01 mai 07

Les portraits d'Henri III (1551-1589)

 

E_Henri_III_musee_Poznan_WikiHenri III est le dernier roi de la dynastie des Valois. Son règne de quinze ans marque à la fois l’apogée des splendeurs de la cour de France sous la Renaissance, mais également l’apogée des violences religieuses. Alors qu'il assiégeait la ville de Paris qui s'était soulevée contre lui, Henri III meurt assassiné par un moine fanatique.

De son vivant, Henri III a laissé une image très contrastée, entre celle d'un roi soleil, par le souci qu'il a du rayonnement de "Sa Majesté", et de l'autre coté, l'image d'un roi moine, replié sur lui-même, privilégiant l'introspection à l'action.

Souvent critiqué par son indolence ou sa superficialité, Henri III est un roi jeune monté sur le trône à l'âge de 24 ans seulement. Ses choix politiques lui ont progressivement fait perdre l'estime de ses sujets et à sa mort, il est autant vilipendé par le clan catholique que par le clan protestant. De cette hostilité, est née une image historiographique très déformée qui n'a été que très récemment remise en perspective. 

A travers son iconographie, il est possible de dépasser les clichés méprisants qui représentent souvent Henri III comme un créature efféminée aux fraises burlesques. A travers elle, il s'agit de montrer l'évolution de sa physionomie et de saisir le passage d’un roi original, soigneux de sa personne, à un prince tempéré et philosophe.

Galerie de portraits de Henri III

 

 

 

   

Sommaire

I Portraits de jeunesse

II Portraits du roi

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Le duc d'Angoulême (1552) et le duc d'Orléans (1560)


Henri III enfant, BnFPortrait au crayon d'Alexandre Edouard duc d'Angoulême vers 1552

Le futur Henri III naît au château de Fontainebleau en 1551. Il est le sixième enfant du roi Henri II et de son épouse Catherine de Médicis. On lui donne alors comme prénom celui d'Alexandre Edouard.

Il existe plusieurs portraits de lui étant petit. L'un d'entre eux est un dessin du musée Condé qui le représente malade, la tête posée sur un coussin (ci-dessous à gauche). Le dessin n'est pas identifié par une inscription, mais les historiens semblent y reconnaître le futur Henri III 1.

 

 

Portrait présumé du futur Henri III, musée CondéHenri III enfant, BnFSource des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; (Paris, Bibliothèque, nationale de France)

 

 

    

Charles IX, British museumPortrait traditionnellement identifié à Charles-Maximilien, conservé au British museum et attribué à François Clouet

Bien que le modèle soit identifié par une annotation comme étant le prince Charles-Maximilien, l'historienne Alexandra Zvereva attribue le portrait au prince Alexandre-Edouard, futur Henri III 2.

Le petit prince porte encore le béguin. Il est probable qu'il soit encore revêtu de sa robe d'enfant. Par-dessus cette robe, il est habillé d'un col blanc de forme pointue, rabattu sur un col de fourrure.

Source de l'image  : (Londres, British museum)

 

 

 

Portrait du futur Henri III, alors duc d'Orléans (titre de noblesse attribué en 1560)

Le duc d'Orléans, BerlinLe duc d'Orléans, collection privée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le duc d'Orléans, BnF

Le duc d'Orléans, Rochdale art galleryA l'avènement de Charles IX, à la fin de l'année 1560, Catherine de Médicis demande à François Clouet de réaliser le portrait de ses quatre enfants.

Le cabinet des estampes et dessins de Berlin possède le dessin original représentant le futur Henri III (ci-dessus à gauche) ; une copie se trouve à la BnF (ci-contre). Sa version peinte se retrouve éparpillée dans différentes collections.

Le jeune prince porte le même costume que celui du roi son frère. C'est ce qui explique que les portraits des deux garçons aient parfois été confondus.

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Berlin, Kupferstichkabinett) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Klei.org (collection privée) ; Bridgeman art library (Touchstones Rochdale Art Gallery)

 

Charles IX, Marguerite et HenriExtrait d'un tableau représentant la famille royale, avant le grand voyage qui la conduisit aux frontières du royaume, de 1564 à 1566.

C’est au cours de son passage à Toulouse qu'Alexandre Edouard changea de prénom. On lui fit prendre en mémoire de son père, celui d'Henri.

Il est représenté ici à droite, en compagnie de son frère, le roi Charles et de sa sœur Marguerite. Il a entre dix et treize ans. Henri est associé à toutes les grandes cérémonies royales. Il entoure ou suit le roi et on le voît avec sa soeur se tenir de part et d'autre du trône.

La famille royale vers 1561Source de l'image : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924

 

 

 

  

 


Notes.

1. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 303.

2. Alexandra ZVEREVA, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Arthena, Paris, 2011, p. 303. Voir la copie du XVIIIe conservée à la BnF et celle conservée au musée d'art et d'archéologie de Senlis sur la Base Joconde.

 

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Le duc d'Anjou (1570)


Portrait d'Henri de France duc d'Anjou, réalisé vers 1570

Henri d'Anjou, BnFanjou

Duc d'Anjou en 1566, lieutenant général du royaume en 1567, Henri devient à seize ans, le commandant suprême de l'armée royale. Ce portrait a certainement été fait à l'époque de la troisième guerre de religion (1568-1570), quand le jeune duc s'illustre en remportant sur les protestants les batailles qui firent sa renommée, à Jarnac et à Moncontour. A cause d'une inscription erronée, placée en haut à droite sur le dessin et en bas sur le tableau, on a longtemps cru à tort que le dessin représentait le duc d'Alençon, son frère. Même si les deux frères se ressemblaient, il est impossible de voir dans ce portrait les traits caractéristiques du duc d'Alençon qui possédait un gros nez et un visage plus rempli.

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France), voir également Exposition Dessins de la Renaissance de 2004 ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

Henri_AnjouPortrait en pied du duc d'Anjou réalisé par François Clouet pour la reine d'Angleterre (vers 1570)

Depuis quelques temps, Catherine de Médicis projetait de marier son fils à la reine d'Angleterre, Elisabeth Ière. Ce dessin devait permettre à celle-ci de mieux juger l'allure de son prétendant. L'histoire veut qu'elle n'ait pas trouvé le visage très bien fait. François Clouet qui en est l'auteur, s'est alors justifié d'avoir privilégié dans son dessin, la taille plutôt que le portrait (Biblio. J. Adhémar).

 Si la reine Elisabeth avait des réticences pour se marier, Anjou en avait également à son égard. D’une part, Elisabeth était de confession protestante et d’autre part, elle avait 18 ans de plus que lui.

Le mariage ne se fit pas, mais le futur Henri III et Elisabeth devinrent plus tard alliés contre l'Espagne.

Source des images : Exposition Dessins de la Renaissance de 2004 (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

Henri d'Anjou, musée CondéPortrait du duc d'Anjou de la première moitié des années 1570

Ce tableau semble plus tardif que le précédent portrait du musée Condé. Anjou porte sur celui-ci une pilosité plus développée.

Peut-être est-ce un tableau fait vers 1572. A 20 ans, le duc d'Anjou est déjà considéré comme une personnalité politique importante de la cour. Il se forme déjà contre lui un groupe d'opposant qui conteste son ascension.

Le roi est lui-même jaloux des lauriers de son frère cadet. Leur entente est mauvaise et pour les séparer, leur mère Catherine songe à installer Anjou sur un trône européen.

Source de l'image : Agence nationale de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

 

 

Henri III, musée de MetzPortrait du duc d'Anjou par Limosin

Le portrait est d'une très grande qualité.

Une ancienne attribution l'identifiait au roi Charles IX. C'est évidemment une erreur.

Il représente le futur Henri III tel qu'il apparaît vers 1572-1573 au moment du massacre de la Saint-Bartélemy et du siège de La Rochelle, à moins qu'il ne s'agisse d'une représentation faite à son avènement sur le trône polonais, sinon du trône français1 ?

Source de l'mage : musée de Blois (Metz, musée de la Cour d'Or)

 

 

 

 

 


ritratto di Enrico, museo stibbertPortrait du duc d'Anjou conservé au musée Stibbert

Il existe plusieurs portraits du duc d'Anjou dans les collections européennes. Les trois qui sont présentées ci-contre et ci-dessous, résultent d'un seul et même modèle qui, curieusement, diffère du dessin de la BnF et des deux peintures de Chantilly.

L'identification de ces portraits reste à confirmer, mais il est plus aisé d'y reconnaître les traits du duc d'Anjou que ceux du roi Charles que les sites d'où ils sont tirés ont proposé. Si le costume appartient clairement à la fin du règne de Charles IX, le duc d'Anjou se distingue de son frère par le port d'une moustache et d'une barbe plus jeune. La fraise est représentée plus large que sur les portraits de Chantilly, preuve qu'il s'agit bien de portraits postérieur

 

Henri d'Anjou par PassarottiHenri d'Anjou, Victoria and Albert museumComme pour le portrait en émail de Limosin, rien ne s'oppose à ce qu'ils représentent Henri devenu ro de Pologne.

