30 avr. 07

La dauphine


Catherine de Médicis à 17 ans, par Corneille de LyonPortrait de Catherine de Médicis à l'âge de 17 ans environ, peint par Corneille de Lyon

Source de l'image : Bridgeman (Polesden Lacey, The national trust)

Catherine de Médicis est née à Florence d'un père italien et d'une mère française qu'elle n'a pas connu. Orpheline, elle grandit à Florence, puis à Rome sous l'autorité de son cousin le pape Clément VII.

En 1533, elle est mariée au deuxième fils du roi de France, Henri duc d'Orléans. Elle n'a alors que 14 ans. Son mariage qui a lieu à Marseille, fait l'objet de fêtes magnifiques. Personne ne se doute alors qu'elle sera un jour la matriarche de la maison des Valois.

Trois ans plus tard, à l'occasion d'un séjour de la cour à Lyon, le peintre hollandais Corneille de Lyon a réalisé l'un de ses premiers portraits (ci-contre).

Catherine de Médicis (Chantilly)Catherine de Médicis (Versailles)Le portrait de Corneille fait écho aux témoignages des contemporains sur l'absence de charme physique de la princesse florentine. Catherine était déjà marquée par une certaine corpulence.

Peu habituée aux manières de la cour et parlant difficilement français, elle  avait de la peine à capter l'attention de son mari le duc d'Orléans, plus préoccupé par les formes mûres de Diane de Poitiers, la cousine de Catherine.  

Le portrait  de Polesden Lacey a fait l'objet de deux répliques d'atelier, aujourd'hui conservées dans des collections françaises (ci-contre) :

Source des images : Agence photographique de la Rmn (Versailles, musée national) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly, musée Condé)

Catherine de Médicis par Santi di Tito vers 1585Catherine par VasariLe portrait peint par Corneille de Lyon a été repris et réinterprété par plusieurs artistes italiens de la seconde moitié du XVIe siècle ; tout d'abord par Vasari pour décorer le palais Vecchio à Florence (ci-contre à gauche) et plus tard dans les années 1580, par Santi di Tito (ci-contre à droite).

Tandis que Vasari a vieilli expressément le visage de la reine, Santi di Tito semble ne pas avoir compris la mode de l'époque et n'est pas parvenu à reconstituer le costume (cela se voit au niveau des manches  ; voir les portraits de la reine Eléonore, de Marguerite de Navarre ou de Marguerite de France qui présentent des costumes plus vraisemblables que celui imaginé par Santi di Tito).

Caterina_Cristofano_dellAltissimo_UffiziC'est également le portrait de Corneille  de Lyon que le peintre Cristofano dell'Altissimo choisit de copier pour la grande galerie de portraits commandée par Cosme Ier de Médicis (ci-contre).

Source des images : Polo museale fiorentino (Florence, palais Vecchio) ; Agence photographique de la Rmn (Florence, galerie des Offices) ; Italianways (Florence, galerie des Offices)

 

 

 

Dame inconnue vers 1540Portrait inédit de Catherine de Médicis réalisé aux alentours des années 1540

Ce portrait a été mis en ligne dans la base d'images de la RMN, sous le titre de dame inconnue. L'identification de ce portrait à la dauphine reste donc à confirmer. Personnellement, je trouve qu'il ne fait aucun doute qu'il s'agisse de Catherine de Médicis. La dame inconnue représentée sur ce dessin possède les même yeux, les mêmes sourcils, la même forme du visage, le même nez et la même bouche que les portraits directement antérieurs et postérieurs de la dauphine.

Ce portrait est très intéressant car il illustre mieux que les portraits précédents, le physique ingrat de Catherine.

Source : Rmn (Chantilly, musée Condé)

 

 

 

Portrait présumé de Catherine de Médicis, BnFCet autre dessin représenterait également Catherine de Médicis jeune fille mais le portrait est assez idéalisé et le costume a été retouché dans les années 1560. Un dessinateur lui a rajouté une encolure avec collerette et une coiffure moderne en raquette avec des boucles.

