01 mai 07
Les portraits d'Henri III (1551-1589)
Henri III est l’avant-dernier fils d’Henri II et de Catherine de Médicis. Il est celui qu’on appelle le dernier Valois, car il est le dernier roi de cette famille à avoir régné sur la France.
Son règne marque à la fois l’apogée des splendeurs de la cour de France sous la Renaissance, mais également l’apogée des violences religieuses, dans le cadre des guerres de religion. Alors qu'il assiégeait la capitale, Paris, Henri III meurt assassiné par un moine fanatique.
Haï par un peuple manipulé, l’image de ce roi a considérablement été déformée. Le but de cette galerie est de faire oublier l'image désuète d'Henri III qui le représente souvent avec mépris comme un être efféminé aux fraises burlesques. Il s'agit de montrer l'évolution de la physionomie royale, de son style et de sa personnalité. On saisit ainsi le passage d’un roi original et à un roi sobre, voire austère.
Hommage à un roi trop longtemps méconnu et méprisé !
Alexandre Edouard
Portrait d'Alexandre Edouard duc d'Angoulème vers 1552
Henri III est né au château de Fontainebleau en 1551 sous le nom d'Alexandre Edouard.
Il existe plusieurs portraits de lui étant petit dont un dessin au musée Condé qui représente un enfant royal malade, non identifié. D'après les historiens, il s'agirait vraisemblablement du futur Henri III (Biblio. A.Zvereva).
Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)
Le duc d'Orléans (1560)

Portrait du duc d'Orléans (titre de noblesse attribué au futur Henri III en 1560)
A l'avènement de Charles IX, à la fin de l'année 1560, Catherine de Médicis demande à François Clouet de réaliser le portrait de ses quatre enfants.
Un dessin du jeune prince semble avoir appartenu au musée de Berlin, durant la dernière guerre. On le trouve dans l'ouvrage de Pierre Champion. Qu'est-il devenu depuis ? Une variante existe à la BnF.

Le dessin de Clouet a servi à réaliser le portrait peint.
Le jeune prince porte le même type de costume que celui que porte le roi son frère à la même date (toque, pourpoint noir rayé, fourrure et fin collier).
Il en existe une copie assez médiocre.
Source : Klei.org (collection privée)
Source : Bridgeman art library (Rochdale Art Gallery, Angleterre; l'abeille placée sur l'image est le logo de la Bridgeman Art Library )
Extrait d'un tableau représentant la famille royale au moment du grand voyage qui la conduisit aux frontières du royaume, de 1564 à 1566.
C’est au cours de son passage à Toulouse qu'Alexandre Edouard changea de nom. Il prit en mémoire de son père, celui d'Henri.
Il est représenté ici à droite, en compagnie de son frère, le roi Charles et de sa sœur Marguerite. Il a treize ans environ.
Source : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924
Le duc d'Anjou (1570)
Portrait d'Henri de France duc d'Anjou, réalisé par François Clouet vers 1570
Henri devient duc d'Anjou en 1566. En 1567, il est nommé lieutenant général du royaume, ce qui fait de lui à seize ans, le commandant suprême de l'armée royale.
Ce portrait a certainement été fait à l'époque de la troisième guerre de religion (1568-1570), quand le duc d'Anjou s'illustre en remportant sur les protestants les batailles qui firent sa renommée, à Jarnac et à Moncontour.
A cause de l'inscription erronée, placée en haut à droite, on a longtemps cru à tort que ce portrait représentait le duc d'Alençon, son frère.
Source : exposition de 2004 (Paris, BnF)
Portrait du duc d'Anjou, réalisé par François Clouet à partir du dessin précédent
Une fois de plus, une inscription erronée, placée en bas du tableau identifie à tort le personnage comme étant le duc d'Alençon. Même si les deux frères se ressemblaient, il est impossible de voir dans ce portrait les traits caractéristiques du duc d'Alençon qui possédait un gros nez et un visage plus rempli.
Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)
On retrouve le duc d'Anjou en portrait équestre sur une petite miniature. Il s'agit peut-être d'un portrait réalisé au moment de la troisième guerre civile. Cette époque a été très marquante pour le duc d'Anjou qui a passé de très nombreux mois, éloigné de la cour, dans les campements militaires.
Source: Rmn et catalogue du musée (Chantilly, musée Condé)
Portrait en pied du duc d'Anjou réalisé par François Clouet pour la reine d'Angleterre (vers 1570)
Depuis quelques temps, Catherine de Médicis projetait de marier son fils à la reine d'Angleterre, Elisabeth Ière. Ce dessin devait permettre à celle-ci de mieux juger l'allure de son prétendant. L'histoire veut qu'elle n'ait pas trouvé le visage très bien fait. François Clouet qui en est l'auteur, s'est alors justifié d'avoir privilégié dans son dessin, la taille plutôt que le portrait (Biblio. J. Adhémar).
Si la reine Elisabeth avait des réticences pour se marier, Anjou en avait également à son égard. D’une part, Elisabeth était de confession protestante et d’autre part, elle avait 18 ans de plus que lui.
Le mariage ne se fit pas, mais le futur Henri III et Elisabeth devinrent plus tard alliés contre l'Espagne.
Portrait du duc d'Anjou, réalisé au début des années 1570
Ce tableau semble plus tardif que le précédent portrait du musée Condé. Anjou porte sur celui-ci une pilosité plus développée.
Peut-être est-ce un tableau fait vers 1572. A 20 ans, le duc d'Anjou est déjà considéré comme une personnalité politique importante de la cour. Il se forme déjà contre lui un groupe d'opposant qui conteste son ascension.
Le roi lui-même est jaloux des lauriers de son frère cadet. Leur entente est mauvaise et leur mère Catherine songe à installer Anjou sur un trône européen.
Source : Base Joconde (Chantilly, musée Condé)
Portrait du duc d'Anjou par Léonard Limosin
Le portrait est d'une très grande qualité, supérieure au précédent.
La légende l'identifie au roi Charles IX. C'est évidemment une erreur.
Il représente le futur Henri III tel qu'il apparaît vers 1572-1573 au moment du massacre de la Saint-Bartélemy et du siège de La Rochelle (à moins qu'il ne s'agisse d'une représentation faite à l'avènement du trône polonais voir du trône français ?).
Source : Linternaute.com (Metz, musée de la Cour d'Or)
Voici trois portraits peu connus du duc d'Anjou qui résultent d'un seul et même modèle.
L'identification de ces portraits reste à confirmer, mais il est plus aisé d'y reconnaître les traits du duc d'Anjou que ceux du roi Charles que les sites d'où ils sont tirés ont proposé. Si le costume appartient clairement à la fin du règne de Charles IX, le duc d'Anjou se distingue de son frère par le port d'une moustache et d'une barbe plus jeune.
Comme pour le précédent portrait, rien ne s'oppose à ce qu'il représente Henri devenu roi.
Source : Albert and Victoria museum
Source : Scala Archives (Londres, British Library)
Source : Repro-tableaux (Londres, collection privée)
Portrait du duc d'Anjou, réalisé vers 1572 dans le livre d'Heures de Catherine de Médicis.
Henri est revêtu du manteau royal qu'il porte en tant que prince de la maison de France. Il porte la couronne ducale.
Le roi de Pologne
Représentation du roi de Pologne sur une estampe
Le duc d'Anjou est occupé d'assiéger La Rochelle quand il apprend le 28 mai 1573 qu'il a été élu roi de Pologne.
Probablement réalisée pour l'occasion, l'estampe le représente à cheval entouré de ses pages.
