantoja de la CruzPortrait d'Elisabeth de France, reine d'Espagne, peint en 1605 par Pentoja de la Cruz d'après une peinture originale de Sofonisba Anguissola, et aujourd'hui conservé au musée du Prado.

Sur ce portrait, la reine Elisabeth porte une robe austère propre à la mode espagnole.

Catherine de Médicis entretenait une relation épistolaire très régulière avec sa fille. Depuis la France, elle se tenait très au courant de sa vie quotidienne ; ses petites maladies, les querelles de ses filles d'honneur, ses relations avec le roi la faisaient souvent réagir.

Les deux femmes ne se revirent qu'une seule fois. Ce fut en 1565, lors de l'entrevue de Bayonne. Au moment des retrouvailles, Catherine et sa fille n'avaient pu retenir leurs larmes. Sous le regard des deux cours royales et des deux armées assemblées sous un climat caniculaire le long de la Bidossoa, leur étreinte fut longue. Toutefois, dans les jours qui suivirent Catherine allait constater et regretter au cours des négociations et des festivités combien sa fille était maintenant devenue "espagnole".

Source : Wikimedia commons (Madrid, musée du Prado) ;

Philippe II et Elisabeth dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFLe portrait du Prado a servi de modèle pour le portrait peint en miniature dans le livre d'heures de Catherine de Médicis aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France (ci-contre) ; Elisabeth y est représentée en buste avec son époux, le roi d'Espagne, tous les deux, les mains jointes et la tête couronnée.

Il s'agit d'un portrait posthume peint dans les années 1570 à l'usage privée de la reine Catherine. Avec son vêtement de couleur bleue parsemé de fleur de lys d'or, Elisabeth apparaît moins comme une reine d'Espagne que comme une fille de France (ci-contre).

Le couple royal espagnol avait eu deux filles : Isabelle Claire Eugenie et Catherine Michelle.

Source (Paris, BnF) ;


 

1. Voir la notice de description sur le site du musée http://classes.toledomuseum.org:8080/emuseum/

Mise à jour du 30 juillet 2015

 

 

Posté par Andelot à 08:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


Claude de France (1547-1575)


Claude de France, duchesse de Lorraine, musée Bonnat

Portrait de Claude de France étant jeune

Claude de France est la deuxième fille d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elle est leur troisième enfant (elle vient juste après François et Elisabeth). Elle naît l'année même de l'avènement de son père.

Princesse d'un tempérament discret et attentionnée à l'égard de son entourage, Claude est restée relativement peu connue. Mariée en 1559 au duc Charles III de Lorraine, elle partageait sa vie entre la cour de France et celle de Nancy.

A son mariage, elle n'était âgée que de 12 ans. A la naissance de son premier fils en 1563, elle n'a que 15 ans. Elle met ensuite au monde une dizaine d'enfants et meurt à l'âge de 27 ans seulement.

Source : Rmn (Bayonne, musée Bonnat)

 

Claude de France, BnFPortrait de Claude enfant

Source : (Paris, BnF)

Posté par Andelot à 08:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Charles III et Claude de France dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFPortrait de Claude de France dans le livre d'heures de Catherine de Médicis auprès de son époux le duc de Lorraine

 

Claude de France entretenait des rapports très étroits avec sa mère. A son appel, elle venait régulièrement à la cour de France. Elle était présente au mariage de Marguerite en 1572 et lorsqu'elle tomba malade la semaine qui précéda les noces, Catherine de Médicis s'en était beaucoup inquiétée. La reine-mère elle-même se déplaçait parfois à la cour de Lorraine. C'était l'occasion pour elle de voir sa fille et ses petits-enfants. Elle s'y trouve notamment en 1560, en 1564, en 1569 et en 1573. 

Source : (Paris, BnF)

Claude de France, Alte Pinakothek de Munich

Le portrait de Claude dans le livre d'heures a certainement pour origine un dessin de François Clouet dont la version peinte se trouverait à la Pinakothek de Munich. Il représente Claude vers 1570.

Claude de France, VersaillesIl en existe plusieurs copies dont une à Versailles.

Source : kleio.org (Munich, Alte Pinakothek)

Source : Rmn(Versailles, musée national du château)

Posté par Andelot à 08:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Claude de France, musée des OfficesPortrait en pied de Claude de France conservé aux Offices de Florence

Ce portrait magnifique, grandeur nature, représente la duchesse Claude dans un costume de cour particulièrement clinquant. Compte tenu de la rareté des portraits en pied dans l'art français du XVIe siècle, il constitue une véritable perle pour l'iconographie des derniers Valois.