Source des images : Catalogue des Offices (Florence, museo Stibbert) ; Albert and Victoria museum ; Repro-tableaux (Londres, collection privée)

 

 

 

Henri d'Anjou, livre d'heures de Catherine de MédicisPortrait du duc d'Anjou, réalisé vers 1572 dans le livre d'Heures de Catherine de Médicis.

 

Henri est revêtu du manteau royal qu'il porte en tant que prince de la maison de France. Il porte la couronne ducale.

 

Source : (Paris, BnF)

 

 

 

 

 

 

 

Henri roi de PologneReprésentation du roi de Pologne sur une estampe

Le duc d'Anjou est occupé d'assiéger La Rochelle quand il apprend le 28 mai 1573 qu'il a été élu roi de Pologne.

L'estampe le représente partant pour la Pologne à cheval entouré de ses pages.

Source : Gallica (Paris, BnF)

 

 

Trois personnages en train de danser, extrait de la tapisserie des ValoisL'ambassade extraordinaire envoyée par les Polonais est accueillie à Paris le 19 août 1573. Il s'ensuit des festivités réalisées avec le faste caractéristique de la cour des Valois.

La tapisserie des Offices offre une image de la fête donnée le 14 septembre à l'occasion de l'entrée officielle du roi de Pologne dans la ville de Paris. La scène se déroule dans le jardin des Tuileries où la cour et les Polonais se sont regroupés pour assister à un spectacle organisé par la reine-mère.

Extrait de la tapisserie des ValoisLe fait que le siège royal soit vide peut nous faire penser que Charles IX fait partie des personnalités en train de danser. Dans ce cas, les deux autres personnages masculins qui l'accompagnent au milieu de la cour ne peuvent être que ses frères. Le danseur le plus à droite serait alors le roi de Pologne (le traitement de son visage est semblable à celui qu'il a dans la tapisserie suivante).

Source : Wikimédia (Florence, musée des Offices)

Le voyage du roi de Pologne, extrait de la tapisserie des Valois, musée des OfficesSur la tapisserie du Voyage, le roi de Pologne est clairement identifiable au centre de la composition. La scène représente son départ pour la Pologne. Il est précédé des Polonais et suivi d'un immense cortège composé des membres de sa maison et de celles de ses proches qui l'accompagnent à la frontière. La cour quitte Paris le 28 septembre 1573 et n'arrive à Nancy que le 16 novembre. Le 2 décembre, le roi de Pologne fait ses adieux a sa mère.

Source : Scala (Florence, musée des Offices)

 

Le roi de Pologne sur la fresque peinte au Vatican par Vasari A la même époque, Vasari peint le visage du futur Henri III sur les murs du palais du Vatican. Anjou est représenté au parlement de Paris assis entre ses frères Alençon et Charles. Il s'agit de la fresque murale qui commémore le massacre de la Saint-Barthélemy.

Source : Scala (Rome, palais du Vatican)

 

 

 

 

 

 


Notes :

1. C'est d'ailleurs l'hypothèse formulée par Pierre-Gilles Girault à l'occasion de l'exposition Fêtes et crimes à la renaissance : la cour d'Henri III, Paris, Somogy, 2010, p. 85 (exposition qui a eu le mérite de sortir le portrait de l'ombre où il était).

Article modifié en juillet 2017

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L'avènement au trône de France (1574)


Henri III à VeniseExtrait du tableau qui représente l'accueil triomphal réservé à Henri III par les Vénitiens le 18 juillet 1574

Quand il apprend la nouvelle de la mort de son frère en juin 1574, Henri III se trouve toujours dans son royaume de Pologne. Le nouveau roi n'a pas d'hésitation, il doit rejoindre la France au plus vite.

S'il choisit de faire le voyage de retour par l'Italie, c'est que lors de sa venue en Pologne, la traversée par l'Allemagne s'était assez mal passée (à cause de l'indignation et la colère suscitées chez les protestants allemands par le massacre de la Saint-Barthélemy).

Le séjour italien va durer deux mois pendant lesquels les cérémonies vont se succéder les unes après les autres. La plus importante et la plus grandiose est sans commune mesure celle que lui offrent les Vénitiens le 18 juillet 1574.

Henri à VeniseDe ce passage vénitien, il subsiste plusieurs tableaux dont celui qui orne encore le palais des doges. Il représente l'accueil fait par le doge Mocenigo le 18 juillet (ci-contre).

Le roi est accompagné des plus grands princes italiens ; tous sont des familiers de la Couronne de France : il y a son oncle le duc de Savoie, son cousin, le duc de Ferrare et son principal conseiller politique Louis de Gonzague, frère du duc de Mantoue.

La foule se presse autour du défilé ; un grand nombre de Vénitiens, clergé, notables et membres des corporations, sont venus apercevoir le roi en gondole. La ville s'est donnée les moyens pour recevoir le roi avec faste. Son entrée à bord du Bucentaure est saluée par des salves d'artillerie et parmi les innombrables décorations, un arc de triomphe éphémère a été dressé sur son passage.

Henri III

Henri_III_BudapestCopies d’un portrait d'Henri III réalisé par le Tintoret

Source de l'image de gauche : Conihout (et al.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006

Source de l'image de droite : (Budapest, musée des beaux-arts)

Son passage à Venise est l'occasion pour le roi de rencontrer les grands peintres de son époque dont le vieux Titien et Le Tintoret.

Sur son costume noir le roi porte la médaille de l’ordre de Saint Michel.

 

 

 

 

 

Henri III par Domenico ZenoniPortrait d'Henri III par Domenico Zenoni

Il s'agit d'un portrait gravé réalisé en Italie par un artiste venitien. Le portrait en lui-même n'est pas sensationnel. Il retranscrit assez mal le physique du roi. C'est pourtant le tout premier du roi imprimé et diffusé. Il en existe des reprises qui donnent du roi une image très infidèle de son physique (ci-dessous).

A propos de ce portrait voir Anna Bettoni, « Les coronationi de Pietro Buccio et le passage du roi en Vénétie; 1574 », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 110-120

Henri III

Source : (Paris, BnF)

Henri IIIHenri IIISource : Osterreichische Nationalbibliothek

Source : Scala  ;  (The Royal collection) ; (The Royal Collection)

 

Liefrinck_Henricus_III_ChantillyPortrait en pied d'Henri III imprimé par Hans Liefrinck

L'imprimeur anversois propose un portrait plus classique du nouveau roi de France. La pose rappelle celle des portraits en pied de Charles IX ; la main est posée sur une chaise et un rideau sert de décor.

L'habit que le roi porte, est à la mode des années 1570, mais le style est déjà en train de passer. A la cour de France, où la mode est changeante, cette image du roi sera vite bon à être enterrée et oubliée.

Source de l'image : (Chantilly, musée Condé)

 

 

 

 

 

 

 

 


Portrait équestre d'avènement d'Henri III vers 1574-1575Portrait équestre du roi Henri III, probablement réalisé à son avènement vers 1574.

Après plusieurs mois d'absence, Henri III est de retour en France. Il a traversé les Alpes et a rejoint la cour venue à sa rencontre. Ce tableau de petite taille se rapporte probablement à cette période.

Le mur en ruine évoque sans doute l'état de misère dans lequel se trouve le royaume, après plusieurs années de guerre civile. Le roi apparaît devant le mur comme celui qui va le faire oublier. A l'avènement d'Henri III, la France se trouve être encore en plein conflit ; le roi a pardonné à son frère François et à son beau-frère le roi de Navarre qui avaient comploté contre lui durant son absence, mais les protestants continuent de résister dans de nombreuses régions.

Pour abattre ses ennemis, Henri III opta d'emblée pour une politique de fermeté. Il tenta de soumettre les protestants du Languedoc et du Dauphiné en lançant une grande offensive militaire. Mais ce fut un échec ; il n'y avait pas assez d'argent dans les caisses de l'Etat pour soutenir l'effort de guerre. Dès le commencement, son règne s'annonçait difficile.

 Henri IIILa datation que je propose pour ce portrait repose sur le costume et la physionomie du roi. La toque est placée haute sur la tête et les godrons de la fraise sont évasés sur les extrémités comme sur le dernier portrait clouetien de Charles IX. Henri III porte ainsi un costume qui appartient davantage à la mode de cour de son prédécesseur.

La physionomie juvénile du roi renforce la datation proposée. Son visage est exactement le même que celui des portraits du début du règne (voir article suivant). La richesse du collet quadrillé de perles, est la marque d'un moment important. En ce milieu des années 1570, il n'y a que l'avènement du roi qui puisse lui donner l'occasion de se faire représenter ainsi.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

Henri III par Dupré (XVIIe)Médaille réalisée par Duprè d'après une oeuvre de Germain Pilon réalisée pour l'avènement d'Henri III sur le trône de France

Ce portrait fait apparaître le changement de mode qui s'opère au tout début du règne d'Henri III. La toque disparaît derrière la tête, la plume qui l'orne est déplacée au centre dans l'axe du visage et la fraise s'élargit.

