Diane, ChristiesPortrait en buste d'une petite fille par le peintre Corneille de Lyon

Source de l'image : Christies (Vente du 15 septembre 2020 à Paris)

Diane est la fille naturelle d'Henri II et d'une piémontaise nommée Filippa Duci. A sa naissance en 1538, son père n'était encore que dauphin de France et l'héritier du trône. Il n'avait que dix-neuf ans. 

Diane est son premier enfant (son fils et héritier le futur François II ne naît que six ans plus tard). Reconnue et légitimée, Diane grandit à la cour de France et est élevée comme une enfant de la famille royale.

Le portrait peint par Corneille de Lyon n'est pas identifié mais la fillette, habillée de façon luxueuse, pourrait être Diane de France. Selon l'historienne Alexandra Zvereva, la représentation des enfants par les peintres de cour est généralement une prérogative de la famille royale ou de son entourage. La probabilité est grande que la petite fille soit une princesse de la cour (voir la notice de l'oeuvre).

 

Diane et Horace, détail, château de CaprarolaDétail d'une fresque représentant le mariage de Diane de France avec le duc de Castro en 1553, peinte au palais Farnèse de Caprarola en Italie

Source de l'image : Akg-images (Caprarola, Palais Farnèse)

En 1553, à l'âge de quinze ans, Diane épouse un important seigneur italien, le duc de Castro, Horace Farnèse, petit-fils du pape Paul III et frère du duc de Parme (il est également l'oncle de l'illustre Alexandre Farnèse). Le mariage ne dure dure que quelques mois. Horace est tué la même année lors du siège de la ville d'Hesdin dans le nord de la France (à l'occasion de la dixième guerre d'Italie).

Sur cette peinture de la villa Farnèse, Diane est représentée au moment de son mariage. Son père Henri II se tient au centre et Horace Farnèse à droite. Derrière le groupe, se présentent différents membres de la famille royale (dont la reine Catherine de Médicis) et des membres de la cour.

 

Diane de France, musée du CarnavaletPortrait de Diane de France, duchesse de Montmorency, conservé au musée Carnavalet à Paris

Source des images : (Paris, musée Carnavalet) ; Kulturpool (Kunsthistorisches museum) ; Artcurial (vente du 29 septembre 2020 à Paris)

Ce premier portrait représente Diane dans le courant des années 1560. Il est identifié par une inscription (Dsse D'ANGOVLESME).

Après quatre années de veuvage, Diane est mariée à François de Montmorency, fils aîné du connétable. Ce mariage la rattache à une importante famille de la cour et à un parti très impliqué dans le conflit des guerres de religion. Dix ans plus tard, en 1567, son beau-père décède des suites de ses blessures reçues pendant la bataille de Saint-Denis. Son époux François devient alors duc de Montmorency. Il est très probable que le portrait ait été tiré à cette date. Diane serait ainsi représentée en tant que nouvelle duchesse de Montomorency.

Bien des années plus tard, alors qu'elle est veuve de son second mari (1579), Henri III son demi-frère, lui accordera le duché d'Angoulême. L'inscription placée en haut du tableau est donc une inscription tardive. Diane n'était pas encore duchesse d'Angoulême lorsque qu'il a été peint.

Vente d'Artcurial, 2020Diane de France, Kunsthistorisches museumLa présence d'une copie identifiée de ce tableau dans la galerie de portraits de l'archiduc Ferdinand permet de confirmer l'identification du portrait de Carnavalet (image ci-contre à gauche)

Certains auteurs ont écrit que  Diane était l'enfant d'Henri II qui lui ressemblait le plus. La comparaison des traits présents sur ce portrait semble confirmer cette information. Diane porte entre la paupière et l'arcade sourcilière, un creux marqué qui se retrouve sur le visage de son père.

 

Diane, Krannert art museumPortrait de Diane de France, duchesse de Montmorency peint par François Clouet et conservé au Krannert Art Museum dans l'Illinois

Source de l'image : (Champaign, Krannert Art Museum)

Il s'agit d'un portrait inédit en France avant sa publication sur internet par le Krannert Art Museum ; une première fois en 2017, puis après restauration, en 2019. L'oeuvre a récemment fait l'objet d'un grand nettoyage qui a rendu à la peinture tout l'éclat de ses couleurs.

L'identification à Diane de France est manifeste, tant est grande la ressemblance avec le portrait du musée Carnavalet. Bien que les éléments du costumes soient différents, le modèle reste exactement le même ; on y retrouve les traits du visage, la direction du regard et la disposition des ornements. En raison de ce même costume, la date de 1555 donnée sur le site du musée n'est pas correcte. La mode affichée par le modèle appartient pleinement aux années 1560.