Claude porte un costume qui peut être daté de la seconde moitié des années 1570. Peut-être est-ce un portrait commandé par Catherine de Médicis, au lendemain de la mort de sa fille survenue le 21 février 1575.

Il en existe d'ailleurs une réplique dans le livre d'heures de la reine (miniature ci-dessous).

Il faut s'imaginer que la reine Catherine possédait dans sa superbe galerie de son hôtel parisien aujourd'hui détruit, tous les portraits de ses enfants dans un style aussi semblable.

L'historienne de l'art Alexandra Zvereva propose de dater les portraits de cette galerie, entre 1576 et 1578. Peut-être faut-il chercher là, la genèse de ce très beau portrait de Claude de France. (biblio : Bulletin monumental, tome 166-1, 2008)

Le tableau a peut-etre été transporté à Florence quand Christine de Lorraine, la fille de Claude, est devenue grande-duchesse de Toscane. Catherine de Médicis lui avait légué, à sa mort, sa riche collection d'oeuvres d'art.

CClaude de France dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnF'est un portrait très important pour l'iconographie de la duchesse Claude car c'est celui qui sera sans cesse recopié après sa mort.

Source : Polo museale fiorentino (Florence, musée des Offices)

Source : (Paris, BnF)

Posté par Andelot à 08:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Claude de France, portrait posthume de la galerie des OfficesPortraits posthumes de Claude de France

Renforcée par l'âge d'or que connaît le duché de Lorraine sous le règne de Charles III, la maison ducale forme au commencement du XVIIe siècle un puissant réseau familial. Quasiment tous les enfants de Claude sont parvenus à l'âge adulte. Claude leur avait apporté le prestige de son sang royal et c'est par la commande de portraits qu'après sa mort, les princes Lorrains parviennent à entretenir le souvenir de cette ascendance illustre. Il existe donc un grand nombre de portraits posthumes de Claude de France.

La plupart de ces portraits sont des copies ou des reprises du fameux tableau des Offices (voir l'article précédent). Ce sont généralement des imitations assez pâles, souvent infidèles à l'original, dans lesquelles il est difficile de reconnaître les traits de Claude. Le costume lui-même est déformé et ne correspond plus vraiment à la réalité vestimentaire de départ.

Source : Kunst für alle (Florence, musée des Offices)

Claude de France

 

 

Charles III et Claude de France, galerie des OfficesSource : Procorbis.com

Source : P. Rosenberg, op. cit. (Florence)

Source : Polo museale fiorentino (Florence, musée des Offices)

 

 

 

Carlo III duca di Lorena e la sposa Claudia di FranciaClaude est souvent représentée en compagnie des membres de sa famille, de son époux ou de ses enfants.   

Son portrait reste toujours le même. Il est la reprise du portrait en pied des Offices avec la fraise évasée et la coiffure typique du milieu des années 1570. Son image est figée tandis que les personnes qui l'accompagnent vieillissent, tel son époux le duc de Lorraine représenté à la fin de sa vie (ci-contre).

 

Charles III et Claude de FranceCi-contre, un extrait d'un tableau qui représente la famille ducale de Lorraine. Le duc et la duchesse sont entourés (de leurs saints patrons respectifs) et de leurs enfants (qu'on ne voit pas ici). Le tableau a été réalisé dans les années 1590.

 

 

Posté par Andelot à 08:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Les jumelles Jeanne et Victoire (1556)


Les jumelles Jeanne et Victoire, extrait du livre d'heures de Catherine de Médicis, BnF

Jeanne et Victoire sont les deux derniers enfants d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elles sont nées à Fontainebleau le 24 juin 1556. L'accouchement fut un drame, car les jumelles étaient coincées et la sage femme ne parvenait pas à les faire sortir. La petite Jeanne fut sacrifiée et mourut le jour même, mais Victoire ne survécut pas longtemps à sa soeur. Elle décéda presque deux mois plus tard au château d'Amboise.

La seule représentation qu'on a d'elles, est la miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis. Elles sont représentées côte à côte, emmaillotées et placées sur un coussin.

Louis et les jumelles Jeanne et Victoire dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFAu premier plan de la miniature, un petit prince est représenté les mains jointes en prière. La BnF indique qu'il s'agit du futur Charles IX, mais il s'agit probablement de Louis, né en 1549 et mort en 1550, l'autre enfant de Catherine qui n'a pas survécu.

Source : (Paris, Bnf)

Posté par Andelot à 08:59 - - Commentaires [6] - Permalien [#]