Dans l'histoire du costume, ce portrait montre la transition entre deux modes, celle de la cour de Charles IX et celle de son successeur Henri III.

C'est un élement de datation important pour ce portrait en bronze, car il appartient à une série de médaillons dont l'attribution à Germain Pilon est régulièrement remise en cause. Faute de pouvoir dater précisément l'oeuvre, les historiens ont émis plusieurs hypothèses qui en font une production  ultérieure (sous Henri IV) 1. Or, la perfection de concordance entre l'habit représenté et la mode de l'époque montre qu'il s'agit bien d'une oeuvre du début du règne de Henri III. Compte tenu du cadre contraignant que représente la surface d'un médaillon, c'est tout à l'honneur de l'artiste d'être parvenu à créer ce réalisme documentaire. Un artiste du XVIIe siècle n'aurait jamais pu faire ce travail, à défaut de connaissance de l'histoire du costume.

Source de l'image : Collection Zeurg (Voir l'exemplaire du British museum) , (Crait-Muller, vente du 05 février 2021)

Article modifié en octobre 2012, en août 2018

 


 

Notes

1. L'attribution à Germain Pilon de la série de médaille en bronze des Valois est régulièrement remise en question. G.BRESC-BAUTIER (dir.), Germain Pilon et les sculpteurs français de la Renaissance, Paris, La documentation française, 1993, p. 47, 146-153.

 

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Henri III - Jean Decourt


Henri III vers 1576, Kunsthistorisches museumPortrait représentant Henri III au début de son règne, d'après une oeuvre de Jean Decourt1

Source de l'image : Europeana ; Localisation : Vienne, Kunsthistorisches museum

Le tableau est aujourd'hui conservé dans les collections du Kunsthistorisches museum de Vienne ; il faisait probablement partie de la galerie de portraits de l'archiduc Ferdinand. Ce prince de la maison des Habsbourg, amateur d'art et contemporain d'Henri III avait constitué une importante collection de portraits d'hommes et de femmes illustres de son temps, qui existe encore aujourd'hui.

Cette representation d'Henri III n'est qu'une copie mais son exposition permet de se faire une idée de l'original peint par Jean Decourt, aujourd'hui perdu. Le portrait a été tiré vers 1576 ; il témoigne de l'iconographie d'Henri III en début de règne, avant que l'image austère créée par Etienne Dumonstier ne s'impose quelques années plus tard. 

Le roi porte encore ce collier chargé de perles, à trois rangs, si caractéristique des années 1570, mais selon la mode du temps, la toque disparaît à l'arrière de la tête, derrière une coiffure relevée en hauteur au-dessus du front. L'ancienne mode de la longue moustache effilée n'est plus de mise, le roi porte un très léger bouc et une barbe rase. Au niveau du costume, il porte par-dessus le pourpoint, un collet clair, simple et uni, dépourvu de galons d'or (ce qui n'est pas sans rappeler le portrait de François d'Anjou, peint à la même époque, voir ici).

Henri III, portrait vendu chez PiasaHenri III, musée des hospices de LyonLe portrait de Vienne présente des points communs avec plusieurs autres portraits du roi, montrant ainsi que le portrait disparu de Jean Decourt, avait été diffusé comme portrait officiel. C'est ce portrait que les artistes flamands ont utilisé pour la production de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservée à Florence (voir ci-dessous).

Plus intéressant est le portrait vendu aux enchères chez Piasa en 2003 (première image de gauche). Le tableau a été redécoupé dans un format ovale, mais sa facture, dans le rendu du visage, est de meilleure qualité que le tableau de Vienne. Les traits du roi y sont davantage reconnaissables. Le tableau serait-il sorti de l'atelier de Jean Decourt ? Malheureusement, l'oeuvre a été vendue par Piasa sous une autre identification ; le catalogue de vente ne fait pas apparaître le nom d'Henri III 2. A sa décharge, à l'époque, l'iconographie des derniers Valois était encore peu étudiée.

Catherine, Henri III, Charles IX et leurs épousesPortrait d'Henri III en pied vers 1576Sur deux petites peintures (ci-contre à droite), le roi est représenté en pied. L'une d'entre elle, le représente en compagnie de sa mère, de son épouse Louise, et de leurs prédécesseurs, Charles et Elisabeth ; un portrait de groupe intéressant qui apporte un complément visuel sur la façon dont le roi est habillé.

Source des images : Piasa (vente du 27 juin 2003, à Paris) ; Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83 (Lyon, Musée historique des hospices civils) ; The Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg project ; The Saleroom (vente du 06 mars 2014, à Harrogate)

 

Henri III dans le Jeu de la quitaine

Portrait d'Henri III dans « Le jeu de la quitaine », l'une des pièces de la tapisserie des Valois, conservée au musée des Offices, à Florence

Source des images : Akh-images et  Scala archives (Florence, musée des Offices)

Le roi est revêtu d'un costume à l'antique (la cuirasse et les bottines des empereurs romains). Tel un nouveau César, le pied à l'étrier, Henri III s'apprête à parader devant ses sujets. Peut-être va t-il participer au jeu de la quintaine, représenté sur le fond de la tapisserie.

Le portrait utilisé pour le visage du roi est celui fixé par le peintre Jean Decourt au début du règne (voir les portraits ci-dessus). Outre les traits du visage, on y retrouve les mêmes formes et agencements de la fraise et de la coiffure.

Avec ses jambes musclées et sa pause martiale, le roi dégage une image virile qui tranche avec les portraits fraisés et les représentations austères que laissera plus tard le peintre François Quesnel. Contrairement à ses deux frères aînés, tous les deux passionnés par la chasse, Henri III n'était pas un sportif. A la vie en pleine nature, le roi préférait la vie de cour et la vie urbaine.

Le jeu de la quintaine, tapisserie des Valois, musée des OfficesEn revanche, le costume romain porté  par le roi accrédite le goût des Valois pour le travestissement ; comme le faisait son père Henri II, Henri III entretient une cour festive, où alternent carnavals, mascarades, et bals masqués.

A ce titre, les huit pièces de la tapisserie des Valois aujourd'hui conservées à Florence, constituent un témoignage exceptionnel de la vie sous Henri III. Probablement commandée à l'intention de Catherine de Médicis, elles illustrent la diversité des jeux à la cour et la magnificence inculquée par la reine-mère à ses enfants dans la tradition du néo-platonisme médicéen : faire danser et jouer la noblesse de France pour lui faire oublier les traumatismes de la guerre civile. Les fêtes sont pour la Couronne l'occasion de marquer les esprits et de purifier les coeurs par la Beauté.

 

Henri III et Louise de LorrainePortrait du roi et de la reine Louise dans « Fontainebleau », l'une des pièces de la tapisserie des Valois, conservée au musée des Offices, à Florence

Source des images :  E. Cleland, M. Wieseman, Renaissance Splendor Catherine de’ Medici’s Valois Tapestries, Yale University Press, 2019 et Scala archives (Florence, musée des Offices)

Les joutes nautiques de Fontainebleau dans la tapisserie des Valois (musée des Offices)Le roi et la reine sont représentés sur un fond représentant le spectacle nautique donné douze ans plus tôt, à Fontainebleau en 1564. La tapisserie reprend un dessin d'Antoine Caron, fait à cette occasion.

Le portrait du roi reprend le visage peint par Jean Decourt.       

 

Henri III par Nicholas Hilliard

Portrait d'Henri III peint en miniature par Nicholas Hilliard vers 1577 (d'après Jean Decourt ?)

Source de l'image : Philip Mould et company ; Localisation de l'oeuvre : collection privée

La miniature appartient à une collection privée. A sa mise en vente en 2013, elle était identifiée comme une oeuvre du XIXe siècle 3. Dans un article du Burlington Magazine paru en 2019, des chercheurs dévoilent sa véritable identitée. L'oeuvre est attribuée à Nicholas Hilliard, peintre anglais célèbre qui séjourna à la cour de France de 1576 à 1578.

Cette miniature est donc contemporaine de celle que le peintre anglais fit de Marguerite de Valois. Et à l'instar de celle-ci, Hilliard réalise un portrait très idéalisé où la ressemblance physique est moins recherchée que la beauté esthétique globale de la miniature.

L'article du Burlington Magazine propose d'y voir la source des portraits précédemment présentés 4. De nombreux points communs les rapprochent (costume, pose du modèle, direction du regard). Pourtant, il faut se rendre à l'évidence ; Hilliard adoucit tellement les traits de son modèle qu'on peine à le reconnaître. Les singularités du visage d'Henri III ne sont pas patentes, notamment au niveau des yeux et des muscles zygomatiques ou buccinateur.

Les copies qui nous sont parvenues du portrait de Decourt présentent des traits plus réalistes, et surtout une proximité entre elles qui les font rattacher à la même généalogie. Le lien entre le travail de Hilliard et celui de Decourt reste donc à établir.