Ce portrait représente-il vraiment Catherine de Médicis ?

Source (Paris, Bnf)

 

 

 


Article modifié en août 2012, avril 2018

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La reine de France (1547)


Catherine de Médicis, dessin de seconde main (CNAM)Portrait de Catherine de Medicis, d'après un dessin de François Clouet

A la mort de François Ier en 1547, Catherine de Médicis devient reine de France. A cette occasion, François Clouet, portraitiste officiel du roi, a certainement réalisé son portrait, mais malheureusement ce portrait ne nous est parvenu que par des copies. 

On y voit Catherine porter ce que les Anglais appellent le French hood, une sorte de coiffe que les dames de la cour portaient dans la première moitié du XVIe siècle. Ses épaules sont recouvertes d'une gorgerette constellée de perles et de bijoux.blan

Catherine de Medicis, copie de la BnFCatherine de Médicis, the Asmolean museumLa royne mère, the Asmolean museumSource : (Paris, Conservatoire national des arts et métiers) ; ? (Paris, Bnf) ; (Oxford, The Asmolean museum) ; (Oxford, The Asmolean museum)

 

Catherine de MédicisLe dessin de Clouet a du faire l'objet de nombreux portraits peints, mais très peu d'entre eux nous sont parvenus (ci-contre à gauche)

Source : Rmn (Versailles, musée du château)

Catherine de Médicis (Versailles)On le retrouve également en émail, tel ce petit portrait, mal reproduit ici, inséré dans un décor de style typiquement Renaissance.

Source : Ivan Cloulas, Diane de Poitiers, 1997

 

 

 

 

 

 

 

Catherine_de_Medicis_Huys_Liefrinck_Britih-smuseumPortrait en pied de Catherine de Médicis gravé par Frans Huys et imprimé par l'éditeur anversois Hans Liefrinck

Source de l'image : (Londres, British museum) ou (Amsterdam, Rijkmuseum)

Catherine de Médicis a fait l'objet de plusieurs portraits gravés la représentant en tant que reine de France. Elle porte le costume de cour tel qu'il était à la mode en France dans les années 1550.

Portrait équestre de CatherineUne autre gravure, d'auteur inconnu, la représente à cheval, illustrant la réputation de la reine dans le domaine de de l'équitation (ci-contre).

 

 

 

 

 

 

Catherine de MedicisCatherineSource des images : (Paris, BnF) ; (Paris, BnF)

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait de Catherine de Médicis par François Clouet

Catherine de Medicis, British museum

Catherine de Médicis (Victoria and Albert museum)

 

Catherine, musée CondéLe dessin de François Clouet (ci-dessus à droite) est à l'origine d'une très jolie miniature (ci-dessus à gauche) représentant la reine, le cou orné d'une petite fraise (ou ruché) et les épaules voilées par une guimpe cadrillée de perles. Elle tient dans ses mains un petit éventail. Le dessin a fait l'objet d'une copie assez pâle (ci-contre).

Source : (Londres, British museum) ; ? (Londres, Victoria and Albert museum) ; Rmn  (Chantilly, musée Condé)

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Le mariage de Catherine de Médicis peint par Vasari vers 1555Fresque représentant le mariage d'Henri II et de Catherine de Medicis

Il s'agit d'une oeuvre peinte par Vasari dans la seconde moitié des années 1550. Catherine de Medicis est représentée habillée avec un costume des années 1550 et non comme elle était habillée à l'époque-même de son mariage en 1533.

Source : Musei dei Ragazzi di Firenze (Florence, Palais Vecchio)

 

 

 

 

Catherine de Médicis peinte vers 1600-1610Portrait en pied de Catherine de Medicis peint vers 1600

Il s'agit peut-être d'un portrait fait d'après un original de François Clouet. Le costume correspond bien à la mode des années 1550 et le visage aux portraits de Clouet présentés dans l'article précédent. Qui est le commanditaire de ce portrait ? et quel est le modèle d'origine ?