Source : I. Cloulas, Catherine de Medicis, la passion du pouvoir, Paris, Tallandier, 1999
L'ambassade extraordinaire envoyée par les Polonais est accueillie à Paris le 19 août 1573. Il s'ensuit des festivités réalisées avec le faste caractéristique de la cour des Valois.
La tapisserie des Offices offre une image de la fête donnée le 14 septembre à l'occasion de l'entrée officielle du roi de Pologne dans la ville de Paris. La scène se déroule dans le jardin des Tuileries où la cour et les Polonais se sont regroupés pour assister à un spectacle organisé par la reine-mère.
Le fait que le siège royal soit vide peut nous faire penser que Charles IX fait partie des personnalités en train de danser. Dans ce cas, les deux autres personnages masculins qui l'accompagnent au milieu de la cour ne peuvent être que ses frères. Le danseur le plus à droite serait alors le roi de Pologne (le traitement de son visage est semblable à celui qu'il a dans la tapisserie suivante).
Source : Wikimédia (Florence, musée des Offices)
Sur la tapisserie du Voyage, le roi de Pologne est clairement identifiable au centre de la composition. La scène représente son départ pour la Pologne. Il est précédé des Polonais et suivi d'un immense cortège composé des membres de sa maison et de celles de ses proches qui l'accompagnent à la frontière. La cour quitte Paris le 28 septembre 1573 et n'arrive à Nancy que le 16 novembre. Le 2 décembre, le roi de Pologne fait ses adieux a sa mère.
Source : Scala (Florence, musée des Offices)
A la même époque, Vasari peint le visage du futur Henri III sur les murs du palais du Vatican. Anjou est représenté au parlement de Paris assis entre ses frères Alençon et Charles. Il s'agit de la fresque murale qui commémore le massacre de la Saint-Barthélemy.
Source : Scala (Rome, palais du Vatican)
Le voyage en Italie (1574)
Extrait du tableau qui représente l'accueil triomphal réservé à Henri III par les Vénitiens le 18 juillet 1574
Quand il apprend la nouvelle de la mort de son frère en juin 1574, Henri III se trouve toujours dans son royaume de Pologne. Sans aucune hésitation, il choisit de rejoindre la France, ce qu'il fait en passant par les pays italiens. La traversée va durer deux mois pendant lesquels les cérémonies vont se succéder les unes après les autres. La plus importante et la plus grandiose est sans commune mesure celle que lui offrent les Vénitiens le 18 juillet 1574.
De ce passage vénitien, il subsiste plusieurs tableaux dont celui qui orne encore le palais de doges. Il représente l'accueil fait par le doge Mocenigo le 18 juillet. La foule se presse autour de la scène ; un grand nombre de Vénitiens, clergé, notables et membres des corporations, en gondole, sont venus apercevoir le roi. La ville elle-même s'est donnée les moyens pour recevoir le roi avec faste. Son entrée à bord du Bucentaure a été saluée par des salves d'artillerie et parmi les innombrables décorations, un arc de triomphe éphémère a été dressé sur son passage. Mais le roi est encore revêtu de sa tenue de deuil.
Copie d’un portrait d'Henri III réalisé par le Tintoret
Source : Conihout (et al.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006
Le passage a été l'occasion pour Henri III de rencontrer les grands peintres de cette époque dont le vieux Titien et Le Tintoret.
Sur son costume de deuil noir, le roi porte une médaille. La médaille de l’ordre de Saint Michel ?
Portrait d'Henri III par Domenico Zenoni
Il s'agit d'un portrait gravé réalisé en Italie par un artiste venitien. Le portrait en lui-même n'est pas sensationnel mais c'est pourtant le premier du roi imprimé et diffusé. Il en existe des reprises qui ne rendent évidemment pas compte du physique du roi.
A propos de ce portrait voir Anna Bettoni, « Les coronationi de Pietro Buccio et le passage du roi en Vénétie; 1574 », in Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, PUPS, 2006, pp. 110-120

Source : Osterreichische Nationalbibliothek