 

Henri_III_vers_1578Portrait d'Henri III dont l'auteur et la localisation reste à préciser

Source de l'image : E. Bourassin, Pour comprendre le siècle de la Renaissance, Paris, Tallandier, 1990

Cette peinture est le témoin d'une étape marquante dans le portrait royal, la dernière étape avant le changement iconographique voulu par Henri III au milieu de son règne.

Le roi porte une fraise très large qui fait dater le portrait de la fin de la décennie entre 1578 et 1580 environ. Par les traits et le costume, ce portrait se rattache au modèle produit par Decourt. Il en est probablement la réactualisation (reprise d'un modèle ancien par la mise à jour du costume, en l'adoptant à la mode du moment). Le roi porte toujours un pourpoint clair et des colliers de perles à trois rangs.

henri III_gaignèresCette image est à rapprocher d'un portrait en pied aujourd'hui disparu, mais conservé en copie dans un dessin du collectionneur Roger Gaignières (ci-contre).  Le tableau se trouvait au couvent des feuillants qu'Henri III avait fondé en 1587 à Paris. Le dessin en fournit une restitution assez maladroite. Le roi arbore toujours un habit clair et cette disposition chargée de colliers, mais la tête est mal faite. En le rapprochant du portrait précédent, l'association des deux images permettent de donner une idée du portrait original.

C'est le dernier portrait-type de ce style. A partir de 1580, le roi se fait représenter dans un costume plus sombre et sobre.

Source de l'image : Gallica ; Localisation : Bibliothèque nationale de France

 

C_Enrico_III_Uffiz_version2Miniature du roi Henri III réalisée vers 1578 et conservée au palais Pitti de Florence.

Ce très beau portrait est autrement plus réaliste que celui réalisé à la même époque par Nicholas Hilliard. Il représente le roi à une époque où le raffinement de la mode atteint son paroxysme : les cheveux sont relevés au-dessus du front après avoir été ondoyés et frisés ; la toque, placée à l'arrière de la tête, est agrémentée de plumes et d'aigrettes ; les oreilles sont décorés des pendants de perle et le visage est posé sur une grande fraise, présenté aux courtisans comme sur un plateau de fruits.

Cette image du roi fraisé a depuis toujours alimenté sa légende, celle d'un roi maniéré, indolent et débauché régnant sur une cour violente et dégénérée ; associer les excès de la mode à cette image était pourtant une erreur, car la mode d'Henri III était la même que celle de la cour d'Angleterre. Les courtisans d'Elisabeth Ière étaient habillés de la même façon.

Par ailleurs, il faut rappeler que les excentricités de la cour d'Henri III n'ont rien à envier aux tendances extravagantes de la cour de Louis XIII (avec ses pourpoints fleuris et ses grands cols de dentelle) et de celle de Louis XIV (avec ses grappes de rubans et ses grandes perruques bouclées).

Henri III, Jean RabelHenri III, John Nicholsons Fine Art AuctioneerCette image négative d'Henri III et de sa cour tire son origine des moqueries du peuple peu habitué à de tels caprices vestimentaires. L'opinion publique aurait préféré un roi militaire qui écrasa de sa force les hérétiques huguenots. A la place, ils avaient un roi bureaucrate et raffiné. Les pamphlets et libelles écrits contre Henri III jouèrent un grand rôle dans son impopularité. Ils explosèrent en grand nombre à la fin de son règne et contribuèrent à sa chute.

La miniature des Offices peut être mise en relation avec une estampe gravée d'après Jean Rabel (image à droite)

Source des images : ? (Florence, palais Pitti) , Invaluable.com (John Nicholsons Fine Art Auctioneer & Valuer, Vente du 22 mai 2020 à Haslemere) ;  (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 


Notes

1. Sur l'origine de ce portrait, voir Pierre-Gilles Girault et Mathieu Mercier (dir.), Fêtes & Crimes à la Renaissance. La cour d'Henri III, Somogy éditions d'art, 2010, p. 83.

2. Le portrait est présenté comme étant le portrait présumé d'un gentilhomme d'Henri IV, Martin du Hardaz, capitaine des chasses du roi.

3. William Aslet, Lucia Burgio, Céline Cachaud, Alan Derbyshire and Emma Rutherford, « An English artist at the Valois court : a portrait of Henri III by Nicholas Hilliard » in The Burlington Magazine, February 2019, p. 103.

4. Ibid, p. 107.

 

Article initialement publié en mai 2007, modifié en octobre 2016, en mai 2018, en avril 2019 et destiné à être republié en 2021.

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07 nov. 20

Henri III - Etienne Dumonstier


Henri III (Offices de Florence)Portrait du roi peint en miniature, conservé au musée des Offices de Florence

Source de l'image : Polo museale florentino (Florence, musée des Offices)

Ce très beau portrait marque le point de départ d'une nouvelle iconographie. L'image d'un prince mondain est abandonnée au profit d'une figure beaucoup plus sobre. Le changement de style est radical. Au lieu de la grande fraise en dentelle, le roi porte autour du cou un petit col rabattu ; son habit noir ne présente ni crevés, ni galons dorés apparent ; la poitrine n'est ornée que par le collier de l'ordre du Saint-Esprit que le roi a fondé en 1578. 

A partir de cette date et jusqu'à sa mort en 1589, cette nouvelle iconographie sera la seule autorisée par le roi. A l'exception de quelques variantes, il n'y aura pas d'autres modèles, seulement la réactualisation régulière de celui-ci.

He Portrait de Henri IIISur le portrait édité en 1580 par Jean Rabel (gravé par Thomas de Leu), le roi arbore encore un col rabattu très étroit. Du point de vue de la mode, cette forme correspond au début du règne. Car au fur et à mesure des années, la tendance pousse les pointes du col à se déployer en pointe sur les côtés. Vers 1600, le déploiement sera tel que le col s'étendra au-dessus des épaules. De fait, il est possible d'envisager la datation des portraits en fonction de la taille et la forme du rabat. Sur les exemples présentés ici, les portraits présentent des rabats encore très discrets.

L'oeuvre de Rabel a été reproduite plusieurs fois. D'après Isabelle Hanquet2, elle serait la reproduction d'une peinture aujourd'hui perdue qui servait de pendant à un portrait de la reine Louise. Le lien avec la miniature des Offices reste à établir. Malgré quelques différences, les deux images sont très proches.

Ano_Henri-III BnF1_v1

Comme le rappellent les historiens, ce type d'oeuvre d'art est une image officielle, c'est-à-dire que c'est l'image que le roi veut qu'on ait de lui, et ici, l'intention est de montrer l'image d'un roi administrateur, d'un chef d'état.

Avant qu'il ne devienne un article de mode, et ne prenne des formes excentriques, le col rabattu est signe de sobriété et de gravité. Sur les portraits du troisième quart du XVIe siècle, les gentilhommes de la cour portent principalement la fraise. Sous Charles IX, le col blanc ne se remarquait que sur les portraits des religieux, des hommes de lettres ou de science (cette tendance s'inversera sous le règne d'Henri III). Mais ici, le roi n'apparaît plus comme un prince mondain, ni comme un roi de guerre (il n'est pas représenté en armure comme nombre de ses contemporains). Il apparaît comme un "homme de bureau", ce qu'Henri III était assurément au quotidien. Contrairement à d'autres qui préferaient le grand air et la chasse, Henri III était un homme d'intérieur, autant soucieux de gouverner l'Etat que de l'organisation des modes de gouvernement et de ses représentations (notamment par l'organisation d'une étiquette très stricte).

Ano_Henri-III BnF2_v1Cette nouvelle image du roi apparaît à une époque de restauration de l'autorité monarchique. Après trois années de règne plutôt calamiteuses, le jeune roi cherche à redorer son blason. Avec les états généraux de 1576 et la sixième guerre de religion, Henri III parvient à un imposer une paix suffisamment stable pour réformer son administration, et affermir son pouvoir. Cette nouvelle image s'inscrit dans cette politique de reconquête politique.

Le portrait a été utilisé dans de nombreuses gravures ornées dans le pur style Renaissance, avec un cadre illustré de motifs foisonnants et souvent symboliques.

Voir également « Thomas de Leu et le portrait français de la fin du XVIe siècle»,, in Gazette de beaux-arts, octobre 1961 et Alexandra Zvereva, « Il n’y a rien qui touche guères le cœur des simples personnes que les effigies de leurs princes et seigneurs ” : la genèse du portrait de Henri III », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 56-65.

Ano_Henri-III_BnF5_copie

 Portrait_de_Henri_III_enAno_Henri-III_BnF4 - CopieAno_Henri-III_Les_Singuliers_et_Nouveaux_Portraicts_Met-MsmGaultier_1580_Henri-III_BnF

Ano_Henri-III_BnF7_1587Ano_Henri-III_BnF6_1586Source des images : (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica ; Gallica ; Gallica ; Gallica ; Gallica ; (New York, Metropolitan Museum of Art, 1588) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica

 

 

 

 

 

Henri III (musée Condé)Portrait au crayon d'Henri III aujourd'hui conservé au musée Condé de Chantilly et attribué par l'historienne Alexandra Zvereva au peintre Etienne Dumonstier1

Source de l'image : Plateforme Ouverte au Patrimoine ou Agence photographique de la Rmn (localisation : Chantilly, musée Condé)

Le dessin n'est pas sans rappeler la miniature de Florence vue précédemment. La différence se situe principalement au niveau du rabat qui est, sur le dessin, plus large et déployé. Du point de vue de la mode, c'est la forme qui s'impose dans les années 1580.