Source : exposition Caterina e Maria de' Medici : Donne al potere (Florence, musée des Offices)

 

 

 

 

 

Catherine de Médicis (Offices)Portrait en pied de Catherine de Médicis exposé au Palais Pitti à Florence

Il s'agit d'un magnifique portrait de la reine, très imposant par sa taille et sa qualité. Toutefois, à cause du costume on peut émettre des doutes quant à une datation 1547-1559, dates de règne d'Henri II. Les larges revers de manche appartiennent bien à la mode de la cour d'Henri II (encore qu'ils disparaissent peu à peu à cette époque), mais la collerette godronnée  que la reine porte sur ses épaules, ne semble apparaître dans cette forme qu'à partir de la seconde moitié des années 1570. Serait-ce une retouche tardive ouCopie du château de Chaumont-sur-Loire la copie d'un portrait plus ancien réinterprété1 ?

Source : Rmn (Florence, palais Pitti)

A noter qu'il existe au château de Chaumont-sur-Loire, une copie du tableau du palais Pitti, ci-contre (XIXe siècle ?).

 

Henri II et Catherine de Médicis (Offices)Portrait de Catherine de Médicis en blonde et dans un costume d'époque Henri III

Si la reine s'habilla toujours de façon austère après la mort de son époux, certains portraits la représentent parfois dans un costume plus moderne. C'est le cas de cette miniature où la reine apparaît en blonde. 

Le visage de la reine correspond à celui de la jeune femme mariée visible sur la miniature du Victoria and Albert museum, mais le costume appartient à une autre époque. C'est celui que portent les dames de la cour d'Henri III dans le tournant des années 1570-80, soit un costume que Catherine n'a surement jamais porté.

L'anachronisme du costume, la profondeur du décolleté et la singularité de sa coloration témoignent d'une coquetterie qui paraît inhabituelle pour nous qui sommes habitués aux portraits sombres de la reine. Catherine de Médicis dans un costume des années 1570

Il faut également noter la présence sur le collier et le buste, du monogramme emblématique de Catherine ; le H et le C entrelacé, symbole de l'amour de la reine pour Henri.

H et C

Source : exposition Caterina e Maria de' Medici, donne al potere (Florence, palais Pitti)

Il existe un autre exemple de représentation de Catherine dans un costume qu'elle n'a jamais porté, c'est celui d'une sculpture inédite de la reine, réalisée par Germain Pilon.


 

Notes

1. Voir également A. Zvereva, « Tout beau, tout esclatant, tout brave, tout superbe » in La revue de l'art, Costume de cour au XVIe siècle, n°174, 2011, p.34

Article modifié en juillet 2012

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La reine régente


Catherine de Médicis, BnFPortrait de Catherine de Médicis réalisé vers 1560

Le 10 juillet 1559, Henri II meurt après avoir été blessé au cours d'un tournoi. Catherine de Médicis devient veuve et revêt les marques vestimentaires traditionnelles du deuil : le voile et la couleur noire. Heurtée par la mort d'un mari qu'elle aimait, elle decide de ne plus jamais les quitter.

Ce dessin qui marque l'une des étapes majeures de la vie de la reine est très important, car c'est celui qui va servir de modèle à la réalisation de son nouveau portrait officiel.

Catherine de Médicis, Saint PetersbourgCatherine de Médicis, BnF

 

 

Source : Rmn (Paris, BnF) ; (Saint Petersbourg, musée de l'Ermitage) ; (Paris, BnF)

Henri II et Catherine par Antoine CaronA la même époque, Antoine Caron dessine le portrait du couple royal. Il s'agit d'une ébauche pour la réalisation d'une tapisserie. Le dessin est remarquable. Son objet consiste à immortaliser l'alliance matrimoniale de la reine avec Henri II et de légitimer sa présence au sein de la famille royale (voir un commentaire intéressant sur le site du Louvre).

Les portraits du couple royal Henri II-Catherine de Médicis sont inexistants. Comme le dessin de Caron, ils sont généralement posthumes (voir le portrait d'Anet).

Source: Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

Catherine de Médicis par Francois Clouet, musée CarnavaletPortrait de Catherine de Médicis peint par François Clouet

A l'avènement de Charles IX, son fils âgé de dix ans, Catherine de Médicis prend le contrôle du gouvernement et se fait nommer régente de France.