Le portrait du Krannert Art Museum dépasse en qualité le tableau du musée Carnavalet. Le costume est plus somptueux et présente plus de détails et de couleur. Il rappelle que Diane était non seulement une fille de France, mais aussi l'épouse de l'un des plus grands seigneurs du royaume. Peu de temps après son élévation au titre de duc, François de Montmorency connaît au sein du conseil royal une influence déterminante. Il est le chef du parti modérateur qui entend mettre un terme à la guerre civile. Proche de son cousin Gaspard de Coligny, il joue un rôle d'importance dans le retour de ce dernier à la cour après la signature de la Paix de Saint-Germain. Le massacre de la Saint-Barthélemy mettra fin à cette ère. La marginalisation croissante de François par le pouvoir royal se conclura après le complot des Malcontents, à son arrestation. Malgré l'intervention de Diane en sa faveur, François va connaître une longue détention à la Bastille.

Diane, Saint-Pétersbourg, musée de l'ErmitageDiane, Chicago, art instituteDeux exemplaires du portrait existe en dessin, l'un aux Etats-Unis, et l'autre en Russie (images -ci-contre). Le premier n'a pas encore trouvé officiellement son identité et le second est identifié à tort à Marguerite de Valois, duchesse de Savoie (sa tante). Il est vrai qu'il existe entre les deux femmes des traits de ressemblance caractéristiques des Valois.

Source des images : (Chicago, Art institute)  ; (Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage)

 

 

 

Il existe d'autres oeuvres identifiées à Diane de France mais l'exactitude de leur identification reste à démontrer.

Diane de France, musée du LouvreLe premier d'entre eux, conservé au musée du Louvre représenterait Diane, à une date, plus ou moins proche du portrait précédent (vers 1570).

Là encore, l'anachronisme de l'inscription située au bas du tableau jette un trouble sur l'identité réelle du modèle. L'attribution à Diane peut paraître douteuse, compte tenu de la sobriété du costume, qui appartient davantage à une femme issue de la bourgeoisie.

Par ailleurs, la physionomie du visage est assez différente du portrait précédent. Les sourcils sont plus arqués et le creux au-dessus des paupières est absent.

Source de l'image : Agence photographique de la RMN (Paris, musée du Louvre)

 

Diane_BnF_Gallica_v2Le second  portrait est un dessin réalisé au début du règne d'Henri III, dans la seconde moitié des années 1570, une époque qui voit le développement de la collerette en éventail comme elle est représentée sur le dessin.

La présence du creux prononcé sous les sourcils marque une ressemblance avec le visage d'Henri II qui permettrait d'accréditer l'identification de ce portrait à Diane de France.

Source de l'image : (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

Diane_priant_hotel_angoulemeStatue funéraire de Diane de France sculptée par Thomas Boudin, et aujourd'hui conservée à l'hôtel Lamoignon (situé dans le quartier du Marais à Paris)

Source de l'image : Plateforme Ouverte du Patrimoine (Paris, hôtel Lamoignon)

Décédée le 11 janvier 1619, Diane de France est enterrée dans l'église du couvent des Minimes, situé non loin de son hôtel particulier à Paris. C'est là que son effigie funéraire est installée et conservée pendant presque deux siècles.

A la Révolution françaises, l'église est détruite, mais comme quelques-uns des priants que contenait l'édifice, l'effigie sculptée de Diane est sauvegardée.

Elle est aujourd'hui entreposée à l'hôtel Lamoignon, son ancien hôtel particulier.

Sous Henri III et Henri IV, le Marais était le quartier chic et mondain de Paris. A cette époque, un grand nombre d'hôtels aristocratiques y sont construits. Certains subsistent toujours. C'est le cas de la demeure de Diane, bien que tronquée d'une partie de ses façades d'origine. Elle abrite aujourd'hui la bibliothèque historique de la ville de Paris. C'est là dans une "chapelle" aménagée à l'entrée, qu'est exposée la statue.

Diane avait lancé le chantier de son hôtel à la fin du règne d'Henri III. Après l'intermède de la Ligue, la duchesse s'y installe et y passe les dernières années de sa vie. Après la mort de la reine Marguerite en 1615, elle est la dernière survivante des enfants légitimes d'Henri II. Elle décède quatre ans plus tard à l'âge de 80 ans. Ses biens sont transmis par héritage à son neveu Charles de Valois, comte d'Auvergne.


 

Article initialement publié le 4 mai 2007, mis à jour le 07 janvier 2021.