Il est donc fort probable que ce dessin ne soit que la réactualisation du modèle précédent. Ceci expliquerait également pourquoi les cheveux sont moins développés. Les portraits du jeunesse du roi présentent toujours une coiffure soignée et surelévée au-dessus du front ; ce qui n'est plus le cas dans ce modèle-là. Le dessin présente un roi plus âgé.

Par ailleurs, la particularité de ce portrait est que le roi porte un pendant d'oreille qui a la forme de la lettre grecque λ (lambda) qui correspond à la lettre L en alphabet latin.

LambdaCette forme curieuse est supposée faire référence à Louise de Lorraine que le roi aimait sincèrement. Selon la thèse d'Isabelle Haquet, rien n'interdit de penser que le roi ait donné à ce pendant d'oreille un deuxième sens, qui serait caché et connu des seuls initiés. Comme son grand-père François Ier, et nombre de ses contemporains, Henri III était pétris d'ésotérisme chrétien ; le lambda serait ici le symbole du Logos, le Verbe divin, donc le Christ, que le roi, en bon chrétien, entendait incarner sur terre en devenant le réceptacle de l'Esprit Saint3. L'image du roi est donc celle d'un "roi-Dieu". Isabelle Haquet va plus loin encore en proposant d'interpréter chaque détail du portrait comme un symbole : la broche au diamant placée au centre de la toque serait la marque scintillante de la divinité incarnée ; la plume disposée autour de cette broche serait le symbole du feu du Saint-Esprit ; les trois aigrettes qui s'élèvent au-dessus de la toque rappellent la Trinité, etc. 

ChristiesIl n'existe pas de peinture connue qui reprend le dessin de Chantilly avec exactitude. L'original peint par Dumonstier est perdu ; seules des copies ou des variantes subsistent. Et il en existe un certain nombre. La diffusion de l'image royale dans les années 1580 est à l'origine d'une production très importante de portraits.

Je vous en propose une gamme ci-dessous. Certains d'entre eux sont des copies tardives d'époque Henri IV ou Louis XIII. Ils sont reproduits de château en château dans les galeries de portraits. Il faut alors les prendre pour ce qu'ils sont, à savoir des interprétations parfois fort éloignées du modèle initial (la copie d'une copie).

Ces reproductions sont si nombreuses qu'il s'en vend de temps en temps dans les maisons de vente aux enchères.

Les plus fidèles reproduisent le pendant en forme de lettre λ (1ère ligne de portrait ci-dessous). Elles sont probablement les plus contemporaines du dessin original. Les autres, moins talentueux dans la reproduction des détails, font sauter le pendant.

Source de l'image : Christie's (vente du 2 avril 2003 à New York)

Henri III (palais Pitti)Henri III, château de VersaillesHenri III de France, Château du Wavel à CracovieVente de Tajan, 2013Source des images (1ère ligne) :  (Florence, palais Pitti) ; Agence photographique de la Rmn (Versailles, musée du château; Wikimedia commons (Cracovie, Château du Wavel) ; La Gazette Drouot (Tajan, vente du 26 juin 2013 à Paris)

Henri III, musée CondéVente de Millon, 2007Vente de Drouot, 2011Vente de Pousse Cornet Valoir, 2020Source des images (2e ligne) : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; La Gazette Drouot (Vente du 23 mars 2007, chez Millon) Drouot (Vente du 09 juin 2011 à Paris) ; Pousse Cornet Valoir (Vente du 8 novembre 2020 à Blois)

Henri III (musée Carnavalet)Henri III, musée Condéfrançois-clouet-portrait-of-king-henry-iii-of-franceHenri III (Vasari Auction)Source des images (3e ligne) : (Paris, musée Carnavalet) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé) ; Artnet.fr ; Vasari Auction (vente du 15 mars 2014 à Bordeaux)

 

Henri III (Bnf)Henri_III_BnFHenri III (Metropolitan museum)Il existe encore d'autres portraits de ce type, mais sous forme de miniature, comme celles insérées dans le livre d'heures de Catherine de Médicis (ci-contre, premières images à gauche).

Source des images : (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (New York, Metropolitan museum of art) ; (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

Wierix_1647_Henr-III_RCPortrait d'Henri III sculpté en 1585 par le graveur anversois Johannes Wierix

Source des images  (Dessin de Johannes W.) : (Cambridge, The Fitzwilliam museum) ; (The Royal Collection). Source des images  (Dessin de Jerôme W.) : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (Londres, British Museum) ; (The Royal Collection)

L'oeuvre gravée témoigne de la virtuosité technique des hommes du nord. Le tirage conservé par la Royal Collection, a été édité en 1647, mais d'après la matrice gravée en 1585. Elle reprend avec beaucoup de précision le dessin de Dumonstier ; le lambda bien que dessiné, a été effacé. On en voît encore la trace.

Selon Isabelle Hanquet, aucun témoignage de cette époque ne permet de confirmer que le roi portait le lambda dans sa vie quotidienne. Sa présence sur le portrait officiel n'est peut-être que symbolique. Ceci n'explique toutefois pas pourquoi, le lambda a été effacée de la matrice. Il n'apparaît pas dans les portraits gravés. Uniquement sur les portraits peints.

Wierix_Henri-III_BnF - CopieL'oeuvre de Johannes ne doit pas être confondue avec celle de Jerôme, son frère cadet (image ci-contre).

Jérôme Wierix a repris la gravure de son frère, mais commet l'erreur de reproduire la troisième boucle d'oreille, alors que le lambda avait été effacé sur la matrice de la première. Par ailleurs, malgré leur similarité, la  visage du roi est plus idéalisé chez Jerôme et par conséquence, moins réaliste.

 

 

 

Gaultier_Henri-III_1587_Royal_collGaultier_Henri-III_BnFLeonard Gaultier_1587_RCEn France, le portrait de Wierix a été repris avec moins de qualité par Léonard Gaultier. Le graveur français a été jusqu'à reproduire l'erreur de son modèle par la représentation de la troisième boucle d'oreille, celle où devrait pendre le lambda (λ).

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; (The Royal Collection) ; (The Royal Collection)

Rabel_1587_Henri-III_OnbAno_Henri-III_BnF_serieWierix_1586_Henri-III_BnF_v2L'oeuvre a servi utérieurement dans d'autres projets de publication. L'image a été intégrée à une série de portraits des hommes illustres de cette époque.

Source des imagesGallica ; (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica ; (Österreichische Nationalbibliothek)

 

 

Henri III, musée NarodowePortrait d'Henri III peint par Etienne Dumonstier et aujourd'hui conservé au musée Narodowe de Poznan1

Source de l'image : Château royal de Blois (muzeum Narodowe)

Si le dessin de Dumonstier a fait l'objet de plusieurs portraits peints, le plus important d'entre eux aujourd'hui connu est celui du musée Narodowe (en Pologne).

Toutefois, la peinture de Narodowe se distingue de plusieurs façons du dessin de Chantilly : la broche de la toque a la forme caractéristique d'une étoile à 8 branches ; le pendant d'oreille en forme de lettre λ (lambda) a disparu ; le col blanc est plus large.

La peinture a donc peut-être été tirée à partir d'un autre dessin de Dumonstier, et probablement plus tardif, si on considère l'extension du rabat comme un élément de datation.

Henri III, musee GranetCes élements distinctifs se retrouvent sur deux copies dont celle réalisée au XVIIe siècle pour la galerie des illustres du château de Beauregard (ci-contre à droite).  

Source des images : Bridgeman Images (Aix, musée Granet) ; (Château de Beauregard)

 

 

 

 


 

Notes

 1. Pour l'attribution du portrait et celui traditionnellement attribué à Quesnel voir la notice rédigée par Alexandra Zvereva in Fêtes et crimes à la Renaissance : La cour d'Henri III, Paris, Somogy, 2010, p. 82.

2. Isabelle HAQUET, L’énigme Henri III, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012

3. Isabelle HAQUET, Op. cit., 2012, p.

Article modifié en octobre 2016. ARTICLE EN COURS DE REECRITURE --> 2021

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08 nov. 20

Derniers portraits du règne


Henri III (BnF)Portrait au crayon d'Henri III attribué à Etienne Dumonstier et aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France

Source des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Agence photographique de la Rmn (Le Mans, musée de Tessé) ; La Gazette Drouot (Vente du 29 septembre 2020)

Le dessin est centré sur le visage du roi, tourné exceptionnellement vers la gauche. A la façon dont la toque est placée au-dessus du front on peut affirmer que ce portrait est plus tardif que celui de Chantilly, vu précédemment. Le couvre-chef cache désormais les cheveux, faisant apparaître au niveau du front un début d'alopécie.