Son portrait officiel, peint par François Clouet, est rapidement recopié et diffusé aux quatre coins du royaume de France et d'Europe. 

Source : (Paris, musée Carnavalet)

 

 

 

 

 

 

 

Catherine de Médicis, musée CondéCatherine (Chaumont)Catherine de Médicis, musée CondéCatherine de Médicis, musée de Cahors 4

 

Catherine de Médicis, musée Condé

Catherine Aguttes 2007

 

Cat

Catherine de Médicis, Kunsthistorisches museum

Catherine, Kunsthistorisches museum

 

 

 

 

Catherine, musée de Pau

 Cath_angers

Source des images : Drouot ; Musée Midi-Pyrénées (musée de Cahors Henri-Martin) ; Rmn (Chantilly musée Condé) ; Bridegman art library (Château de Chaumont sur Loire) ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly musée Condé)

Kunsthistorisches museum ; Kunsthistorisches museum ; Agence photographique de la Rmn (Chantilly musée Condé) ; Alaintruong.com (Aguttes 2007) ;  Agence photographique de la rmn (Chantilly musée Condé) ;  (Angers, musée des Beaux-arts) ; Agence photographique de la RMN (Pau, musée national du château) ;

 

Catherine, extrait d'un triptyqueCatherine de Médicis en prière devant son oratoire

Il s'agit d'une très jolie petite scène, réalisée en émail sur un triptyque en cuir qui contient d'autres plaques historiées en émail. 

Source : Rmn (Ecouen, musée de la Renaissance)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Famille des Valois vers 1564Portraits de Catherine de Médicis et de ses enfants vers 1564

Après un an de guerre civile (1562-1563), Catherine de Médicis entend rétablir la paix et l'autorité royale. En 1564, elle organise dans les jardins du château de Fontainebleau une magnifique fête au cours de laquelle ses enfants se mettent en scène dans un spectacle qui célèbre la victoire de la paix et de la prospérité. Couronnés par des feux d'artifice et encadrés par des figures de fantaisie, le petit roi, sa soeur et ses frères se présentent comme l'espoir d'un pays en quête de réconciliation.

Les grandioses fêtes de Fontainebleau marquent l'ouverture du grand tour de France que la famille royale entreprend pour ramener la paix dans les coins les plus reculés du pays. Catherine espère renforcer le lien qui unit le roi à ses sujets.

Ce tableau est comme une synthèse de la politique de la reine-mère : montrer aux français, les petits princes des fleurs de lys, garant de la paix du pays et de son bonheur.   

Source : L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, G. Van Oest, 1924

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Catherine de Médicis par Gemain PilonPortrait réalisé par Germain Pilon vers 1573-1575

Le portrait est assez peu flatteur et ne reflète pas l'optimisme coutumier de Catherine de Médicis, quoiqu'en berne depuis la reprise des hostilités en 1567 et 1568.

Les Français n'ont pas saisi l'occasion que la régente leur a donné pour se réconcilier. Contrainte d'abandonner sa politique de concorde, Catherine de Médicis dut se rabattre sur une politique plus violente et radicale. Ce fut le massacre de la Saint-Barthélemy, un évènement imprévisible, mais impardonnable. Une vague sans précédent de pamphlets, d'écrits haineux et de menaces de mort allait s'abattre sur la reine. Pour la reine, les années 1570 constituent la période la plus difficile de sa vie, la plus contestable aussi.

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)

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La reine-mère


PCatherine de Medicisortrait gravé par Jerôme Wierix à partir d'une oeuvre du peintre Marc Duval1 réalisée en 1579

C'est une estampe de très belle exécution qui représente la reine à mi-corps, sur un fond de paysage et de colonnes antiques, les mains posées sur un livre.

L'image renouvelle le portrait de la reine, en adaptant son costume aux tendances des années 1570 : la collerette godronnée est plus large et épaisse, les manches sont en gigot et sous l'influence du maniérisme et de la mode en vogue, le voile de la reine devient une conque formant au dessus des épaules, un arc de cercle qui donne l'aspect d'une voile de bateau soufflée par la brise.

