Claude de France, duchesse de Lorraine, musée BonnatPortrait de Claude de France, dessiné par François Clouet en 1559 et aujourd'hui conservé au musée Bonnat de Bayonne

Source de l'image : Agence photographique de la RMN (Bayonne, musée Bonnat)

Claude de France est la deuxième fille d'Henri II et de Catherine de Médicis. Elle est leur troisième enfant (après le Dauphin François et la princesse Elisabeth). Elle naît en 1547, l'année de l'avènement de son père au trône de France.

Pour l'historienne Alexandra Zvereva1, ce portrait a été réalisé à l'occasion de son mariage en 1559 avec le duc Charles III de Lorraine. La princesse n'est alors âgée que de douze ans.

Ce mariage s'inscrit dans la volonté politique du roi Henri II de s'attacher le duché souverain de Lorraine à une époque où les frontières du royaume sont bouleversées par les négociations du Cateau-Cambrésis. Le duc Charles, âgé de 15 ans, était depuis quelques années, un otage de la cour de France. Son mariage avec la Couronne de France allait lui permettre de revenir dans son duché et d'en prendre possession. A ses côtés, Claude allait partager sa vie entre la cour de France et celle de Nancy.

Claude de France, BnFPrincesse d'un tempérament discret, Claude de France est restée relativement peu connue. La raison est qu'elle meurt assez jeune. A la naissance de son premier fils en 1563, Claude n'a que 15 ans. Elle met ensuite au monde une dizaine d'enfants et meurt en couches à l'âge de 27 ans seulement.

La bibliothèque nationale de France conserve un autre portrait de la princesse Claude (ci-contre).

Source de l'image : (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

 

 

Claude de France, MunichPortrait de Claude de France, duchesse de Lorraine, peint par François Clouet et aujourd'hui conservé à l'Alte Pinakothek de Munich 

Source de l'image : Sammlung  (Munich, Alte Pinakothek)

Il s'agit d'un très beau portrait peint vers 1565-1570, et probablement commandé par la reine Catherine de Médicis.

Claude de France entretenait des rapports très étroits avec sa mère. Régulièrement, elle quittait la Lorraine pour rendre visite à sa mère. Grâce à elle, la cour de Lorraine restait liée à celle de France.

Claude est présente au mariage de sa soeur Marguerite en 1572 ; Marguerite raconte dans ses mémoires comment les pleurs de sa soeur l'avaient inquiété à quelques heures du massacre de la Saint-Barthélémy. Quelques jours auparavant, alors qu'elle n'était encore que sur le chemin, Claude était tombée vivement malade. Catherine de Médicis avait alors abandonné la cour pour aller à la rencontre de sa fille et se tenir auprès d'elle durant la rémission de sa maladie. On peut trouver étonnant l'empressement de la reine-mère quand on connaît qu'à ce moment précis de l'Histoire, les tensions politiques suscitées par la tenue du mariage sont au plus fort dans la capitale. Il montre combien Catherine de Médicis était autant attachée à (certains de) ses enfants qu'à la politique interne du royaume.

La reine-mère se déplaçait elle-même parfois à la cour de Lorraine. C'était l'occasion pour elle de voir sa fille, mais aussi ses petits-enfants (elle s'y trouve en 1560, 1564, 1569 et 1573).

Charles III et Claude de France dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFClaude de France, VersaillesLe portrait de Claude a fait l'objet de plusieurs copies dont l'une se trouve au musée de Versailles (ci-contre).

Il a également servi de modèle au livre d'heures de la reine Catherine où Claude est représentée avec son époux, le duc Charles (ci-contre). La miniature a été peinte quelques temps avant la mort de la duchesse (vers 1573). Sa mort prématurée le 21 février 1575 provoqua chez la reine Catherine une profonde affliction (au point d'adresser des reproches au roi Henri III sur l'indifférence du traitement de ce drame au sein de la cour).

Source des images : Agence photographique de la RMN (Versailles, musée national du château), (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

Claude de France, musée des OfficesPortrait en pied de Claude de France conservé au musée des Offices de Florence

Source de l'image : Polo museale fiorentino (Florence, musée des Offices)

Ce portrait magnifique, grandeur nature, représente la duchesse Claude dans un costume de cour particulièrement clinquant. Compte tenu de la rareté des portraits en pied dans l'art français du XVIe siècle, il constitue une véritable perle pour l'iconographie des derniers Valois.

Claude porte un costume qui peut être daté de la seconde moitié des années 1570. Peut-être est-ce un portrait commandé par Catherine de Médicis, au lendemain de la mort de sa fille (1575).

Il faut s'imaginer que la reine Catherine possédait dans sa superbe galerie de son hôtel parisien aujourd'hui détruit, tous les portraits de ses enfants dans un style aussi semblable.

L'historienne de l'art Alexandra Zvereva propose de dater les portraits de cette galerie, entre 1576 et 15782. Peut-être faut-il chercher là, la genèse de ce très beau portrait de Claude de France.

Claude de France dans le livre d'heures de Catherine de Médicis, BnFComment expliquer la présence de ce tableau à Florence ? Peut-être fait-il partie des biens que Christine de Lorraine, petite-fille de Catherine de Médicis avait reçue en héritage. La fille de Claude, devenue grande-duchesse de Toscane avait emporté avec elle une partie des trésors de sa grand-mère. Il semble évident que de cet héritage, Christine était parvenue à récupérer plusieurs portraits de sa mère.

En plus du grand tableau, le musée des Offices conserve également un portrait de Claude sous forme de miniature (en émail). Le modèle reste le même, et a inspiré une (autre) miniature qui se trouve dans le livre d'heures de la reine (image ci-contre) ; le livre d'heures de Catherine de Médicis contient donc deux portraits de la duchesse Claude.

Ce portrait est finalement très important dans l'iconographie de la duchesse Claude car c'est celui qui sera sans cesse recopié après sa mort.

Source de l'image du livre d'heures: (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 


Première édition de cet article le 04 mai 2007.

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 301. Alexandra Zvereva mentionne l'existence d'un autre portrait conservé au Musée de Basse-Saxe de Hanovre. Pour ma part, j'y vois plutôt le portrait de sa fille Christine. Le type de coiffure, les traits du visage que Christine partageait avec sa mère, me font plutôt pencher pour cette attribution.

2. Alexandra ZVEREVA, La galerie de portraits de l’hôtel de la Reine (hôtel de Soissons), in Bulletin monumental, tome 166-1, 2008, p. 33-41 (en ligne sur Persée)