Quand on sait l'importance du paraître à la cour d'Henri III, la dissimulation des cheveux est significative de l'évolution de la physionomie royale. Dans les années 1580, les cheveux sont censés être relevés en hauteur au-dessus du front et brossés en arrière. Cette représentation du roi n'est pas un arrangement trompeur. Elle témoigne de façon réaliste de son évolution physique à trente ans passés.

Henri III, vente de Drouot (2020)Henri III (musée de Tessé)A ce dessin, peuvent se rattacher deux peintures, l'une est conservée au musée de Tessé du Mans (ci-contre à gauche), et l'autre a récemment été vendue aux enchères (ci-contre à droite).

Elles se distinguent du dessin, par la broche en forme d'étoile et  l'absence de perle suspendue. Il semblerait que dans le courant du règne, les portraits du roi aient abandonné les pendants d'oreille.

 

Leu_Henri-III_NGALeu_Henri-III_PrincetonPeut-être, est ce dessin qui a servi de modèle à Thomas de Leu pour son portrait gravé du roi. On y retrouve deux points communs : l'alignement de la toque sur la ligne du front, faisant disparaître les cheveux, et l'absence de la seconde boucle d'oreille (ci-contre).

Source des images : (Musée d'Art de l'université de Princeton) ; (Washington, National Gallery of Art)

 

Granthomme_1588_Henri-III_BnF_v1Gaultier_Henri-III_BnF-fraiseC'est aussi le modèle vraisemblablement repris en 1588 par Gourdelle, dans sa série des ligueurs. Dans ses pas, Léonard Gaultier a tiré une version du roi en fraise.

Source des images (1ère version)Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; 2e version : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France).

   

 

 

 

Henri III par François Quesnel (Hampel)Portrait du roi Henri III attribué à François Quesnel et réapparu récemment dans une vente aux enchères.

Source de l'image : Wikimedia commons (Hampel, vente du 11 avril 2013 à Munich)

Par la qualité de son rendu pictural, ce tableau est l'un des plus beaux conservé du roi Henri III. C'est un évènement que de tels portraits inédits et d'une telle beauté puissent encore être vendus sur le marché de l'art. 

Le tableau a probablement été peint dans les années 1580. La présence du collier de l'ordre du Saint-Esprit permet de le dater de façon certaine à une date postérieure ou égale à 1578. L'âge du roi peut relativement se deviner au vieillissement des traits.

Ce tableau est lié au portrait en pied que conserve le Kunsthistorisches museum de Vienne (voir ci-dessous).

 

 

Heinrich_III_1585c_KHMPortrait en pied du roi Henri III attribué à François Quesnel et aujourd'hui conservé au Kunsthistorisches museum.

Source de l'image : (Vienne, Kunsthistorischesmuseum)

Le portrait en pied est toujours intéressant pour appréhender la mode d'une époque. Malgré le caractère sombre du costume, on devine au niveau du bas ventre, l'énorme panseron qui, à la manière du costume de Polichinelle,  rendait le pourpoint déformé.

La cape très courte cache des manches ballonnées. Sur son coté gauche, est brodée la croix de l'ordre du Saint-Esprit.

Le portrait en pied est un genre qui se développe en France dans la seconde moitié du XVIe siècle et plus particulièrement sous le règne d'Henri III. Si un certain nombre de portraits en pied du roi devait exister,  beaucoup d'entre eux ont disparu du fait des destructions et des autodafés organisés par la Ligue. Dès l'assassinat du duc de Guise, les portraits du roi ont été publiquement détruits. Parmi ceux-ci, ont disparu le portrait de la grande galerie du palais parisien de la reine-Catherine ou encore celui en costume de l'ordre du Saint-Esprit, conservé au couvent des Grands Augustins, siège de l'ordre.

La plupart des portraits en pied qui existent aujourd'hui ne sont que des copies souvent tardives. Un portrait en pied d'Henri III datée du XVIIe siècle existe par exemple au château d'Azay-le-rideau (portrait ci-dessous à droite) ; le roi est rhabillé à la mode de l'époque, le col est plus développé. Plus intéressant est l'exemplaire du musée des Beaux-arts de Troyes qui reprend avec quelques modifications au niveau du col, celui du musée du Kunsthistorischesmuseum (ci-dessous, au milieu).

Henri III, localisation inconnue Henri III, Troyes

 Henri III, CMN, Château de Cadillac

Source des images (de gauche à droite) : Akg images (Paris, Musée du Louvre ?) ; Henri IV et la reconstruction du royaume, colloque, Pau, 1989 (Troyes, musée des Beaux-arts) ; Regards, Centre des Monuments historiques (Cadillac, Château des ducs d'Épernon)

 

 

 

 

 

D_Henri-III_Quesnel_Louvre_v3Portrait d'Henri III peint par François Quesnel et aujourd'hui conservé au musée du Louvre

Source de l'image : (Paris, musée du Louvre)

Ce portrait représente le roi dans la dernière partie de son règne, soit vers 1585. Henri III a maintenant la trentaine passée. Son chapeau est désormais placé au sommet du front pour cacher une calvitie de plus en plus importante.

Le roi arbore le ruban bleu au bout duquel pend la croix de l'ordre du Saint-Esprit.

Ce portrait illustre le style sevère adopté par le roi dans les dernières années de son règne. Le chapeau, le manteau et le pourpoint sont complètement noirs. Hormis celui du chapeau, aucun bijou ne vient égayer la face grave du roi.

Devant l'absence d'héritier mâle et la montée de l'obscurantisme religieux (la Ligue), Henri III sombre dans une période de remise en question qui le conduit à mener une vie de dévotion très intense. Les années 1580 constituent également en France le début de la Contre-réforme catholique, marquée par la quête d'une spiritualité intérieure. Plus que jamais le roi s'engage dans une vie austère, faite de pénitence qui lui vaudra le surnom de roi-moine.

 


essai3Portrait au crayon d'Henri III conservé à la Bibliothèque nationale de France

Ce dessin d'Henri III est le dernier réalisé de son vivant. Il a été attribué par l'historienne Alexandra Zvereva à Étienne Dumonstier.

A la fin de son règne, Henri III n'a que 38 ans. Sur ce dessin, il paraît plus âgé. Ses traits sont marqués, les poils de barbe paraîssent hirsutes et la calvitie avancée. Comme sur le portrait du Louvre, les cheveux sont recouverts par la toque.

Henri III, château d'Azay-le-rideauSource des images : Gallica (Paris, Bibliothèque nationale de France) ; Plateforme ouverte du patrimoine (Château d'Azay-le-Rideau)

  

 

 

 


 

 

Notes

 1. Pour l'attribution du portrait et celui traditionnellement attribué à Quesnel voir la notice rédigée par Alexandra Zvereva in Fêtes et crimes à la Renaissance : La cour d'Henri III, Paris, Somogy, 2010, p. 82.

2. Isabelle HAQUET, L’énigme Henri III, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012

3. Isabelle HAQUET, Op. cit., 2012, p.

Article modifié en octobre 2016. ARTICLE EN COURS DE REECRITURE --> 2021

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01 févr. 21

Autres représentations d'Henri III


Messe de la Ligue_RouenL'Office solennel à l'avènement d'Henri III dit La Messe de la Ligue, peint vers 1574 par Herman Van Der Mast, et conservé par le musée des beaux-arts de Rouen

Source de l'image : Plateforme Ouverte au Patrimoine (Rouen, musée des Beaux-arts)

L'oeuvre n'a pas encore dévoilé sa véritable identité. On ignore encore le contexte de sa production qui permettrait de préciser le message politique donnée à cette représentation allégorique exceptionnelle.

La peinture réunit une scène religieuse (le Christ sortant du tombeau) et une réunion internationale regroupant de façon fictive de grands princes catholiques. Le contexte est celui de la Contre-Réforme ; l'enjeu est d'affirmer l'unité des catholiques autour d'un article de foi fondamental : la croyance en la présence réelle (de Dieu) dans le pain consacré. La peinture est clairement un manifeste religieux et politique contre les protestants qui rejettent cette croyance.

La scène de l'apparition du Christ ressuscité pendant l'office eucharistique est une iconographie assez répandue à la Renaissance. Elle est connue sous le thème de Messe de Saint Grégoire. La scène associe une représentation banale de la messe à une vision miraculeuse du Christ ressuscité.

Autour sont représentés des hommes illustres. Il ne s'agit pas de représenter un évènement particulier, car les personnalités représentées n'ont jamais été réunies ensemble. L'image se veut symbolique.

Messe de la LigueA droite, sont représentés plusieurs personnages de la cour. Certains portraits n'ont pas trouvé leur identité, mais d'autres sont facilement reconnaissable, comme le roi Henri III et son frère le duc d'Alençon. Le roi est revêtu de son manteau de sacre fleur-de-lysé et bordé d'hermine.

Devant lui, habillé en imperator à l'antique, se tient l'empereur Maximilien ; lui seul a la préséance sur le roi de France (comment ne pouvait-on pas y penser ?) 1. Derrière, sont réprésentées des personnalités qui ne peuvent être que des seigneurs de la très haute noblesse. Certains sont facilement identifiables comme le duc de Guise.