Le portrait donne une image paisible de la reine. Il tranche avec le désarroi qui l'habite au milieu de la décennie (recrudescence de la guerre civile, attaque virulente des pamphlets contre sa personne, décès de son fils Charles et de sa fille la duchesse de Lorraine, changement de roi, changement de gouvernement et de méthode de gouvernement, apparition d'une nouvelle reine en la personne de Louise de Lorraine et nouvelle redistribution à son désavantage des postes de la cour).

Source : (Londres, British museum)  ou (Paris, BnF)

Catherine dessinCatherine par RabelCatherine par Thomas de Leu

Le portrait a servi de modèle à plusieurs graveurs dont Rabel et Thomas de Leu (ci-contre) et à la tapisserie des Valois (ci-dessous).

Source : Gallica (Paris, BnF) ; Gallica (Paris, BnF) ; A. Jouanna (et al.), Histoire et dictionnaire des guerres de religion, R. Laffont, 1998, p.133(Paris, BnF)

 

 

Henri de Navarre, Catherine de Médicis et Marguerite de Valois, extrait de la tapisserie des ValoisPortrait de Catherine de Médicis sur l'une des tapisseries des Valois.

La reine-mère est représentée accompagnée de sa fille Marguerite et de son gendre le roi de Navarre, Henri de Bourbon, chef protestant et futur roi Henri IV.

Les personnages sont représentés en pied sur une tapisserie représentant le spectacle d'une bataille comme il s'en faisait souvent à la cour.

Comme chacun sait, le mariage de Marguerite et de Navarre, symbole de la réconciliation entre catholiques et protestants fut terni par le bain de sang de la Saint-Barthélemy (1572). Le roi de Navarre fut contraint de revenir à la religion catholique et resta à la cour en surveillance durant trois ans.

Navarre vivait avec sa belle-mère en bonne intelligence. Chaque matin, il assistait à son lever et l'accompagnait ensuite parfois dans les différents moments de la journée. Leurs relations étaient ambigus. Navarre craignait l'emprise de sa belle-mère sur son jeune esprit et Catherine craignait de voir ce prince s'enfuir de la cour et rallumer le flambeau de la guerre, ce qu'elle voulait éviter à tout prix. Dans une monarchie encore fragilisée par les potentats locaux hérités de la société féodale, Navarre était pour la royauté française un frondeur potentiel qu'il fallait maîtriser.

Le tournoi, tapisserie des Valois (Florence)La division politique de la cour obligeait Navarre à prendre parti du côté des Malcontents (contre Catherine et le roi de Pologne, devenu ensuite Henri III) et à la fin de l'été 1576, il parvint à s'enfuir de la cour. Dès lors, Catherine ne cessera de chercher à le faire revenir.

En 1578, elle entame un voyage à Nérac, sa capitale, où elle entend lui rappeler ses devoirs familiaux et conjugaux. Elle réussit - temporairement pour quelques années- à le réconcilier avec son épouse Marguerite (avec qui il s'était fâché). Les retrouvailles se font autour de somptueuses festivités. Selon toute vraisemblance, le portrait de groupe représenté sur cette tapisserie, illustre cette réconciliation familiale. Catherine parvient même à convaincre Navarre de revenir à la cour, du moins le croît-elle. Les vicissitudes de la vie politique, l'inconstance du roi et ses divergences de vue avec sa belle-mère auront raison de ses promesses. Par la suite, leurs relations ne feront que se détériorer. Catherine reverra son gendre encore deux fois ; en 1582 et en 1586.

Dans les tapisseries des ValoLa reine en litière, extrait de la tapisserie des Valois, le voyageis, Catherine de Médicis apparaît à plusieurs reprises en arrière plan, dans le décor.

Dans la tapisserie du Voyage, elle est représentée en train de voyager dans sa litière, accompagnée d'une suite impressionnante. Catherine de Médicis était une grande voyageuse. Toujours accompagnée de ses dames et ses filles et se transportant toujours en litière, elle n'hésitait pas à se porter au devant de ses ennemis pour négocier la paix.