L'identité des autres personnalités peuvent être déduites par l'ordre de préséance et confirmées par les portraits. Le barbu à coté du roi, est probablement le duc de Montpensier. En tant que prince du sang, Montpensier est un chef catholique des plus importants à la cour ; il est notamment connu pour intransigeance, et l'on sait aujourd'hui qu'il fut l'un des ordonnateurs du massacre de la Saint-Barthélémy ; sa présence parmi ces hauts seigneurs catholiques serait des plus pertinentes.

Plus haut, se trouvent probablement le prince de Mantoue, Louis de Gonzague, duc de Nevers, principal conseiller du roi 2, et à côté de lui, probablement, le duc de Mayenne, le frère cadet du duc de Guise, qui avait déjà manifesté son soutien à l'Église en allant combattre les Ottomans. Les autres personnalités sont nécessairement des princes, sinon des grands du royaume. Très étonnant, est la figure placée dans l'ombre entre le roi et Alençon. Il pourrait s'agir du roi de Navarre (catholique jusqu'en 1576), dont on aurait voulu minimiser l'importance du fait de son ancienne appartenance religieuse.

Pendant un temps, le tableau avait été titré Messe de la Ligue, mais ce mouvement politique aussi connu sous le nom de Sainte-Union, n'existait pas encore à cette date. L'oeuvre montre pourtant que très tôt les élites catholiques s'étaient s'associés pour organiser leur défense. La cour d'Henri III est ici inscrite dans ce projet. On y associe de grands seigneurs français avec des princes européens catholiques comme l'empereur (pourtant très libéral sur le plan religieux) ou encore, sur le coté gauche, le pape Grégoire XIII. L'oeuvre réprésente donc bien une ligue, c'est-à-dire une association d'hommes. Les intentions personnelles du commanditaire restent à découvrir.

 

Henri III_LouvreHenri III à genoux en prière au pied de la Croix.

Source : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Jean Guiffrey, La peinture au musée du Louvre: Ecole Française, Paris, illustration, 1923 (Paris, musée du Louvre)

C'est un tableau du musée du Louvre qui avait disparu pendant la Seconde guerre mondiale. En 2014, il est réapparu dans une vente aux enchères. Lorsque j'avais présenté cette oeuvre en 2007, je n'avais mis en illustration que la photographie en noir et blanc publiée dans un catalogue du musée daté de 1923 (image ci-dessous à droite). Depuis, le tableau a réintégré les collections du Louvre.

Henri III était un homme très pieux, surtout dans les dernières années de sa vie. Sa foi très profonde l'amenait parfois à s'isoler du monde et à se retirer dans des couvents. Pendant plusieurs jours, la cour n'avait plus de nouvelles de lui.

Henri III au pied du calvaire, musée du LouvreHenri III considérait que les malheurs qui s'abattaient sur son royaume était causés par ses péchés. De la même manière que Jésus est mort sur la croix pour le salut du monde, il considérait qu'il devait offrir ses souffrances à Dieu pour le salut de ses sujets. Les ossements humains, placés sur le tableau au pied de la croix (mememto mori) rappellent l'évanescence du monde physique et l'égalité de l'homme devant la mort. Henri III, agenouillé, revêtu de son manteau d'hermine semé de fleur de lys, s'humilie devant Dieu.

On remarquera que les deux seules représentations du roi en habit de sacre - connues à ce jour en peinture -, le sont alors qu'il est agenouillé devant le Christ (celle-ci et la précédente).

Le roi Henri III a laissé le souvenir d'un homme excentrique, ayant une très haute opinion de lui-même ; soucieux des protocoles, il a sacralisé son quotidien en obligeant les courtisans à le saluer - à distance respectable - comme le vrai représentant de Dieu sur terre. Mais ces peintures le rappellent qu'il est aussi un homme de religion, qui a la volonté de s'abaisser. Il n'existe pas de représentation du roi en bure de moine, mais c'est un vêtement qu'il prisait. Assurément, Henri III est un homme de contraste et c'est sans doute ce qui a laissé ses contemporains  assez dubitatifs.

 


Henri_III_présidant_la_première_cérémonie_de_l'ordre_du_Saint_EspritLa Création de l'ordre du Saint-Esprit, peinte en enluminure par Guillaume Richardière d'après une oeuvre d'Antoine Caron.

Source : Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

L'image illustre la première cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit fondé par Henri III en 1578. La scène représente la réception de l'un de ses membres les plus éminents : Louis de Gonzague, duc de Nevers.

Nevers est l'ancien mentor du roi, et son principal conseiller politique ; même si avec le temps, le duc a perdu de son influence, il reste le pilier du règne. C'est un prince italien, élevé au sein de la famille royale, comme compagnon d'enfance des petits princes Valois. Marié à Henriette de Clèves, héritière du prestigieux duché de Nevers, Louis de Gonzague est l'un des plus Grands à la cour, même si le duc de Montpensier, prince du sang, lui a violemment disputé ce statut, par une altercation et une querelle que le roi a eu peine à calmer. 

L'oeuvre est une enluminure peinte sur l'évangéliaire de l'ordre. Elle a été faite d'après une peinture d'Antoine Caron, exposée en son temps à Paris au couvent des Augustins, siège de l'ordre. Le roi y réunissait ses chevaliers. Comme d'autres tableaux présents aux Augustins, l'oeuvre originale a été détruite par la Ligue parisienne après l'assassinat du duc de Guise en 1588 3.

Sur le tableau sont représentés d'autres personnages importants du règne. Sur la droite, on observe la présence du cardinal de Bourbon (le futur Charles X de la Ligue), le cardinal de Guise (le futur "martyr" de la Ligue). Le haut dignitaire qui tient le livre est Hurault de Cheverny, garde des sceaux et futur chancelier.

Malgré les destructions de la Ligue, le trésor de l'ordre a été en partie préservé. Il se trouve aujourd'hui exposé au musée du Louvre. Il contient des exemplaires de colliers de l'ordre, des manteaux et la masse d'arme, tels qu'ils sont quasiment représentés sur cette enluminure.

Livre_armorial_des_escriptz_BnFParmi le oeuvres laissées par l'Ordre, se trouve également le livre des armorials 4, conservés à la Bibliothèque nationale de France. L'ouvrage contient tous les blasons des chevaliers de l'ordre, ainsi qu'une représentation du roi dans la tenue de l'ordre, mais la qualité n'est pas à la hauteur de la précédente. Les proportions du personnage ne sont pas très respectées.

Livre_armorial_des_escriptz_13r_BnFContrairement à la précédente enluminure, ce portrait est contemporain à la fondation de l'ordre en 1578 ; ce qui se voit avec l'emplacement du chapeau caché derrière les cheveux). Dix ans plus tard, le peintre Jean Rabel a peint le roi avec le même costume. La peinture a été détruite, mais l'image a été gravée par Thomas de Leu (première estampe à gauche ci-dessous). Le roi porte une toque qui recouvre l'ensemble de la coiffure.

On trouve également dans l'armorial une représentation de la cérémonie au couvent de Augustins (ci-contre).

Source des images : Gallica (Bibliothèque nationale de France) ; Gallica (Bibliothèque nationale de France) ;Gallica ; Gallica ; Gallica

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Le bal de noce du duc de Joyeuse Le mariage de Joyeuse, 1581 (Versailles)Le Bal donné pour le mariage du duc Anne de Joyeuse et de Marguerite de Lorraine-Vaudémont, attribué à Hiéronymous Francken

Source de l'image : Agence photographique de la Rmn (Versailles, château) ; (Paris, musée du Louvre)

Henri III et Catherine de Médicis, extrait du bal de noce du duc de JoyeuseSous le règne d'Henri III, la cour de France reste la première cour d'Europe. La vie au Louvre n'est qu'une succession de bals, de fêtes et de mascarades. Plusieurs fois par semaine, le roi danse en compagnie des dames galantes, de ses amis et des Grands, ducs, barons et de nombreux gentilshommes.

Le mariage du favori du roi, Anne de Joyeuse avec la soeur de la reine, Marguerite, est célébré le 18 septembre 1581, avec un faste qui n'a pas d'équivalent dans le XVIe siècle français.

Sur cet extrait du tableau du Louvre, on aperçoit assis sous un dais, le roi Henri III, à côté de Catherine de Médicis, et de Louise de Lorraine, et derrière eux, le duc de Guise, le duc de Mayenne et un troisième personnage qui serait le duc d'Aumale.

Bal3Les deux mariés Anne de Joyeuse et Marguerite de Lorraine sont représentés au centre du tableau. Les autres personnages sont soient des membres de la famille de la mariée (à gauche), soient des figures de fantaisie (à droite).

L'oeuvre existe en deux exemplaires, l'une est conservée au château de Versailles, l'autre au musée du Louvre.