Elle est également représentée entourée de sa cour dans la tapisserie des ambassadeurs polonais qui illustre la fête donnée en 1573 au jardin des Tuileries à l'occasion de la venue très remarquée de ces émissaires. Source : Scala archives (Florence, musée des Office

La reine et sa cour, extrait de la tapisserie des Valois, l'ambassade polonaise

Source : Wikimediacommons (Florence, musée des Offices)

 


Notes

1. Voir la notice biographique rédigée par A. Zvereva.

Article modifié en août 2012

 

Article modifié en août 2012

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Catherine de Médicis, musée Jacquemart-AndréPortrait de Catherine de Médicis sous le règne d'Henri III

Sous le règne d'Henri III, les portraits de la reine la représentent avec un petit col blanc. L'époque de la fraise est finie. Conformément à la mode en vogue, elle porte un voile non seulement en forme de conque, mais aussi avec une pointe sur le front qui est de plus en plus accentuée1.

Source : Florence Gétreau, Musée Jacquemart-André, peintures et dessins de l'école française, Paris, Institut de France, Michel de Maule, 2011 (Paris, musée Jacquemart-André)

La volonté d'Henri III de gouverner par lui-même amène Catherine à changer ses habitudes de gouvernement. La reine-mère conserve sa place au sein du Conseil royal mais n'a désormais plus le monopole des affaires. La conduite du royaume revient au roi.

Pourtant, Catherine demeure aussi active que sous Charles IX. Elle garde encore une influence importante sur l'action politique du gouvernement. C'est elle qui mène les affaires et qui effectue les déplacements, quand il s'agit de ramener la paix en province.

Si elle a quitté le Louvre pour son hôtel particulier, elle continue de fréquenter la cour du roi lors des soirées mondaines. On la voit toujours au côté d'Henri III, comme en témoignent les deux tableaux ci-dessous.

Henri III et Catherine de Médicis, extrait du bal de noce du duc de JoyeuseLe bal de noce du duc de Joyeuse Le bal de noce du duc de Joyeuse

La reine-mère est assise entre le roi et la reine. Elle est représentée en train de s'adresser au roi. C'est le signe de la place prépondérante qu'elle conserve encore dans les années 1580. Henri de Lorraine, duc de Guise se tient debout derrière elle, avec le duc de Mayenne, son frère, la main appuyée sur sa chaise.

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)



 

Henri III et Catherine de Médicis (extrait)Bal à la cour des Valois

Bal à la cour des Valois

Comme dans le portrait précèdent, Catherine est représentée en train de s'adresser au roi, la main tendue, comme si elle lui donnait un avis. Le duc de Guise se tient toujours derrière elle.

Derrière Catherine (à sa gauche sur le tableau), se tient sa petite-fille Christine de Lorraine. Catherine l'avait prise sous son aile et l'élevait auprès d'elle. A sa mort, elle devait en faire son héritière et lui léguer ses oeuvres d'art.

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre)

 

 

 

Catherine de Médicis, royal collectionCatherine de Médicis en costume de reine par Germain Pilon2.

Ce portrait est tout à fait inhabituel puisqu'il représente la reine dans un costume autre que celui de son deuil.

C'est un bronze imposant, commandé sous le règne d'Henri III et probablement exposé dans son hôtel particulier du quartier des Halles à Paris. L'étude de l'inventaire après-décès de la reine montre que Catherine possédait plusieurs bustes de ce type représentant les membres de la famille royale. Ils étaient peut-être exposés dans la grande galerie du palais où tronaient déja les peintures d'apparat de la famille. Ecrin de ses riches collections, l'hôtel parisien de Catherine avait parfois des allures de musée. La reine en faisait la visite à ses visiteurs les plus illustres (princes, ambassadeurs, ...). Il fonctionnait aussi comme un mémorial, une vitrine pour la gloire des Valois.