 

 

Bal à la cour d'Henri IIII (Louvre) Henri III et Catherine de Médicis (extrait) Le Bal à la cour d'Henri III, attribué à Hiéronymus Francken et conservé au musée du Louvre

Source de l'image : Agence photographique de la Rmn (Paris, musée du Louvre)

Cette représentation de la cour d'Henri III n'est pas sans similitude avec les tableaux précédents. On y retrouve les mêmes figures de fantaisies (la dame assise représentée de dos), mais le roi est désormais représenté debout et les musiciens sont placés sur une estrade dans le fond.

Le tableau était autrefois identifié sous le nom de Bal du duc d'Alençon, mais ce dernier est absent du tableau. A cette date, le frère du roi est auprès de sa soupirante anglaise, la reine d'Angleterre. La soeur du roi, Marguerite de Valois est également absente du tableau ; elle se trouve alors à Nérac, à la cour de Navarre.

Le roi, représenté debout à gauche au premier plan, est revêtu du costume en vogue à l'époque dont la panse qui transforme le bas du pourpoint en pointe et le boulevart porté sur les hanches.

Pour la datation de la scène, on peut remarquer que le duc de Mayenne, situé derrière le roi, porte le collier de l'ordre du Saint Esprit. Le tableau est donc postérieur à 1582, date d'entrée de Mayenne dans l'ordre. On retrouve au premier plan les personnalités observées sur le tableau des noces du duc de Joyeuse, vu précédemment. Derrière le roi, se tient le duc de Mayenne, Christine de Lorraine, nièce du roi, Catherine de Médicis, sa mère et sur le côté, le duc de Guise. Il est possible que le tableau ait été peint par le même artiste, le peintre flamand Hieronymous Francken.

Il existe d'autres tableaux de ce type. La représentation picturale des bals de la cour est une scène de genre qui se développe sous le règne d'Henri III. Mais contrairement au Bal des noces du duc de Joyeuse et au Bal à la cour des Valois, les personnages représentés dans les autres tableaux existant sont anonymes.

Bal à la cour des Valois (Rennes, musée des Beaux-arts) Bal à la cour des Valois (Blois)Source des images : Agence photographique de la Rmn (Rennes, musée des Beaux-arts) ; Bridgeman art library (Blois, musée des Beaux-arts)

 

 

 

 

  


 

La montée en puissance de la Ligue a fait apparaître un très grand nombre de pamphlets, de libelles et de caricatures hostiles à Henri III. Elles furent diffusées après l'assassinat de ses deux chefs, le duc Henri de Guise et le cardinal Louis de Lorraine, que le roi les fit executer au château de Blois en décembre 1588, alors qu'il réunissait les États généraux. De nombreuses gravures racontent le récit de ces évènements historiques.

Les plus belles sont celles contenues dans le recueil Les belles Figures et Drolleries de la Ligue, mis en ligne par la BnF (dans Gallica). Elles illustrent les derniers grands évènements du règne.

 

Les_belles_Figures_et_Drolleries_Etats_Generaux_2L'assemblée des États généraux à Blois, sous l'autorité du " perfide Henry de Vallois "

Le roi siège sur son trône, encadré par les deux princes lorrains. Au détriment des autres princes et officiers de la Couronne, les deux Guise sont exceptionnellement mis en avant. Seuls deux secretaires d'État sont représentés (sur les 4).

Henri III est placé au-dessus de tous. Il est mis en évidence à cause de sa nature sacrée que rapelle la présence du sceptre et du manteau royal. Habillés d'un manteau bordé d'hermine (mais sans leur couronne), les deux princes lorrains sont représentés comme des pairs de France, et donc comme les garants de la royauté.

Malgré qu'il soit revetu d'une personnalité sacrée, Henri III est désignée comme le traitre. En violant les voeux faits au moment de son sacre, il devient parjure. Le message de la gravure amorce les appels de la Ligue à destituer le roi, voire à le faire assassiner.

Les_belles_Figures_et_Drolleries_Etats_Generaux_2v2Au fond de l'image, les deux princes sont représentés de dos, agenouillés devant l'autel. Ils recoivent d'un prêtre l'hostie consacrée signe de leur adhésion à la foi catholique, mais également de leur participation au sacrifice du Christ, préfiguration de leur propre sacrifice.

 

 

 

Les_belles_Figures_et_Drolleries_Etats_Generaux_Anne_Este_3Henri III montre à la duchesse de Nemours, les cadavres de ses fils assassinés.

La gravure met en scène Anne d'Este, une grande dame de la cour.

Elle est la petite-fille du roi Louis XII et la cousine germaine d'Henri III. Elle est surtout connue pour être la veuve éplorée du duc François de Guise, chef charismatique des catholiques, assassiné par un protestant pendant la première guerre de religion. L'auteur de la gravure utilise son image de victime pour apitoyer son public.

Les_belles_Figures_et_Drolleries_Etats_Generaux_Anne_Este_2Le roi lève la main pour signifier sa mise en arrestation. Dans les faits, Anne sera assignée à résidence, avant d'être rapidement relâchée. Elle rejoindra Paris, où elle participera au soulèvement contre le roi.

Dans le fond, à droite, les gardes emmènent les autres chefs de la Ligue. Ce sont les membres de la famille de Guise et le cardinal de Bourbon. A gauche, les gardes préparent le feu de cheminée pour brûler les corps.

 

 

 

Les_belles_Figures_et_Drolleries_Etats_Generaux_Chefs_ligueurs_3Le roi fait arrêter trois des principaux chefs de la Ligue

Il s'agit du cardinal de Bourbon, de l'archevêque de Lyon, et du jeune prince de Joinville

Le cardinal de Bourbon est l'héritier imposé au roi par la Ligue. Il sera le futur et éphémère roi Charles X, reconnu des seuls ligueurs.

L'archevêque Pierre d'Epinac est l'une des têtes pensantes de la Ligue, plus politique que véritablement religieux.

Le prince de Joinville est le fils du balafré et donc, après l'assassinat de son père, il est le nouveau duc de Guise.

Les_belles_Figures_et_Drolleries_Etats_Generaux_Chefs_ligueurs_2Comme dans la gravure précédente, le roi est montré en train de présenter les cadavres, ici décapités, des deux lorrains. Sa cruauté est soufflée par le duc d'Epernon, représenté en diable.

C'est une image fictive. A aucun moment, le roi n'a eu de contacts avec ceux qu'il a fait arreté le jour de son coup de Majesté.

 

 

 

Le roi Henri _3_drolleries29ordonne de brûler les restes du duc de Guise et du cardinal de Lorraine

Le roi voulait éviter que la Ligue n'en fasse des reliques. Cette décision est aussi sacrilège que le meurtre, car la crémation est contraire à la foi chrétienne.

L'image est une mise en scène dramatique qui ne correspond pas à la réalité. Ici, Henri III assiste en personne et en grande dignité, au dépeçage des corps et à leur destruction. Bien que le roi ne soit pas représenté de façon caricaturale, l'image participe au projet de sa diabolisation. Pas plus qu'il n'a exhibé les corps des Guise à ses proches, il n'a assisté à leur macabre disparition.

 

Henri _3_drolleries89Henri III est entouré d'un courtisan et d'un homme de loi, censés représenter les "mauvais" conseillers. L'entourage du roi est autant dénoncé que celui-ci.

 

 

 

 

 


 G_Henri_III_Frick_collectionAutres portraits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quesnel_Portrait_of_Henri_ValoisPortrait d'Henri III par Quesnel conservé au musée national de Varsovie (localisation de l'image : Wikimedia commons)

 

 

 

 

 

 

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Portrait d'Henri III conservé au Metropolitan museum of art de New York

 

 

 

 

 

 

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Portrait d'Henri III vendu par Coutau-Bégarie le 24 mai 2019 (source de l'image : Gazette Drouot)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 Représentations non "pourtraict"  d'Henri III

 

Le Roy de FranceReprésentation du "roi de France" dans la série Habits de France de la Collection Gaignières, vers 1581-1586

Source de l'image : Collecta (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AnjouReprésentation d'Henri III  dans la Terrier de la seigneurie de Besse-en-Chandesse, conservé au musée Condé, vers 1574-1579

Source de l'image : Booksopenedition.org ; ou Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les portraits d'Henri III en diaporama dans une vidéo postée sur You tube :

 


 

 

Ensemble d'articles initialement publiés en mai 2007

Notes

1. Il a été proposé d'identifier cette figure au cardinal de Granvelle (Fêtes et Crimes à la Renaissance..., 2010, p. 111).

2. Il pourrait encore s'agit du duc Charles III de Lorraine ou du duc Jacques de Savoie-Nemours (mais ces derniers sont plus agés et le duc de Lorraine, en tant que souverain ne pouvait être relégué au dernier plan). 

4. Frédéric HUEBER, Antoine Caron, peintre de ville, peintre de cour (1521-1599), Presses universitaires François Rabelais, 2018, p. 279

3. Livre armorial des escriptz et blasons des armes des chevalliers commandeurs de l'Ordre et milice du Sainct-Esprit, institué... le dernier jour de décembre 1578, par Martin COURTIGIER, sieur de la Fontaine, hérault d'armes de Sa Majesté

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