Le buste n'est pas sans lien avec le projet de monument funéraire que la reine était en train de se faire bâtir à la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France. Pour son gigantesque tombeau, Germain Pilon avait produit un gisant qui représentait la reine en costume de sacre, de la même façon que ce buste.

Source : Royal collection

 


 Notes

1. Si le costume appartient à celui du règne d'Henri III, le  visage reprend le dessin de la BnF de 1560. Sur l'origine et la datation du tableau voir Florence Gétreau, Musée Jacquemart-André, peintures et dessins de l'école française, Paris, Institut de France, Michel de Maule, 2011, p. 60-61.

2. voir l'article écrit sur ce portrait par Jonathan Marsden dans The Burlington Magazine, n°1245, volume CXLVIII, décembre 2006.

Article modifé en juillet 2012

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Derniers portraits

Catherine de Médicis (Baltimore)


Portrait de Catherine de Médicis à soixante ans passés

Il s'agit d'un très beau portrait de la reine sexagénaire. Son visage bouffi est marqué par la fatigue. Catherine de Médicis est entrée dans une nouvelle période, la dernière de sa vie.

Malgré son âge avancé, Catherine continue de voyager à travers le royaume pour maintenir la paix.

En 1585, elle court après le duc de Guise qui tente de soulever la France catholique. Elle le poursuit de ville en ville dans l'est du royaume, mais le duc de Guise la fuit et la mène par le bout du nez.

En 1586, on la voit encore en train de courir, mais cette fois, c'est après le roi de Navarre. Lui aussi l'a fait tourner en bourrique. Elle attend plusieurs semaines avant de le rencontrer et manque à plusieurs reprises de se faire enlever par les protestants. Lors des négociations de Saint-Brice, la reine-mère aura beau faire remarquer à son gendre, son âge avancé et se plaindre de ne jamais connaître le repos, le futur Henri IV lui répondra que c'est justement cette activité qui la maintient en vie.

Catherine (Florence)Catherine (BnF)

 

Ce portrait est reproduit dans le livre d'heures de la reine (ci-contre à gauche). On le retrouve également sur un tableau conservé à Florence (ci-contre à droite).

Source : (Baltimore, The Walters art museum)

Source : (Paris, BnF)

Source : Polo museale (Florence)

 

 

Catherine par DumonstierDernier portrait de Catherine de Médicis, avant sa mort le 5 janvier 1589

Ce dessin est le dernier portrait officiel de Catherine de Médicis. Il sert de modèle
aux portrait peints placés ci-dessous.

A 69 ans, Catherine décide d'affronter personnellement l'insurrection parisienne. Elle se rend à pied au bas de la barricade qui lui barre la route. Les révoltés veulent l'empêcher de se rendre à l'hôtel de Guise, mais la reine n'a pas froid aux yeux ; elle hausse le ton et impose sa volonté. Devant cette femme remplie de volonté qui a fait plier tant de rudes militaires, devant cet esprit exceptionnel qui a su dominer toutes les passions, les insurgés finissent par céder et lui ouvrir le passage. La voici qui se fraie un chemin à travers les barricades... au milieu du peuple.

Pour Catherine, c'est une déchéance. Elle avait connu sous le règne de son époux, une monarchie autoritaire nimbée d'un éclat sans pareil, admirée de toutes les cours d'Europe. Après la mort d'Henri, elle avait tenté de maintenir cet éclat. Mais la-voici maintenant qui monte sur les barricades et qui marche.. à pied, entourée d'une foule inamicale,...

Catherine de Medicis (musée du Louvre)

La journée des barricades est l'un des derniers grands moments historiques vécus par Catherine. Elle suit ensuite la cour à Blois où souffrante, elle s'alite. L'assassinat du duc de Guise ne fait que hâter sa mort..

La mise à mort du duc de Guise entraîne surtout une immense vague de haine contre le dernier Valois. La rupture avec le peuple est totale. La reine Catherine n'aura pas de funérailles dignes de son rang.

Lorsque les prêcheurs annoncent sa mort au peuple, ils ne savent pas s'ils doivent la louer ou la blamer. N'a t-elle pas pactisé par le passé avec les protestants ? Du côté protestant, on est moins hésitant ; n'est-elle pas responsable de la Saint-Barthélemy ?

Son combat pour la paix sera finalement vite oubliée. Son mausolée, laissé à l'abandon, sera détruit au XVIIe siècle..

Caterina de' Medici (Florence)Catherine (Le Mans)Catherine (Florence)Catherine (Louvre)Source : (Paris, BnF) ;  Source : (Paris, musée du Louvre)

Source : Rmn (Paris, musée du Louvre) ; Source : Polo museale fiorentinoSource : Art Bridgeman (Le Mans, musée de Tesse) ; Source :  Scala archives (Villa Medicis)

Catherine 1588Katharina (Kunsthistorisches)Katharina (Kunsthistorisches)Source : (Kunsthistorisches museum) ; (Kunsthistorisches museum) ; (BnF)

 


Article modifié en août 2012 et mai 2018

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La confusion Charles IX-Louis XIII


Voici deux exemples qui illustrent les pièges de l'interprétation des costumes.

Charles_LouisSur le site de l'Agence photographique de la RMN, on trouve ce très joli dessin, réalisé par Tavarone Lazzaro. La légende indique qu'il s'agit d'une audience du jeune roi Charles IX. Or les costumes portés par les personnages sont d'époque Louis XIII. Les hauts-de-chausses, les chapeaux et les fraises à confusion sont typiques des années 1610. Ces vêtements n'existaient pas sous cette forme au temps de Charles IX.

Il s'agit donc vraisemblablement d'une audience du jeune Louis XIII à moins que Tavarone Lazzaro ait vraiment cherché à représenter Charles IX mais sans tenir compte du costume. Nombreux sont les artistes à ne pas tenir compte du costume et à faire dans l'anachronisme. Rubens fait la même chose lorsqu'il peint le couronnement de Marie de Médicis.   

Voici un autre exemple :

Louis_XIII_et_GastonIl s'agit de deux gouaches issues d'une série, représentant d'une part un enfant roi et d'autre part son frère. Sur la base RMN, la légende indique : Le Costume en France au temps des Valois avec une datation remontant au 4e quart 16e siècle. On pourrait donc penser qu'il s'agit de Charles IX et de son frère Anjou.

Et bien, c'est une erreur ! La légende est fausse. Il s'agit non pas de personnages du temps des Valois mais du temps de Louis XIII, plus précisément vers 1610. Les deux dessins représentent en réalité, Louis XIII et son frère. Pourquoi ?

  • Le costume ! Les autres gouaches du recueil représentent des femmes avec des collerettes et des vertugadins typiques de la régence Marie de Médicis. Voir ici.
  • La croix de l'ordre du Saint-Esprit que l'enfant roi porte sur la gouache. Louis XIII est bien le premier enfant roi à le porter (l'ordre apparaît en 1578).

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Catherine de Medicis en clarissePortrait de Catherine de Médicis en clarisse

Il s'agit d'une miniature du livre d'heures de la reine. L'époque est à la Contre-Réforme : les années 1580 marquent chez les catholiques français l'amorce d'un renouvellement spirituel très important. Dans tout le royaume, les confréries de dévotion et les communautés monastiques se multiplient. De nouvelles formes de ferveur font leur apparition.

Pour paraître revêtue de cette façon sur son livre d'heures, on peut se demander si, à la fin de sa vie, Catherine de Médicis avait noué des liens avec l'ordre des clarisses ? Un rapprochement semblable se retrouve chez l'infante Isabelle la petite-fille de Catherine de Médicis. Après la mort de l'archiduc Albert, elle avait rejoint l'ordre des clarisses. Un tableau la représente en tenue de religieuse ; il s'agit de la même tenue que celle portée par Catherine sur la miniature.

Son visage, celui d'une très vieille femme, semble reprendre le modèle de la peinture de Baltimore. La miniature a probablement été peinte à la fin des années 1580, dans les derniers mois de la vie de la reine.

Source : (Paris, BnF)


Article modifié en août 2012

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